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  • il y a 2 semaines
Luce Grammond vient nous présenter la Nef, une coopérative bancaire qui a fait de la transparence l’un de ses marqueurs forts.

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00:01Générique
00:05Je vous présente tout de suite mes invités, tous lobbyistes, c'est notre rubrique avec Luce Grammont, bonjour.
00:11Bonjour.
00:11Re-bonjour, heureux de vous retrouver sur ce plateau cofondatrice de Green Lobby, Yvan Chaleil, bonjour.
00:16Bonjour.
00:16Le président du directoire de l'ANEF que vous allez nous présenter, c'est une coopérative, c'est ça ?
00:21Une banque coopérative ? Comment on peut présenter l'ANEF ?
00:23C'est une banque éthique, donc c'est la première et la seule banque éthique en France et on pourra
00:28détailler un petit peu ce que c'est que l'éthique,
00:30mais en gros c'est vraiment de faire de la banque différemment et nous sommes autonomes et indépendants depuis maintenant
00:362024 et donc avec pas mal d'actualité.
00:39Avec une dimension coopérative ou pas du tout ?
00:41Tout à fait, nous sommes une coopérative depuis près de 40 ans, donc détenue par ses 50 000 sociétaires aujourd
00:47'hui.
00:47Ok, en quelques mots Luce, même si vous venez régulièrement dans l'émission, présentez-nous Green Lobby et puis le
00:52principe de tous lobbyistes peut-être en quelques mots.
00:55Le principe de tous lobbyistes, c'est de rendre accessible le lobbying à tout le monde.
01:00Aujourd'hui, le lobbying, c'est un privilège, un jeu d'argent.
01:05Ceux qui ont le pouvoir sont ceux qui peuvent se payer des prestations de cabinets d'affaires publiques ou des
01:13chargés d'affaires publiques à l'interne.
01:16Or, le lobbying qui consiste, qui en soi n'est pas plutôt utile pour les décideurs politiques, c'est présenter
01:24les intérêts de chaque parti dans la société civile, parmi les entreprises, parmi les citoyens.
01:29Mais ce lobbying n'est pas accessible à tout un tas d'entreprises, petites, moyennes, des collectifs et des associations.
01:36L'idée, c'est de démocratiser et de rendre accessible pour rééquilibrer un peu ce rapport de force.
01:42– Et donc, c'est ce que Green Lobby propose ? – Exactement.
01:45– Vous invitez souvent des associations, d'ailleurs, dans notre rubrique commune.
01:50Banque éthique, c'est vrai que quand on entend ces deux mots associés, on se dit qu'il y a
01:54quand même peut-être un petit souci.
01:55Il ne devrait pas, d'ailleurs.
01:56– Ça peut faire penser à un oxymore. – Oui, c'est ça.
01:59Deux mots contradictoires qu'on associe dans une même expression.
02:02– Tout à fait.
02:02– Eh bien, effectivement, depuis 40 ans, on essaye de faire de la banque autrement,
02:07c'est-à-dire de mettre l'argent à sa juste place.
02:10Et c'est vrai que souvent, on se pose la question, ou vous pourriez vous poser la question,
02:15de qu'est-ce qui est fait de mon argent ?
02:17Quand je le confie à la banque, qu'est-ce qui est fait ?
02:19Est-ce qu'il dort en attendant que je le récupère ?
02:22Et non, il est placé, il investit, il fait plusieurs fois le tour du monde.
02:25Et aujourd'hui, dans les banques dites classiques, donc non-éthiques, cet argent, on ne peut pas le tracer.
02:32Et il finance tout et n'importe quoi, et notamment des activités qu'on peut considérer comme nocives pour la
02:38planète,
02:39ou pour l'habitabilité de la planète, ou pour notre société.
02:42Et à la différence, une banque éthique, c'est vraiment le circuit court de l'argent,
02:46c'est-à-dire qu'on collecte de l'épargne auprès des citoyens,
02:49et en toute transparence, on leur dit ce qui est fait avec cet argent.
02:53Et on le prête à des centres de santé, là où il n'y a plus de médecins dans le
02:59village,
02:59à un magasin biologique pour avoir des produits de santé, pour la rénovation d'une école.
03:05Et c'est vrai que la banque éthique repose sur quatre piliers,
03:09donc ce circuit court de l'argent qui fait que n'importe qui peut comprendre ce qui est fait de
03:14cet argent,
03:14sans spéculation, la transparence dans les financements,
03:17on vous dit de façon publique tout ce qui est fait avec l'argent qui est prêté.
03:21Évidemment, on ne finance qu'une certaine économie réelle,
03:24que des projets sociaux, culturels ou écologiques,
03:28et le tout avec des principes coopératifs, comme vous l'avez mentionné juste avant.
03:33Qui sont vos clients ? Est-ce que c'est une banque qui est un peu pour des privilégiés qui
03:38décident de s'engager ?
03:40Alors, il y a des privilégiés qui décident de s'engager,
03:42mais il y a vraiment tout un public au niveau de la NEF aujourd'hui.
03:45On a presque, je vous disais, 50 000 sociétaires et un peu plus de 100 000 clients aujourd'hui,
03:50de 18 à 80 ans.
03:52Et on a effectivement des épargnants qui ont surtout envie de savoir ce qui est fait de leur argent.
03:58Et donc, au-delà de la question de la rémunération,
04:00ils ont vraiment envie d'être des consom-acteurs.
04:02et à côté de cela, des entrepreneurs qui souhaitent emprunter,
04:07qui en l'occurrence empruntent à des taux tout à fait similaires
04:10à ce qu'ils pourraient avoir dans des banques classiques,
04:12sauf qu'ils font ça avec des professionnels qui connaissent du coup leur secteur
04:16et qui les accompagnent tout au long de leur projet.
04:18Votre avis, Luce Gramont, sur le rôle de la finance ou de la banque
04:22dans les transitions dont on parle ici ?
04:24La banque, la finance, c'est le nerf de la guerre.
04:27Donc, c'est éminemment stratégique de savoir ce qu'on finance
04:31et ce qu'on ne finance pas.
04:33Ça permet de maîtriser ce qu'on produit.
04:35Ça permet de donner de la valeur au territoire
04:40et de remettre du moyen terme,
04:43là où le court terme et la spéculation empêchent le développement de projets
04:50et réellement l'innovation des entreprises.
04:53Aujourd'hui, on a besoin de souveraineté économique
04:56et ça se passe dans des projets
05:00qui ne sont pas forcément dans le court-termisme
05:06mais dans les territoires où on en a le plus besoin.
05:10On a besoin de rénover les écoles, on a besoin d'épiceries,
05:13on a besoin pour notre autonomie alimentaire, énergétique, notre souveraineté.
05:19On a besoin de relancer certaines industries.
05:22Donc, c'est absolument essentiel.
05:24Et pour l'instant, on considère que c'est un petit peu technique,
05:27c'est très flou, que ça ne concerne pas le citoyen,
05:30ça concerne éminemment le citoyen.
05:32C'est presque un choix de modèle économique dont on parle.
05:35C'est pas seulement se donner bonne conscience en investissant.
05:37C'est un choix de modèle économique
05:39et c'est un choix éminemment démocratique
05:42qui est susceptible de relancer l'économie française et européenne.
05:49Donc, on est là sur un objectif vital
05:54pour protéger nos industries,
05:56pour protéger notre activité économique.
06:00Il est essentiel que le citoyen ne se sente pas un peu impressionné,
06:05qu'on se dise pas, voilà, c'est une boîte noire totale
06:07sur laquelle on n'a pas de prise.
06:10Et puis, il n'y a pas d'autre solution que de mettre sur la bulle spéculative.
06:14Si, il y a vraiment d'autres solutions.
06:16Et elles marchent et elles sont plus robustes, en réalité.
06:19Ce type de banque et ce type d'investissement
06:23supportent mieux les crises.
06:24C'est maintenant avéré.
06:26Vous disiez tout à l'heure, Yvan Chaleil,
06:29l'ANEF est quoi ?
06:30Indépendante depuis deux ans, c'est ça ?
06:32Oui, c'est ça.
06:33Ça a été compliqué, ça a été un combat ?
06:35Comment ça s'est passé ?
06:36Oui, alors c'est vrai que sur 40 ans d'existence,
06:39deux ans d'indépendance, ça paraît peu.
06:40C'est vrai que nous étions depuis le début une coopérative,
06:42mais les mécanismes bancaires à l'œuvre en France
06:45font qu'être une petite banque, c'est pas vraiment la norme.
06:49Et depuis la fin des années 80,
06:51la financiarisation de l'économie a aussi été,
06:55il y a eu en parallèle, vraiment une concentration
06:57dans le système bancaire.
06:59Et finalement, indirectement, l'ANEF s'est retrouvée adossée,
07:02comme on dit, à un grand groupe bancaire.
07:04Et donc, c'est-à-dire, au fur et à mesure,
07:06les règles de ces grands groupes bancaires
07:08font que vous devenez petit à petit
07:10une banque comme les autres.
07:12Et le projet de l'ANEF, qui date des années 80,
07:14ce n'était surtout pas d'être une banque comme les autres.
07:17Donc vous étiez obligé d'évoluer vers une banque comme les autres ?
07:20En tout cas, en bagarre permanente.
07:22Tout à fait.
07:23Et donc, c'est vrai que pour préserver le projet
07:26qui est vraiment que l'argent relie les êtres humains,
07:28que l'argent soit à sa juste place
07:30et que la banque soit un outil au service de la société,
07:32il a fallu qu'on fasse ce pas de côté.
07:35C'était évidemment un pas un peu long
07:37puisque les régulateurs bancaires
07:39ne sont pas spécialement enclins
07:41à accueillir des nouvelles petites banques,
07:43qui plus est éthiques,
07:44donc avec des pratiques en plus un petit peu différentes,
07:47qu'on qualifie nous de vertueuses.
07:49Et c'est vrai que là, ce qui a fait la différence pour nous,
07:52c'est qu'on est allé voir le régulateur
07:55avec un dossier,
07:56mais ce dossier, on l'a appuyé du fait
07:58qu'on allait lever des fonds auprès des citoyens.
08:00On s'est engagé à dire qu'il y aurait des citoyens
08:03qui seraient derrière nous
08:04pour qu'il existe une banque éthique,
08:05que c'était vraiment indispensable à notre société.
08:08On avait dit qu'on lèverait 25 millions d'euros
08:10de capital en trois ans,
08:11on l'a levée en deux ans,
08:12et c'est vrai que ça a été sûrement
08:14l'effet déclencheur,
08:15puisque finalement, cette banque citoyenne
08:17a vu le jour grâce au financement des citoyens.
08:20Quel rôle vous avez joué,
08:20Luce Gramont,
08:21dans ce plaidoyer,
08:23en quelque sorte,
08:23et quelle leçon vous en tirez ?
08:26Écoutez, c'est vrai que sur le papier,
08:28c'était David contre Goliath.
08:30Et en réalité,
08:31David a fait valoir des arguments
08:32tout à fait tangibles.
08:34Un premier argument,
08:35comme Yvan vient de l'expliquer,
08:37c'est les citoyens.
08:38Donc 6 000 personnes qui s'engagent,
08:40des millions de...
08:42Parce que, en fait,
08:44ces citoyens,
08:44ils sont absolument ravis de cette banque.
08:46Ce n'est pas un guichet,
08:47comme on a l'habitude,
08:49avec des chats,
08:51on ne peut plus parler à son conseiller,
08:52là, les conseillers,
08:53ils vont voir les projets,
08:55ils les connaissent,
08:55et ça rend très robuste.
08:57Et là, je passe sur le deuxième argument,
08:59qui est un argument économique,
09:01qui, effectivement,
09:01les décideurs politiques,
09:02qu'on a contactés très largement,
09:04on a contactés les autorités
09:07qui décident administratives,
09:09mais bien sûr,
09:10on a contactés
09:12les cabinets ministériels,
09:13et puis tout un large panel
09:16de députés sur tous les bancs.
09:18Parce qu'il fallait faire,
09:19si j'ai bien compris,
09:20évoluer la réglementation,
09:22c'est ça ?
09:22Oui, tout à fait.
09:23C'était l'autorité indépendante
09:25qui devait donner son accord.
09:27Donc, c'est une décision administrative,
09:29et c'est dans le monde feutré de la finance,
09:31c'est tout à fait atypique,
09:32ils sont les seuls et les premiers,
09:35ils ont réussi ce tour de force,
09:37parce que, voilà,
09:38on a su convaincre,
09:39politiquement,
09:40que ça tenait la route,
09:41que c'était robuste économiquement,
09:43que les citoyens
09:46qui étaient à cette banque,
09:47et qu'il y avait un souhait des citoyens
09:50d'être plus proche de leur banque,
09:51d'avoir réellement une banque
09:53qui finance l'utilité du territoire,
09:55l'utilité de leurs emplois,
09:58avec des créations d'emplois,
10:00des entreprises, etc.
10:01Donc, ça a été très solide.
10:04Il y a des exemples à l'étranger
10:06qu'on voudrait d'ailleurs reporter
10:07pour les présidentielles,
10:08mais ça sera peut-être
10:11la question d'après.
10:13Et donc, le législateur,
10:15le régulateur s'est laissé convaincre.
10:17On va effectivement parler
10:18de la présidentielle dans un instant,
10:20mais un mot peut-être sur
10:21à quel point vous êtes à contre-courant,
10:23parce que le monde bancaire
10:26est plutôt en train de se concentrer,
10:28de fermer un certain nombre d'agences.
10:31Vous n'êtes pas dans cette logique-là, vous ?
10:32Tout à fait.
10:33On est effectivement complètement à l'inverse.
10:35Alors déjà, sur la concentration bancaire,
10:37les quelques banques encore indépendantes
10:39qui existent sont des petites banques privées,
10:41et il y en a de moins en moins,
10:42et en tout cas,
10:42pas de nouvelles qui se créent.
10:43Donc, avoir un nouvel agrément en France,
10:45c'était vraiment David contre Goliath,
10:48comme disait Luce à l'instant.
10:49Donc ça, c'était une première victoire,
10:51et c'est vrai que pour nous,
10:53il y a vraiment cette ambition
10:54de montrer qu'on peut faire différemment.
10:57On peut être rentable,
10:58on peut être tout à fait conforme
11:01à la réglementation,
11:02mais vraiment avoir une action éthique,
11:05et notamment cette action éthique,
11:06elle doit se montrer sur les territoires.
11:08Et c'est vrai que là où on ferme
11:10des centaines d'agences chaque année,
11:12la NEF a développé un concept
11:14de banquier itinérant,
11:15où on a plutôt des personnels
11:17un petit peu partout en France,
11:18et qui vont rencontrer les porteurs de projets,
11:20ce qui d'ailleurs est une très bonne façon
11:22de diminuer le risque dont on parlait tout à l'heure.
11:24Quand vous allez voir un projet sur le lieu,
11:27vous comprenez beaucoup plus de choses
11:28qu'un simple dossier et des tableaux Excel.
11:31Et c'est vrai que cette notion
11:33de lien au territoire,
11:34pour nous, c'est essentiel,
11:35et notre développement et notre indépendance
11:37va nous permettre d'être encore plus présents
11:39au territoire.
11:40Qu'est-ce que vous attendez ?
11:42Il nous reste une minute trente,
11:42il faut aller très vite
11:43de la présidentielle, Luce Gramont.
11:45Dans ce domaine particulier.
11:47Dans ce domaine particulier,
11:48de mettre en avant la souveraineté,
11:50de mettre en avant le dynamisme des territoires.
11:53Et je prendrai un exemple aux Etats-Unis,
11:55dans les années 70,
11:57le temple du capitalisme,
11:59il y a une loi bancaire
12:01qui a obligé les banques
12:02à réinvestir leurs collectes,
12:06les fonds,
12:06sur le territoire.
12:07Voilà.
12:08Donc, je pense qu'on peut vraiment
12:09s'inspirer de cela,
12:12parce que ça crée une boucle vertueuse
12:15économiquement,
12:15et puis ça répond aux attentes
12:17de nos besoins
12:18pour les enjeux du 21e siècle.
12:20Allez, une mesure que vous attendez ?
12:21Oui, peut-être en 2008,
12:23il y a eu cette crise financière,
12:24on a sauvé les banques
12:25et on a oublié de mettre
12:26des contreparties.
12:27La demande que nous, on fait,
12:29c'est de mettre de la transparence
12:31dans tous les financements,
12:32et des engagements, évidemment,
12:34pour financer l'économie réelle,
12:35mais pas n'importe quelle économie réelle,
12:36celle qui est en lien
12:37avec l'économie sociale et solidaire,
12:39donc qui soigne la société.
12:40Merci beaucoup à tous les deux
12:42et à bientôt sur Be Smart for Change.
12:45On passe tout de suite
12:46à notre rubrique Smart.

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