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  • il y a 9 heures
Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, Bruno Retailleau : qu'ils soient impliqués ou non dans des affaires judiciaires, ces derniers n'ont eu de cesse d'incriminer la justice. Elle serait aux mains de "juges rouges" qui souhaiteraient s'immiscer dans les affaires politiques et censurer les candidatures de droite via leurs décisions. Mais comment fonctionne vraiment la justice, d'où vient ce faux procès qu'on lui fait ? Éléments de réponse avec Alexandre Fache, journaliste d'investigation.

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Transcription
00:01Il y a désormais des juges tyrans qui exécutent l'état de droit en place publique.
00:06C'est une manière de sous-entendre qu'il y a des juges ronges.
00:09Non, écoutez, cet objectif, ce sont des faits.
00:12Parce que l'élection présidentielle est l'objectif assumé des magistrats.
00:18Après tout, la magistrate aurait pu dire, je mets l'exécution prévisoire pour l'empêcher d'être candidate aux élections.
00:24Je vais vous expliquer, y compris sur les magistrats, Madame de Pertuis, quand elle me met en examen,
00:28je viens d'être investi pour la mairie de Paris.
00:31Y a-t-il un complot des juges en France ?
00:33Ces trois dernières années, lors de débats à l'Assemblée et de procès très médiatisés,
00:38l'indépendance et la neutralité de l'institution judiciaire ainsi que les fondements de l'état de droit
00:42ont été violemment mis en cause jusque dans l'exécutif.
00:46Déni des décisions de justice, attaques directes proférées par des responsables politiques,
00:51remises en cause des contre-pouvoirs,
00:53toutes ces prises de position contribuent à alimenter les menaces de plus en plus nombreuses
00:57à l'encontre des magistrats.
00:59Dans ce contexte, et face aux volontés d'ingérence affichées par l'administration américaine,
01:04c'est l'état de droit lui-même qui est mis en péril,
01:07avec le risque d'un anéantissement des contre-pouvoirs et d'une bascule autoritaire.
01:16Alors, comment s'est opérée cette dérive dans notre pays ?
01:19Remontons en 2024.
01:20Fin janvier, plusieurs dispositions du projet de loi immigration
01:24sont censurées par le Conseil constitutionnel.
01:27Instauration d'une préférence nationale dans l'accès aux prestations sociales,
01:30restriction du droit du sol,
01:32durcissement des règles de regroupement familial,
01:35déchéance de nationalité, délit de séjour irrégulier,
01:38et au total 36 articles sur 86 sont retoqués.
01:41Surtout, un pas majeur est franchi.
01:44Ces mesures, empruntées pour la plupart au programme du RN,
01:48le gouvernement les a bien fait voter,
01:50avant de se réjouir de leur censure quelques semaines plus tard.
01:53Un calcul dangereux et une occasion donnée aux partis d'extrême droite
01:57de revendiquer fièrement une victoire idéologique
02:01avant d'attaquer la décision du Conseil constitutionnel.
02:03« C'est un coup de force des juges, avec le soutien du président de la République »,
02:08tweet Jordan Bardella.
02:10Sa rhétorique gagne le camp LR.
02:12Éric Ciotti, encore président du parti, s'insurge contre un hold-up démocratique,
02:17quand Laurent Wauquiez évoque sans détour, dans les colonnes du Parisien,
02:21un coup d'État de droit.
02:22L'État de droit, c'est d'ailleurs la première cible de Bruno Retailleau
02:26après sa nomination Place Beauvau.
02:28En septembre 2024, le nouveau ministre de l'Intérieur s'illustre à son tour
02:32dans une interview donnée au journal du dimanche.
02:35L'État de droit, ce n'est pas intangible ni sacré.
02:38De ce côté de l'échiquier politique, on assume de légiférer en dehors
02:42des cadres prévus par la Constitution.
02:44La droite se rapproche encore de son extrême, jusqu'à emprunter son vocable anti-juge.
02:49Sur ce plan, l'année 2025, ponctuée par plusieurs affaires judiciaires très médiatisées,
02:55marque un nouveau tournant.
02:56Le 31 mars 2025, Marine Le Pen est condamnée en première instance
03:00par le tribunal correctionnel de Paris pour détournement de fonds publics
03:03dans l'affaire des assistants parlementaires du Front National au Parlement européen.
03:07La chef de file de l'extrême droite est comme de 4 ans de prison,
03:10dont 2 avec sursis, 100 000 euros d'amende et 5 ans d'inéligibilité avec exécution provisoire.
03:15Ce jugement, susceptible de l'empêcher de se présenter à l'élection présidentielle de 2027,
03:20suscite de violentes attaques à l'encontre des magistrats du tribunal judiciaire de Paris.
03:25L'extrême droite crie au complot politique, suivi par de nombreuses figures LR
03:28qui dénoncent un gouvernement des juges.
03:31Même le premier ministre d'alors, François Bayrou, se dit troublé par la peine prononcée.
03:36Les attaques, nombreuses et violentes,
03:39provoquent la réaction du Conseil supérieur de la magistrature et de la CNCDH.
03:43Que dans ce contexte, des responsables de l'exécutif n'aient pas craint d'ajouter leur voix
03:47à ce déchaînement de violences verbales constitue une violation de la séparation des pouvoirs,
03:51principe dont la CNCDH souligne qu'il est garanti par la Constitution.
03:55Le parti d'extrême droite organisera quelques jours plus tard un rassemblement à Paris
03:59en s'autorisant tous les parallèles historiques pour mettre en doute la décision de justice.
04:05En juillet, Rachida Dati, ministre de la Culture et candidate à la mairie de Paris,
04:10est elle renvoyée devant le tribunal correctionnel dans l'affaire Carlos Ghosn
04:13pour corruption et trafic d'influence.
04:16Invité à la télévision, elle attaque violemment les magistrats en charge de l'affaire.
04:20Toute cette procédure a été émaillée d'incidents.
04:23Je vous dis, j'ai vu droit dans les yeux monsieur Bonner qui m'a dit que son parquet disfonctionnait.
04:27Le président de la République pourtant la maintient dans ses fonctions
04:30et son procès se tiendra en septembre 2026.
04:33Même rengaine après le jugement de Nicolas Sarkozy,
04:35condamné pour association de malfaiteurs en septembre 2025
04:38dans l'affaire du financement libyen dans sa campagne de 2007.
04:41L'ancien chef de l'État avait écopé de cinq ans de prison ferme avec mandat de dépôt.
04:45Un fait inédit sous la Ve République.
04:48Ceux qui me haïssent à ce point pensent m'humilier.
04:51Ce qu'ils ont humilié aujourd'hui, c'est la France.
04:56L'ex-président met en scène son incarcération.
04:58Des rassemblements sont organisés, le débat public détourné
05:02et la thèse d'un jugement politique sans cesse agitée.
05:05Nicolas Sarkozy ne passera finalement que 20 jours en prison.
05:10Les magistrats haïssent-ils Nicolas Sarkozy ?
05:13Nous n'avons pas de haine à exprimer.
05:15Notre boussole, c'est le droit, c'est la règle de droit.
05:19Ce qui est une atteinte à l'État de droit, ce sont des menaces contre les juges.
05:23C'est inacceptable et ça devrait être un électrochoc dans notre pays.
05:26Force est de constater que ces vents mauvais, loin d'être retombés,
05:32ont durant l'année écoulée soufflé avec une force inégalée.
05:35Hors d'Europe tout d'abord, où l'indépendance des juges
05:38et la prééminence de la règle de droit sont attaqués,
05:40parfois jusque dans les démocraties que nous pensions les mieux établies.
05:44Alors que les attaques vis-à-vis de l'institution judiciaire
05:46ont atteint un niveau sans précédent au cours de l'année 2025,
05:49les pressions exercées par les États-Unis de Donald Trump
05:52deviennent, pour les magistrats français, une source d'inquiétude majeure.
05:56En 2025, Washington a en effet prononcé des sanctions individuelles
06:00à l'encontre de onze magistrats de la Cour pénale internationale,
06:03dont le français Nicolas Guillou.
06:05Leur tort ? Avoir autorisé l'émission de mandat d'arrêt
06:08contre le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou
06:11et le ministre de la Défense Yoav Gallant.
06:14Ses juges et procureurs sont interdits de visa aux États-Unis
06:17et empêchés d'accéder au système bancaire dans de nombreux pays.
06:20Selon les affirmations d'anciens fonctionnaires américains
06:23relayés fin 2025 par le magazine allemand Der Spiegel,
06:27l'administration Trump aurait envisagé des sanctions similaires
06:30à l'encontre de trois juges français ayant condamné Marine Le Pen.
06:34L'information est reprise par l'agence Reuters et plusieurs médias français.
06:38Le président du tribunal judiciaire de Paris s'inquiète de faits
06:41qui constituerait une ingérence inacceptable et intolérable
06:44dans les affaires internes de notre pays,
06:46qui devraient provoquer une réprobation des pouvoirs publics.
06:48Une simple désinformation assure Sarah B. Rogers,
06:51la sous-secrétaire d'État américaine,
06:53qui s'en prend à l'humanité sur le réseau social X.
06:57Cet épisode n'est pourtant pas isolé.
06:59Donald Trump avait apporté son soutien à Marine Le Pen en mars 2025
07:03et dénoncé une chasse aux sorcières.
07:05En janvier 2026, la magistrate Magali Lafourcade,
07:09secrétaire générale de la CNCDH, révèle, elle,
07:11avoir été approchée par deux diplomates américains
07:14quelques semaines après le délibéré.
07:16Et à ce moment-là, toute la suite de l'entretien,
07:18qui a duré quand même assez longtemps,
07:19était vraiment focalisée sur l'idée qu'ils avaient
07:22que si Marine Le Pen avait été condamnée,
07:27c'était dans un but purement politique.
07:28Ils appelaient ça le ban de Marine Le Pen
07:31et dans le but de l'empêcher de concourir à l'élection présidentielle de 2027.
07:34J'ai eu l'impression qu'il y avait la volonté de peser dans le débat public français
07:38en rendant ce thème d'un procès injuste, d'une sanction purement politique
07:47à défaut d'être judiciaire, de le rendre très visible dans l'espace public
07:51et peut-être de manipuler comme ça les futures échéances électorales.
07:55Cette volonté d'ingérence et d'appui aux partis d'extrême droite européens
07:59est assumée dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine.
08:03Les trois pages consacrées à l'Europe dans le document
08:05dressent le tableau d'un continent en proie à un effacement civilisationnel,
08:10avec toutefois un motif d'espoir,
08:12la progression électorale des extrêmes droites européennes.
08:16Cette offensive idéologique intervient dans un contexte critique
08:19où une partie de la classe politique française
08:21refuse d'accepter le principe d'égalité devant la loi,
08:24tout en réclamant pour d'autres une justice toujours plus ferme.
08:27Une contradiction aux lourdes conséquences.
08:30Dans le dernier indice de perception de la corruption
08:33de l'ONG Transparency International,
08:35la France se trouve reléguée à la 27ème place mondiale,
08:39le niveau le plus bas jamais atteint par notre pays
08:41depuis la création de l'indice selon l'ONG,
08:44qui pointe une responsabilité directe du pouvoir exécutif dans ses reculs.
08:49Nomination et maintien de ministres mis en examen,
08:52absence de prise de parole forte au niveau gouvernemental sur le sujet de la corruption,
08:57insuffisance chronique des moyens dédiés autant en matière de répression que de prévention.
09:02Tout en reconnaissant le travail réalisé par le parquet national financier,
09:06l'ONG insiste sur la très grande insuffisance des ressources qui lui sont allouées.
09:10Un manque d'enquêteurs et de moyens matériels préjudiciables
09:13face à des délinquants en col blanc, dotés de moyens de dissimulation importants.
09:18Résultat, une justice désarmée, exposée à des intimidations quotidiennes sans précédent
09:23et à la défiance des citoyens.
09:25Ce délitement, tout comme les attaques décomplexées des responsables politiques,
09:29constitue une menace majeure pour les institutions et tous les contre-pouvoirs.
09:33Une dérive qui fait peser un risque d'arbitraire et d'accroissement des logiques autoritaires,
09:37alors que de nombreuses lois ont déjà gravement restreint les libertés publiques dans notre pays.
09:42Sous-titrage Société Radio-Canada
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