00:00Good morning business, parole de patron.
00:04Bonjour Laurent Wronski, vous êtes directeur général d'AirVor, fondé en 1945,
00:10dernier fabricant de compresseurs d'air destinés au démarrage des moteurs diesel.
00:14Vous êtes basé à Argenteuil.
00:16Alors le budget va être présenté ce matin.
00:19Est-ce que vous êtes inquiet ?
00:22Il y a le baromètre Rodoxa BFM Business qui montre que 90% des Français sont pessimistes.
00:29Le moral économique était vraiment au plus bas.
00:33Moi je suis chef d'entreprise donc je n'ai pas le droit d'avoir le moral dans les chaussettes.
00:38Vous pourriez l'avoir ?
00:39Oui je pourrais l'avoir.
00:40Bon maintenant je ne suis pas non plus si vous voulez complètement naïf.
00:44Par rapport à la question que vous me posez sur le budget, je ne m'attends absolument pas à des
00:48miracles.
00:48La question qu'il faut d'abord se poser c'est qu'est-ce que le gouvernement peut vraiment mettre
00:52en œuvre au niveau budgétaire ?
00:53Budget pour rien ?
00:55Peut-être pas pour rien mais on va avoir droit de nouveau à la grande saga auquel on assiste depuis
01:01la dissolution.
01:02Et on sait très bien que la marge de manœuvre est extrêmement faible.
01:05Et ce qui m'inquiète réellement c'est que les véritables problèmes du pays ne vont pas être traités.
01:10Et là pour l'instant on s'attaque aux symptômes.
01:13Alors je ne dis pas qu'il ne faut pas le faire parce qu'il faut réduire les coûts.
01:16Mais si on ne s'attaque pas à la racine du mal, ça recommencera dans six mois, dans un an,
01:22dans un an.
01:22Alors qu'est-ce qu'il faut faire ? Qu'est-ce que vous, vous pourriez proposer ?
01:25Écoutez, moi je n'ai pas la prétention d'avoir la solution miracle.
01:28Mais dans le monde que je connais bien, qui est le monde de l'entreprise, de l'économie,
01:34quand vous avez un problème, on s'attaque à la racine du problème.
01:37Et on essaie de le résoudre même si la solution est impopulaire.
01:42Mais la racine du problème c'est quoi ? C'est l'endettement ? Ou c'est la croissance ?
01:46Non, l'endettement est une conséquence. Mais déjà vous voyez, il y a une chose intéressante.
01:49C'est quoi ? C'est la compétitivité ? Qu'est-ce que vous appelez la racine du problème ?
01:52Alors, la dette c'est la conséquence de globalement 30 ans de mauvaise gestion du pays.
01:58Que ça soit au niveau des budgets sociaux, de redistribution,
02:02puisque en clair la moitié de la dépense publique c'est de la redistribution.
02:05Et après le reste c'est des frais de fonctionnement et autres.
02:08Donc on connaît, si vous voulez, les racines du problème.
02:12Il y a eu comité théodule sur comité théodule.
02:15Je pense qu'il y a plus de rapports sur ces questions-là qu'à la Biothèque Nationale.
02:18Et donc ?
02:19On a manqué de courage politique.
02:21Je veux dire que quel que soit le gouvernement,
02:23je veux dire qu'on a repoussé à demain ce qu'il fallait faire tout de suite.
02:25Qu'est-ce qu'il faut faire ?
02:26Donc là, aujourd'hui, en clair, nous avons un État qui est obèse,
02:30qui vit largement pour lui-même et qui ne peut plus se permettre son train de vie.
02:35Donc de toute façon, il faut remettre à plat la dépense publique.
02:37Donc on coupe dans les dépenses, là il y a 54 milliards d'économies qui sont proposées.
02:40Il faut remettre à plat, si vous voulez, étudier l'efficacité de la dépense publique.
02:45Je veux dire que dans le débat, on entend,
02:47si on réduit la dépense publique, il y aura moins de possibles de policiers au carrefour,
02:52il y aura moins d'infirmières dans les hôpitaux, etc.
02:55Non, c'est complètement faux.
02:56Quand vous parlez aux gens qui sont en première ligne,
02:58ce que nous les managers ont fait dans le cadre de nos fonctions
03:01tous les jours que le bon Dieu a créé,
03:03eux-mêmes ont des solutions.
03:04Je veux dire, vous avez des services qui fonctionnent mal,
03:06parce qu'ils sont ankylosés, parce qu'ils sont lourds,
03:09parce qu'ils n'ont pas fait la révolution copernicienne
03:11qu'ont fait beaucoup d'entreprises depuis 10-15 ans,
03:14réduire le nombre d'échelons hiérarchiques,
03:18introduire de la technologie pour automatiser certaines tâches qui n'ont pas d'intérêt.
03:20Alors justement, là il y a l'IA qui arrive,
03:22est-ce que ça, ça peut être une véritable révolution
03:24pour rendre nos services publics plus efficaces ?
03:26Mais ça l'est déjà, mais ce n'est pas que ça.
03:29Je ne suis pas sûre que l'IA soit véritablement intégrée dans tous nos process.
03:32Non, mais ce n'est pas que ça.
03:33C'est-à-dire qu'il ne faut pas tout miser sur un outil technologique.
03:36Ce qui compte, ce n'est pas l'outil en lui-même,
03:38c'est comment vous allez l'utiliser.
03:40Et aujourd'hui, pour que les choses soient plus efficaces,
03:43je pense qu'il faut retourner l'étape,
03:45c'est-à-dire demander aux opérateurs eux-mêmes
03:46quelles sont les propositions.
03:48C'est ce qu'on fait dans nos entreprises,
03:49et vous seriez très surprise du résultat.
03:51Donc aujourd'hui, le budget qu'on va nous présenter
03:54ne s'attaque absolument pas, si vous voulez,
03:57aux racines du mal,
03:58et ne propose pas de réorganisation de l'État.
04:02Est-ce que vous avez peur d'une crise financière ?
04:04Sébastien Locornus s'est montré assez alarmiste hier,
04:07et il disait que le réel nous rattrape
04:09avec un OAT au-dessus des 4,8%.
04:12Bien sûr, mais vous savez, je me souviens...
04:14Vous pensez qu'il peut y avoir une crise ?
04:16Mais c'est une évidence, parce que certaines personnes
04:20pensent que la Maison France peut émettre du papier,
04:24qu'il y aura toujours la queue devant la porte,
04:26et qu'on va se battre pour acheter notre papier.
04:29Alors déjà, on n'est pas tout seul.
04:30Pour l'instant, on l'a dit.
04:32Oui, d'accord, mais on est de moins en moins tout seul,
04:34et c'est le propre des crises,
04:35c'est que si vous voulez,
04:36elles n'arrivent pas de façon progressive,
04:38elles arrivent de manière soudaine.
04:39Donc le jour où vous avez un incident de crédit,
04:41c'est-à-dire que finalement,
04:42France Trésor n'arrive pas à placer tout son papier,
04:44c'est là où les choses peuvent se passer très vite.
04:46Est-ce que vous trouvez ça normal quand même,
04:48que dans ce budget,
04:49on voit que tout le monde est mis à contribution,
04:50les entreprises également,
04:52la surtaxe d'IS, même si elle est réduite,
04:55elle est quand même reconduite,
04:56et puis il y a d'autres mesures,
04:58baisse des allégements de charges,
05:00indemnité de licenciement des hauts revenus
05:01qui sont davantage taxées.
05:03Vous trouvez que c'est normal finalement
05:04de participer à l'effort national ?
05:06Alors je vais vous dire, dit comme ça,
05:08c'est comme être pour la paix dans le monde.
05:10Je ne vais pas dire non, je ne suis pas d'accord.
05:12Par contre, ce que je trouve particulièrement démoralisant,
05:14il n'y a pas que pour les chefs d'entreprise,
05:16c'est que le discours est punitif.
05:19C'est-à-dire que tout le monde est en train de regarder le ciel
05:21et de se dire sur quelle tête le missile fiscal va tomber.
05:24Alors c'est toi qui vas payer, c'est toi qui vas payer.
05:26Un peu sur tout le monde,
05:27donc finalement ça ne fait pas de jaloux.
05:29Oui, certes,
05:30mais finalement le meilleur remède,
05:31c'est de pouvoir restaurer la croissance,
05:33c'est d'avoir un pays qui soit prospère.
05:34Et donc avant de se dire
05:37qui va payer et qui va passer à la caisse,
05:39c'est de se poser les vraies questions sur comment restaurer la croissance.
05:42Quand le soleil brille, il brille pour tout le monde.
05:44Alors vous, la croissance, vous la connaissez.
05:45Vous produisez à Argenteuil,
05:47votre entreprise est florissante,
05:49elle est mondialisée.
05:50Comment vous restez compétitif
05:52par rapport au marché asiatique ?
05:55Et c'est quoi le handicap
05:57qu'il peut y avoir en France
05:58que vous, vous ne semblez pas connaître ?
06:00Non, alors d'abord,
06:01je ne vis pas en Haute-Franche,
06:03je vous le rassure.
06:05Nous, nous sommes comme tous les industriels
06:07qui ont survécu
06:08et qui sont encore en vie aujourd'hui,
06:10on a tous trouvé des positionnements originaux
06:12et on a travaillé notre proposition de valeur.
06:14C'est-à-dire qu'une fois que j'ai dit ça,
06:16c'est-à-dire qu'on essaie de proposer des choses
06:18que les autres ne proposent pas
06:19à un rapport qualité-prix
06:21qui est acceptable pour nos clients.
06:23Donc c'est exactement ce qu'on a fait.
06:25Mais regardez, dans mon secteur,
06:28je sais que les auditeurs ne connaissent peut-être pas
06:30le monde des compresseurs,
06:31on est dans le B2B,
06:32on est la dernière entreprise française à le faire.
06:34Mais je connais beaucoup d'industriels
06:36qui sont les derniers deux.
06:38Donc là,
06:39toutes ces entreprises ont généralement
06:41un magnifique positionnement,
06:42ont des produits qui se vendent,
06:43dont certains à l'étranger.
06:45Et là, il va y avoir un vrai sujet
06:46de transmission et de périté.
06:48Ça veut dire que quand on a le bon marché,
06:50le bon secteur,
06:51finalement, la France,
06:52ce n'est pas forcément un handicap.
06:53On dit toujours,
06:54le coût du travail est trop élevé,
06:55il y a trop de taxes,
06:57trop de prélèvements, etc.
06:58Mais vous, vous résistez.
07:00Oui, alors, chère madame,
07:01je vais être un tout petit peu impertinent,
07:02mais je vous rassure de façon très amicale.
07:04J'en prie, vous êtes là pour ça ?
07:05Quand vous dites ça,
07:06vous êtes un peu l'écho d'une petite musique
07:08qui dit, oui, les Français,
07:10ils n'arrêtent pas de râler,
07:11mais finalement, tout va bien.
07:12Vous voyez la dette française,
07:14on l'achète,
07:15il y a du pétrole,
07:16on peut...
07:17Bon, c'est pas exactement comme ça
07:19que ça se passe.
07:20C'est-à-dire qu'une entreprise comme la nôtre,
07:22moi j'ai fait un choix délibéré
07:23de rester en France,
07:24nous avons eu des pressions considérables
07:26de clients étrangers
07:27que je ne nommerai pas
07:28pour déménager dans des pays
07:30dont certains asiatiques.
07:31J'ai refusé de le faire,
07:33j'ai refusé de faire des transferts
07:35de technologie,
07:35parce que je crois à certaines choses,
07:38mais les positions ne sont pas tenables
07:41éternellement.
07:41Si le différentiel de compétitivité,
07:44ça croit,
07:45il va falloir,
07:46si vous voulez,
07:46trouver des solutions
07:47en dehors de la France.
07:48C'est pour ça que
07:49beaucoup de chefs d'entreprise
07:50tirent la sonnette d'alarme,
07:51dont votre serviteur,
07:52pas depuis 10 minutes,
07:53parce qu'on nous parle du budget 27,
07:55mais depuis 10-15 ans.
07:57Eh bien c'est dit,
07:58merci à vous Laurent Bronski
08:00d'avoir été avec nous ce matin,
08:02directeur général d'AirVor.
08:04Une interview à retrouver en podcast
08:05et en replay sur l'application
08:07BFM Business.
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