00:0116h, 18h, Pascal Proulx et vous.
00:03L'école, l'école, l'école, l'école, mais on en parle matin, midi et soir.
00:07J'ai l'impression vraiment qu'on n'avance pas sur ce sujet.
00:11Augustin Yvan est avec nous, est directeur du développement de la fondation pour l'école.
00:16Je ne sais combien de livres sont écrits chaque année.
00:19Alors j'ai reçu l'autre jour, je ne sais pas s'il est venu à Europe 1 d'ailleurs,
00:22je crois qu'il est venu qu'à CNews,
00:23et c'était formidable.
00:24C'est un polytechnicien, chef d'entreprise, qui a eu une expérience de 2 ans, 3 ans, comme prof.
00:31Il a dit, je veux être prof pour savoir ce qui se passe.
00:33Il avait 55 ans, 60 ans, il expliquait qu'il avait des revenus confortables,
00:37il était à l'abri de l'argent, donc il a dit, je voudrais, par expérience, savoir comment ça se
00:42passe.
00:44Et il a réfléchi sur l'école, et il a dit, une fois qu'on a tout dit sur l
00:48'école,
00:49les systèmes, les enseignements, les heures de cours, etc.
00:54La chose la plus importante, c'est le prof.
00:57Et j'ai trouvé ça lumineux, parce que c'est très simple.
01:01Une fois qu'on dit ça, on met l'effort maximum sur les profs.
01:06Vous savez qu'à Singapour, par exemple, les profs sont tout en haut de l'échelle sociale.
01:10C'est-à-dire qu'ils sont peut-être payés l'équivalent de 6 ou 7 000 euros.
01:14Oui, mais attention, attention, il y a sélection.
01:20C'est-à-dire que je ne suis pas sûr que l'ensemble des profs qui nous écoutent
01:25aimeraient peut-être le salaire, bien sûr, mais est-ce qu'ils ont la compétence pour être les meilleurs ?
01:32Parce qu'après, tu vas attirer une nouvelle sociologie, si tu payes plus les profs,
01:37et peut-être des gens plus performants.
01:39Et peut-être que cette compétition ou cette émulation entre profs,
01:45elle va aussi poser des problèmes.
01:47Mais j'ai trouvé que ce qu'il disait était très intelligent.
01:49Je ne sais plus comment il s'appelle, De Bédié,
01:51si on peut retrouver son nom d'ailleurs, ça serait intéressant.
01:55Et en son temps, Jean-François Chemin avait fait le même parcours.
01:57C'est assez fréquent, des hauts profils comme ça qui veulent se reconvertir
02:01et qui se confrontent à l'absurdité du système.
02:04Donc en général, il ne reste pas quand même, parce que c'est dur.
02:07Donc ce qui est très intéressant dans ce que vous dites,
02:09c'est que le professeur a une place centrale,
02:11puisqu'il est le transmetteur de l'autorité et du savoir.
02:15Et c'est pour ça qu'il a sa légitimité.
02:17La réforme annoncée hier par le gouvernement
02:22est intéressante en ce sens qu'elle propose moins d'élèves par classe
02:26et donc à ce titre, un lien plus fort.
02:29Je suis très dubitatif quant à la façon dont ça va être mis en œuvre,
02:33si c'est mis en œuvre bien sûr,
02:34mais toujours est-il que l'idée, qui est d'ailleurs très présente
02:37dans les écoles indépendantes,
02:38de petits effectifs pour avoir un vrai lien maître-élève,
02:41cette idée-là est très forte
02:43et on a tous le souvenir autour de cette table
02:44d'un professeur qui nous a marqués de manière indélébile
02:47parce que c'est un passeur de savoir.
02:49Et plusieurs à la plupart du temps.
02:50Et plusieurs, et on était 30 dans la classe.
02:52Moi je peux vous les citer,
02:53mademoiselle Raboteau,
02:55monsieur Terroitin, professeur de maths,
02:58à Saint-Stal, il était formidable,
02:59monsieur Terroitin,
03:00mademoiselle Raboteau, évidemment.
03:04Monsieur Bernard, il est mort le pauvre,
03:06il est mort il n'y a pas longtemps.
03:06Monsieur Bernard, c'était une véritable star,
03:08prof de français à Saint-Stan,
03:10Saint-Stan à Nantes,
03:11Saint-Stanislas à Nantes.
03:12Mais tout le monde adorait monsieur Bernard,
03:14hélas il est mort, Bruno Bernard.
03:15Et c'est souvent les plus autoritaires d'ailleurs,
03:17parce qu'ils ont quelque chose à transmettre,
03:19ils sont passionnés,
03:19et donc ils ont envie d'y aller,
03:21et prière de ne pas les déranger en chahutant.
03:23Et il y avait un problème,
03:24moi je pense que l'autorité,
03:25il y a un problème aussi de menuiserie,
03:27c'est-à-dire qu'il faut rétablir d'urgence l'estrade.
03:31Oui, évidemment, d'urgence l'estrade.
03:34Parce que là aussi, c'est très fort.
03:36Mais bien sûr, on est avec Sylvie,
03:37bonjour Sylvie.
03:39Bonjour Pascal Praud,
03:40bonjour à toute l'équipe.
03:41Vous habitez où Sylvie ?
03:43Alors j'habite à Brie,
03:45mais là je suis à Bordeaux,
03:46dans la rue,
03:47j'espère qu'il n'y a pas trop de bruit.
03:48Ah non, ça passe très bien à Bordeaux,
03:50exceptionnellement,
03:51il n'y a pas de manifestation,
03:52et de casseur dans la rue,
03:53donc tout va bien.
03:54Vous êtes professeur depuis combien de temps ?
03:57Depuis près de 40 ans, 39 ans.
04:00Ah oui, quand même,
04:00donc vous êtes plus proche de la fin que du début ?
04:03Tout à fait, tout à fait.
04:04Professeur de quoi ?
04:06Alors je suis professeur d'éco-droit
04:08et de sciences économiques et sociales.
04:10Voilà.
04:11En cycle bac.
04:12En cycle bac.
04:13En cycle bac.
04:13Alors quelles sont vos conclusions
04:15et votre analyse sur le système ?
04:18Alors, moi on m'a demandé d'intervenir
04:20sur Parcoursup particulièrement,
04:22et donc ce que je pense de Parcoursup,
04:24c'est que c'est un outil qui n'est pas parfait,
04:26en soi,
04:26mais qu'il a le mérite de faire une sélection
04:29qui devrait être faite beaucoup en amont,
04:32en fait.
04:33Voilà.
04:34C'est-à-dire que la sélection que fait Parcoursup,
04:36elle devrait être faite
04:38d'abord pour l'entrée en sixième
04:41et après à la fin troisième,
04:43pour le passage en seconde.
04:44Donc en fait,
04:45Parcoursup fait le travail
04:47plus ou moins bien,
04:48bien sûr, c'est pas parfait,
04:49mais qui mériterait d'être fait avant
04:52de façon à ne pas envoyer
04:55en enseignement supérieur
04:56des élèves,
05:01des futurs étudiants
05:03qui auront peut-être les diplômes,
05:11oui, bien sûr,
05:12mais qui n'auront pas les compétences suffisantes
05:14attendues sur le marché.
05:15Mais on est tous d'accord là-dessus,
05:16mais alors rien ne change.
05:17On est tous d'accord sur le constat,
05:20c'est-à-dire qu'il faut faire
05:21un examen à la fin de la troisième,
05:24un examen de passage.
05:25Si tu rates ton examen,
05:26tu redoubles.
05:27Si tu le rates la deuxième année,
05:29tu redoubles encore,
05:30tu as le droit de redoubler jusqu'à...
05:32Si tu veux redoubler dix fois,
05:33tu redoubles dix fois.
05:34Mais si tu penses
05:36qu'il faut mieux faire une voie à côté,
05:39et c'est pas forcément une voie
05:40dite de garage,
05:41c'est ça qu'il faut.
05:43Mais, je le répète,
05:44il va falloir convaincre les parents,
05:46vous allez avoir un problème
05:47avec les parents.
05:48Parce que les parents,
05:49ils ne veulent que leur protéger.
05:51Parce que moi,
05:51je les entends, les parents.
05:53Ils ont tous des HPI.
05:55Les élèves ont 2 sur 20,
05:56mais c'est parce qu'ils sont
05:57trop géniaux qu'ils sont 2 sur 20.
05:59C'est des petits génies,
06:01maintenant, qu'il y a.
06:02Augustin Yvan,
06:03directeur du développement
06:04de la Fondation pour l'école,
06:05est avec nous.
06:06Alors, si on est tous parents,
06:07on est tous convaincus
06:08d'avoir des petits génies.
06:08En tout cas, moi, je le suis.
06:10Non, d'ailleurs,
06:11on n'est pas...
06:12Non.
06:12En tout cas, je vous rejoins
06:13sur le fait que c'est des enfants merveilleux.
06:15Voilà, ce sont des enfants merveilleux
06:16et le meilleur service
06:17qu'on peut leur rendre,
06:17c'est de leur dire la vérité.
06:19Moi, je suis d'accord avec ça.
06:20La vérité, c'est-à-dire que
06:21c'est ce qu'on ne fait pas
06:22avec les lycéens aujourd'hui.
06:23Aujourd'hui, on leur dit,
06:24allez-y, de toute façon,
06:25vous êtes super en tout
06:26et vous arriverez en tout
06:28et allez jusqu'aux études supérieures.
06:29La réalité, c'est de dire à l'enfant
06:31tes points forts, c'est ça,
06:32tes points faibles, c'est ça
06:33et dès le début,
06:34et vous parliez du collège,
06:35je pense que dès le primaire,
06:36il y a un ensemble de...
06:38Un dispositif qui a été mis en place
06:39sont les évaluations nationales.
06:40Il y en a chaque année
06:40jusqu'au CM2.
06:41C'est un très bon dispositif.
06:43En soi, à la fin,
06:44moi, quand j'étais professeur,
06:45j'avais un visuel très net
06:46sur où en est l'élève
06:48en maths, en français.
06:49Mais simplement,
06:50on n'en tire pas les conséquences
06:51parce qu'on se refuse
06:53à discriminer, entre guillemets.
06:54Ça, c'est le terme à la mode.
06:56En fait, discriminer,
06:57c'est dès que vous posez un jugement.
06:59Oui, l'adulte pose un jugement
07:01sur le travail de l'enfant,
07:02pas sur ce qu'il est,
07:03mais sur ce qu'il a fait.
07:04Et si on ne le fait pas,
07:05on ne permet pas à l'enfant
07:07de progresser.
07:07C'est pourquoi,
07:07à la Fondation pour l'école,
07:08nous souhaitons soutenir
07:11le fait que les évaluations nationales
07:13soient validantes.
07:14Si vous avez un mauvais niveau
07:16en CM2,
07:17eh bien, vous redoublez,
07:18vous ne passez pas au collège.
07:19Parce qu'après,
07:19on ne fait que monter le problème
07:21et ce problème enfle.
07:22Donc, je rejoins complètement
07:23ce que madame a dit
07:24dès le début de la scolarité
07:26et même on s'est paie
07:27si l'enfant n'est pas
07:28un bon lecteur.
07:29Ça arrive,
07:31maturation des savoirs.
07:32C'est comme ça.
07:32La nature est inégale.
07:33Si on ne le dit pas,
07:35on fait passer un enfant
07:36qui arrive en CE2
07:37et est toujours incapable
07:38de déchiffrer certains mots,
07:39surtout avec certaines méthodes
07:40semi-globales
07:40qui sont le plus répandues.
07:42Donc, il faut absolument
07:42cesser ça
07:43et dès le CP dire,
07:44voilà, on va dire à l'enfant
07:46qu'il est un trésor,
07:47mais on va lui expliquer
07:48comment faire fruitifier ses talents
07:49et corriger
07:50ce qu'il n'a pas encore.
07:52Sinon, on lui ment
07:52et c'est contre ça,
07:53je pense que les lycéens
07:54pour lesquels j'ai beaucoup
07:55d'empathie en réalité
07:57se révoltent
07:58parce qu'on ne leur dit
07:59pas la vérité.
08:00Je ne dis pas
08:00qu'ils se révoltent bien,
08:01je ne dis pas
08:01qu'ils ont raison
08:02de faire ce qu'ils font,
08:03mais je dis qu'au fond,
08:04il y a un malaise très profond.
08:05J'en parlais avec des étudiants
08:07d'une université
08:08dans laquelle j'intervenais
08:09et ils me disaient
08:09mais moi,
08:10je n'ai pas eu le choix,
08:11je n'ai rien compris
08:11à ce qui m'est arrivé.
08:12D'un coup,
08:13il y a eu un jugement
08:14sur mon travail
08:14qui est arrivé
08:15quand j'avais 17 ans
08:16et avant ça,
08:17on ne m'avait rien dit.
08:18Forcément, c'est cruel.
08:20Il est 16h43,
08:21on marque une pause,
08:22à tout de suite.
08:23Et avant de retrouver
08:23la suite de Pascal Praud
08:24et vous,