00:00L'FM Bourse, l'éco du monde.
00:04Alors, on a des propos intéressants aujourd'hui.
00:06Christopher Waller, c'est un membre très influent de la réserve fédérale américaine.
00:10Kevin Walsh l'écoute d'ailleurs, Christopher Waller.
00:13Et donc, ses propos qui datent de ce matin sont assez instructifs
00:16et sans doute très écoutés aujourd'hui par le marché.
00:18Samy Char va nous les décrypter. Bonjour Samy, ravi de vous retrouver.
00:21Je suis le chef économie chez Lombard-Rodier et compagnie.
00:23Pour Christopher Waller, la hausse des taux américains, très spectaculaire,
00:27tient plus de la croissance, des perspectives de croissance de cette économie américaine
00:31que des risques liés à l'inflation.
00:33Donc, une hausse des taux, finalement, qui serait symptôme de quelque chose d'assez positif.
00:38Est-ce que vous partagez son point de vue ?
00:40Oui, absolument.
00:42Après, la raison pour laquelle il dit ça, c'est que les anticipations d'inflation par les marchés
00:46n'ont effectivement pas bougé.
00:47Donc, ça vient d'autre part.
00:48Mais ceci dit, je suis tout à fait d'accord, on va dire à 60% que c'est le
00:53cycle,
00:54la forte croissance nominale qui a entraîné les taux d'intérêt plus haut.
00:57Mais il y a quand même 40% d'éléments un peu plus négatifs qui rentrent dans l'équation.
01:02Typiquement, un conflit non résolu au Moyen-Orient avec un prix du pétrole qui a monté.
01:06Ce n'est pas forcément que ça fait bouger les anticipations d'inflation,
01:09mais ça fait monter la prime de risque que demandent les investisseurs
01:12pour acquérir ces papiers souverains.
01:16Et donc, il y a quand même ces éléments-là.
01:18Beaucoup d'émissions aussi dans le marché obligataire par les grandes entreprises de la tech.
01:22Donc, on va dire, à 60%, 70%, on est d'accord avec Waller,
01:27c'est vraiment le cycle qui pousse ces taux à la hausse.
01:30Mais il y a quand même des éléments contraignants qui viennent aussi justifier cette hausse.
01:34La réalité fiscale en est un autre.
01:37Donc, voilà, il a été un petit peu restrictif dans son jugement, je trouve.
01:40Ce qui est intéressant aussi dans ce qu'a dit ce matin Christopher Waller,
01:42c'est l'avenir tel que l'IA va contribuer à le dessiner.
01:46L'IA, dit Christopher Waller, pourrait créer de grands écarts de productivité entre les pays
01:51dans les prochaines années, de grands écarts de productivité.
01:53Il y en avait déjà, mais sans doute de plus grands écarts, il y a l'IA.
01:55Dans ce cas, comment ça se traduirait et comment les banques centrales réagiraient, d'après vous ?
02:00Alors, il a tout à fait raison et j'ajouterai un élément très important,
02:03c'est des grands écarts entre les pays, entre les zones,
02:05mais surtout de grands écarts entre les secteurs.
02:07Aujourd'hui, là où vous avez le plus d'adoption de l'intelligence artificielle,
02:12c'est dans les secteurs de la technologie, dans les secteurs de la finance
02:15et dans le secteur des services.
02:17Et dans ces segments-là, on voit des gains de productivité
02:20et donc on a un peu tout le mérite d'une révolution industrielle, c'est super.
02:25Par contre, dans tous les autres segments de l'économie,
02:27on ne voit pas d'adoption de l'intelligence artificielle,
02:30on ne voit pas ces gains de productivité.
02:32Et donc, il y a ces espèces de divergences qui se créent entre les économies,
02:35mais aussi au sein des économies, entre les secteurs.
02:38Et ça, évidemment, ça rend la vie très très compliquée pour les banques centrales,
02:41parce que vous allez devoir gérer des espèces d'inégalités sectorielles
02:45dans votre propre économie.
02:46Certains secteurs qui ne font pas bien, certains secteurs qui font super bien,
02:49et vous devez gérer ça avec un seul taux d'intérêt.
02:52Et donc, évidemment, que ça rajoute de la difficulté,
02:55mais c'est quelque chose à prendre en compte.
02:56Et il ajoute, pour conclure sur les propos de Christopher Waller,
02:59encore une fois, c'est presque le numéro 2 de la Fed,
03:01pour exagérer un peu les choses, c'est vrai,
03:03mais enfin, voilà, l'une des voix les plus écoutées,
03:05il affirme que Donald Trump, vous nous direz ce que vous en pensez,
03:07Donald Trump n'a jusqu'ici pas remis en cause,
03:10pas réussi à mettre à mal l'indépendance de la Fed.
03:12Est-ce que vous êtes d'accord, après 5 mois,
03:15ou quasiment 5 mois de mandat de la part de Kevin Walsh,
03:17l'indépendance de la Fed est jusqu'ici préservée ?
03:20Ah oui, Kevin Walsh et la Fed ont quand même monté l'étau en septembre,
03:24qui était la dernière réunion de la Banque centrale américaine avant les élections.
03:28Et donc, très clairement, on peut quand même dire
03:29que là, il y a une indépendance de pensée et une indépendance d'action.
03:33Quand même, personne ne s'attendait à ce que la Fed monte l'étau
03:35juste avant les élections.
03:36En tout cas, c'est quand même une forme de pied de nez à Donald Trump.
03:40Et je dirais que ce qui a préservé l'indépendance de la Fed,
03:42c'est la manière dont elle opère, avec ce board.
03:46Donc, c'est 12 personnes qui prennent la décision.
03:49Le gouverneur, K. Walsh, en a qu'une.
03:51Et je dirais qu'il y a une dernière chose quand même,
03:52c'est que Trump n'a pas eu le temps de vraiment redessiner ce groupe de 12 personnes.
03:58Il a nommé 3-4 personnes dans ce board.
04:01Mais enfin, il aurait fallu qu'il en nomme 3-4 de plus.
04:03Il n'a pas eu le temps.
04:04Les élections de mi-mandat vont probablement, qu'il va perdre,
04:07ne vont probablement pas lui permettre de redessiner davantage ce board.
04:10Donc, il me semble que l'indépendance de la Fed, là, est assez acquise.
04:14Samy, on va revenir juste sur les prévisions du FMI,
04:17les prévisions de croissance.
04:19Ça ne va plutôt pas trop mal sur l'ensemble de la zone euro, à 1,1%.
04:24Alors, pour la France, c'est la douche froide.
04:27Le FMI ne prévoit que 0,4% le fil du trait.
04:31Et oui, c'est un peu dur, effectivement, pour le cas français.
04:34Pour le reste, ça ne va plutôt pas mal.
04:35Bon, c'est un petit peu enteriner la réalité du consensus.
04:40C'est-à-dire que la croissance a été revue à la hausse, c'est bien.
04:42L'inflation a été aussi revue un peu à la hausse.
04:44Ça veut dire qu'on a une croissance nominale qui est quand même assez solide.
04:48Donc, je dirais que, d'une manière générale, ça fait référence à la première chose qu'on a discuté,
04:53c'est-à-dire un cycle qui est quand même vigoureux.
04:55Il y a des exceptions, évidemment.
04:58Et malheureusement pour la France, une des exceptions, c'est la France,
05:01parce que la charge d'intérêt commence à être élevée.
05:04Vous savez que la France a une croissance aujourd'hui autour de 3%.
05:07L'OAT est plutôt autour des 5%.
05:10Et donc, évidemment, on a une base de coûts qui commence à dépasser la base de gains en France.
05:15Et forcément, ça va se payer.
05:16Alors, je dirais que la France a toujours son destin entre ses mains.
05:19Il y a encore la possibilité de passer un budget.
05:21Il y a quand même une maturité sur la dette française qui est longue.
05:25Il y a toujours la BCE.
05:27Il y a toujours un secteur privé en France qui va quand même bien.
05:29Les entreprises, les ménages et les banques.
05:31Donc, je dirais que la France a toujours son destin entre ses mains.
05:34Mais effectivement, c'est un peu le canard boiteux de cette révision des perspectives économiques du FMI.
05:40Effectivement, le 10 ans français est à 4,85 cet après-midi.
05:43Merci beaucoup de nous avoir accompagné.
05:44Samy Charles, le barodier et compagnie.