00:01Violences policières, blocages et mécontentement de la classe ouvrière, qu'est-ce que se passe en Bolivie ?
00:06Depuis les débuts du mois de mai, une vague de manifestations et blocages de ferle sur la passe la capitale
00:12du pays.
00:13Les manifestations réclament la destitution du président Rodrigo Paz, qui est en fusion depuis six mois.
00:20Après le 16 mai, les rassemblements ont été émaillés de violences.
00:25Plusieurs manifestations ont été blessées et trois morts.
00:28Et les parquets ont ordonné l'arrestation du dirigeant du principal syndicat ouvrier du pays, Mario Argolo, accusé notamment de
00:36terrorisme.
00:37Et pour comprendre ce qui se passe et quels sont les enjeux en Bolivie, on est avec Vadim, chef de
00:42service international de l'Humanité.
00:44Bonjour Vadim.
00:46Bonjour Isadora.
00:47Ma première question, beaucoup des journaux parlent d'un coup d'État. Il s'agit d'une tentative de coup
00:53d'État. Qu'est-ce que se passe en Bolivie ?
00:55Oui, alors ça fait en effet, comme tu l'as rappelé, plusieurs semaines en fait qu'il y a des
01:00manifestations, des blocages d'un certain nombre de secteurs de la société.
01:06Puisque en fait, le pays est plongé dans une vraie crise économique qu'elle n'avait pas connue depuis près
01:11de 40 ans.
01:12Aujourd'hui, il y a, je crois, près de 20% d'inflation.
01:17Et hélas, ou hélas, en tout cas le contexte fait que Rodrigo Paz a été élu en novembre.
01:22Donc en effet, ça fait à peine maintenant six mois qu'il est au pouvoir.
01:25Et tout ce contexte économique et social et ces réformes, mais ça on reviendra peut-être plus tard dessus, pèsent
01:31aujourd'hui sur la situation en Bolivie.
01:34Et on voit que les enseignants, les mineurs, les paysans aujourd'hui voient leur situation s'aggraver.
01:42Et un pouvoir en fait qui ne les écoute pas sur tout un tas de réformes qu'ils portent, sur
01:47la hausée salaire, sur un carburant en fait dont les prix ont explosé avec en plus la crise aujourd'hui
01:54au Moyen-Orient.
01:55Donc on voit tous ces secteurs de la société aujourd'hui sont rassemblés maintenant depuis plusieurs semaines pour demander une
02:02réponse de la part de ces autorités.
02:04Mais petit à petit, enfin devant le silence aujourd'hui du gouvernement et de ce nouveau président, il demande désormais
02:12sa démission.
02:14Voilà, ça a été porté maintenant depuis plusieurs jours.
02:18Petit rappel aussi, il y a un certain nombre de blocages.
02:20Les routes sont bloquées. Je crois qu'il y a plus d'une quarantaine de points de blocage autour notamment
02:23de la Paz.
02:24Donc on voit qu'il y a un vrai mouvement national de tout un tas de secteurs au sein du
02:31pays pour appeler à la démission du président.
02:36Rodrigo Paz a été élu avec 50% des votes l'année dernière, comme vous avez dit.
02:41Qu'est-ce que se passe en si peu de temps pour avoir une révolte aussi massive dans les pays
02:45?
02:45Je pense qu'il y a énormément de déçus.
02:49Un, parce qu'en fait, déjà Rodrigo Paz, faire une parenthèse des autorités et d'un gouvernement de gauche qui
02:55datait depuis Évo Moraise, donc près de 20 ans.
02:59Il est arrivé en 2006 au pouvoir jusqu'en 2019.
03:04Après, c'est Louis Sarcé qui avait pris sa succession.
03:07Donc on voit que ça fait une parenthèse progressiste de près de deux décennies.
03:14Et quand il est arrivé au pouvoir et durant sa campagne, il n'a cessé de dire que ce sera
03:17un capitalisme pour tous.
03:18C'est quelqu'un quand même plutôt de droite pour s'assurer finalement le vote d'un certain nombre de
03:25personnes qui seraient déçues par Évo Moraise et Louis Sarcé sur un certain nombre de choses.
03:32Un message qui avait réussi auprès de certaines catégories de la population.
03:38On pense aux agriculteurs ou aux peuples autochtones.
03:41Mais tout de suite, finalement, quand il arrive au pouvoir, un, il a supprimé un certain nombre de ministères, notamment
03:45ceux des peuples autochtones et indigènes.
03:50Et puis finalement, ces premières mesures ont été des privilégations.
03:53La casse d'un certain nombre d'acquis sociaux qui avait été maintenu grâce aux autorités de gauche a acté
04:02et accéléré ce soulèvement.
04:03Et ça s'est doublé en fait avec tout un tas de mesures. Par exemple, la suppression des aides au
04:07carburant en pleine crise sociale, ça a acté en fait un mécontentement populaire.
04:13Et ça a accéléré en fait ces protestations qui durent maintenant depuis trois semaines.
04:19L'autre phénomène, c'est que parmi les principaux déçus, il y a ces fameux peuples autochtones et indigènes concrus
04:25à la bonne parole de ce nouveau président.
04:28Mais aujourd'hui, qui sont les principales victimes parce qu'il y a tout un tas de réformes, notamment agraires
04:33et agricoles, qui aujourd'hui les concernent directement.
04:36Donc on voit tous ces lecteurs de la société ont décidé petit à petit de se rassembler.
04:41Au début, d'ailleurs, ce n'était pas forcément des organisations syndicales.
04:44Par exemple, les enseignants ou d'autres sont partis d'eux-mêmes contester et réclamer des hausses de salaire.
04:49Mais petit à petit, les organisations syndicales, les organisations autochtones, les organisations féministes aussi, sont rentrées dans cette lutte pour
04:59réclamer finalement le départ du président.
05:00Parce qu'aujourd'hui, il y a un ras-le-bol populaire et social qui s'exprime en Bolivie.
05:06En soulignant aussi qu'il y a déjà les soutiens internationaux des Trumps et des Millet, qui sont aussi des
05:12gouvernateurs de l'extrême droite.
05:14– Bien sûr. Alors ça, c'est l'autre en effet facteur de cette crise.
05:19C'est que petit à petit, elle devient internationale.
05:23Un, parce qu'on le sait depuis l'arrivée de Donald Trump au pouvoir.
05:28Et notamment, on est déjà revenu dans plusieurs vidéos sur comment aujourd'hui il impacte l'Amérique du Sud.
05:35On sait qu'il y a une vraie stratégie aujourd'hui vis-à-vis de l'Amérique du Sud et
05:38d'alliés qui souhaitent mettre en place ou soutenir.
05:43Donald Trump a développé toute une stratégie, ce qu'on appelle la stratégie Donnero,
05:47sur en gros comment aujourd'hui refaire et rebâtir des relations dans le précaré, ce qui s'estime un précaré
05:53étasunien.
05:55Donc ça, c'est une vraie stratégie par rapport à soi.
05:57Et surtout une vraie, en effet, comme tu l'as rappelé, une vraie politique et une stratégie d'extrême droite.
06:02C'est-à-dire que Donald Trump et Milet ont des positions communes sur un certain nombre de choses, sur
06:07la caste sociale, sur remettre en cause les acquis des femmes,
06:13remettre en cause des acquis aussi d'un certain nombre de catégories ou de peuples autochtones et indigènes.
06:18On le voit aussi au Chili avec l'arrivée de castes au pouvoir.
06:22On le voit un peu partout aujourd'hui qu'il y a une vraie bataille politique, culturelle et sociale, et
06:29même stratégique, on va dire, de la part de Donald Trump.
06:31On sait qu'aujourd'hui, par exemple, il va y avoir des élections en Colombie, ils veulent absolument faire battre
06:38la coche.
06:39On le sait qu'il s'en est pris aussi aux autorités mexicaines, à Claudia Sheinbaum, pour tout un sac
06:44de mesures politiques et de soutien, notamment à Cuba.
06:48Donc on voit en effet que l'extrême droite, à travers Donald Trump et d'autres élus en Amérique du
06:55Sud, veulent peser sur la Bolivie,
06:58puisque maintenant, avec le retour de la droite au pouvoir, ils veulent montrer qu'on peut revenir en arrière et
07:03casser tout un tas d'acquis qui ont été réalisés ces dernières années.
07:07Donc c'est une vraie bataille qui débute.
07:10Et je rajouterai juste qu'il y a des choses qui ont énormément voulu ces dernières heures.
07:16Rodrigo Paz, par exemple, a appelé un remaniement de son propre gouvernement,
07:20en tout cas, essayer de casser ce mouvement et d'ouvrir la porte à des négociations.
07:25Mais tout de suite, puisque tu parlais de coup d'État, ce terme-là a été utilisé aussi par Donald
07:32Trump, par Marco Rubio, par d'autres, pour décribiliser ce mouvement-là.
07:37Ce qui est intéressant, c'est de voir que Donald Trump, par exemple, quand il intervient en Venezuela, il ne
07:41parle pas de coup d'État, mais de libération.
07:43Ou pareil à Cuba, qui est dans l'œil du cyclone en ce moment.
07:47On sait qu'il y a une volonté de changement de régime.
07:50Donc voilà, c'est deux poids, deux mesures en fonction de ce qui arrange Donald Trump.
07:56Oui, en revenant à la situation à Bolivie, les acteurs principaux des manifestations sont des ouvriers, des mineurs, des enseignants,
08:03des étudiants,
08:03comme vous avez dit plus tôt, qui exigent une augmentation des 20% du salaire minimum national.
08:09En plus d'eux, il y a aussi les ponchos rouges.
08:12Quelle est leur relation avec les manifestations maintenant ?
08:15Ça fait partie des acteurs principaux, en tout cas des acteurs principaux, des acteurs importants dans ce mouvement-là.
08:23C'est vraiment eux qui ont organisé tout un tas de marches, en fait, puisqu'ils viennent pour la plupart,
08:27soit des Andes,
08:28enfin, quand il y a des Andes, certains aussi d'autres organisations d'Amazonie.
08:33Et ils sont descendus pour justement être en opposition par un projet qui était porté par ce gouvernement de réforme
08:39agraire.
08:40En fait, ils voulaient que toutes les propriétés, finalement, soient démantelées au profit de moyennes propriétés ou de grandes propriétés.
08:46C'est-à-dire, en gros, de revoir tout ce qui faisait sens et tout ce qui avait été développé
08:50sur des projets terriens et agricoles.
08:56Et ça, ça a déclenché la colère de tout un tas de populations, notamment de ces organisations penchos rouges qui
09:04sont venues et qui ont participé à des grandes marches,
09:06qui sont arrivées jusqu'à La Paz, qui ont du coup appelé à la démission du gouvernement.
09:10Et on sait qu'il y a un certain nombre de frictions avec les forces de police parce qu'ils
09:18ont voulu pénétrer dans les lieux de pouvoir pour montrer leur opposition face à ces mesures-là.
09:25Et on sait que du coup, il y a eu, et tu l'as précisé, un certain nombre de morts.
09:28Alors, est-ce que c'était lors de ces protestations en dehors ?
09:31En tout cas, le conflit a été largement utilisé et militarisé par rapport à les autorités.
09:37Tu l'as rappelé en même temps en insistant sur le fait qu'ils ont ciblé un des leaders syndicals
09:43carrément et en lactant de terroristes.
09:46Donc, on voit qu'il y a une volonté vraiment d'utiliser la force de la part des autorités.
09:50Et ça tend finalement la situation.
09:53Et aujourd'hui, on le sait, il y a d'autres appels à mobilisation qui sont maintenus malgré la volonté
10:00de démanteler, en tout cas pas démenter, mais de revoir, de remanier son gouvernement.
10:04Donc, on voit qu'on est finalement à mi-chemin dans la volonté de négocier de part et d'autre.
10:12Et pour finir, quelles sont les chances des réussites pour les travailleurs qui volent le départ du président ?
10:19C'est une très bonne question. Je pense qu'on va le savoir assez rapidement, puisqu'il y a une
10:25première chose.
10:25Déjà, il a acté un premier remaniement. Mais il faudra voir en fait ce que ça veut dire.
10:31Est-ce que c'est un changement aussi politique ? Parce qu'en fait, la bataille, c'est vraiment sur
10:36des projets politiques portés par ce nouveau président de droite.
10:40Sur la question agricole, sur la question des salaires, sur la question des aides.
10:44Il y a énormément de projets sur les privatisations, puisqu'ils accélèrent à tout un tas de casses et de
10:49privatisations de certains nombres d'entreprises.
10:52Sur l'éducation ou la santé, il y a tout un tas de secteurs qui sont mobilisés parce qu'ils
10:56sont opposés finalement aujourd'hui à la politique qui est menée depuis à peine six mois par ce gouvernement.
11:01Donc, si c'est un remaniement juste pour changer de personne, mais sans changer le fond de la politique, ça
11:07ne fonctionnera pas.
11:07Et je pense que les manifestations vont se poursuivre. Jusqu'où est-ce qu'ils auront la tête de ce
11:13président ? C'est possible.
11:15Il y a déjà eu quand même des mouvements sociaux, notamment en Amérique du Sud, qui ont permis à des
11:20pouvoirs de tomber.
11:23Mais aujourd'hui, en effet, comme on l'a dit tout à l'heure et comme tu l'as rappelé,
11:26elle est nationale, mais elle est aussi internationale,
11:29puisqu'on sait que tout un tas d'acteurs aujourd'hui pèsent aussi sur la Bolivie. Quand les États-Unis
11:33décident de soutenir un certain nombre de pouvoirs,
11:38et notamment ce président Rodrigo Paz, forcément, le conflit se régionalise et s'internationalise.
11:44Et c'est quand même plus difficile d'arriver à faire tomber un gouvernement quand il est soutenu par Washington.
11:50Donc voilà, aujourd'hui, on en est là. En tout cas, ça n'a pas cassé le mouvement, puisqu'ils
11:55appellent toujours à des mobilisations.
11:57Les points de blocage par les routiers et les transporteurs se sont maintenus. Il y a encore une quarantaine de
12:04points qui tiennent.
12:07Les enseignants et d'autres secteurs sont toujours aussi mobilisés. Donc voilà, je pense que ça ne va pas calmer
12:14la colère populaire.
12:16Et surtout que l'autre enjeu, quand même, c'est sur la situation économique, parce que tu l'as rappelé,
12:22il y a 20% d'inflation aujourd'hui dans le pays.
12:27On n'avait jamais vu ça depuis près de 40 ans. Il y a tout un tas de secteurs qui
12:31sont touchés.
12:32Et on sait que ça, pour le coup, ça va durer s'il n'y a pas de nouvelles politiques
12:36ou nouvelles mesures qui sont décrétées.
12:39Bon, c'est encore une affaire à suivre.
12:42Tout à fait.
12:43Bon, à bientôt.
12:44Merci beaucoup.
12:45Sous-titrage Société Radio-Canada