00:008h12 sur RMC, le SMIC revalorisé plus vite que prévu.
00:04L'idée est sur la table, c'est ce qu'est sur le gouvernement.
00:06Bonjour Michel Picon.
00:07Bonjour.
00:07Vous êtes le représentant de l'U2P, c'est l'Union des entreprises de proximité.
00:11Pour vous, augmenter le salaire minimum, ça n'est pas la solution pour acheter la paix sociale ?
00:16C'est comme ça que vous le voyez ?
00:17Non, ce n'est pas la solution première, parce que la situation aujourd'hui du pays
00:24crée des attentes au-delà de ce qui est envisagé comme augmentation du SMIC.
00:28Je veux dire, quand j'entends les partenaires sociaux, CGT, CFDT, le niveau d'augmentation qu'ils souhaitent,
00:34on ne peut pas y aller.
00:36Donc ça ne créera que des frustrations ?
00:38Ça ne créera que des frustrations, et puis ça va créer aussi un certain nombre d'entreprises
00:42qui vont disparaître, encore plus que ceux qui l'ont disparu aujourd'hui.
00:45J'ai envie de vous dire, pour celui qui est payé au SMIC, ça ne sera pas de la frustration,
00:48ça sera toujours ça de prix ?
00:49Non, mais évidemment.
00:51Mais depuis le 1er janvier, le SMIC a augmenté d'un peu plus de 2,40 en juillet, 1,18
00:56en janvier.
00:57Donc en réalité, il y a eu 2 augmentations cette année, dans les 5 dernières années.
01:03Enfin, c'est des augmentations pour suivre l'inflation.
01:05Oui, bien sûr, c'est ce qui a été fait.
01:08Mais les entreprises n'ont pas augmenté leur prix de main d'oeuvre à ce niveau-là.
01:16Et vous avez aujourd'hui 78 000 défaillances, ce n'est pas parce qu'elles sont en bonne santé.
01:22Oui, mais en même temps, augmenter le salaire, le SMIC en l'occurrence ici, mais peut-être d'autres salaires,
01:28pourraient soutenir le pouvoir d'achat et avoir une augmentation supérieure à l'inflation
01:31pour garantir les débouchés, augmenter vos ventes et augmenter vos marges.
01:35Oui, mais ça, on ne l'a pas vu.
01:37En même temps, on n'a pas vu non plus des créations d'emplois avec des allégements de cotisations,
01:41avec le CICE, avec d'autres baisses fiscales pour le patronat.
01:44Michel Picon.
01:45La situation aujourd'hui des entreprises, on peut me raconter ce que l'on veut,
01:50elle ne s'est pas améliorée.
01:52Quand vous déposez votre bilan et que vous êtes une petite entreprise, vous perdez tout.
01:56Donc, on ne peut pas dire qu'il y ait une dissimulation, quelle qu'elle soit.
02:00Les entreprises sont fragiles en ce moment.
02:03On ne peut pas demander à la fausse entreprise de revaloriser les salaires
02:06et dans le même temps de les mettre à contribution
02:08pour équilibrer le projet de loi de finances de la sécurité sociale.
02:11Parce que vous avez l'impression que c'est en fait uniquement pour, d'un côté, acheter la paix sociale
02:15et de l'autre, remplir les caisses de l'État ?
02:16Oui, mais bien sûr, remplir du moins et équilibrer leurs pertes.
02:20Le coût des allégements généraux de charges,
02:23le transfert vers les entreprises de toute une série de mesures du projet de loi
02:27des finances de la sécurité sociale, c'est 550 euros par salarié.
02:31Mais il faudra bien augmenter les salaires.
02:32Oui, mais bien sûr qu'il faudra augmenter les salaires,
02:35parce que je comprends la difficulté de la vie de ceux qui doivent vivre avec le niveau des salaires aujourd
02:39'hui.
02:39Mais c'est un autre modèle de financement de notre protection sociale qui permettra de le faire.
02:44Tant qu'on est dans cette espèce de tonneau de danaïde
02:47où sans arrêt on fait peser sur le travail l'augmentation des budgets sociaux du pays,
02:53on n'en sortira pas.
02:54Alors moi je comprends ce que vous dites,
02:55et évidemment pourquoi ne pas imaginer quelque chose,
02:58on fait baisser le brut, donc baisser les cotisations sociales pour augmenter les salaires.
03:02Il est normal que l'État prenne sa part.
03:04Et d'ailleurs dans le pouvoir d'achat, il y a pouvoir,
03:06donc c'est du pouvoir donné aux individus, leur rendre leur argent.
03:09Ça d'accord.
03:10Mais d'un autre côté, quand vous dites,
03:11et je sais que ce n'est pas dit méchamment dans votre bouche,
03:13mais quand vous dites, les gens ont des difficultés,
03:15non les gens n'ont pas des difficultés,
03:16les gens ne peuvent plus se loger et ne peuvent plus se nourrir.
03:18C'est pas juste des difficultés, c'est des blocages réels.
03:20On passe notre temps à commenter ici des statistiques délirantes
03:24sur le fait que les gens sont obligés de renier sur leurs dépenses de nourriture,
03:28qu'ils ne se nourrissent plus comme ils devraient se nourrir.
03:32Le contrat social de ce pays, il est obsolète.
03:34C'est ça la vérité.
03:35Un travail qui ne paye plus, ça veut dire que du coup,
03:38ce ne sont plus des salaires.
03:38C'est un dédommagement qu'on donne aux gens.
03:40Ça n'est pas envisageable.
03:41Et ce que je veux dire, c'est que tôt ou tard,
03:43la situation va se retourner.
03:45Ça va créer une vraie colère sociale et cette fois-ci inarrêtable.
03:48Donc en fait, il faut vraiment se réveiller sur cette question des salaires.
03:50C'est très important, c'est une question de société.
03:51Non mais j'entends.
03:52Est-ce que vous le savez aussi bien que moi ?
03:54Bien sûr que je le sais.
03:55Et on le sait d'autant plus que les entreprises de proximité,
03:57elles ont deux proximités.
03:58La proximité avec leurs clients et la proximité avec leurs salariés.
04:02Donc les fins de mois de nos salariés qui viennent,
04:05dès le 20, demander ou parfois même avant un accompte,
04:09ça ne nous est pas étranger.
04:10Et on comprend ces difficultés-là.
04:12Mais comprenez que l'équilibre d'une entreprise,
04:15c'est des charges et des recettes.
04:16Est-ce que vous n'avez pas de recettes et que vos marges sont rognées ?
04:21Vous n'avez pas la capacité d'augmenter les salaires.
04:24Donc il faut imaginer une autre mécanique.
04:26Michel Picon, vos propos, il faut en réagir.
04:29Ludo qui nous a appelé au 32-16, qui vit dans le 13e arrondissement de Paris.
04:32Bonjour Ludo.
04:34Bonjour.
04:35Ludo, cette augmentation du SMIC, pour ou contre vous ?
04:39Je suis plutôt pour.
04:40En fait, je ne saurais pas dire mieux que votre historien.
04:43Je trouve qu'il a très bien résumé la situation.
04:46Arthur Chevalier.
04:47Oui.
04:48Et je crois qu'il vaut mieux augmenter le pouvoir d'achat
04:51que d'assumer une déconsommation générale.
04:55C'est ça le risque aujourd'hui, Ludo ?
04:56Ah bah oui, on le voit.
04:59Après la vague d'inflation de 2022,
05:02il y a eu déjà une première vague de déconsommation.
05:06L'essence, enfin je dois en oublier,
05:08mais oui, à chaque fois ça mène là.
05:11Je rappelle que d'après l'INSEE, le pouvoir d'achat en 2025 a baissé de 0,5 points
05:15et en 2026, il prédit une baisse du pouvoir d'achat global,
05:18pas uniquement pour le SMIC, de 0,6 points.
05:20Donc il y a aussi une question débouchée sur le salaire.
05:23Le SMIC a augmenté et plus vite que l'inflation.
05:25Michel Picon.
05:26Mais oui, mais moi je comprends tout ce que vous dites
05:29et très franchement, les entreprises, elles aimeraient augmenter leur salaire.
05:33Mais qu'est-ce qu'on aura gagné si on a une masse salariale aujourd'hui
05:37qui fait fois deux, je le rappelle,
05:39qu'est-ce qu'on aura gagné quand on n'aura pas 78 000 entreprises en défaillance,
05:44mais 150 ou 180 000 ?
05:46Il y a 200 000 emplois qui risquent d'être télescopés par les mesures du PLFSS aujourd'hui.
05:50Avec une question d'ailleurs, Pierre Rondeau,
05:52est-ce que vous pouvez nous redonner les chiffres exacts ?
05:53C'est-à-dire que s'il y avait une augmentation, mettons, de 100 euros du SMIC pour le salarié,
05:58Alors si on est au SMIC aujourd'hui à environ 1 400 euros
06:01et qu'un patron décide de l'augmenter de 100 euros,
06:04donc sortir du SMIC, donc perdre les allègements de cotisation sociale,
06:07patronale et salariale,
06:08augmenter de 100 euros le salaire d'un salarié coûterait en superbrue,
06:11donc pour le patron, en moyenne 246 euros.
06:14Donc c'est vrai qu'une question se pose à ce niveau,
06:15dans le financement, vous l'avez rappelé,
06:16du financement de l'État-providence et de l'État social,
06:18est-ce que le salarié et le patron doivent prendre en charge
06:22l'intégralité du financement de la sécurité ?
06:24Michel Picon.
06:25Bien sûr, c'est le fond du sujet.
06:28C'est que le salaire net que l'on peut donner,
06:31puis 100 euros, c'est, je ne sais pas si vous voyez,
06:34mais c'est beaucoup,
06:35et pas beaucoup pour le salarié qui va recevoir en net,
06:38il n'aura pas, lui, c'est 100 euros.
06:40Moi, ce que je voudrais vous dire,
06:41c'est 246 euros, donc payés par le patron.
06:43Oui, oui, il y a 340 euros de plus entre 2021 et 2026.
06:50Les augmentations de SMIC, on l'a fait.
06:52Je rappelle que le SMIC ne concerne que 15% des salariés de ce pays.
06:56Donc, il faudrait aussi que si le SMIC augmente...
06:58Absolument, ça concerne tous les salaires.
07:00Voilà.
07:00Donc, c'est toute la masse salariale du pays qu'il faudrait augmenter.
07:04Mais les entreprises, ça va tomber comme un grave lot.
07:07Je vous alerte.
07:08Je vous alerte de leur situation.
07:10Donc, la générosité de payer mieux,
07:12mais qui peut être contre ?
07:14Qui peut être contre ?
07:15Vous savez, dans les petites boîtes,
07:16on ne se met pas dans la poche des millions.
07:21Regardez le dernier sondage qui vient de sortir.
07:23Dans les commerçants, les artisans,
07:25il n'y en a plus de la moitié qui se payent au-dessous du SMIC.
07:28Quand ils ont tout payé, c'est ce qui leur reste en net.
07:30Et comment voulez-vous qu'ils aillent plus loin ?
07:32La coiffeuse, la petite vendeuse dans un commerce,
07:36dans une boulangerie ou dans une boucherie ?
07:38On n'arrive pas à aller au-delà.
07:41Donc, il faut que l'État abaisse le poids des prélèvements sociaux
07:45sur les salaires pour qu'on puisse les revaloriser.
07:48Merci beaucoup, Michel Picon, d'avoir été notre invité ce matin.
07:51Président de l'UDP, l'Union, des entreprises de proximité.
07:54Merci aussi à Ludo pour ses réactions au 32-16.