00:01Il y a désormais des juges tyrans qui exécutent l'état de droit en place publique.
00:06C'est une manière de sous-entendre qu'il y a des juges ronges.
00:09Non, écoutez, cet objectif, ce sont des faits.
00:12Parce que l'élection présidentielle est l'objectif assumé des magistrats.
00:18Après tout, la magistrate aurait pu dire, je mets l'exécution prévisoire pour l'empêcher d'être candidate aux élections.
00:24Je vais vous expliquer, y compris sur les magistrats, Madame de Pertuis, quand elle me met en examen,
00:28je viens d'être investi pour la mairie de Paris.
00:31Y a-t-il un complot des juges en France ?
00:33Ces trois dernières années, lors de débats à l'Assemblée et de procès très médiatisés,
00:38l'indépendance et la neutralité de l'institution judiciaire ainsi que les fondements de l'état de droit
00:42ont été violemment mis en cause jusque dans l'exécutif.
00:46Déni des décisions de justice, attaques directes proférées par des responsables politiques,
00:51remises en cause des contre-pouvoirs,
00:53toutes ces prises de position contribuent à alimenter les menaces de plus en plus nombreuses
00:57à l'encontre des magistrats.
00:59Dans ce contexte, et face aux volontés d'ingérence affichées par l'administration américaine,
01:04c'est l'état de droit lui-même qui est mis en péril,
01:07avec le risque d'un anéantissement des contre-pouvoirs et d'une bascule autoritaire.
01:16Alors, comment s'est opérée cette dérive dans notre pays ?
01:19Remontons en 2024.
01:20Fin janvier, plusieurs dispositions du projet de loi immigration
01:24sont censurées par le Conseil constitutionnel.
01:27Instauration d'une préférence nationale dans l'accès aux prestations sociales,
01:30restriction du droit du sol,
01:32durcissement des règles de regroupement familial,
01:35déchéance de nationalité, délit de séjour irrégulier,
01:38et au total 36 articles sur 86 sont retoqués.
01:41Surtout, un pas majeur est franchi.
01:44Ces mesures, empruntées pour la plupart au programme du RN,
01:48le gouvernement les a bien fait voter,
01:50avant de se réjouir de leur censure quelques semaines plus tard.
01:53Un calcul dangereux et une occasion donnée aux partis d'extrême droite
01:57de revendiquer fièrement une victoire idéologique
02:01avant d'attaquer la décision du Conseil constitutionnel.
02:03« C'est un coup de force des juges, avec le soutien du président de la République »,
02:08tweet Jordan Bardella.
02:10Sa rhétorique gagne le camp LR.
02:12Éric Ciotti, encore président du parti, s'insurge contre un hold-up démocratique,
02:17quand Laurent Wauquiez évoque sans détour, dans les colonnes du Parisien,
02:21un coup d'État de droit.
02:22L'État de droit, c'est d'ailleurs la première cible de Bruno Retailleau
02:26après sa nomination Place Beauvau.
02:28En septembre 2024, le nouveau ministre de l'Intérieur s'illustre à son tour
02:32dans une interview donnée au journal du dimanche.
02:35L'État de droit, ce n'est pas intangible ni sacré.
02:38De ce côté de l'échiquier politique, on assume de légiférer en dehors
02:42des cadres prévus par la Constitution.
02:44La droite se rapproche encore de son extrême, jusqu'à emprunter son vocable anti-juge.
02:49Sur ce plan, l'année 2025, ponctuée par plusieurs affaires judiciaires très médiatisées,
02:55marque un nouveau tournant.
02:56Le 31 mars 2025, Marine Le Pen est condamnée en première instance
03:00par le tribunal correctionnel de Paris pour détournement de fonds publics
03:03dans l'affaire des assistants parlementaires du Front National au Parlement européen.
03:07La chef de file de l'extrême droite est comme de 4 ans de prison,
03:10dont 2 avec sursis, 100 000 euros d'amende et 5 ans d'inéligibilité avec exécution provisoire.
03:15Ce jugement, susceptible de l'empêcher de se présenter à l'élection présidentielle de 2027,
03:20suscite de violentes attaques à l'encontre des magistrats du tribunal judiciaire de Paris.
03:25L'extrême droite crie au complot politique, suivi par de nombreuses figures LR
03:28qui dénoncent un gouvernement des juges.
03:31Même le premier ministre d'alors, François Bayrou, se dit troublé par la peine prononcée.
03:36Les attaques, nombreuses et violentes,
03:39provoquent la réaction du Conseil supérieur de la magistrature et de la CNCDH.
03:43Que dans ce contexte, des responsables de l'exécutif n'aient pas craint d'ajouter leur voix
03:47à ce déchaînement de violences verbales constitue une violation de la séparation des pouvoirs,
03:51principe dont la CNCDH souligne qu'il est garanti par la Constitution.
03:55Le parti d'extrême droite organisera quelques jours plus tard un rassemblement à Paris
03:59en s'autorisant tous les parallèles historiques pour mettre en doute la décision de justice.
04:05En juillet, Rachida Dati, ministre de la Culture et candidate à la mairie de Paris,
04:10est elle renvoyée devant le tribunal correctionnel dans l'affaire Carlos Ghosn
04:13pour corruption et trafic d'influence.
04:16Invité à la télévision, elle attaque violemment les magistrats en charge de l'affaire.
04:20Toute cette procédure a été émaillée d'incidents.
04:23Je vous dis, j'ai vu droit dans les yeux monsieur Bonner qui m'a dit que son parquet disfonctionnait.
04:27Le président de la République pourtant la maintient dans ses fonctions
04:30et son procès se tiendra en septembre 2026.
04:33Même rengaine après le jugement de Nicolas Sarkozy,
04:35condamné pour association de malfaiteurs en septembre 2025
04:38dans l'affaire du financement libyen dans sa campagne de 2007.
04:41L'ancien chef de l'État avait écopé de cinq ans de prison ferme avec mandat de dépôt.
04:45Un fait inédit sous la Ve République.
04:48Ceux qui me haïssent à ce point pensent m'humilier.
04:51Ce qu'ils ont humilié aujourd'hui, c'est la France.
04:56L'ex-président met en scène son incarcération.
04:58Des rassemblements sont organisés, le débat public détourné
05:02et la thèse d'un jugement politique sans cesse agitée.
05:05Nicolas Sarkozy ne passera finalement que 20 jours en prison.
05:10Les magistrats haïssent-ils Nicolas Sarkozy ?
05:13Nous n'avons pas de haine à exprimer.
05:15Notre boussole, c'est le droit, c'est la règle de droit.
05:19Ce qui est une atteinte à l'État de droit, ce sont des menaces contre les juges.
05:23C'est inacceptable et ça devrait être un électrochoc dans notre pays.
05:26Force est de constater que ces vents mauvais, loin d'être retombés,
05:32ont durant l'année écoulée soufflé avec une force inégalée.
05:35Hors d'Europe tout d'abord, où l'indépendance des juges
05:38et la prééminence de la règle de droit sont attaqués,
05:40parfois jusque dans les démocraties que nous pensions les mieux établies.
05:44Alors que les attaques vis-à-vis de l'institution judiciaire
05:46ont atteint un niveau sans précédent au cours de l'année 2025,
05:49les pressions exercées par les États-Unis de Donald Trump
05:52deviennent, pour les magistrats français, une source d'inquiétude majeure.
05:56En 2025, Washington a en effet prononcé des sanctions individuelles
06:00à l'encontre de onze magistrats de la Cour pénale internationale,
06:03dont le français Nicolas Guillou.
06:05Leur tort ? Avoir autorisé l'émission de mandat d'arrêt
06:08contre le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou
06:11et le ministre de la Défense Yoav Gallant.
06:14Ses juges et procureurs sont interdits de visa aux États-Unis
06:17et empêchés d'accéder au système bancaire dans de nombreux pays.
06:20Selon les affirmations d'anciens fonctionnaires américains
06:23relayés fin 2025 par le magazine allemand Der Spiegel,
06:27l'administration Trump aurait envisagé des sanctions similaires
06:30à l'encontre de trois juges français ayant condamné Marine Le Pen.
06:34L'information est reprise par l'agence Reuters et plusieurs médias français.
06:38Le président du tribunal judiciaire de Paris s'inquiète de faits
06:41qui constituerait une ingérence inacceptable et intolérable
06:44dans les affaires internes de notre pays,
06:46qui devraient provoquer une réprobation des pouvoirs publics.
06:48Une simple désinformation assure Sarah B. Rogers,
06:51la sous-secrétaire d'État américaine,
06:53qui s'en prend à l'humanité sur le réseau social X.
06:57Cet épisode n'est pourtant pas isolé.
06:59Donald Trump avait apporté son soutien à Marine Le Pen en mars 2025
07:03et dénoncé une chasse aux sorcières.
07:05En janvier 2026, la magistrate Magali Lafourcade,
07:09secrétaire générale de la CNCDH, révèle, elle,
07:11avoir été approchée par deux diplomates américains
07:14quelques semaines après le délibéré.
07:16Et à ce moment-là, toute la suite de l'entretien,
07:18qui a duré quand même assez longtemps,
07:19était vraiment focalisée sur l'idée qu'ils avaient
07:22que si Marine Le Pen avait été condamnée,
07:27c'était dans un but purement politique.
07:28Ils appelaient ça le ban de Marine Le Pen
07:31et dans le but de l'empêcher de concourir à l'élection présidentielle de 2027.
07:34J'ai eu l'impression qu'il y avait la volonté de peser dans le débat public français
07:38en rendant ce thème d'un procès injuste, d'une sanction purement politique
07:47à défaut d'être judiciaire, de le rendre très visible dans l'espace public
07:51et peut-être de manipuler comme ça les futures échéances électorales.
07:55Cette volonté d'ingérence et d'appui aux partis d'extrême droite européens
07:59est assumée dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine.
08:03Les trois pages consacrées à l'Europe dans le document
08:05dressent le tableau d'un continent en proie à un effacement civilisationnel,
08:10avec toutefois un motif d'espoir,
08:12la progression électorale des extrêmes droites européennes.
08:16Cette offensive idéologique intervient dans un contexte critique
08:19où une partie de la classe politique française
08:21refuse d'accepter le principe d'égalité devant la loi,
08:24tout en réclamant pour d'autres une justice toujours plus ferme.
08:27Une contradiction aux lourdes conséquences.
08:30Dans le dernier indice de perception de la corruption
08:33de l'ONG Transparency International,
08:35la France se trouve reléguée à la 27ème place mondiale,
08:39le niveau le plus bas jamais atteint par notre pays
08:41depuis la création de l'indice selon l'ONG,
08:44qui pointe une responsabilité directe du pouvoir exécutif dans ses reculs.
08:49Nomination et maintien de ministres mis en examen,
08:52absence de prise de parole forte au niveau gouvernemental sur le sujet de la corruption,
08:57insuffisance chronique des moyens dédiés autant en matière de répression que de prévention.
09:02Tout en reconnaissant le travail réalisé par le parquet national financier,
09:06l'ONG insiste sur la très grande insuffisance des ressources qui lui sont allouées.
09:10Un manque d'enquêteurs et de moyens matériels préjudiciables
09:13face à des délinquants en col blanc, dotés de moyens de dissimulation importants.
09:18Résultat, une justice désarmée, exposée à des intimidations quotidiennes sans précédent
09:23et à la défiance des citoyens.
09:25Ce délitement, tout comme les attaques décomplexées des responsables politiques,
09:29constitue une menace majeure pour les institutions et tous les contre-pouvoirs.
09:33Une dérive qui fait peser un risque d'arbitraire et d'accroissement des logiques autoritaires,
09:37alors que de nombreuses lois ont déjà gravement restreint les libertés publiques dans notre pays.
09:42Sous-titrage Société Radio-Canada
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