00:00Dans un instant, on parlera du segment technologique, alors que le Nasdaq 100 sur le futur perd plus de 2%,
00:04alors que hier soir, Intel perdait 23% et Amazon 8%.
00:08Juste avant, un point quand même sur la situation macroéconomique avec un macroéconomiste et stratégique schématique 6e, Romain Aumont.
00:13Bonjour Romain.
00:14Bonjour Etienne.
00:15Merci de nous accompagner ce matin.
00:16On parlera d'ailleurs dans les experts tout à l'heure à 9h30 du PIB au troisième trimestre en France,
00:21moins 0,1%, la France qui prend la route de la récession.
00:24Quand pendant ce temps, aux Etats-Unis, hier, on apprend que la croissance au troisième trimestre était supérieure à 3%.
00:29On est vraiment sur deux mondes qui sont totalement différents.
00:31On dit souvent que la croissance aux Etats-Unis est tirée par l'intelligence artificielle, l'économie en cas, etc.
00:36Quand vous regardez en détail cette croissance-là au troisième trimestre, quel premier constat vous pouvez faire ?
00:41Alors ce chiffre de 3,4% de croissance trimestrielle en rythme annualisé, il faut bien le préciser,
00:46est porté, il est vrai, par de l'investissement, toujours massif,
00:50qui contribue de l'ordre de plus de 3 points de pourcentage à la croissance de la valeur ajoutée,
00:54tiré par l'investissement dans les capex, dans les data centers, dans les capacités de calcul,
00:59néanmoins, quand on détricote un petit peu le chiffre de croissance,
01:02on voit toujours une contribution de la consommation des ménages
01:04qui contribue de l'ordre de 2 points de pourcentage à cette croissance,
01:07une consommation des ménages qui demeure donc robuste.
01:10Et on a finalement une troisième partie de cette demande interne qui tient également,
01:15c'est la dépense gouvernementale.
01:16Donc globalement, quand on regarde ce chiffre, en fait,
01:19on a finalement une poussée de la part de la demande interne,
01:22qui est finalement contrebalancée par une balance commerciale qui est nécessairement négative
01:27et qui contribue fortement négativement à cette croissance du PIB.
01:31Mais au total, ce 3,4% est avant tout un signe pour nous qu'on est face à un
01:35cycle macroéconomique,
01:36et on le dit depuis maintenant plusieurs trimestres, extrêmement fort aux États-Unis,
01:40et avec un acquis de croissance finalement, avec ce chiffre, déjà de 2,2% pour l'année 2026,
01:46à mettre en parallèle avec l'acquis de croissance français de l'ordre de 0,2% cette année.
01:51Et comment expliquer cela malgré un choc énergétique, non pas sur le gaz,
01:55puisque les prix du gaz aux États-Unis sont sur des plus bas de deux ans,
01:57quand chez nous, en Europe, on est sur des plus hauts de 2022,
02:00mais les prix à la pompe ont bondi aux États-Unis, bien sûr.
02:04Néanmoins, vous le dites, la consommation, elle tient.
02:06On a des consommateurs qui sont au rendez-vous.
02:09Qu'est-ce qui fait qu'on est un petit peu sur une autre planète, là, aux États-Unis ?
02:12On considère que globalement, les économies mondiales,
02:15et c'est le cas tout particulièrement aux États-Unis,
02:17sont de moins en moins sensibles, finalement, aux chocs énergétiques.
02:19C'est aussi un petit peu le cas en Europe,
02:21quand on regarde vraiment la croissance européenne prise en agrégé.
02:24On a finalement une dépendance énergétique qui est moindre,
02:27des agents qui savent maintenant, finalement,
02:30travailler avec une incertitude géopolitique
02:32et une incertitude sur les chaînes d'approvisionnement énergétique.
02:38Et finalement, ce que l'on considère, c'est que le consommateur américain,
02:42à l'heure actuelle, bénéficie surtout d'un effet richesse absolument fondamental
02:45qui émane de la sphère equity.
02:47Et globalement, ce n'est plus tant le régime de taux d'intérêt
02:50ou le régime de revenus qui compte dans la consommation des ménages,
02:53mais c'est avant tout la bonne tenue des marchés financiers.
02:56Et finalement, depuis le début de l'année,
02:58quand on regarde le S&P 500,
03:00ça reste quand même quelque chose qui gravite autour de plus 13, plus 14 %,
03:04et donc derrière, ça signifie de la consommation des ménages supplémentaires
03:07à travers ce qu'on appelle un effet richesse.
03:09Est-ce que ça ne veut pas dire du coup que cette économie, elle est fragile,
03:11qu'elle repose sur quelques éléments qui sont quand même assez tangibles ?
03:15On peut toujours considérer que finalement,
03:17on a une économie dite en cas, profil en cas,
03:19où finalement, c'est les ménages les mieux dotés financièrement
03:22qui tirent la croissance,
03:23mais c'est quelque chose, encore une fois, qui n'est pas nouveau.
03:25Si on rappelle finalement qui contribue à la croissance
03:28de la consommation aux États-Unis en termes de ménages,
03:31il faut bien rappeler que ce sont les 10 % des ménages
03:34les plus dotés financièrement
03:35qui contribuent à plus de 50 % de cette consommation aux États-Unis à l'heure actuelle.
03:39Bon, le problème, c'est l'inflation, encore et toujours.
03:413,6 % au mois de septembre.
03:44Kevin Walsh est abstenu de tout commentaire mercredi soir.
03:47Ça n'empêche qu'avec des données comme celles que vous venez de commenter,
03:52la Fed, tôt ou tard, elle va devoir remonter ses taux.
03:54Et d'ailleurs, le marché anticipe une hausse de taux en décembre.
03:57Le marché anticipe en effet une hausse de taux en décembre,
03:59encore une peut-être au premier trimestre 2027.
04:02Nous, on considère que la hausse de taux en décembre est tout à fait actée
04:06pour que, finalement, la Fed défende sa crédibilité
04:09et d'un retour à moyen terme de l'inflation à sa cible.
04:13Maintenant, on a l'impression, dans la prise de parole de M. Walsh,
04:16qu'il est urgent d'attendre.
04:17Il nous explique qu'on va être dans une période d'intermeeting
04:20avec énormément d'informations et il a tout à fait raison.
04:23Et quand on regarde le chiffre d'inflation d'hier,
04:26finalement, quand on regarde la proportion de composants
04:28qui ont eu une variation négative sur trois mois successives,
04:33eh bien, cette proportion augmente.
04:34C'est-à-dire qu'on a des tensions désinflationnistes
04:36au sein même du chiffre d'inflation.
04:38Et donc, vous avez ce choc énergétique
04:40qui joue nécessairement sur cette inflation.
04:42Néanmoins, on n'a absolument aucune diffusion
04:44de ce choc inflationniste dans la partie sous-jacente.
04:47Et ça, c'est quelque chose que les banques centrales
04:48ont envie de voir, de telle sorte à ne pas,
04:51finalement, comme le marché l'anticipe,
04:53devoir continuer à augmenter leurs taux en 2027.
04:55Est-ce que vous pouvez faire le même constat pour l'ABCE,
04:58pour rappel, l'inflation hors énergie, hors alimentaire,
05:02au mois de septembre, en zone euro,
05:03était de 2,5 %, c'est-à-dire la même qu'il y a un an.
05:08Christine Lagarde, hier, n'a pas donné de détails,
05:10là aussi, sur des hausses de taux.
05:12Elle est bien consciente que, contrairement aux États-Unis,
05:14la croissance en zone euro est bien plus fragile.
05:18On est à la fin, là, d'un cycle monétaire pour l'ABCE
05:21où, non, malheureusement, il y aura encore
05:23d'autres hausses de taux à venir.
05:25Christine Lagarde semblait dire que c'était plutôt
05:27un vote concernant le fait d'augmenter son taux ou non.
05:30C'est-à-dire que, globalement, on est quand même encore
05:32sur un risque asymétrique à la hausse sur les taux d'intérêt
05:34directeurs de la Banque Centrale Européenne.
05:36On considère, encore une fois, comme aux États-Unis,
05:38qu'il va y avoir sans doute encore une hausse de taux en décembre.
05:41Maintenant, il faut bien prendre en compte
05:42que la volatilité que l'on a observée
05:45sur la partie de la dette souveraine et sur les taux,
05:49eh bien, finalement, contribue et est un allié objectif
05:51des banques centrales.
05:52Et comme le rappelait Christine Lagarde,
05:54avec une hausse depuis le dernier meeting de septembre
05:56des taux longs de l'ordre de 34 points de base
05:58sur l'entièreté de la courbe européenne agrégée,
06:01eh bien, il n'y a sans doute pas besoin
06:03de rentrer dans un cycle de resserrement trop massif
06:06dans la mesure où, finalement, le marché est déjà
06:08en train de filtrer l'information pour la Banque Centrale.
06:10Nous parlerons, bien sûr, de Christine Lagarde
06:12dans les experts, avec notamment
06:14Jean-Charles Simon, Robin Rivaton
06:15et Anthony Morley-Lavidali.
06:17Comment vous voyez la suite pour la BCE,
06:20sachant que Christine Lagarde va quitter
06:21l'institution en février ?
06:24Ça change quoi, aujourd'hui, le départ de Christine Lagarde
06:26pour la politique monétaire ?
06:28Alors, pour nous, ça ne changera strictement rien
06:31dans la mesure où, finalement,
06:32les présidents de Banque Centrale changent,
06:34mais les traités, eux, restent les mêmes.
06:35Et le traité fondamental qui organise
06:38la Banque Centrale Européenne,
06:39c'est avant tout un mandat de stabilité des prix.
06:42Et globalement, ce n'est pas tant une question
06:44entourant Christine Lagarde qui est intéressante,
06:46mais il faut rappeler également
06:47qu'il va falloir remplacer Mme Schnabel,
06:49qu'il va falloir remplacer M. Lane.
06:51Et donc, on a finalement trois postes
06:52au sein du directoire qu'il faut remplacer.
06:55Et bon, classiquement, il va y avoir
06:56un petit jeu politique à l'échelle de la zone euro
06:58pour pouvoir nommer ces nouvelles personnalités.
07:02Dans un instant, nous reviendrons en détail
07:03sur les publications dans le secteur technologique
07:05aux États-Unis.
07:06En termes d'allocations,
07:07quels sont les secteurs que vous aimez bien ?
07:09Sachant que sur ce plateau,
07:10vous nous l'avez dit à nombreuses reprises,
07:11vous continuez de surpondérer les États-Unis,
07:14la zone où, aujourd'hui,
07:14il y a le plus de croissance des profits.
07:15On continue à maintenir cette surexposition structurelle,
07:18on va dire, au marché actions américain.
07:21On élargit finalement maintenant
07:22notre exposition sectorielle,
07:24non pas qu'à la technologie,
07:25mais on aime finalement les industriels,
07:26notamment aux États-Unis.
07:27On aime toutes les entreprises
07:29qui gèrent finalement,
07:30enfin, du secteur des matériaux.
07:32On aime encore une fois
07:34les secteurs cycliques de croissance.
07:37Et on considère que finalement,
07:38avec ce cycle de croissance
07:40et ce super cycle d'investissement
07:41qui a lieu à l'heure actuelle aux États-Unis,
07:44on va continuer à avoir finalement
07:46une croissance bénéficiaire des entreprises
07:47qui va attirer les indices.
07:48Et l'Europe, aujourd'hui,
07:49est-ce qu'il est temps de revenir
07:51sur certaines sociétés,
07:53certains secteurs ?
07:54L'Europe qui est en retard
07:54par rapport aux États-Unis.
07:56Même l'Eurostock 50 gagne 5-6%
07:58là où les indices américains
07:59font deux fois mieux.
08:00L'Europe est en retard,
08:01mais il faut bien regarder
08:02que la croissance bénéficiaire
08:03des entreprises du stock 600,
08:05par exemple,
08:06est supérieure en glissement annuel
08:07à celle des entreprises du S&P 500.
08:10Et donc, en Europe,
08:11on aime finalement quand même
08:12regarder encore les financières
08:14qui ont pris un petit reflux
08:17ces derniers temps.
08:18Et avec finalement notre scénario
08:20d'une hausse de taux
08:22un petit peu moindre
08:22de la part de la BCE
08:24et avec finalement toujours
08:25une courbe des taux longues
08:26qui va sans doute s'ancrer
08:27sur des niveaux élevés,
08:29et bien finalement,
08:29les bancaires peuvent être une solution.
08:31On aime aussi l'énergie
08:32et toujours finalement la technologie.
08:34Merci beaucoup Romain Aumont
08:35nous a raccompagné ce matin,
08:37macroéconomiste et stratégiste
08:38de Natixis IM.