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Discussions en commissions, examen en séance plénière, bataille autour des amendements, votes... À partir de reportages produits par Public Sénat et LCP-Assemblée Nationale, l'actualité législative est mise en perspective sous l'oeil avisé d'une personnalité politique, invitée à commenter et analyser les temps forts de la semaine du Sénat et de l'Assemblée nationale.Les invitées cette semaine : Invitées : Gabrielle Cathala, députée "La France insoumise" du Val d'Oise et Marie-Do Aeschlimann, sénatrice "Les Républicains" des Hauts-de-Seine.
Année de Production : 2026
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00:01Générique
00:09Bonjour à tous, ravie de vous retrouver dans ce nouveau numéro de Parlement Hebdo,
00:13l'actualité à l'Assemblée nationale et au Sénat.
00:15Et vous connaissez la Formule 1, débat entre un député et un sénateur.
00:18Aujourd'hui nous accueillons Gabriel Catalat, député de la France insoumise du Val d'Oise.
00:24Bonjour, vous allez débattre avec Marie Do, Ashley Mann, sénatrice Les Républicains.
00:29Et on va parler de cette question, quelle alternative à Parcoursup, un débat sans vote a eu lieu à l
00:38'Assemblée nationale sur la plateforme d'orientation des lycéens.
00:40La gauche demande plus de place dans le supérieur, la droite assume la sélection.
00:47Et puis le projet de loi, casseur-payeur, adopté au Sénat mais dans une version durcie.
00:53Il permet d'engager une responsabilité collective des participants à des attroupements violents.
00:57Le texte a été transmis à l'Assemblée.
01:02Il est au cœur de la colère lycéenne.
01:05Le dispositif Parcoursup vit sans doute ces dernières heures.
01:08Son remplacement a été promis pour 2028.
01:11C'est l'une des réponses du gouvernement après la mobilisation de plus d'un mois.
01:15Retour sur les principales annonces avec Stéphanie Despierre.
01:22Lundi soir, plus d'un mois après le début du mouvement lycéen, le gouvernement présente une batterie de mesures.
01:29Aucune des décisions que nous prenons n'est une promesse en l'air.
01:34Tout ce que nous disons sera fait.
01:37Et la liste des promesses est longue.
01:39Un maximum de 28 élèves par classe en seconde, une heure de pause garantie à l'heure du déjeuner,
01:45des profs en plus, des places en plus dans le supérieur, 15 000, dont les deux tiers en BTS,
01:50de l'argent aussi, 5 milliards pour rénover les lycées et les universités.
01:55Quelques heures plus tôt, les premiers concernés étaient reçus à Matignon.
01:58A la sortie, ils ne sont pas tous convaincus par la copie du gouvernement.
02:02Il faut être clair, il faut être cohérent. Nous avons obtenu des miettes par rapport à ce que nous demandons.
02:07On peut se féliciter de tout ça. La méthode du dialogue a gagné.
02:10On a quand même eu des annonces qui allaient dans notre sens.
02:13Les lycéens ont aussi eu la peau de Parcoursup.
02:16Parcoursup sera remplacé pour la campagne 2028, c'est entendu.
02:20Mercredi, le Premier ministre a organisé un débat à l'Assemblée nationale
02:23pour discuter de l'avenir du système d'orientation.
02:26Tous les groupes sont d'accord pour la suppression de la plateforme, mais après.
02:30Voulons-nous vraiment une sélection assumée ou une absence totale de sélection ?
02:35La gauche réclame plus de places à l'université, la droite veut assumer la sélection à l'entrée.
02:40Le Premier ministre, lui, recevra à nouveau les représentants des lycéens et des étudiants dans 15 jours.
02:47Gabriel Catala, cela fait des années que votre parti, la France Insoumise,
02:52réclame la suppression de Parcoursup à cause de tous les maux.
02:56Aujourd'hui, on peut dire que le gouvernement vous a entendu. Vous êtes satisfaite ?
02:58Je ne pense pas. Parcoursup, ça a été créé par Gabriel Attal pour faire face à la pénurie,
03:04c'est-à-dire pour masquer le manque de place dans l'enseignement supérieur.
03:08Les lycéens et les étudiants, l'intersyndical, ils ont demandé 10 mesures phares,
03:13dont l'abrogation totale de Parcoursup.
03:15Ce que propose le gouvernement, ce n'est que de revoir l'algorithme et de favoriser la transparence,
03:21ce qui est demandé depuis des années,
03:23mais il propose une abrogation à l'issue d'un groupe de travail en 2028.
03:29Sauf qu'en 2028, ce gouvernement, je l'espère, ne sera plus là,
03:32puisque j'espère que nous remporterons l'élection présidentielle de 2027.
03:35Et donc finalement, c'est renvoyé la question à l'élection présidentielle.
03:39Le gouvernement a aussi dit qu'il allait créer des places supplémentaires
03:44pour faire face à une situation où des milliers d'étudiants sont sur le carreau
03:49lorsqu'ils demandent une affectation dans l'enseignement supérieur.
03:52Et il a annoncé 15 000 places, alors qu'il en faudrait 250 000
03:58selon l'intersyndicale lycéenne et étudiante.
04:01Et donc il n'y a strictement rien de nouveau.
04:04Et les lycéens ont raison de dire qu'il s'agit de miettes.
04:07Et donc moi, ce que je note, c'est que pour l'instant,
04:09il n'y a aucune réponse politique réelle à la crise et au mouvement lycéen et étudiant.
04:13Pour faire réagir la sénatrice.
04:14Est-ce que vous êtes d'accord avec la vision des choses de Gabriel Catala ?
04:18Finalement, ce ne sont que des miettes.
04:20C'est une mesure en trompe-l'œil, cette annonce de réforme de Parcoursup ?
04:25Je crois que ce qu'il faut dire, c'est qu'on peut se mettre d'accord sur l'idée
04:28que Parcoursup, ça ne marche pas.
04:31Parcoursup, c'est l'opacité, c'est aussi beaucoup d'injustice.
04:34Et c'est trop de jeunes, de lycéens qui sont laissés sur le carreau
04:38et qui n'ont pas d'orientation à la mesure de leurs objectifs et de leurs ambitions.
04:43Alors, qu'est-ce qu'on fait avec ça ?
04:45Il faut sans doute réformer ce système, il faut mettre plus d'équité, c'est évident.
04:50Il faut des critères objectifs pour que les jeunes comprennent, d'abord,
04:54pourquoi ils sont retenus ou pas sur telle filière
04:57et surtout qu'ils se positionnent en fonction des critères locaux.
05:01Ça, c'est évident.
05:01Et puis, les algorithmes, stop.
05:03On ne peut pas faire dépendre l'avenir de notre jeunesse d'algorithmes
05:07dont les modes de fonctionnement ne sont pas connus et maîtrisés.
05:10Le problème, c'est les algorithmes.
05:13Mais si vous supprimez Parcoursup, vous le remplacez par quoi ?
05:17Parce qu'à un moment donné, il faut bien qu'il y ait une sélection.
05:19On le remplace par un droit d'accès à l'enseignement supérieur
05:23avec des moyens supplémentaires pour que toutes les places
05:26dans l'enseignement supérieur qu'il manque soient créées.
05:28Je vais vous donner un exemple.
05:30La faculté de droit de Panthéon-Assas.
05:32Vous avez eu, l'année dernière, 19 000 demandes
05:35pour aller en première année en droit à Panthéon-Assas.
05:3819 000 demandes pour combien de places ?
05:40Pour 979 places.
05:42Donc, vous avez des milliers de gens qui sont sur le carreau
05:44qui voudraient aller dans cette université,
05:46qui essayent ensuite de se replier sur une autre université parisienne
05:50ou en Ile-de-France ou dans d'autres universités ailleurs en France
05:53et qui n'arrivent pas à avoir de place en droit.
05:55Moi, par exemple, j'ai été une élève très moyenne en terminale
05:59et avec Parcoursup, je n'aurais jamais pu aller en faculté de droit
06:02et faire cinq ans d'études sur le sujet.
06:06Ce que nous demandons, c'est des places supplémentaires, 250 000
06:11et le retour à la situation antérieure où vous aviez,
06:15lorsque vous étiez refusé dans des filières sélectives, prépa, etc.,
06:19le droit d'aller en première année dans n'importe quelle université en France
06:24comme ça a été le cas pendant des décennies sans qu'il n'y ait aucun problème.
06:29Est-ce qu'il faut mettre fin à la sélection, permettre une université pour tous
06:33comme le souhaite Gabrielle Catala ?
06:37Moi, je crois que ce n'est pas qu'une question de place.
06:40Je pense d'abord que le droit à la poursuite d'études supérieures doit être effectif,
06:45c'est-à-dire que les pouvoirs publics doivent donner les moyens à chaque jeune
06:48de poursuivre des études.
06:50Je crois aussi que le tout université, ce n'est pas possible
06:55parce que nous devons faire en sorte que les jeunes se forment
07:00pour occuper des fonctions, des métiers dont notre société a besoin.
07:06Ce n'est pas le tout université, c'est aussi la revalorisation des filières professionnelles,
07:11c'est aussi travailler sur l'orientation.
07:13On a un cruel besoin de profession de santé et paramédicale,
07:17il faut faire en sorte que tout le monde trouve sa place.
07:19Oui, il n'y a pas assez de monde, tout le monde veut aller dans les filières de droit,
07:23psychologie par exemple, mais il y a plein de filières que personne ne veut aller.
07:26Parce que ces filières ne sont pas valorisées.
07:27Je prends les filières qui permettent de faire des études d'infirmière par exemple.
07:32C'est un métier qui est passionnant, mais qui a envie de travailler toute sa vie
07:36jusqu'à 64 ans pour à peine 1800 euros en début de carrière
07:41et à peine 2500 après 35 ans de carrière ?
07:45Qui a envie de faire ça, d'être dans un hôpital paupérisé
07:47où des milliers de lits ont été supprimés,
07:49où on a mal au dos, où on a de moins en moins de matériel équipé ?
07:54Toutes ces filières, il faut les revaloriser.
07:56Et il faut des places aussi dans tout ce qui relève des BTS,
07:59IUT qui sont des filières indispensables,
08:02notamment pour ce que nous nous proposons,
08:05c'est-à-dire la bifurcation écologique.
08:07Tous ces métiers d'ingénierie, tous ces métiers qui permettront
08:12de mettre en place la transition écologique sont indispensables,
08:14mais il n'y a aucun investissement pour revaloriser ces filières
08:17et les rendre attractives.
08:19Mais il faut aussi inciter les jeunes à aller vers ces filières,
08:21d'autant qu'à l'heure où l'IA est partout
08:24et que certains métiers sont menacés, par exemple celui d'avocat,
08:27vous parlez des filières de droit où tout le monde veut l'aller.
08:29Mais demain, on n'aura peut-être plus besoin d'avocat
08:32et dans ces filières-là, il y aura besoin de monde qu'on n'a pas.
08:36– Alors je ne pense pas qu'on n'ait plus besoin d'avocat
08:39du jour au lendemain puisqu'il me semble que la parole à l'audience
08:42notamment est indispensable et le fait que l'IA fait énormément d'erreurs,
08:48elle est pleine de biais, donc je ne crois pas à ces récits-là.
08:51– Mais c'est ce que je disais juste avant,
08:53pour attirer des jeunes vers des filières,
08:56il faut qu'ils aient envie d'exercer le métier qui va en découler ensuite.
09:00Or, tant que les salaires ne sont pas revalorisés,
09:02tant que les conditions de travail de certains métiers ne sont pas meilleures,
09:06vous aurez de moins en moins d'étudiants qui iront vers ces filières-là.
09:09– Marie-Doach, est-ce que vous avez une solution magique
09:12pour redonner de l'envie à tous ces jeunes,
09:14notamment ceux qui sont laissés sur le carreau,
09:17qui ne trouvent pas de place ?
09:19– Ce n'est pas la solution miracle,
09:21mais en tout cas les pouvoirs publics doivent agir pour plusieurs choses.
09:24D'abord, donner une information juste, précise aux jeunes
09:28sur les métiers qu'ils recrutent,
09:30pour que l'orientation soit une orientation
09:33vers des débouchés professionnels effectifs, ça c'est important.
09:36Ensuite, travailler aussi sur l'attractivité des métiers.
09:40On a des filières, on a des métiers qui sont en tension
09:43de recrutement avérés dans tout le pays.
09:45Donc il faut travailler sur l'attractivité des métiers, ça ne passe pas.
09:48Les salaires, évidemment, mais pas uniquement,
09:50aussi les conditions de travail, c'est important.
09:52Et en tout état de cause, la sélection, c'est important.
09:56Je pense qu'on ne pourra pas envoyer tout le monde
09:58dans certaines filières qui sont déjà embolisées,
10:00alors que d'autres nécessitent que des jeunes s'y impliquent
10:05pour pouvoir aller travailler partout sur le territoire.
10:09Donc ça, c'est important.
10:10Vous admettez que la sélection, si elle ne se fait pas tout de suite,
10:14après Parcoursup, elle va se faire un jour ?
10:16Et avec peut-être plus de désillusion encore ?
10:19La sélection, elle peut se faire si une personne, ensuite,
10:22se rend compte que cette filière n'était pas celle qu'elle souhaitait,
10:26qu'elle veut changer d'orientation.
10:28Mais on doit donner le droit à tous d'avoir une première année
10:31d'enseignement supérieur dans la filière de son choix.
10:34Et je reviens aux métiers qui devraient être revalorisés.
10:38Les défis du siècle, c'est le changement climatique,
10:41le vieillissement de la population.
10:44Et donc, on devrait revaloriser tous les métiers
10:46dont la pénurie sera affolante dans les années-cières.
10:50C'est-à-dire qu'en 2050, nous aurons un manque
10:54de plus de 30 000 aides-soignantes, aides à domicile, infirmières, etc.
10:59Or, ces métiers sont féminisés, mal payés, pas du tout attractifs.
11:03Nous aurons un déficit de métiers d'ingénieurs
11:07qui fuient souvent à l'étranger parce que les salaires en France sont trop bas
11:10et que les salaires offerts par les entreprises ou par l'État
11:13ne sont pas assez attractifs.
11:15L'agriculture, vous avez un agriculteur sur six
11:18qui gagne moins de 600 euros par mois.
11:21C'est le métier où il y a un nombre très élevé de suicides.
11:25Et pour le coup, alors que nous avons besoin d'être souverains
11:29en matière d'alimentation et de revaloriser ce type de métier
11:31pour mettre en place une agriculture biologique à l'échelle du territoire.
11:34Vaste programme.
11:35Est-ce qu'il faut répondre, Marie-Douane Schliemann,
11:37aux revendications, quoi qu'il en coûte,
11:40parce que la jeunesse et l'avenir, il faut l'écouter ?
11:43C'est indispensable de toute façon d'écouter la jeunesse
11:46et d'apporter des solutions aux difficultés qu'elle pointe.
11:49On va avoir les débats budgétaires puisque nous entrons
11:51dans une phase de discussion du budget.
11:54Vous savez bien que tout ça va coûter de l'argent.
11:56Mais évidemment, la jeunesse, c'est notre priorité.
11:59Donc on mettra les moyens pour qu'on apporte des réponses
12:02aux difficultés qui sont...
12:04Ça veut dire des amendements à ce budget
12:06qui est en ce moment en discussion pour intégrer certaines demandes ?
12:11Le gouvernement a ouvert la porte puisqu'il y a des annonces
12:13qui ont été faites pour desserrer les taux sur l'université notamment,
12:18mais sur l'enseignement supérieur plus largement.
12:20Et donc des amendements seront déposés effectivement
12:22pour pouvoir réaliser tout cela et le concrétiser dans un budget.
12:26Vous n'avez pas peur que tout ce budget,
12:29que ces mesures ne soient pas retenues dans le budget final finalement ?
12:32Parce qu'il est en discussion, il n'y a pas de majorité pour l'instant pour le voter.
12:35Nous avons déposé toutes les revendications des lycéens et des étudiants
12:38sous forme d'amendements dans le budget.
12:41Une très grande partie a été balayée en commission.
12:43Le gouvernement n'a mis aucun amendement
12:45qui correspond aux annonces qu'il a faites en début de semaine aux lycéens.
12:51Et ce que demandent les lycéens et les étudiants, c'est le chèque de 10 milliards
12:54pour le bâti scolaire, pour qu'il y ait des…
12:57C'est beaucoup 10 milliards vu la situation de la France.
12:59Alors 10 milliards vu comme ça, ça paraît beaucoup,
13:01mais à l'échelle du budget de la France, ce n'est pas grand-chose.
13:03Et lorsqu'il a fallu mettre plus de 25 milliards pour l'armée d'ici 2030,
13:07il y avait les milliards sur la table.
13:09Donc pour les étudiants et les lycéens, on peut aussi mettre les milliards sur la table.
13:12Le gouvernement par exemple a annoncé qu'il allait revaloriser les bourses
13:15en fonction de l'inflation.
13:16Sauf que ça fait presque 4 ans qu'elles n'avaient pas été revalorisées.
13:19Donc il faut revaloriser en fonction de l'inflation depuis 4 ans
13:23et pas seulement depuis l'année dernière.
13:25Sur le bâti scolaire, le gouvernement a annoncé 1 milliard d'ici 2030,
13:30alors qu'il faut 5 milliards dès l'année prochaine
13:32pour rénover tous les bâtiments vétus, les toilettes,
13:35les salles de classe qui prennent l'eau, etc.
13:38Sur les enseignants, les professeurs,
13:41il a annoncé 500 postes d'enseignants supplémentaires pour l'année prochaine,
13:45alors que dans le budget que nous avons sous les yeux,
13:47il y a la suppression de 1 588 postes d'enseignants.
13:50Donc ça fait toujours 1 000 postes supprimés
13:52si finalement on en annule 500, sachant qu'il y en avait déjà 4 000 cette année
13:56et que depuis 2017, M. Macron a supprimé 11 000 postes d'enseignants en France.
14:01Et donc encore une fois, ce sont des annonces
14:04pour essayer d'apporter une réponse politique
14:07qui en réalité est inexistante face à ce mouvement social.
14:09On verra bien ce qu'il en restera.
14:11On va passer au deuxième thème de ce débat,
14:14le projet de loi casseur-payeur qui a été voté au Sénat,
14:17mais dans une version très modifiée.
14:19Le texte prévoit une responsabilité collective
14:21en cas d'attroupement violent.
14:23Il autorise également la saisie des allocations familiales,
14:27des mesures qui ont suscité de très vives tensions,
14:31comme nous l'explique Clément Guillauneau.
14:37Voté au Sénat cette semaine,
14:38le projet de loi casseur-payeur ressort de la chambre haute largement durcie.
14:43Entre autres, le texte permet de tenir comme solidairement responsable
14:46des individus qui ont participé à un rassemblement violent,
14:49même s'ils ne sont pas directement à l'origine des dégâts causés.
14:53Typiquement, il y a une vitrine qui est en train de se faire piller.
14:56La personne qui est à côté de la vitrine et qui encourage les voyous,
15:00c'est cette personne-là qui est visée.
15:02On n'arrive pas à la prendre la main dans le sac en train de piller elle-même.
15:05Par contre, elle participe à l'attroupement violent.
15:08Autre article phare du texte,
15:10les personnes incriminées pourront être amenées à verser jusqu'à 10 000 euros chacune
15:13à la victime des dommages.
15:14Et si elles n'ont pas les moyens,
15:16des saisies de leurs prestations sociales,
15:18comme les APL ou même le RSA, pourront être effectuées.
15:21Des mesures qui ont donné lieu à de vives tensions entre la droite et la gauche.
15:25Ce texte n'impose pas à un casseur de payer.
15:29C'est déjà le cas.
15:31Ce texte permet à celui qui était là et qui n'a rien cassé de payer.
15:36Ce texte permet que, s'il est pauvre, sa famille paye.
15:41Avec les allocations prévues pour ses enfants
15:43et l'aide qui lui permet de garder son toit.
15:46Ce n'est pas une loi casseur-payeur.
15:49C'est une loi manifestant bouc émissaire.
15:52De son côté, face à une gauche très remontée,
15:54Laurent Nunez s'est réjoui de l'adoption de ce texte,
15:56qui répond, selon lui, aux dégradations des derniers jours,
15:59avec plus de 2500 commerces touchés.
16:01C'est aussi pour préserver le vivre ensemble,
16:04pour préserver la liberté de manifestation,
16:06à laquelle il n'est absolument pas porté atteinte par ce texte,
16:09contrairement à ce que vous avez pu dire.
16:10Non, pas du tout.
16:11On vient la conforter, on vient la renforcer,
16:14on vient la garantir.
16:15Le texte tel qu'il a été voté au Sénat
16:17permet également le blocage de contenu à plante au pillage
16:19sur les réseaux sociaux
16:20ou encore l'utilisation de drones judiciaires
16:23pour identifier les auteurs d'infractions.
16:24Le projet de loi a été transmis à l'Assemblée nationale
16:27et doit y être examiné dans les prochaines semaines.
16:31Marie-Doha Schlimann,
16:32la responsabilité collective que ce texte crée
16:34est complètement contraire au principe fondamental
16:37de responsabilité individuelle.
16:39Ce texte est d'emblée inapplicable.
16:41Non, le texte remet du sens à la responsabilité.
16:46Tu produis un dommage, tu répares.
16:48En vérité, ce qui se passe,
16:51c'est qu'il y a une forme d'impunité
16:52à laisser des personnes, des vandales, des voyous,
16:56venir troubler le déroulement paisible d'une manifestation
17:01avec l'expression de revendications
17:03qui sont tout à fait légitimes le plus souvent
17:06pour venir mettre à sac une ville
17:10sans prendre à des bâtiments publics,
17:12casser l'outil de travail de commerçants,
17:14d'artisans qui n'ont rien demandé.
17:16Il faut que ces personnes-là répondent de leurs actes.
17:19Même ceux qui ne sont pas directement l'auteur des violences.
17:21Aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe ?
17:22Les personnes qui s'en prennent au bien public,
17:26aux personnes et à l'outil de travail des commerçants,
17:30par exemple,
17:32bénéficient d'une forme d'impunité.
17:34Qu'est-ce qui se passe ?
17:35C'est l'affirmation d'une responsabilité civile solidaire.
17:40C'est-à-dire que quand on participe à une manifestation
17:45et qu'après sommation, on ne se disperse pas
17:48alors qu'on a connaissance du fait
17:50que des émeutes sont en train de se produire,
17:53on prend une responsabilité à se maintenir sur les lieux
17:56et on doit en répondre.
17:57Donc pour vous, ce n'est pas choquant ?
17:59Ce n'est pas choquant.
18:00C'est protéger le droit de manifester.
18:02Vous n'êtes pas d'accord, Capri ?
18:05Evidemment, ce n'est pas juste choquant.
18:08C'est inconstitutionnel, contraire au droit international.
18:11Cela remet en cause tous nos principes élémentaires
18:14de finalement être responsable de son propre fait.
18:17Ce qui compte, c'est lorsqu'on commet un dommage,
18:19c'est la responsabilité individuelle.
18:21On ne peut pas être tenu pour responsable de dommages
18:23causés par les autres.
18:24En fait, ce n'est pas une loi casseur-payeur.
18:25C'est une loi pas casseur, mais quand même payeur.
18:28Et quel est le but derrière ?
18:29Le but est d'assimiler les casseurs avec les manifestants.
18:33Le but est de dissuader les personnes
18:35d'aller en manifestation.
18:36C'est donc une atteinte à la liberté de réunion pacifique,
18:39à la liberté de manifester,
18:40qui sont des droits constitutionnels.
18:41Pourquoi ? Parce que vous allez vous dire
18:45que les gens ont peur du LBD,
18:47ont peur d'être gazés, ont peur d'être nassés.
18:48Maintenant, ils vont avoir peur de devoir payer
18:51pour des choses qu'ils n'ont pas commises.
18:52C'est vrai, mais les commerçants ont peur aussi
18:53de voir leur boutique totalement mis à faire.
18:55Les commerçants peuvent avoir des craintes.
18:57Mais les commerçants, lorsque leur boutique est dévastée
19:00ou leur vitrine est cassée, c'est quoi ?
19:02C'est la responsabilité du gouvernement.
19:04Donc en fait, le gouvernement essaye de faire peser
19:06la responsabilité sur les manifestants
19:08pour effacer son propre échec,
19:10notamment le 17 octobre, lors des finales
19:12de Ligue des champions, etc.
19:13Parce que le maintien de l'ordre organisé
19:16par M. Nunez et avant lui par M. Darmanin
19:19est fait d'une manière confrontationnelle,
19:23qui encourage les violences,
19:25qui ne permet pas de protéger les personnes
19:27et qui finalement, au contraire, les met en danger.
19:30Et en parlant de ça, quand on parle de ça,
19:32en fait, on ne parle pas des gens mutilés,
19:34on ne parle pas des gens éborgnés,
19:36on ne parle même pas du monsieur
19:37qui est mort boulevard de magenta
19:38pendant la manifestation le 17 octobre.
19:41L'autopsie a révélé qu'il est mort
19:43d'un arrêt cardiovasculaire
19:44alors qu'il n'avait aucun problème cardiaque
19:46à 300 mètres de la place de la République
19:49où des milliers de gens ont été gazés
19:50pendant plusieurs heures illégalement
19:52par la police.
19:52Je préférerais qu'on parle de ça.
19:54Ces violences-là sont une réalité aussi.
19:57Qu'est-ce que vous répondez
19:58à ce que vient de dire Gabrielle Catala ?
20:01L'emploi de la force doit être proportionné.
20:04Et encore une fois, les lycéens,
20:05les manifestants qui sont dans la rue
20:07paisiblement pour défendre des revendications
20:09doivent être protégés.
20:11Et pour qu'ils soient protégés,
20:15il faut se débarrasser définitivement
20:17des vandales, des voyous
20:19qui viennent perturber, infiltrer
20:21des mouvements pacifiques.
20:23Et pour cela, il faut être absolument radical,
20:27ferme et sévère
20:28avec ceux qui viennent pénaliser
20:30l'expression démocratique dans la rue.
20:33Je parlais des violences de la police.
20:36Vous, par exemple, qu'est-ce que vous dites
20:37aux gens qui ont été mutilés,
20:39qui sont mutilés à vie ?
20:40Parce que des vitrines, ça revient,
20:41mais des yeux, des mains, ça ne revient jamais.
20:43Qu'est-ce que vous dites à ces personnes
20:44qui exercent leur droit constitutionnel de manifester
20:47et qui se retrouvent mutilés à vie ?
20:49Mais ça, ce sont des drames humains
20:51absolument inacceptables.
20:53Et aucun jeune qui va manifester
20:55ne devrait ressortir de là
20:57avec une main en moins
20:58ou un œil en moins.
21:00Mais pour éviter que ce type
21:04de résultats ne se produise,
21:06il faut absolument éradiquer
21:08les hordes de voyous et de vandales
21:10qui viennent perturber, infiltrer
21:12les mouvements des manifestants.
21:13Il y a des jeunes qui ont perdu un œil,
21:15qui ont perdu une main,
21:16qui ont eu la mâchoire arrachée
21:18devant leur lycée
21:18alors qu'ils ne faisaient strictement rien.
21:20Cela n'a strictement rien à voir
21:23avec les cases qu'il y a pu y avoir.
21:25Et cela a tout à voir, par contre,
21:27avec des armes mutilantes
21:29qui sont interdites
21:29dans les autres pays de l'Union européenne,
21:31avec une doctrine du maintien de l'ordre
21:32qui est contraire au droit international,
21:34avec des policiers qui ne sont pas formés,
21:36qui désobéissent parfois aux ordres,
21:37qui désobéissent à des ordres
21:38qui sont illégaux.
21:40Les enquêtes démontreront
21:42la responsabilité ou pas
21:43et établiront les faits
21:45tels qu'ils se sont produits.
21:46Je ne peux pas me prononcer
21:47sur des choses auxquelles
21:48je n'ai pas assisté.
21:49Alors, vous pouvez peut-être
21:50vous prononcer sur l'une des mesures
21:52de ce projet de loi
21:53qui prévoit la possibilité
21:54de saisir les allocations familiales.
21:56Mais que peut-on saisir
21:58si les personnes concernées
21:59ne sont pas solvables ?
22:01S'il n'y a plus d'argent à prendre ?
22:02On ne peut pas non plus
22:03accepter l'impunité des casseurs.
22:06Lorsque des casseurs
22:08produisent des résultats
22:10comme ceux auxquels
22:11nous avons assisté
22:13ces dernières semaines,
22:15il faut qu'ils répondent
22:16de leurs actes.
22:17La solidarité nationale
22:18qui finance les allocations familiales,
22:21qui finance les APL,
22:22qui finance le RSA,
22:24ne doit pas bénéficier
22:25à des personnes
22:26qui vont s'en prendre ensuite
22:27aux biens publics,
22:29aux forces de l'ordre
22:30et à l'outil de travail
22:31des commerçants.
22:32Ça, ce n'est pas possible.
22:33Il faut quand même
22:34qu'il y ait une certaine fermeté,
22:35Gabriel Catala.
22:36Et surtout, la question,
22:38c'est qui doit payer
22:39toutes les réparations
22:41que les commerçants ont engagées ?
22:42C'est l'État qui est responsable.
22:43Puisqu'encore une fois,
22:44c'est le ministre de l'Intérieur
22:45qui est responsable de ce dévain.
22:47Donc, nous, en fait.
22:48Oui, c'est l'État
22:49qui doit payer.
22:49Et ensuite, vous avez des commerçants
22:51qui ont des assurances,
22:52notamment quand il s'agit
22:53de grandes entreprises.
22:54Mais là aussi,
22:56c'est essayer de jeter
22:57l'opprobre sur des familles.
22:58Quel est le message
22:59qu'il y a derrière ?
23:00C'est que ce sont des gens
23:02pauvres, précaires,
23:03qui ont mal élevé leurs enfants
23:05et que ces enfants
23:06vont ensuite tout casser
23:07et qu'on doit faire payer
23:08toute la famille,
23:10c'est-à-dire faire plonger
23:11potentiellement dans la précarité
23:13une famille et d'autres enfants.
23:15Puisqu'il y a quand même
23:16la suspension des allocations familiales.
23:18Donc, c'est des atteintes
23:18à nos droits sociaux,
23:20là aussi, universels et élémentaires.
23:22Au lieu d'interroger
23:24la responsabilité de M. Nunez,
23:27qui est un ministre de l'Intérieur,
23:29qui ne démissionne toujours pas
23:31quand des gens sont blessés,
23:34mutilés à vie
23:34ou même perdent la vie.
23:36Puisqu'encore une fois,
23:37deux personnes sont mortes
23:38la semaine dernière,
23:39une boulevard de Magenta
23:40et une à Châtelet.
23:41Et on en parle très peu.
23:43Il n'y a eu aucun usage proportionné.
23:45Ces images sont extrêmement choquantes
23:47pour nos voisins.
23:48De telles images
23:49n'existeraient jamais en Espagne,
23:51n'existeraient jamais au Royaume-Uni,
23:53n'existeraient même pas en Allemagne,
23:54qui est pourtant un pays
23:55de plus en plus répressif.
23:57Et donc, c'est pour masquer son propre échec,
23:59sa propre responsabilité.
24:00Et ça nous interroge plus largement
24:02sur qu'est-ce qui conduit
24:03à la démission en politique.
24:05Puisque tout ça, visiblement,
24:07ce n'est pas grave pour M. Nunez.
24:08Et donc, j'imagine
24:10qu'on peut aller encore plus loin.
24:11C'est-à-dire avoir encore plus de blessés,
24:13avoir encore plus d'échecs
24:14et finalement rester
24:14comme si de rien n'était.
24:16Est-ce que vous pensez...
24:17Au lieu de focaliser
24:19sur M. Nunez,
24:20je pense qu'il faudrait se dire
24:22que l'État, c'est nous.
24:23L'État, c'est aussi les personnes,
24:25les Français les plus modestes.
24:27Il existe un régime de responsabilité
24:29sans faute de l'État
24:30en cas d'émeute.
24:32L'État vient réparer les dommages
24:34qui ont été occasionnés
24:35à l'occasion de ces émeutes.
24:37Mais l'État, c'est nous.
24:38Donc, au final,
24:39ça veut dire que ça aboutit
24:40à faire payer le contribuable français
24:42pour des exactions
24:44qui sont commises par des voyous,
24:45par des vandales
24:46et par des hordes de sauvages.
24:47Vous souhaitez que ce projet de loi
24:48Casseur-Payeur soit adopté rapidement.
24:50Il a été transmis à l'Assemblée.
24:51Est-ce que vous avez quand
24:52il pourra l'être ?
24:52Il faut responsabiliser
24:54les personnes
24:54qui causent ces dommages, évidemment.
24:57Le projet de loi a été durci au Sénat
25:00avec un certain nombre
25:01de mesures supplémentaires
25:02pour remettre de la responsabilité
25:05vis-à-vis des personnes
25:07qui causent des dommages
25:08et qui polluent des mouvements
25:11tout à fait pacifiques.
25:12Il sera transmis à l'Assemblée nationale
25:14et j'espère qu'il sera également
25:16adopté à l'Assemblée nationale.
25:17On verra bien.
25:17On n'a toujours pas de date
25:18pour l'instant.
25:19Merci à vous deux
25:20d'avoir participé à ce débat.
25:22On se retrouve la semaine prochaine,
25:24même lieu, même heure,
25:25et ce sera Alexandre Poussard
25:27aux commandes.
25:28Bye bye.
25:28Sous-titrage Société Radio-Canada