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Transcription
00:02Les vraies voix écoutent la France, on doit avoir Patrick Battiston d'ici quelques instants mais il y a un
00:07petit problème de liaison téléphonique.
00:10Alors on va essayer de le rappeler puisque mon cher Domenico, mon cher Domenico non, on est en ligne avec
00:15lui, mon cher Mathéo, c'est toujours un prénom italien, vous m'excuserez.
00:19C'est ça, on va bien sûr parler avec Patrick Battiston de ce choc qui fait le tour des réseaux
00:27sociaux avec cet attaquant de Ténérife, Résus de Miguel, lancé vers le but qui se fait percuter de plein fouet
00:35par le gardien du FC Andorre, Jésus Owono.
00:39Et Jésus de Miguel est malheureusement décédé cette nuit, on invite Patrick Battiston puisqu'on se rappelle en 1982, c
00:49'était lui malheureusement qui était confronté à un choc terrible avec le gardien de la RFA, Arad Schumacher et je
00:55propose justement qu'on revive ce qui s'est passé en 1982.
01:13Bonsoir Patrick Battiston, merci à vous d'avoir répondu à notre invitation. Déjà une première question, quand vous entendez ce
01:22son, qu'est-ce que vous ressentez ?
01:25Pour tout vous dire, je revois l'action. J'ai revois l'action et je comprends qu'on me dise,
01:33ah là là le ballon passe à côté, il est vrai, voilà c'est vrai.
01:36Parce qu'en fait, quand Michel a mis ce ballon dans l'espace, j'y croyais et j'étais persuadé
01:44que j'allais prendre le ballon.
01:45Et puis au fur et à mesure de l'avancée, je me suis dit, il y a quelque chose de
01:48noir qui vient vers moi, c'est son, c'est son, il faut vite que je touche le ballon et
01:53que je m'arrête, que je me retire.
01:55Mais bon, j'ai mollement touché le ballon, bon c'est passé juste à côté, c'est bien dommage.
02:00Et après, je n'ai pas pu éviter le gardien, donc assez surpris qu'il vienne assez rapidement.
02:06Et comme je ne suis pas préparé ni gainé, je prends un coup et je suis après KO complètement.
02:13Alors, Patrick Battiston, moi j'ai vu ce match, que j'étais adolescent, et je veux dire qu'on a
02:19eu très peur pour vous, et désolé, on a été, toutes les personnes qui ont vu le match de Séville,
02:24quand on a vu les images du choc entre Rezus de Miguel et Rezus Obono, on a eu la même
02:30réaction.
02:30On en parlait d'ailleurs dans la rédac, on s'est dit, mais finalement, Patrick Battiston, vous êtes passé à
02:36deux doigts d'un drame absolu.
02:39Quand vous avez vu les images du choc d'hier soir, qu'est-ce que vous avez ressenti ?
02:45Écoutez, moi je n'ai vu les images qu'en fait cinq journées, donc je ne savais pas ce qui
02:49s'était passé.
02:51J'avais été alerté par quelques messages et j'ai regardé rapidement.
02:56J'ai eu beaucoup de tristesse, d'émotion, j'étais, je ne vais pas vous dire anéanti, mais j'étais
03:03plus présent parce que j'ai pensé à, comme j'ai vu, l'affolement des joueurs.
03:11C'était rapide ce que j'ai pu voir, donc j'ai eu une image furtive, mais j'étais très
03:17touché par ce qui s'était passé,
03:21parce que je savais qu'il y avait eu derrière un décès. Et j'ai pensé après tout de suite
03:25à sa famille, à ses amis ou coéquipiers qui étaient affolés,
03:30qui ne savaient plus trop comment faire pour essayer de retourner à cette situation.
03:35J'ai appris que le décès était intervenu plus tard, mais j'ai vu que les joueurs étaient affolés,
03:43ils se prenaient la tête entre les mains et ça m'a bouleversé.
03:47Je n'ai même pas pensé à moi, et je me suis dit, à un moment, il est revenu certaines
03:52phrases où on m'a dit, à un moment, le docteur pensait que tu étais mort.
03:59Oui, c'était le docteur Friat, je crois, à l'époque, le médecin de l'équipe de France, oui.
04:03Absolument, absolument. Et ça m'est revenu. J'y pensais pas, ces derniers, enfin, j'y ai jamais pensé.
04:10C'est arrivé, puis on passe à autre chose. Mais là, c'est vrai que je me suis dit, oui.
04:15Puis après, je me dis, on l'a charrié, on a dit, il a des dents, on va lui payer
04:21ses dents, on va lui payer ses dents en or, des choses comme ça.
04:24Bon, c'est assez facile, c'est plutôt petit, mais bon, c'est pas important.
04:30Mais à un moment, je me suis dit, ouais, j'ai peut-être passé à côté, et j'ai, voilà,
04:35j'ai fait des examens, tout ça, assez récemment.
04:41Je sais que c'est quelque chose qui aurait pu arriver.
04:44À l'époque, on m'a pas fait certains examens, mais bon, pour des raisons autres que celles-là,
04:51je sais que j'ai des informations qui, bon, qui me donnent certaines idées de ce qui m'est arrivé,
05:00voilà.
05:01Patrick Battiston, 44 ans après votre accident, il y a ce drame qui arrive aujourd'hui.
05:06Ça peut poser aussi certaines questions sur certaines sorties de gardiens qui sont parfois pas appropriées.
05:13On voit beaucoup de gardiens encore sortir aujourd'hui avec les genoux en avant, ce qui est extrêmement dangereux.
05:18Est-ce qu'il faut enfin se poser les bonnes questions, Patrick Battiston ?
05:22Alors, c'est difficile de pouvoir accabler le gardien, parce que c'est...
05:26Non, sans vouloir l'accabler, c'est de manière générale sur la sécurité des attaquants.
05:32Autant Schumacher avait commencé à agresser des joueurs français dès la première mi-temps,
05:36et vous en avez été l'apothéose, autant le gardien, là où Ono, n'a rien fait,
05:41et je pense que c'est vraiment, il a pas vu, c'est une erreur de prise d'information.
05:44Mais c'est que mon point de vue.
05:44Moi aussi, la blessure arrive, parce que, autant pour moi, parce que j'étais surpris de voir le gardien arriver,
05:50je pense que Jésus de Miguel était aussi surpris de voir le gardien si loin.
05:57Oui, dans le rang central, oui.
05:58Voilà, je crois qu'il y a aussi ce phénomène.
06:02Et cette situation, on est surpris, et quand on est surpris, le corps est très fragile.
06:06Si on peut gainer, on peut essayer d'atténuer encore certaines choses, mais là, c'est un peu délicat.
06:12Alors après, c'est de savoir comment on peut maîtriser son action, ça c'est un problème délicat.
06:22C'est difficile de porter une appréciation sur ce qui s'est passé.
06:27Je ne sais pas comment on peut réagir le gardien, je ne sais pas.
06:31Là, c'est très compliqué.
06:32Je pense davantage, si vous voulez, à la victime du drame.
06:38Et je n'ai pas cherché à analyser, que ce soit après les actions de jeu, ce sont ce qu
06:42'elles sont.
06:42Mais c'est des maîtrises qu'il faut peut-être avoir, des enjeux, je ne sais pas.
06:48Sincèrement, je ne sais pas.
06:49Je ne veux pas porter de jugement particulier.
06:51Ce que je déplore, c'est vraiment ce qui s'est passé.
06:55Ça m'a véritablement touché.
06:57Bien sûr.
06:58Mais une preuve quand même que le drame qui est arrivé le 8 juillet 82 également,
07:04évidemment moins dramatique que ce qui s'est passé, parce qu'il n'y a pas eu mort d'homme,
07:08ça a marqué vraiment la planète entière et la France entière, parce que vous le disiez vous-même,
07:12vous avez reçu beaucoup d'appels suite à la tragédie qui s'est passée en Espagne.
07:19C'est-à-dire que 44 ans après, ce n'est pas sorti de l'esprit des gens.
07:22Oui, c'est ça.
07:23On fait cette association sur les petits gardiens et puis les conséquences qu'il peut y avoir.
07:29Je dis, moi, j'ai eu certaines petites choses, des petits trucs sur les vertèbres cervicales.
07:36Enfin bon, mais c'est rien.
07:40Je veux dire, c'est rien.
07:41Quand je vois ça, je ne vais pas me dire que je suis chanceux,
07:45mais je me suis dit avant, parce que quand je vous dis, j'ai appris certaines choses,
07:49je me dis, finalement, ce n'était peut-être pas aussi anodin qu'on a pu le penser et qu
07:52'on le pense.
07:53Et j'avais entendu une de vos interviews il y a quelques années,
07:57et ce n'est pas très vieux, je crois que ça datait des 40 ans de Séville.
08:00Vous aviez dit que vous aviez encore des douleurs suite au choc.
08:03Est-ce que, si c'était il y a 6 ans,
08:05est-ce que 6 ans plus tard, vous avez encore des douleurs suite au terrible choc avec Schumacher ?
08:13Moi, j'ai toujours certains petits symptômes.
08:17Vous savez, je suis comme la grenouille sur l'échelle qui peut donner la météo.
08:23Quand j'ai les vertèbres cervicales qui me font mal,
08:25je me dis, tiens, j'ai un changement de temps.
08:27C'est un peu dans cet esprit-là où, quelquefois, c'est un peu...
08:31Il y a des moments qui sont un peu difficiles, mais ça n'a rien à voir.
08:37Je suis plutôt bien et j'espère que ça va durer.
08:40Tout simplement.
08:41Et une dernière question, 44 ans après, vous en voulez encore à Schumacher ou pas ?
08:47J'évite de me poser la question.
08:49D'accord.
08:50Voilà. J'évite de me poser la question.
08:53J'avais le recul et puis quand on voit certaines choses,
08:56alors les appréciations que j'ai, je reste comme ça
08:59et je passe à trop de choses pour ne pas me torturer.
09:03Voilà, tout simplement.
09:04J'avais peut-être une dernière question pour passer une pas à distance.
09:06c'est que vous avez été une légende des Girondins de Bordeaux.
09:10Est-ce qu'actuellement, vous êtes toujours au club
09:12ou est-ce que vous continuez de les suivre malgré tout ce qui s'est passé,
09:16malheureusement, pour le club ?
09:17Là, je suis retourné voir le premier match qui s'est passé au Stade Atlantique.
09:24avec un engouement assez extraordinaire puisqu'il y avait presque 12 000 personnes.
09:28On se met à ça à peu près.
09:29Et oui, j'y suis retourné.
09:31Il y avait Alain Giresse, Marius Trésor, Yannick Stopira.
09:34C'est avec le président de Rio.
09:35Donc, ça marque une génération.
09:37Et j'ai le plaisir de revenir dans ce stade
09:42et puis de voir une équipe qu'on espère qui va profiter pour monter.
09:47Ça ne sera pas facile.
09:48Mais bon, c'est un club quand même qui a marqué
09:51et qui nous a marqués.
09:53Forcément, tous ceux qui sont passés par Bordeaux
09:55souvent disent que ça les a marqués.
09:57Nombre de joueurs de ma génération
09:58qui sont venus ici sont restés là pendant longtemps.
10:01Donc voilà, moi, je suis plutôt content d'avoir vu ce club
10:06avec un président enthousiaste
10:08qui a envie de redonner...
10:11Du lustre au club.
10:12Oui, de noblesse de dire, mais bon, à peu près ça.
10:15Merci beaucoup, Patrick Baptiston,
10:18d'avoir témoigné en direct sur Sud Radio.
10:20Et dans votre carrière,
10:22il n'y a évidemment pas que ces 5 minutes
10:24sur le terrain de Séville
10:25et l'agression de Schumacher.
10:26Il y a eu des choses magnifiques.
10:27Vous avez fait 3 Coupes du Monde.
10:28Vous avez été champions d'Europe.
10:30Et il y avait notamment ce but
10:32avec les Girondins de Bordeaux
10:33contre la Juventus.
10:34Une frappe de 35 mètres
10:36qui était sensationnelle.
10:37Merci pour tout ce que vous nous avez apporté.
10:39Merci à vous.
10:40Nous, on se retrouve demain
10:41avec Cécile de Ménibus
10:43et Patrick Roger pour Les Vraies Voix à 17h.
10:45Et tout de suite,
10:46Anthony Martin Smith,
10:47on vous a compris.
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