00:00Good morning business, parole de patron.
00:04Et on va retrouver Alain Favet qui est directeur général de Peugeot.
00:07Il est au micro de Justine Vassaigne depuis le salon de l'automobile à Paris.
00:12Bonjour Alain Favet.
00:13Bonjour.
00:14Merci d'être avec nous sur BFM Business depuis le mondial de l'automobile de Paris.
00:19Vous êtes le directeur général de Peugeot.
00:21Peugeot qui s'est offert un stand de plus de 1000 mètres carrés ici, porte de Versailles.
00:26Alors pourquoi un tel stand ? Qu'est-ce que vous présentez aujourd'hui ?
00:29Écoutez, Peugeot c'est quand même une marque qui compte en France.
00:31On est leader du marché avec la 208, la voiture la plus vendue en France cette année.
00:37Et d'ailleurs depuis une voiture qui a été lancée en 2019.
00:40Donc c'est une belle performance.
00:42Et on a beaucoup de choses à présenter.
00:43Donc la nouvelle 208 GTI qu'on est en train de lancer en ce moment.
00:47Et qui va évidemment ravir tous les passionnés de voitures sportives.
00:53Mais aussi, on présente aussi deux nouveaux concepts ici qui sont particulièrement attractifs.
00:59Et qui montrent la direction que Peugeot veut prendre pour le futur.
01:02Depuis le début de l'année, Peugeot a perdu un petit peu de part de marché en France et en
01:06Europe.
01:07Est-ce que ce mondial de l'automobile, c'est pour vous l'occasion de rebondir, de faire décoller les
01:12ventes ?
01:12Est-ce que vous avez déjà croisé quelques clients, quelques bonnes impressions ?
01:18Bien sûr, le salon c'est toujours une excellente occasion de faire parler de la marque.
01:22De montrer aux clients l'envie d'acheter une voiture et d'acheter une Peugeot évidemment.
01:27Donc ça, ça joue très positivement.
01:30Mais de toute façon, la marque Peugeot s'est engagée sur une croissance à l'horizon 2030.
01:34On a dit qu'en 2030, on vendrait 1,5 million de voitures dans le monde.
01:38Quand on en vend aujourd'hui 1,1 million.
01:40Donc voilà, c'est l'engagement qu'on a pris.
01:42Cet engagement, c'est un engagement sur la durée.
01:44qui inclut le lancement de 7 nouveaux véhicules entre maintenant et 2030.
01:49Donc c'est avec ce renouvellement de la gamme, avec ces nouveaux véhicules que nous allons lancer dans 2027, 2028,
01:542029,
01:54que nous allons arriver à notre objectif.
01:56Et évidemment, pour les années 25, 2026, où il y a moins de nouveautés produites,
02:00c'est tout à fait logique que notre volume soit un petit peu impacté.
02:04Vers quel marché vous voulez aller ?
02:05Il y a évidemment l'Europe, mais pas que l'ambition, c'est de se développer encore un petit peu
02:09plus à l'international.
02:10Notre marché principal, c'est l'Europe.
02:13Et donc on pense qu'on a encore une grande marge de progrès en Europe,
02:16quand on aura encore une fois notre gamme renouvelée.
02:20Mais évidemment, on va aussi se développer à l'international.
02:23On a un partenariat avec les Chinois de Dongfeng,
02:26avec qui nous allons construire un premier modèle qui sera lancé l'année prochaine en Chine.
02:31Un modèle basé sur une plateforme chinoise de Dongfeng,
02:34avec toute la technologie chinoise que l'on connaît bien,
02:36mais avec un style qui est fait par Peugeot dans notre centre de style à Vélizy.
02:42Et puis un plaisir de conduire qui sera aussi typiquement Peugeot.
02:47Donc on pense qu'avec ces véhicules-là, on sera capable de croître,
02:51pas seulement en Chine, mais aussi dans d'autres pays,
02:53puisque nous allons exporter ces voitures vers d'autres destinations.
02:56Aujourd'hui en Chine, vous ne vendez plus vraiment de Peugeot.
02:58C'est terminé ça aujourd'hui ?
03:00Non, ce n'est pas terminé.
03:01On en vend encore à peu près 20 000 par an.
03:03Donc à l'échelle chinoise, vous avez raison, ce n'est pas grand-chose.
03:06Mais justement, on a toujours quand même un réseau.
03:08Et on a aussi un parc de Peugeot qui roule toujours sur les routes chinoises.
03:12Donc on a un existant de clients Peugeot qui est là
03:17et qui ne demande qu'à renouveler une voiture si on leur offre une voiture attractive.
03:21Et c'est ce qu'on va faire avec notre partenaire Dongfeng.
03:23Est-ce que ce n'est pas un peu périlleux de se lancer, relancer sur le marché chinois,
03:27alors qu'on sait qu'il souffre en ce moment ?
03:30Les ventes sont en berne, le marché est saturé avec plus d'une centaine de constructeurs chinois.
03:36Vous Peugeot, vous pensez pouvoir aller grignoter des parts de marché dans ce marché très compliqué ?
03:40Oui, à une échelle très très très raisonnable.
03:43On n'a aucune envie d'envahir le marché chinois.
03:46Ce n'est pas du tout notre ambition.
03:48Notre ambition, c'est de passer de 20 000 voitures à plus que 20 000 voitures.
03:51Vous voyez, ce n'est pas une ambition très très très débordante.
03:54Mais on pense qu'avec des nouveaux modèles NIV, donc New Electric Vehicles, en Chine,
04:01on est capable de redorer le blason de la marque Peugeot,
04:04qui a besoin de nouveaux modèles pour vivre et donc d'arriver à un volume supérieur.
04:08Ce n'est pas ça qui va avoir un effet massif sur le marché chinois,
04:13mais ça va avoir un effet important pour la marque Peugeot en Chine et en dehors de Chine,
04:18puisque nous allons donc exporter depuis la Chine les mêmes véhicules vers d'autres régions.
04:22Alors, pas seulement pour le marché chinois ?
04:24Non, non, non, non.
04:24Donc les mêmes véhicules vont être vendus dans d'autres régions, pas en Europe,
04:28mais en Asie-Pacifique, en Middle East, en Amérique du Sud.
04:32On va utiliser ces véhicules pour continuer à croître.
04:37Alors, Peugeot est l'un des grands gagnants de la nouvelle feuille de route de Stellantis,
04:41présentée au mois de mai dernier.
04:43Maintenant, Peugeot, c'est une des quatre marques fortes de Stellantis,
04:47avec Fiat, avec Jeep, une marque mondiale.
04:50Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
04:52Ça veut dire ce que je viens de vous dire.
04:53Donc, passer de 1,1 million à 1,5 million, c'est donc un volume tout à fait conséquent
04:58et un volume qui nous permet aussi d'absorber des coûts de développement de nouvelles plateformes,
05:03de nouvelles technologies que peut-être d'autres marques auraient plus de mal à absorber
05:06parce qu'elles n'ont simplement pas la taille, la présence, le volume nécessaire pour justifier ces investissements.
05:12Donc, ce que ça veut dire, c'est que quand il y a une nouvelle technologie, une nouvelle plateforme,
05:16comme la plateforme Stellawan qui va être lancée l'année prochaine,
05:19c'est Peugeot qui va l'inaugurer avec la nouvelle i208 qui sera lancée au deuxième semestre 2027.
05:26Et donc, de ce fait, Peugeot va supporter les coûts de développement de cette nouvelle plateforme
05:31qui sera ensuite mise à disposition à d'autres marques.
05:33C'est ça le principe très intelligent, je pense très malin, de Stellantis pour répartir les investissements
05:41sur les marques qui sont les plus fortes pour les supporters.
05:43C'est vous qui essuyez les plâtres, autrement dit ?
05:45Un peu, voilà, mais d'un bon côté puisque Peugeot a toujours été une marque innovante.
05:50On a toujours cherché l'innovation.
05:52Je pense personnellement que l'innovation est la justification de l'industrie automobile européenne pour le futur.
05:58On ne va pas gagner la bataille des prix contre les Chinois, mais par contre, on va clairement être toujours
06:06respecté comme marque
06:09si on continue à innover.
06:10Et donc, de ce fait-là, on est bien entendu prédestiné à avoir accès en premier à toutes ces nouvelles
06:15technologies.
06:16Est-ce que ça veut dire que Citroën, que DS vont devenir un peu des sous-marques de Peugeot ?
06:20Pas du tout, pas du tout. Je suis sûr que vous avez parlé aux autres marques et elles vous l
06:23'auront dit aussi.
06:24Non, non, non. Sur la même base, c'est tout ça le concept des plateformes qui exigent chez Stellantis comme
06:30chez d'autres constructeurs.
06:31Sur la même plateforme, chaque marque est totalement libre de définir un modèle qui convient à sa clientèle.
06:36Il n'y a pas de risque que des Citroën ressemblent à des Peugeot ?
06:39Écoutez, voyez les modèles qu'on présente ici.
06:42Aujourd'hui ?
06:42Citroën a présenté une 2 chevaux. Nous, on présente une RCZ ou une T16.
06:47C'est des modèles qui ne peuvent pas être plus différents.
06:50Et c'est très bien comme ça. Et ça va continuer comme ça, bien entendu.
06:53Alors, on l'a dit, on le voit, on est au Mondial de l'Automobile de Paris.
06:57Et il y a un sujet dont tout le monde parle aujourd'hui, c'est la préférence européenne, le Made
07:01in Europe.
07:02Emmanuel Macron parle d'un accord imminent avec l'Allemagne sur le sujet.
07:06Comment est-ce que vous regardez, vous, cela, le Made in Europe ?
07:09Je le rappelle, c'est l'idée d'imposer un quota de composants européens dans les voitures fabriquées en Europe.
07:15Est-ce que ça veut dire pour Peugeot, si cet accord, effectivement, est trouvé, une autre manière de travailler ?
07:22Est-ce que ça va changer un peu votre chaîne de valeur ?
07:25Non. On trouve que c'est une excellente idée.
07:28Et pour la bonne raison qu'on pense qu'acheter une Peugeot pour un client français, pour un client européen,
07:34ça doit toujours être un acte de civilité.
07:38Dans le sens qu'acheter une Peugeot, c'est un acte qui fait vivre l'industrie européenne, l'économie européenne,
07:45l'emploi européen.
07:46Puisque, par exemple, sur le segment C, les modèles compacts, comme la 308, la 408, la 3008 ou la 5008,
07:54tous ces modèles-là sont produits en France, dans nos usines de Sochaux et de Mulhouse.
07:58Et donc, il y a une promesse de Peugeot qui est que quand on achète une Peugeot, on contribue à
08:03l'industrie et à l'économie européenne.
08:06Et donc, bien entendu, tout élément qui peut favoriser le Made in Europe, on est tout à fait favorable.
08:12Et quand vous parlez avec Dongfeng, que vous connaissez bien, qu'est-ce qu'ils vous disent de ce Made
08:17in Europe ?
08:17Pour eux, ce n'est pas terrible ?
08:18Je vous ai dit, les voitures qu'on développe avec Dongfeng ne seront pas vendues en Europe.
08:22Donc, on pense qu'il y a largement assez de potentiel pour Peugeot pour croître en Chine et dans d
08:27'autres pays à partir de la Chine, mais pas en Europe.
08:30Et on ne veut surtout pas, justement, brouiller les messages et les pistes.
08:36Une Peugeot vendue en Europe fait vivre l'économie européenne.
08:41Et donc, on ne peut pas le mélanger avec des voitures qui viennent de Chine, ce ne serait pas logique.
08:45Je vais encore vous parler des constructeurs chinois parce qu'il y a un accord qui a été trouvé, tout
08:49ça est très frais, entre Pékin et Bruxelles,
08:53pour limiter l'importation de véhicules hybrides chinois en Europe.
08:58Vous, vous êtes quand même assez fort sur ce marché, le marché de l'hybride.
09:01Est-ce que pour vous, c'est une bonne nouvelle de savoir que certainement, bientôt, il y aura un petit
09:05peu moins de véhicules hybrides chinois sur le marché européen ?
09:08Écoutez, je vous dis un secret, je ne fais pas partie des délégations qui négocient ces accords entre l'Europe
09:13et la Chine.
09:14Donc, je n'ai pas vraiment d'avis sur le sujet.
09:16Tout ce que je peux vous dire, c'est que nous, on accepte la concurrence, on accepte le défi lancé
09:23par d'autres concurrents,
09:24d'être plus innovants, plus avant-gardistes, d'avoir un design qui fait envie.
09:30Mais on souhaite avoir une concurrence qui est basée sur des règles saines et justes.
09:36Donc, tout ce qui peut contribuer à ça est évidemment toujours bienvenu.
09:38Ce sera ma dernière question à la fave, un petit peu.
09:41Voilà, on va sortir un petit peu peut-être de ce mondial de l'automobile.
09:43Enfin, pas tant que ça, puisqu'Emmanuel Macron a fait sa dernière visite lors de ce salon.
09:49Beaucoup d'autres candidats à la présidentielle sont attendus.
09:52Est-ce que vous, c'est un sujet que vous regardez en tant que chef d'entreprise, cette élection présidentielle
09:57française ?
09:57Oui, bien entendu, l'Europe, la France est un marché très important pour Peugeot, je n'ai pas besoin de
10:01le dire.
10:02Ça fait 40% de nos volumes européens.
10:04Donc, évidemment, ce qui se passe en France est extrêmement important pour nous.
10:07Il y a un message, indépendamment des partis, aujourd'hui qui est généralement reconnu par tous,
10:14c'est la nécessité de réindustrialiser la France.
10:18Et notre message à nous, c'est de dire, avant de réindustrialiser, ou en plus de réindustrialiser,
10:23pensons à protéger, à soutenir, à faire prospérer l'industrie française qui existe déjà en France.
10:30Et nous, on a beaucoup d'usines en France et en Europe.
10:32Et donc, je pense que c'est ça le message qu'on essaye de faire passer, c'est que oui,
10:36la réindustrialisation, c'est très bien.
10:37Mais pensons aussi à tout ce qui peut contribuer à faire prospérer l'industrie qui existe déjà en France.
10:44Merci beaucoup, Alain Favet, d'avoir été avec nous sur BFM Business depuis le Mondial de l'Automobile de Paris.
10:49Je rappelle que vous êtes le directeur général de Peugeot. Bon Mondial !
10:53Merci.