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Vendredi 23 octobre 2026, retrouvez John Pinte (Président, SNIIL), Charlotte Kerbrat (Fondatrice, Charlotte K) et Nicolas Fermini (Cofondateur, DigitalSanteLib) dans SANTÉ FUTURE, une émission présentée par Alix Nguyen.
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00:08Bonjour à tous et à tous, bienvenue dans Santé Futur, votre rendez-vous dédié à l'innovation et à l
00:12'avenir de la santé.
00:13Aujourd'hui, on s'intéresse à l'avenir de la profession infirmière.
00:17Selon le dernier baromètre réalisé par l'IFOP pour Charlotte K, 63% des infirmières et infirmiers interrogés envisagent de
00:25changer de métier.
00:26Ils étaient 57% trois ans plus tôt et seuls 31% se disent satisfait de leur situation professionnelle.
00:32Alors, comment expliquer ces chiffres ? Quelle différence entre l'exercice salarié et libéral ?
00:37Et les réformes en cours peuvent-elles réellement améliorer les conditions d'exercice ?
00:41On en parle avec nos deux invités, Charlotte Kerbrat, ancienne infirmière, fondatrice de Charlotte K, à l'origine de ce
00:48baromètre,
00:49et John Pint, président du SNIL, le syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux.
00:54Nous retrouvons ensuite Camille qui a recueilli le témoignage de Sandrine, une infirmière qui a décidé de se reconvertir.
01:01Enfin, notre pépi de santé, c'est Digital Santé Libre, une entreprise qui développe des outils numériques
01:06pour faciliter les remplacements infirmiers et les renforts dans les établissements de santé.
01:15Bonjour à tous les deux, bienvenue dans Santé Futur.
01:17Bonjour.
01:18Charlotte Kerbrat, votre baromètre réalisé avec l'IFOP auprès de 1662 infirmières et infirmiers, révèle que seuls 31% sont
01:28satisfaits de leur situation professionnelle.
01:29Ils étaient donc 36% en 2023. Qu'est-ce qui explique cette dégradation ?
01:36Il y a beaucoup de choses qui expliquent tout ça. Ça date d'il y a plusieurs années.
01:40Si on remonte un petit peu au Covid en 2020, ça paraît ancien, mais il y a beaucoup de choses
01:46qui sont restées depuis cette crise du Covid.
01:49Il y a eu le Ségur de la santé. On se dit que c'est bon, on a rattrapé un
01:52petit peu le niveau de la rémunération.
01:55Mais finalement, ça n'a concerné que les fonctionnaires, ce Ségur.
01:57Quand on va parler après tout à l'heure des idèles, des infirmières libérales, elles n'ont pas du tout
02:02été concernées.
02:02Donc là, le baromètre, on l'a demandé à tous les infirmières, qu'elles soient fonctionnaires, privés ou libérales.
02:09Donc en fait, ça montre que toute la profession souffre.
02:12Donc certes, les fonctionnaires, par exemple, ont été augmentés.
02:14Mais par exemple, les infirmières libérales n'ont pas du tout eu de primes au moment du Covid.
02:19Et donc tout ça, on le traîne depuis plusieurs années.
02:21Et donc là, il y a vraiment les revendications par rapport à la rémunération.
02:26Donc en pôle position.
02:27Voilà.
02:28Et par rapport à la charge de travail.
02:30Donc c'est vraiment la surcharge de travail.
02:32Et on le voit avec le baromètre, qui est une vraie réalité, avec une vraie fatigue.
02:36Parce qu'on a 94% de nos infirmières qui déclarent être fatiguées.
02:39Donc quand on travaille en étant fatigué, c'est mauvais pour soi, mais c'est aussi dangereux pour les patients.
02:45On va pouvoir y revenir, John Pint.
02:47Donc du côté des infirmiers libéraux, le constat est lui aussi préoccupant.
02:50Selon ce baromètre, 76% des libéraux interrogés ont déjà envisagé de cesser leur activité.
02:57Qu'est-ce qui les pousse à envisager d'arrêter ?
03:00Je crois qu'il y a, c'est ce qui vient d'être dit, c'est-à-dire qu'il
03:04y a ce problème de rémunération.
03:07Alors après, il y a eu des revalorisations qui ont été faites au fur et à mesure.
03:11Est-ce que vous vous rappelez peut-être la rémunération dans l'État ?
03:14C'est très compliqué, parce que les infirmiers libéraux sont rémunérés à l'acte.
03:17Donc il y a des actes qui vont être moins bien rémunérés, d'autres mieux rémunérés.
03:21La variation, elle est très importante.
03:24C'est-à-dire que sur une injection, on est autour de 3, 4,50 euros, on va dire.
03:29Sur un pansement, on va jusqu'à 14, 15 euros.
03:33Voilà, donc il y a des variations qui sont liées à l'acte.
03:37Mais il y a eu énormément de retard sur des revalorisations de nos lettres-clés.
03:44C'est-à-dire que pour coter un acte, on se base sur une valeur d'une lettre-clé, ce
03:49qu'on appelle une lettre-clé.
03:50Cette lettre-clé, elle n'a pas été revalorisée pendant 15 ans.
03:53Donc c'est quelque chose qui a été très mal compris par la profession.
03:57Et comme vous l'avez dit, sur la crise Covid, il y a eu le sentiment qu'on a beaucoup
04:00donné.
04:01Et c'est vrai que la profession libérale, des infirmiers libéraux, était vraiment sur le terrain.
04:05Alors à l'hôpital, ils y étaient aussi.
04:06Mais on était dans les domiciles avec les patients Covid.
04:09On a dû se débrouiller.
04:11Alors à l'hôpital, on a certaines organisations, même si elles étaient défaillantes à ce moment-là.
04:15En libéral, c'est vraiment chacun pour soi et on se débrouille.
04:18Donc il y a eu ce sentiment d'avoir contribué à passer cette crise.
04:23Et ensuite, pas de revalorisation.
04:26Et malgré tout, il y a eu des revalorisations, mais uniquement sur des actes ciblés au fur et à mesure
04:30des années.
04:31Et ça, la profession ne l'a pas compris.
04:33Et je crois qu'il y a eu vraiment...
04:36Cette crise Covid a été un facteur déclenchant.
04:40On a eu des actes rémunérés pendant la crise Covid qui étaient globalement assez bien rémunérés.
04:45On était dans l'urgence, il fallait que les infirmiers y aillent.
04:48Les actes ont été bien valorisés.
04:50Mais de ce fait, une fois qu'on est revenu dans le droit commun,
04:52nos actes quotidiens n'avaient plus de valeur.
04:55C'est-à-dire qu'on était mieux rémunérés pendant la crise Covid et on ne l'était plus aussi
04:59bien une fois qu'on était revenu dans le droit commun.
05:01Et ce qui fait que ça a généré de l'incompréhension et des leviers qui avaient été levés pendant la
05:07crise Covid où il fallait faciliter la continuité des soins.
05:12Donc il y a plein de barrières administratives qui avaient été levées.
05:15Et le retour dans le droit commun a été très violent pour la profession.
05:19Donc il y a eu vraiment cette crise qui a vraiment enclenché ce mal-être de la profession.
05:27Et pour revenir sur les libéraux, je crois qu'ils sont aussi les réceptacles du mal-être de la population.
05:35En fait, c'est aussi un problème.
05:37C'est-à-dire qu'on est déjà dans une société qui ne va pas très bien, qui ne voit
05:40pas grand-chose de positif dans l'avenir.
05:42Et la profession infirmière et notamment les libéraux sont parfois les seules personnes que voient les patients qui sont devant
05:49leur télé toute la journée à stresser, à voir l'information en continu.
05:53Et la profession doit être le réceptacle de tout ce mal-être.
05:57Donc quand vous n'êtes déjà pas bien, inévitablement, ça génère encore plus de stress et d'angoisse.
06:03Charles Kerbrat, autre chiffre marquant, 40% des professionnels interrogés évoquent une déshumanisation du soin.
06:10Les infirmiers ont le sentiment de ne plus pouvoir se soigner comme ils le voudraient.
06:14En fait, globalement, quand on entend les chiffres, on a l'impression que les infirmières n'aiment plus leur métier
06:18et veulent quitter le métier.
06:20Mais finalement, ce qu'on voit, et ça on est tous d'accord pour le dire, la majorité aime leur
06:26métier.
06:26Oui, on aime tous notre métier, même quand on le quitte, on ne le fait pas à cause du métier,
06:31c'est souvent à cause de l'environnement de travail.
06:34Et moi, quand j'accompagne les infirmières dans le cadre de leur bilan de compétences, au début, elles me disent
06:37« je veux quitter ma blouse ».
06:39Elles voient dans les réseaux sociaux ce geste de « je quitte ma blouse, je balance tout à la poubelle
06:43».
06:43Et en fait, très rapidement, au bout de vraiment quelques heures de discussion, avec cette écoute justement, dont elles ont
06:50besoin de déposer ici tes questionnements, tes besoins du moment, ce qui te pèse,
06:56elles se rendent compte qu'en fait, elles aiment leur métier.
06:58Elles aiment toujours leur métier.
07:00Et en fait, ce qui leur pèse, c'est l'environnement de travail.
07:02Donc en effet, le fait de ne pas avoir le temps pour le patient.
07:05Le côté, en fait, il faut que ce soit les idèles, le libéral ou dans les services de soins, il
07:11faut aller vite, il faut aller rapidement.
07:13Et puis parfois, on n'a pas le temps.
07:15Moi, à l'EHPAD, j'avais 85 patients, j'étais toute seule infirmière.
07:18En fait, on n'a pas le temps, en deux heures, de… en fait, on balance des médicaments.
07:21On n'a pas le temps, en fait, de prendre ce temps-là pour le patient, de comment est-ce
07:24que vous allez vraiment.
07:25Enfin, c'est vraiment comment vous allez, vous n'avez pas mal, ok, tac, je vous mets le traitement et
07:29c'est tout.
07:29Donc c'est ce côté, en fait, où parfois, elles disent aussi qu'on se sent maltraitant,
07:33dans le sens où ce n'est pas comme ça qu'on veut traiter nos patients, en fait.
07:36Mais on n'a pas le choix parce qu'on manque de personnel.
07:39Donc ça, ça pèse beaucoup.
07:40Donc parfois, avec le métier, à cause de ça, en disant « je ne veux pas être maltraitante,
07:43donc je vais arrêter de travailler dans ces conditions-là.
07:45Parce que sinon, je vais devenir quelqu'un que je n'ai pas envie de devenir. »
07:48John Van, justement, est-ce qu'on sait du côté des libéraux
07:53à quel point les tâches administratives, les déplacements, les contraintes économiques
07:59pèsent sur les conditions de l'exercice ?
08:04À quel point ça a un impact sur les patients, en fait ?
08:08Est-ce qu'on l'a mesuré ?
08:09Alors c'est difficile à mesurer.
08:11On est une profession qui ne répond pas toujours à des sondages
08:15et puis on ne construit pas non plus des formes de sondages
08:19qui soient structurées suffisamment pour la profession.
08:21Ce qu'on constate quand même, c'est que malgré tout,
08:24ce sont ces mêmes données qui remontent quand la profession nous en parle,
08:28c'est-à-dire la charge administrative, la lourdeur des soins,
08:33parce qu'on a de plus en plus de sorties rapides de l'hôpital
08:36avec des patients qui arrivent et l'infirmier doit se débrouiller tout seul,
08:41doit essayer de contacter un médecin qui n'est pas toujours joignable.
08:44La facturation n'est pas toujours très simple,
08:47même si on travaille sur des outils pour simplifier,
08:49mais on pourrait peut-être y revenir.
08:50Donc il y a cette lourdeur administrative qui est ressentie par la profession.
08:55Ce qu'on constate quand même, c'est vraiment un constat,
09:00c'est que pendant 20 ans, on a eu une croissance du nombre d'infirmiers libéraux
09:04de plus 4 à plus 5 % par an.
09:07Est-ce que ça représentait davantage d'autonomie finalement ?
09:09Alors il y avait plein de facteurs qui faisaient que certains quittaient l'hôpital
09:13en se disant on va vers le libéral parce que la rémunération est plus attractive,
09:17ce qui était vrai, ce qu'il le reste, mais dans une moindre mesure.
09:22Ce sentiment de je ne vais pas avoir cet encadrement hospitalier
09:26et avoir une certaine autonomie dans mon activité.
09:29Donc il y avait cette attractivité,
09:31et je vous dis on est passé de 50 000 à 100 000 en à peu près 20 ans.
09:35Depuis 3 ans, on a une baisse de ses effectifs.
09:38Donc on a moins d'infirmiers qui quittent l'hôpital
09:42parce qu'il y a eu le Ségur et les conditions,
09:44même si elles sont encore difficiles,
09:47sont un peu plus agréables ou en tout cas moins pires qu'avant.
09:52Et donc il y a moins de fuites vers le libéral
09:56et on a plus de départs d'infirmiers libéraux.
10:00Alors certains, parce qu'il y a l'âge de la retraite,
10:03certains s'orientent vers d'autres activités,
10:06pas spécialement toujours en quittant le soin,
10:08et c'est ce qu'on disait,
10:09c'est-à-dire s'orientent vers des activités de coordination,
10:12reprennent des activités de salariés.
10:15Ça c'est vraiment quelque chose qu'on retrouve,
10:17c'est-à-dire vraiment le ras-le-bol du libéral
10:18d'avoir à gérer une entreprise,
10:21parce que c'est vraiment gérer une entreprise,
10:22et de retrouver...
10:23Voilà, c'est ça.
10:25Donc tous ces facteurs font qu'on a quand même,
10:28nous, une certaine inquiétude sur les effectifs
10:31des infirmiers libéraux,
10:32sachant qu'on va avoir de plus en plus de besoins,
10:34parce qu'il y a le virage ambulatoire
10:37qui fait que les patients sont de plus en plus à domicile,
10:39que la population vieillie veut vivre plus longtemps à la maison,
10:44et on a des sondages aussi qui montrent
10:46que les patients veulent mourir à la maison de plus en plus.
10:49Donc voilà, on va avoir besoin d'infirmiers libéraux,
10:51et les effectifs actuels font qu'on a une certaine inquiétude sur les années à venir.
10:55Vous avez signé en mars dernier un nouvel accord avec l'assurance maladie,
10:58qui prévoit notamment une revalorisation des actes infirmiers à partir du 6 novembre.
11:02Mais votre syndicat reconnaît lui-même que ces augmentations restent insuffisantes.
11:07Pourquoi avoir signé cet accord ?
11:09Alors, il faut revenir quand même avant la négociation de cet avenant sur la réforme du métier,
11:17parce que c'est vraiment ce qui a impacté la négociation de l'avenant 11.
11:23La réforme du métier a vraiment refondé la profession
11:27en lui ramenant de nouvelles compétences,
11:31qui sont parfois source d'inquiétude pour la profession.
11:34Donc c'est une inquiétude supplémentaire.
11:36Mais pour autant, je pense que ça reformate un peu la profession
11:40et le métier d'infirmier pour les années à venir.
11:43Donc il fallait vraiment passer par là.
11:45Et ensuite, cette négociation de l'avenant 11,
11:48qui a duré de juillet jusqu'en mars.
11:50En mars, on voyait qu'on était au bout de la négociation.
11:54En fait, c'est vraiment ça qu'il y a.
11:56À un moment, on avait obtenu des revalorisations
11:59qu'on n'avait pas obtenues depuis 15 ans,
12:00qui sont certes insuffisantes, mais on obtenait des revalorisations.
12:04On avait mis en place des nouvelles compétences,
12:06notamment la reconnaissance de la consultation infirmière
12:09avec une rémunération.
12:11Pas mal de nouvelles compétences sont intégrées dans cet avenant 11.
12:15Et là, à un moment, c'est de se dire,
12:17on signe ou on ne signe pas.
12:18Si on ne signe pas, on retourne à la table des négociations.
12:21Quand ?
12:22Vu le contexte économique actuel,
12:25là, l'enveloppe, elle est quand même de 500 millions d'euros
12:27pour cet avenant 11,
12:28ce qui n'est pas une enveloppe négligeable dans le contexte actuel.
12:32Eh bien, pour nous, il était préférable de signer,
12:36en sachant que même si c'était peut-être insuffisant,
12:38mais qu'au moins on avait une avancée pour la profession.
12:41Et on voulait absolument des revalorisations dès 2026.
12:44C'est pour ça qu'il fallait qu'on signe le plus tôt possible dans l'année,
12:47parce qu'il y a des délais réglementaires à respecter.
12:49Et je pense qu'on a eu raison quand on voit l'impact du carburant actuellement
12:54sur les déplacements des infirmiers.
12:57Même si les déplacements n'ont pas été revalorisés sur cet avenant 11,
13:00parce que quand on l'a négocié,
13:02il n'y avait pas cette problématique primordiale du carburant.
13:05On a revalorisé les actes.
13:07Donc, cette revalorisation qui arrive au 6 novembre
13:09va être quand même une petite bouffée d'oxygène pour la profession.
13:12Charlotte Kerbrad, dans votre baromètre,
13:1449% des infirmiers interrogés s'inquiètent d'une augmentation des responsabilités
13:19sans revalorisation suffisante.
13:22Qu'est-ce que ça révèle de leurs attentes vis-à-vis de la réforme ?
13:26Déjà, il faut dire que c'est une réforme qui est très attendue.
13:30Ça fait des années dans le métier qu'il n'y a pas une réforme aussi importante pour le métier.
13:35Donc, toute la formation infirmière,
13:37les trois ans d'études qu'on fait à l'école d'infirmière,
13:39va être revue.
13:41Il y a un élargissement du droit de prescription pour les infirmières.
13:46Donc, on pourra prescrire plus de choses.
13:48Et il y a également cette consultation infirmière qui a beaucoup d'importance aussi.
13:52Maintenant, on a vraiment une reconnaissance dans le fait d'avoir des consultations infirmières,
13:57ce qu'on n'avait pas auparavant.
13:59Donc, c'est quelque chose qui est très attendu.
14:01Et d'un côté, dans ce contexte-là, on se dit qu'on est déjà surchargé
14:05et on a déjà une revalorisation salariale ou de rémunération qui est vraiment en retard.
14:12Parce que finalement, le Ségur, c'est pour les fonctionnaires 183 euros de plus, net.
14:17Mais en fait, ça a à peine rattrapé l'inflation.
14:20Donc, en fait, on est toujours en retard, en fait, par rapport à la rémunération.
14:22On a l'impression qu'elles ont été revalorisées avec la crise du Covid,
14:26qu'on s'est enfin rendu compte que c'était des personnes qui étaient essentielles.
14:30Mais en fait, finalement, quand on regarde aujourd'hui,
14:32on est quand même totalement en retard par rapport à la rémunération.
14:35Donc, on se dit qu'on va avoir des responsabilités en plus.
14:38Mais à quel prix ? Est-ce qu'on va être rémunéré en plus ?
14:42Ou est-ce que ça va être encore des tâches en plus, des responsabilités aussi en plus ?
14:49Voilà, c'est un petit peu ce qui inquiète.
14:50Donc, en effet, il y a une personne sur deux, une première sur deux,
14:53qui dit, certes, c'est super, on a besoin de ça.
14:56Mais à quel prix ? Est-ce qu'on va vraiment être reconnus financièrement par rapport à ça ?
15:01Merci beaucoup à tous les deux.
15:02Restez avec nous.
15:03On passe tout de suite à la chronique de Camille.
15:09On vient de parler des difficultés que traverse la profession infirmière.
15:13Camille, tu as recueilli le témoignage de Sandrine,
15:15qui a choisi de se reconvertir.
15:17Qu'est-ce qui l'a amenée à prendre cette décision ?
15:19Alors, pour Sandrine, on peut plutôt parler de frustration que de déception.
15:23Pour poser le contexte, être infirmière n'a jamais été une vocation pour Sandrine.
15:28Le métier lui est plutôt tombé dessus, quand même l'expliquer.
15:31Mais au fur et à mesure, elle s'y est très vite retrouvée,
15:33avec des valeurs qui lui étaient propres, prendre soin des autres, écouter, accompagner.
15:37Finalement, ça lui correspondait plutôt bien.
15:39Après trois ans de formation, elle est passée par plusieurs services,
15:42de la clinique au libéral, en passant par la psychiatrie en secteur fermé et en EHPAD.
15:48Elle a brassé large le spectre de la profession.
15:51Au fil des années, c'est surtout cette frustration que j'évoquais qui s'est installée.
15:56Pas un désamour du métier, comme vous le précisiez avant,
16:00mais plutôt la frustration de ne pas pouvoir l'exercer
16:03et de ne pas avoir le temps de l'exercer du moins comme elle le voulait.
16:07J'ai beaucoup travaillé avec les personnes âgées
16:10et c'est vrai que quand elles commencent à raconter des petites anecdotes de leur vie,
16:17des choses comme ça, on a envie d'être présent.
16:21Mais on est, par exemple, dans un soin.
16:24Et donc ce soin, vu qu'ils ne sont pas tout seuls dans l'établissement,
16:29en général, une infirmière pour 30, 40, voire 50 patients,
16:35on ne peut pas prendre le temps avec ces personnes-là.
16:39Or, ils ont besoin de ce temps pour se sentir mieux, se sentir à l'aise.
16:46Et parfois, c'est plus important de rester avec la personne
16:51et discuter de tout ça sur le long terme, finalement,
16:56que de traiter une plaie, de traiter une douleur ou quelque chose comme ça.
17:03Ce que les autorités ne comprennent pas vraiment,
17:07c'est qu'on a besoin de plus de temps avec les gens.
17:09C'est un métier humain et qui demande d'être présent physiquement, moralement.
17:19Donc, être infirmière, pour Sandrine, ne se limite pas à prodiguer des soins.
17:23C'est aussi être physiquement présente pleinement auprès des patients.
17:27Mais ça, vous l'avez évoqué également précédemment.
17:32Surtout dans le contexte d'une population vieillissante
17:34où le personnel infirmier, finalement, sont les premiers acteurs de proximité
17:38des populations fragiles et isolées.
17:42Ils sont au contact de la maladie, de la mort, parfois de la fin de vie,
17:45qui sont des sujets très complexes à aborder
17:47et qui nécessitent un accompagnement.
17:50Du moins, c'est le point sur lequel Sandrine insistait beaucoup.
17:53Comme c'est notre quotidien, on pense qu'on n'a pas besoin forcément
17:57d'être accompagné ou c'est quelque chose qui passe.
18:01Mais on rentre aussi dans l'intimité des patients,
18:06dans leurs problèmes familiaux.
18:10Même si on nous dit de laisser nos propres problèmes
18:14à la porte de la personne ou à la porte de la clinique
18:18dans laquelle on va évoluer,
18:21c'est se dissocier, c'est un vrai travail.
18:28Et parfois, on voit beaucoup d'infirmiers libéraux
18:33ou d'infirmiers tout courts qui arrivent jusqu'au burn-out
18:36parce qu'ils sont très, très investis dans leur métier
18:40et portent énormément.
18:44Donc, voilà, il y a forcément des conséquences.
18:48Le métier d'infirmier n'est pas un métier anodin.
18:51Derrière le témoignage de Sandrine, la question qu'elle pose,
18:54c'est peut-être qui prend soin de ceux qui prennent soin des autres ?
18:58Charlotte, je me tourne vers vous.
18:59En tant qu'ancienne infirmière, est-ce que vous rejoignez Sandrine
19:02sur ce besoin et ce manque d'accompagnement ?
19:06Oui, complètement.
19:07C'est vrai qu'on est vite perdu quand on se lance en tant qu'infirmière
19:10sur les voies d'évolution après infirmière.
19:14On a l'impression qu'on peut être infirmière à l'hôpital, en libéral
19:17et après, quoi d'autre ? On ne sait pas trop.
19:18Et c'est vrai que du coup, assez vite, on est perdu.
19:21On se dit, mais comment est-ce que je peux prendre soin différemment ?
19:24Comment est-ce que je peux respecter mes besoins en tant que professionnel ?
19:28Parfois, ça va être par rapport au rythme de travail
19:31où travailler un peu qu'un sur deux, c'est compliqué
19:32par rapport à la situation familiale, aux horaires.
19:35Parfois, les horaires de nuit, ce n'est plus possible
19:37par rapport à sa santé, tout simplement.
19:39Au fait de se dire qu'en libéral, par exemple,
19:42en fait, c'est quand même, on est chef d'entreprise
19:44et tout le monde n'est pas, je ne vais pas dire capable,
19:46et tout le monde n'a pas envie, n'aime pas ça,
19:48ne veut pas faire de libéral.
19:49Donc, on se dit, mais comment est-ce que je peux faire d'autre ?
19:52Et le problème, c'est que très vite, on s'enferme
19:54et on se dit, en fait, je ne sais pas quoi faire.
19:55Et du coup, là, c'est là qu'on a envie de faire
19:57complètement autre chose et quitter le métier.
19:59Et en fait, c'est trop dommage parce qu'on a
20:01un niveau licence, maintenant, on peut faire des masters,
20:03on peut évoluer, on peut faire des passerelles.
20:05Il y a beaucoup de choses qui sont possibles, en fait.
20:07Et c'est vrai que les établissements ne nous accompagnent pas assez
20:09à l'hôpital sur comment est-ce que tu peux évoluer
20:11quand tu es infirmière et que tu veux changer,
20:13tout simplement, en fait.
20:15Donc, voilà, c'est pour ça que du coup,
20:16j'ai créé un bien de compétences pour les infirmières
20:19pour aider en priorité à évoluer au sein de leur métier.
20:22Parce que plus de la moitié
20:24veulent évoluer dans leur métier, en fait.
20:26Ils ne le savent pas forcément,
20:27mais au final, c'est ce qui découle finalement
20:30des bilans de la majorité du temps.
20:32Et justement, John Pint,
20:34est-ce qu'il y a déjà des leviers qui ont été mis en place
20:37pour améliorer le quotidien des infirmiers et des infirmières ?
20:40Oui, je crois que c'est important aussi
20:42d'avoir parfois une image un peu positive de l'avenir
20:44et d'avoir un peu d'espoir.
20:46Je crois que ça, c'est réellement important.
20:47On le voit, ces nouvelles compétences
20:49ont amené plus d'autonomie à la profession.
20:51Et en libéral, ça va rapidement prendre du sens.
20:55C'est-à-dire qu'un patient qui se présente avec une plaie,
20:58avant, on avait besoin d'une prescription médicale
21:00qui devait être bien rédigée,
21:01on devait attendre qu'un médecin ait vu le patient,
21:04fait sa prescription.
21:05Là, l'infirmier va être complètement autonome.
21:06C'est-à-dire qu'il pourra prendre en charge rapidement le patient
21:09sans attendre une prescription médicale,
21:11pourra prescrire des examens complémentaires
21:13sans attendre une prescription médicale.
21:15Donc ça, c'est des éléments qui vont fluidifier le parcours du patient.
21:18Donc ça sert aussi au patient.
21:20Mais pour l'infirmier, c'est moins de stress
21:22parce qu'il a cette autonomie.
21:23Alors c'est un peu de stress pour l'instant
21:25parce que c'est, mais est-ce que j'en ai la compétence ?
21:27Est-ce que je vais prendre la responsabilité ?
21:29Mais pour autant, dans le parcours des patients
21:31et dans le quotidien des infirmiers,
21:33ça va faciliter les choses.
21:35Pareil, on est en train de travailler
21:36sur des outils d'aide à la facturation
21:38pour que les infirmiers soient aidés dans leur facturation
21:42et qu'il n'y ait plus d'erreurs
21:44ou en tout cas qu'il y en ait beaucoup moins
21:46et donc moins de stress des contrôles de l'assurance maladie.
21:48Donc il y a tous ces éléments-là
21:50sur lesquels on est en train de travailler
21:51qui devraient assez rapidement être mis au service de la profession.
21:56Merci beaucoup, merci Camille pour cette chronique.
21:59Merci à nos deux invités,
22:01Charlotte Kerbrat, fondatrice de Charlotte K
22:03et John Pint, président du SNIL.
22:05On passe tout de suite à la pépite santé.
22:11Comment faciliter les remplacements infirmiers
22:14et permettre aux établissements de santé
22:16de trouver plus rapidement des renforts ?
22:18C'est l'ambition de Digital Santé Libre
22:21qui développe des outils numériques
22:22pour simplifier l'organisation du travail des infirmiers.
22:25Pour en parler, j'accueille à distance
22:27Nicolas Fermini, cofondateur de Digital Santé Libre.
22:31Bonjour et bienvenue dans Santé Futur, Nicolas.
22:35Bonjour.
22:36Vous avez donc lancé Infizen,
22:38une application qui permet aux infirmières libérales,
22:41infirmiers, infirmières,
22:42de trouver des remplaçantes et remplaçants
22:44et de gérer leur contrat directement sur la plateforme.
22:47Comment ça fonctionne concrètement ?
22:50Oui, exactement.
22:51Alors, cette entreprise est à l'initiative
22:54d'un infirmier libéral
22:55qui connaît à plus de 20 ans d'expérience dans le métier
22:59et l'objectif premier a été de permettre,
23:03de donner la possibilité à un titulaire
23:05de trouver des remplaçants.
23:07On sait que les infirmières libéraux
23:09ont une obligation de continuité des soins
23:10et donc l'objectif était de leur apporter,
23:12on va dire, un outil simple et rapide
23:14pour leur permettre de trouver des remplaçants
23:17et de contractualiser aussi leur mission de remplacement.
23:20Vous développez une nouvelle version destinée aux établissements de santé
23:23pour leur permettre de trouver rapidement des renforts infirmiers.
23:26Les établissements pourront notamment constituer
23:28leur propre réseau d'infirmiers favoris
23:31et mettre à leur disposition un livret d'accueil numérique.
23:35Comment est-ce que vous comptez faciliter la recherche de renforts
23:38mais aussi la prise de poste ?
23:42L'idée, en fait, c'est de justement se baser
23:44sur notre pôle d'infirmiers aujourd'hui
23:48qu'on a inscrit sur notre application
23:50pour le mettre à disposition des établissements de santé.
23:53L'objectif, c'est justement de fournir une plateforme
23:56qui soit facile d'accès pour les établissements de santé,
23:59pour leur permettre de poster rapidement leurs besoins.
24:02On compte aussi, nous, se diversifier un petit peu
24:04sur les besoins en urgence qui ne sont pas toujours fournis
24:06et où il est compliqué pour l'établissement
24:09de trouver des remplaçants
24:10et effectivement de donner toutes les capacités
24:14à l'établissement d'accueillir
24:15dans les meilleures conditions possibles
24:17l'infirmier qui intervient dans un service.
24:20On sait que plusieurs outils comme Inphysiane existent déjà.
24:25Ils ne sont pas nécessairement interopérables.
24:27Est-ce que ça ne peut pas être une difficulté en plus, quelque part ?
24:32Alors nous, aujourd'hui, justement, on démarre,
24:34on est une jeune entreprise.
24:35L'idée, c'est justement de s'adosser à des outils déjà existants
24:39pour venir justement éviter de multiplier les outils au sein des structures
24:43et donc, du coup, pouvoir justement faciliter des interconnexions
24:47entre les outils existants.
24:49Votre ambition, c'est de favoriser l'exercice mixte
24:51en permettant aux infirmiers de combiner une activité libérale
24:55et des missions en établissement.
24:58Ce modèle, pour vous, peut répondre au manque infirmier ?
25:04Exactement.
25:04Alors effectivement, notre ambition, on va dire, au-delà des missions,
25:08c'est de créer tout un écosystème, en fait,
25:10pour accompagner les infirmiers libéraux sur différentes problématiques.
25:13L'objectif, c'est de pouvoir les accompagner dans l'installation libérale,
25:17dans la reprise ou la cession de fonds libérales.
25:20Et l'idée, c'est qu'on pense que finalement, il y a un modèle mixte qui existe
25:26et qui est encore très minoritaire.
25:28On n'est pas, en fait, obligé d'opposer les deux mondes, l'hôpital et le libéral,
25:33mais justement d'y voir, en fait, un environnement mixte
25:37qui peut être complémentaire, en fait.
25:40Et donc, l'idée, c'est d'accompagner, justement, ces salariés vers le libéral.
25:45Et c'est important de les accompagner, pas simplement de proposer des outils,
25:48mais effectivement, de les accompagner dans ce modèle.
25:52Enfin, vous avez également développé sessionpatientelle.fr,
25:56une plateforme qui accompagne les infirmières, infirmiers libéraux
26:00souhaitant céder ou reprendre une patientelle,
26:03avec notamment un accompagnement juridique.
26:05Pourquoi est-ce que c'est une étape aussi complexe pour les professionnels concernés ?
26:11Alors, justement, tout à l'heure, je parlais d'écosystème.
26:14Et le début, ça commence par l'installation libérale.
26:17Et justement, le fait de pouvoir être accompagné dans la reprise d'un fonds de cession,
26:21c'est très important.
26:22C'est compliqué en soi, parce qu'effectivement, il y a plein de termes juridiques.
26:26Et quand on n'est pas accompagné, c'est là où, finalement, peuvent se poser les plus gros soucis.
26:30Donc, l'idée, c'est pour ça qu'on s'est adossé à un cabinet d'avocats
26:32pour justement proposer une offre complète à un infirmier
26:36qui veut soit en départ en retraite et qui veut céder son fonds,
26:38ou alors justement à un libéral qui veut s'installer et démarrer une nouvelle activité.
26:43Merci beaucoup.
26:45Merci Nicolas Fermini, cofondateur de Digital Santé Libre.
26:50À très bientôt sur Bsmart for Change.
26:52Merci à vous.
26:52Merci à vous.
26:53Merci.
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