00:01RTL Soir, c'est avec Anne-Sophie Lapix.
00:06Comment redonner du pouvoir d'achat aux salariés ?
00:09En augmentant le salaire.
00:10Seules les entreprises peuvent décider de le faire, sauf pour le SMIC.
00:14C'est l'État qui décide d'augmenter le salaire minimum.
00:16Il le fait tous les 6 mois au rythme de l'inflation,
00:18mais cette fois il pourrait faire mieux, plus, donner un coup de pouce.
00:23Est-ce une bonne idée ? Faut-il augmenter le SMIC ?
00:25On en débat dans les grands esprits se rencontre
00:27avec Michel Picon, président de l'Union des entreprises de proximité.
00:31Bonsoir.
00:32Et avec Frédéric Souyo, secrétaire général du syndicat Force Ouvrière.
00:35Bonsoir.
00:36Bonsoir.
00:36Alors, Michel Picon, je crois que vous l'avez vu hier soir.
00:39Qu'est-ce que le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, vous a dit ?
00:41Quelle est la hausse du SMIC envisagée ?
00:45La hausse, elle est mécanique par rapport aux critères d'inflation.
00:50On devrait 0,8 aujourd'hui.
00:52On devrait finir en fin d'année à 1, autour de 1.
00:55Et ce que souhaite faire le gouvernement, c'est ce qu'on appelle le coup de pouce.
01:01Je crois que le dernier coup de pouce que l'on a connu, c'était sous Hollande.
01:05François Hollande, en 2012.
01:07Alors, si on reproduit les choses, c'était 0,6 à l'époque.
01:11Et ça pourrait être 0,6.
01:12Donc, si on finit à 0,8 plus 0,6, ça fera un 4.
01:15Si on finit à 1, ça peut faire un 6.
01:18Bon, nous, on a essayé de faire nos calculs sur un 5,
01:21savoir ce qui pouvait se passer pour les entreprises,
01:24si on avait une revalorisation du SMIC.
01:27Alors, après, au 1er décembre, au 1er novembre, ça me paraît.
01:30Oui, parce qu'en plus, il veut avancer cette revalorisation et ce coup de pouce, en fait.
01:35C'est-à-dire qu'au lieu de la faire au 1er janvier, on le ferait au 1er décembre, c
01:39'est ça ?
01:40Bien sûr.
01:42Et le calcul, ça fait combien de hausse ?
01:442 milliards et demi.
01:452 milliards et demi, ça c'est le coup pour les entreprises.
01:48Alors, je veux dire, c'est difficile de dire les chiffres comme ça,
01:53parce que ça voudrait dire qu'on n'est pas d'accord.
01:55Moi, je pense qu'il faut revaloriser les salaires.
01:57Frédéric Souillot, vous avez eu les mêmes informations ?
02:00Moi, c'était vendredi matin, dès 8h.
02:03J'étais le premier, je crois.
02:05Et je suis un lefto.
02:06Eh bien, c'était la même information.
02:08Mais nous, on a poussé pour un coup de pouce au SMIC, comme à chaque fois.
02:11La revalorisation automatique du SMIC liée à l'inflation,
02:15pendant des années, personne n'a connu ça parce qu'on n'avait pas l'inflation.
02:20Mais nous, on maintient, parce que les experts du groupe SMIC nous expliquent tout un tas de choses,
02:25on maintient que le salaire minimum est le coup de pouce,
02:28aussi pour répondre à la question de pouvoir d'achat,
02:31qu'on entend aujourd'hui dans les discussions et dans les mobilisations.
02:35Maintenant, un coup de pouce au SMIC, alors ?
02:37Vous, vous le voulez à combien, ce coup de pouce ?
02:40Alors, nous, on a une revendication à FO, on dit 80% du salaire médian,
02:44c'est-à-dire entre 120 et 150 euros.
02:48De plus, oui.
02:49Sachant que la CFDT réclame 100 euros net, ça fait 7%,
02:52la CGT réclame 10% de hausse.
02:56Donc, voilà, vous n'êtes pas...
02:57Mais on est tous pas très loin, les uns et les autres.
02:58Vous voulez tous, voilà, entre 120 et 150 euros.
03:03Pour vous, Michel Picon, c'est impossible ?
03:07Ah oui, je pense que...
03:08Bon, c'est une demande...
03:13Extravagante, c'est quoi ?
03:14Oui, mais extravagante, quand on parle de la vie des gens,
03:16moi, c'est des mots que je fais attention,
03:19parce que je pense aux gens qui nous écoutent et qui ont des difficultés,
03:23ça peut les mettre en colère et c'est pas l'objectif.
03:26Mais c'est la conséquence de ça.
03:28Ce niveau de revalorisation du SMIC entraînerait des milliers,
03:32des milliers et des milliers de fermetures de petites entreprises,
03:35notamment celles...
03:36Alors, moi...
03:37Parce qu'elles ne répercuteraient pas, cette hausse sur leur prix ?
03:39Elles ne vont pas pouvoir.
03:40Elles ne vont pas pouvoir.
03:41Il s'agit de 150 euros nets par mois.
03:46Par salarié.
03:47Vous multipliez ça par deux.
03:49300 euros, vous le multipliez par 12,
03:52mais vous avez le salaire, la rémunération de l'exploitant.
03:5650% des petites entreprises,
03:58l'exploitant, la coiffeuse, l'esthéticienne,
04:02les petits commerces,
04:04ils ont un revenu qui est à peine autour du SMIC.
04:09Donc, les gens vont licencier et vont fermer leur boîte.
04:14On a déjà 80 000 entreprises,
04:16je pense que c'est le chiffre auquel on va aller en fin d'année
04:18avec tous les mouvements sociaux qu'on connaît aujourd'hui.
04:21Je pense que ça serait une catastrophe.
04:23Maintenant, est-ce que c'est un objectif ?
04:25Oui.
04:26Frédéric Souillot, ça mettra en danger les petites entreprises.
04:29Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
04:30Je réponds qu'on peut regarder sur le sujet du SMIC,
04:36conditionnalité des aides publiques versées aux entreprises.
04:38Ça, c'est une vraie conditionnalité.
04:40Si les entreprises continuent d'avoir des aides
04:43et que ces aides, elles se transforment en augmentation de salaire pour les salariés.
04:49Voilà.
04:50Parce qu'elles ne jouent pas le jeu, en fait, c'est ce que vous nous dites ?
04:53On se rend compte que certaines entreprises ne jouent pas le jeu.
04:57Les aides publiques sont versées
04:59et ça aide à maintenir le chiffre d'affaires
05:01ou à maintenir l'entreprise à flot.
05:03Un certain nombre,
05:04celles qui versent des dividendes à leurs actionnaires,
05:07n'ont pas besoin d'aides publiques.
05:09Quand le patron de Total dit
05:11« J'ai touché 4 milliards d'eux de CICE et je souhaite les rendre »,
05:15l'État dit
05:16« Ah ben, on sait vous le verser, mais on ne sait pas le récupérer ».
05:19On a quand même un souci politique,
05:22un ordonnancement fiscal sur le sujet.
05:25Et puis,
05:28on a le Président de la République,
05:30après le premier épisode des Gilets jaunes,
05:32avait mis la prime d'activité
05:33pour un SMIC environ autour de 2000 euros de revenus mensuels.
05:37Ça va faire vaste communiquant.
05:39Si le SMIC augmente,
05:40on va baisser le niveau de prime d'activité.
05:43Et peut-être que là,
05:46pour le budget de l'État, c'est la même chose.
05:48Ça fait zéro à la fin.
05:49Comment est-ce qu'on fait une conditionnalité
05:51d'aide publique versée aux entreprises
05:52à partir du moment où il y a le SMIC et un coup de pouce ?
05:55Alors, sur nos revendications,
05:57c'est toujours la même chose quand on revendique.
05:58Et si on nous donnait tout ce qu'on revendiquait,
06:01c'est que nous n'aurions certainement pas réclamé assez.
06:05Voilà, c'est la négociation telle qu'elle est, c'est vrai.
06:08Michel Ficot ?
06:09Non, mais moi, je pense qu'on a atteint un niveau,
06:12aujourd'hui, de mécanique complexe dans la rémunération,
06:17où les entreprises, elles n'y comprennent plus rien,
06:19les salariés, encore moins.
06:21Bon, on a une prime d'activité pour compléter le salaire
06:24parce que les entreprises ne payent pas assez.
06:26parce qu'elles ont une masse...
06:30Oui, non, mais c'est le salarié.
06:32Oui, bien sûr.
06:33C'est nous tous.
06:34Oui, oui, c'est nous tous.
06:35C'est pourquoi elle a été mise en place.
06:36C'est parce que tout le monde m'a bien pris conscience
06:38que l'augmentation des salaires à cette hauteur
06:40n'était pas possible avec la mécanique de prélèvement
06:42qu'il y a sur le travail.
06:44Moi, je suis déjà venu sur votre antenne
06:46pour dire qu'il faut casser ce château de cartes.
06:49Il faut arrêter de faire peser autant, autant,
06:52sur le travail, le financement de notre protection sociale.
06:56Je ne la remets pas en cause, notre protection sociale,
06:59même si, ici ou là, on a peut-être des choses à recadrer.
07:02C'est-à-dire que vous voulez dire qu'il faut baisser les charges,
07:04les cotisations salariales ?
07:06Bien sûr, il faut qu'un certain nombre...
07:07Alors, les cotisations, je sais que pour M. Souillot,
07:11c'est sacré, ce n'est pas touché, tu touches pas à ça,
07:13c'est mon argent, c'est mon super...
07:15Ça s'appelle du salaire différé.
07:16Mais il y a, au bas de la feuille de paye de tout salarié,
07:20il y a 10% qui est prélevé, en gros, 9,7,
07:25CSG, CRDS.
07:26C'est 10% de pouvoir d'achat qu'on pourrait rendre tout de suite aux salariés.
07:30Ensuite, après, il faut compenser.
07:32Nous, on a déjà fait des propositions là-dessus.
07:34Et pour nous, tant qu'on ne sortira pas de cette politique
07:39qui, depuis des années, fait peser sur le travail,
07:42le coût du financement, presque exclusivement,
07:44le coût du financement de la protection sociale,
07:46on sera dans des mécaniques où plus personne n'y comprend rien.
07:50Frédéric Souillot, pour revenir au SMIC,
07:52est-ce qu'en augmentant le SMIC,
07:55on ne risque pas de SMICardiser un peu plus les salariés ?
07:59C'est-à-dire qu'on augmente le SMIC,
08:00mais on n'augmente pas les salaires qui sont juste au-dessus.
08:03Donc, on écrase, en fait, ces salaires.
08:05Les grilles.
08:05Voilà, exactement.
08:06Parce que ce n'est pas le risque.
08:06Eh bien, c'est pour ça que la deuxième proposition
08:08qu'on a faite à Jean-Pierre Farandou,
08:10très peu de branches ont réussi à trouver des accords salariales cette année.
08:15Et les branches, si le SMIC réaugmente,
08:18vont être amenées à être autour de la table.
08:19Eh bien, faisons une négociation flash sur les salaires,
08:23dans les branches.
08:24Et cette fois, on parle de tous les coefficients.
08:26Qu'on arrête le tassement des grilles,
08:28parce que ça crée aussi un certain nombre de difficultés
08:33dans les entreprises.
08:34où, moi, ça fait 10 ans que je suis là,
08:36et celui qui vient d'arriver l'est payé le même prix que moi,
08:38parce que les grilles se sont tassées.
08:40Donc, il nous faut aussi une négociation flash sur les salaires.
08:44Et là, ce n'est pas nous, au niveau national interprofessionnel,
08:47qui pouvons le faire, mais c'est les branches.
08:49On peut encourager, évidemment.
08:53Je précise, Michel Picon,
08:54le SMIC, il a augmenté de 17% entre 2021 et 2025.
08:58Et au même moment, les salaires,
08:59c'est-à-dire ceux qui sont les patrons qui décident,
09:02augmentaient de 15%.
09:04Donc, voilà, quand on laisse faire
09:06les chefs d'entreprise,
09:08on augmente moins que quand on décide d'augmenter le SMIC.
09:10Les marges des entreprises se sont effondrées
09:12au cours de la même période.
09:15Plusieurs crises.
09:16Crise énergétique,
09:17crise des matières premières,
09:19le golf,
09:20les trésoreries des entreprises sont en plein.
09:23Et quand vous ne faites pas de profit,
09:25alors, M. Pouyanné, avec Total,
09:27ils ne sont pas adhérents à l'UDP.
09:28Je te rassure.
09:31On ne les a pas.
09:32Oui, c'est sûr, là, on est sur les petites entreprises.
09:35Oui, oui.
09:35C'est pas du tout la même problématique, effectivement.
09:38Exactement.
09:39Mais, voilà,
09:42sur la situation que l'on connaît aujourd'hui,
09:44moi, je pense qu'il faut...
09:46Il y a le SMIC.
09:48Et puis, c'est que 12% des salariés
09:49qui sont au SMIC.
09:50Il y a tous les autres.
09:51Et les autres aussi.
09:52Ils souffrent d'une crise sociale,
09:54d'une augmentation,
09:55d'une baisse de leur pouvoir d'achat.
09:57Donc, il faut...
09:58Il faut trouver une autre réponse ?
09:59Oui, il faut trouver une réponse complémentaire.
10:02Nous, on appelle ça la propagation.
10:03Si tu touches au SMIC, derrière,
10:05par effet domino,
10:06il faut toucher aussi un petit peu.
10:09Là où on a un gros problème aujourd'hui,
10:12c'est que le gouvernement nous prend un étau
10:15d'un côté,
10:17il nous taxe près de 10 milliards
10:20sur la baisse des allégements,
10:22sur l'intégration des intéressements, etc.
10:25Oui, parce qu'il est prévu dans le projet de loi
10:26qu'on baisse les aides...
10:28Pour équilibrer le projet de loi...
10:29Les cotisations patronales sur les bas salaires
10:31ne seront plus exonérées.
10:32Comment répondre aux deux ?
10:34Donc, nous, nous demandons au gouvernement
10:37d'avoir moins d'ambition
10:38sur les prélèvements qu'il fait aux entreprises
10:41pour équilibrer son budget.
10:44et ce qui nous donnera un peu plus de marge
10:46pour satisfaire les revendications salariales.
10:48Merci à tous les deux d'être venus débattre.
10:51On va retrouver Pierre Copplot
10:52qui a sélectionné pour vous le meilleur d'RTL.
10:54C'est juste après la pause.
10:56Tous les jours, toute la journée...
10:57Sous-titrage Société Radio-Canada
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