00:00Europe 1 Soir, 18h-20h, Hélène Roué.
00:04Vous écoutez Europe 1, il est 19h14, bonsoir et bienvenue si vous nous rejoignez.
00:08J'accueille mes débatteurs pour cette deuxième partie d'Europe 1 Soir et cette édition spéciale.
00:12Jean-Michel Salvatore, chroniqueur politique et communicant, bonsoir Jean-Michel.
00:15Bonsoir Hélène.
00:15Ainsi qu'Éric Revelle, journaliste, bonsoir Éric.
00:17Bonsoir chère Hélène.
00:18Nous accueillons Dries Haït Youssef, docteur en droit public et spécialiste des questions de sécurité.
00:24Bonsoir.
00:25Bonsoir.
00:26Alors quelle est votre analyse de la journée ?
00:29On voit évidemment que pas du tout les mêmes images que la semaine dernière à la même heure.
00:33Il y a des dispersions qui se font sous tension.
00:35La grande majorité des cortèges se sont prédéroulés dans le calme.
00:38Est-ce que pour vous c'est un retour à l'ordre ou c'est une simple accalmie ?
00:43C'est pour le moment une accalmie puisqu'on aura un retour à l'ordre
00:48lorsque les prochaines manifestations ne seront pas ponctuées de débordements et de violences extrêmement graves.
00:53Aujourd'hui, on a quand même une mobilisation assez importante de la puissance publique
00:57avec à la fois des interdictions et d'un déploiement, je ne dirais pas massif, mais important.
01:03Il y a quelques interpellations, il y a quelques débordements.
01:06Ça reste, on va le dire, acceptable par rapport à ce qu'on a pu voir ces dernières semaines.
01:12Il y a des prochaines échéances puisque maintenant le 31 octobre, c'est l'acte 3.
01:16Vous avez une intersyndicale le 5 novembre qui va être un moment, je pense, important.
01:20Et puis vous pouvez parfaitement avoir en marge, par exemple, de l'attentat qui a été commis hier à Trappes,
01:27peut-être des événements de violences urbaines, ce n'est pas exclure.
01:30Donc ce sont autant d'événements, autant de rendez-vous qui vont mobiliser très fortement la puissance publique.
01:36Plus de 70 000 policiers, gendarmes et pompiers mobilisés, c'était 20% de plus que le 17 octobre.
01:42Donc en fait, ça veut dire vraiment que le problème la semaine dernière, c'était aussi une question d'effectifs.
01:47– Alors je suis très partagé parce que vous voyez, quand vous dites 70 000, vous dites 20% de
01:53plus,
01:54moi je vois, enfin, comment dire, les choses de manière assez polie.
02:00Je ne crois pas pour dire les choses franchement qu'il y avait 60 000,
02:02mais la commission d'enquête parlementaire sur le maintien de l'ordre et les violences,
02:06elle permettra d'établir si oui ou non, on avait une bonne remontée d'informations la semaine dernière
02:12et si oui ou non, on a aligné un bon dispositif.
02:15Parce que quand vous passez de 60 000 à 70 000, vous dites, il y a 10 000 quand même,
02:19c'est quand même beaucoup.
02:19À l'échelle de la France, ce n'est pas non plus extraordinaire.
02:23Alors que là, on a quand même mobilisé, je vois pour ce qui concerne la gendarmerie,
02:27vous parler à des officiers généraux, on vous dit, on fait tapis.
02:30Faire tapis, ça veut dire vous sortez tout ce que vous avez.
02:33Donc je pense que la semaine dernière, il y a eu un certain nombre de défaillances en termes de renseignements.
02:38Ça, ça semble évident, je dis bien, ça semble évident, mais vous avez aussi, je pense, un problème de mobilisation.
02:44Mais ça, ça sera encore une fois la commission d'enquête qui le dira.
02:47Jean-Michel Salvatore.
02:48Je voudrais savoir si, à votre avis, les forces de l'ordre ont les moyens de tenir dans la durée.
02:54Parce que 70 000, c'est significatif.
02:58Vous l'avez dit, les forces de l'ordre ont fait tapis, ont tout mis.
03:02Ils ne pouvaient pas tellement mettre davantage parce qu'il y a énormément de CRS et de gendarmes mobiles
03:08qui sont en Nouvelle-Calédonie.
03:10Donc là, est-ce qu'on n'est pas vraiment au maximum de ce que l'on peut faire ?
03:14Et si le mouvement continue, il faut se souvenir que les Gilets jaunes, ça a duré 28 semaines.
03:19Est-ce que là, les forces de l'ordre ont les moyens de tenir à ce rythme ?
03:23Drissay Youssef.
03:24C'est la question, quand j'évoquais les prochains rendez-vous.
03:27Je rappelle que, maintenant, ils sont quand même sollicités depuis le mois de septembre.
03:31Vous avez beaucoup de policiers et gendarmes blessés.
03:35À ça, on a quand même aussi rappelé des militaires de permanence et des fonctionnaires qui étaient en congé.
03:42Donc cette mobilisation, elle peut avoir un impact.
03:44Tant d'un point de vue des blessures, parce que quand vous êtes fatigué,
03:48qu'on peut commettre des erreurs lorsqu'on est fatigué, parce qu'on perd aussi un peu de lucidité.
03:52Et donc ça, dans la durée, ça peut avoir un impact relativement important.
03:56Et je rappelle qu'effectivement, la perspective d'une présidentielle,
04:00avec, vous me permettrez si je peux faire un peu de politique,
04:03ou de la politique fiction, avec deux partis politiques d'opposition,
04:08avec des revendications très fortes, ça peut générer des troubles à l'ordre public particulièrement graves.
04:12Oui, il y a plein de gens qui disaient d'ailleurs que ce qu'on avait vu le 17 octobre,
04:15c'était en réalité une répétition de ce qui pourrait se passer
04:18si Marine Le Pen était élue à la présidence de la République.
04:21Éric Revelle.
04:21Oui, M. Youssef, au-delà de la question des effectifs des forces de l'ordre
04:25qui ont été mises à disposition aujourd'hui partout en France,
04:28j'ai entendu une ministre de l'Intérieur, et je ne l'avais pas entendue la semaine dernière,
04:33nous expliquer que les forces de l'ordre avaient mis en place ce qu'il a appelé
04:36des contrôles profonds des flux de manifestants,
04:40c'est-à-dire avant même que ces manifestants n'arrivent dans les centres-villes,
04:44ils les ont filtrés.
04:46D'ailleurs, ils ont découvert des armes par destination,
04:48des boules de pétanque, des billes.
04:50Est-ce que ça, ce n'est pas une évolution assez intéressante
04:54de la doctrine de maintien de l'ordre ?
04:56Drissette Youssef.
04:57Non, c'est juste que le ministre de l'Intérieur a retrouvé la mémoire,
05:01mais lorsqu'il était préfet de police de Paris,
05:04ça a toujours été mis en place, que ce soit pour des grands événements,
05:07notamment au Stade de France, où vous gérez vos flux,
05:09et en même temps que la gestion des flux, vous procédez à des contrôles,
05:12puisque vous en avez parfaitement l'autorisation,
05:14et ça vous permet d'appréhender des individus,
05:17soit qui sont interdits de manifester,
05:19ou soit qui sont porteurs d'une arme, ou d'une arme par destination.
05:22Mais après vous, ça a été fait samedi dernier, ça ?
05:26Est-ce que ça a été fait samedi dernier, Drissette Youssef ?
05:28À ma connaissance, ça n'a pas été fait.
05:30Non, à ma connaissance, ça n'a pas été fait,
05:31parce que là encore, la surveillance générale,
05:33qui est le service de sûreté de la SNCF,
05:37et également celui de la RATP, ont aussi été mobilisés.
05:39Donc voilà, ça n'a pas été fait, mais ça existe.
05:42Moi, je l'ai vu dans des missions que j'ai eues à conduire,
05:47ça a toujours été fait, ça existe depuis un moment.