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Valentine Ainouz, responsable de la stratégie taux chez Amundi Institute, et Christian Parisot, économiste et conseiller auprès d'Aurel BGC, étaient les invités de Brigitte Boucher dans Good Morning Business, ce mercredi 4 novembre. Ils sont revenus sur les conséquences économiques de la victoire du Parti démocrate aux États-Unis, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Bienvenue, si vous nous rejoignez sur BFM Business et RMC Live, canal 25, il est 8h19 et nous sommes avec
00:06Valentin Ennouz.
00:07Bonjour, vous êtes responsable de la stratégie TAU chez Amundi Institute et Christian Parizeau, bonjour, bienvenue à vous.
00:14Vous êtes économiste et conseiller auprès d'Aurel BCG.
00:18Alors, on a vu cette vague bleue démocrate, donc déferlée outre-Atlantique avec cet État qui bascule côté démocrate
00:28et qui donc font basculer le Sénat et donc l'ensemble du Congrès.
00:34Quelles conséquences ça va avoir sur l'économie américaine, Valentin Ennouz, alors qu'on a vu de la volatilité, surtout
00:43pour l'instant,
00:44mais finalement peu d'impact sur le dollar ?
00:48Pour l'instant, oui, si on voit la réaction des marchés, elle est restée extrêmement modérée.
00:52On a vu les taux reculer un peu.
00:55Alors, le message pour interpréter ce recul des taux, c'est que les investisseurs aujourd'hui considèrent que d'avoir
01:02un pouvoir qui est partagé
01:03va limiter la dérive budgétaire, limiter la capacité de Donald Trump à botter de nouvelles baisses d'impôts, nouvelles dépenses
01:10militaires.
01:11Mais je pense que quand on regarde cette réaction sur les taux, elle est quand même extrêmement modérée.
01:15Et pour moi, le message qu'il faut retenir, c'est qu'il y a quand même un avis qui
01:20est partagé par les républicains et les démocrates
01:22pour maintenir le niveau de déficit.
01:25Il faut quand même rappeler qu'aux États-Unis, on a un niveau de déficit qui est aujourd'hui extrêmement
01:28élevé,
01:29qui tourne autour de 6%.
01:32Et on avait vu lors du premier mandat de Donald Trump, quand on avait eu les élections de mi-mandat
01:38et qu'on avait eu les démocrates qui avaient repris le pouvoir à la Chambre des représentants,
01:43il n'y avait pas eu de réduction de ce déficit.
01:46Alors plus que les pouvoirs politiques, pour pouvoir réduire ce déficit,
01:50pour moi ce sera plutôt les marchés qui à un moment ou à un autre amèneront une sanction
01:54parce que ce niveau de déficit, dans un contexte de remontée des taux, n'est pas soutenable.
02:00Si on regarde aujourd'hui la dépense nette des intérêts aux États-Unis,
02:04elle représente à peu près 20% des recettes.
02:08Alors pour moi, ce que les marchés à un moment vont s'inquiéter,
02:11c'est est-ce qu'on va pouvoir maintenir à moyen terme,
02:14ce n'est pas une question pour le court terme,
02:15ce faible niveau d'imposition notamment pour les entreprises.
02:18Mais ça, ce n'est pas une question de court terme,
02:20c'est plutôt une question de moyen terme pour moi pour les élections dans deux ans.
02:24Ce que vous nous dites, c'est qu'il ne faut pas s'attendre avec les démocrates,
02:26en tout cas à une réduction du déficit.
02:29Quand on voit que les taux bougent assez peu finalement,
02:33le dollar peu, le pétrole pas beaucoup,
02:36les marchés avaient finalement anticipé cette défaite de Donald Trump ?
02:41Alors, peut-être pas cette vague, peut-être pas aussi fort.
02:45Les sondages étaient mauvais, on le savait.
02:47Il y avait un peu un suspense quand même au niveau du Sénat.
02:50Là, c'est quand même une grosse surprise quand même,
02:52parce qu'on a même eu des États qui ont basculé du côté démocrate,
02:56qui n'étaient pas évidents du tout, le Texas, le Kansas.
02:59Et puis surtout, sortie des urnes, j'ai vu un sondage qui était assez impressionnant.
03:0370% des Américains voudraient que le Congrès mette plus de pression sur la présidence
03:08et surveille mieux la présidence.
03:09Donc, il y a quand même un rejet très fort de la politique de Donald Trump.
03:13Un retournement, parce qu'on savait qu'il y avait eu des ajustements
03:17en termes de zones géographiques pour les élections,
03:21pour essayer d'avoir plus de postes au niveau de la Chambre des représentants.
03:24Ça n'a pas du tout marché, parce qu'il y a le vote hispanique
03:26qui s'est complètement retourné.
03:2860% des Latinos qui ont voté contre Donald Trump,
03:34alors qu'ils étaient plutôt soutenus.
03:37On voit que les jeunes, à 60%, les moins de 30 ans, ont voté contre Donald Trump.
03:41Donc, il y a quand même un revirement qui est assez violent
03:43et qui envoie un message très clair sur la politique américaine,
03:48sur la politique intérieure américaine.
03:50Et donc, ça va renforcer quand même l'opposition démocrate
03:53pour dire qu'on ne peut pas continuer sur cette politique.
03:56Maintenant, sur le fond, pourquoi les marchés ne réagissent pas plus ?
04:00Parce qu'ils savent que Donald Trump a son veto.
04:03Ils savent qu'il a quand même un pouvoir de bloquer une grande partie des lois,
04:07ce qui fait que généralement...
04:08Est-ce qu'on peut s'attendre à un changement de politique économique ?
04:11On n'aura pas grand-chose, à mon avis, sur le fond.
04:13Il y aura sûrement des procédures juridiques,
04:16ça c'est évident, mais ça va polluer beaucoup le débat politique,
04:19mais ça ne change rien économiquement et ça ne change rien en termes de législation.
04:23Donc, on va avoir des procédures qui vont être ouvertes,
04:26mais le temps qu'on mette en place ces procédures,
04:28que ce soit fait de toute façon, Donald Trump aura fini son mandat.
04:31Donc, ce ne sera pas ça qui va le traumatiser.
04:34Et on est sur un blocage des nominations.
04:36Et ça, c'est quand même quelque chose qui va bloquer énormément l'administration américaine.
04:41Mais après, on sait que Donald Trump,
04:42il est même prêt à faire des décrets qui sont jugés illégaux après,
04:45on l'a vu avec les droits de douane.
04:46Le temps que la justice se prononce, il applique ses décrets.
04:49Donc, il sera retoqué derrière, mais il est capable de passer en force.
04:52Et même s'il accepte aujourd'hui la victoire des démocrates,
04:54on peut s'attendre à ce qu'il y ait quand même une politique qui soit compliquée à mener.
04:58Elle va être compliquée, mais au pire,
05:00Donald Trump mettra son veto.
05:01Voilà, je dirais que pour les marchés, le principal risque,
05:03c'est tout ce qui est réglementaire,
05:04mais on sait qu'il mettra son veto sur tout ce qui ne lui plaît pas.
05:06Donc, ça va quand même limiter la capacité de réforme.
05:09Et puis, encore une fois, s'il y a quelque chose,
05:12ça sera peut-être éventuellement un blocage budgétaire sur le budget américain,
05:16voire un éventuel shutdown.
05:17Mais ça, c'est ce qui fait peut-être,
05:19ce qui pourrait être entre guillemets positif pour les taux,
05:22c'est que ça veut dire qu'on va limiter la dérive budgétaire.
05:25Donc, voilà.
05:25Mais globalement, c'est vrai que pour les marchés,
05:28ce n'est pas quelque chose qui modifie profondément.
05:30Il y aura sûrement des rotations sectorielles.
05:31Il y a des problématiques autour de l'intelligence artificielle,
05:34la construction des data centers,
05:36mais il faut vraiment descendre état par état,
05:38voir qui a été élu,
05:39parce qu'il y a certains candidats qui sont engagés
05:41contre les permis de construire de certains data centers
05:44et ça peut affecter certaines valeurs.
05:46Justement, notamment au Texas,
05:48où il pourrait y avoir un rapport.
05:48Mais ça reste très ponctuel et sur quelques valeurs.
05:49Et je ne vois pas, franchement, un retournement profond
05:52que sur cette thématique-là du secteur technologique
05:55parce que les démocrates ne vont pas casser
05:57la dynamique d'intelligence artificielle.
06:00Ils ne vont pas casser cet élément
06:02qui est essentiel pour la croissance américaine.
06:03Donc, oui, il y a quelques rotations sectorielles à attendre,
06:06mais pas forcément de mouvements très violents des marchés.
06:09Je trouve que le message le plus fort
06:11qu'on peut tirer de ces élections,
06:12ce n'est pas tant l'impact à venir
06:13parce qu'on voit qu'on va être plutôt dans une situation de statu quo.
06:16Et cette situation de statu quo va être globalement
06:18bien accueillie par les marchés,
06:20mais plutôt le fort mécontentement
06:22des ménages américains
06:23par rapport à cette politique de Donald Trump.
06:26Alors que si on regarde paradoxalement,
06:28l'économie américaine va bien.
06:29Si on regarde la croissance américaine,
06:31sur le premier semestre,
06:32on est à plus de 2,4%.
06:34Il y a une consommation qui reste résiliente.
06:36Il y a des investissements qui sont très forts.
06:39On est au plein emploi.
06:40Le marché action, globalement,
06:41depuis le début de l'année,
06:42le S&P 500 est sur le plus 10.
06:44Mais les ménages américains, aujourd'hui, sont très inquiets.
06:47Ils ne vivent pas du tout comme ça, les ménages américains ?
06:49Parce que le galon est au-dessus des 4 dollars, non ?
06:52C'est une question de pouvoir d'achat et d'inflation ?
06:54Exactement.
06:56Le prix, mais aussi les niveaux de taux.
06:58Il y a trois sources de mécontentement qui sont assez importantes,
07:02qui sont cette inflation qui pèse sur le pouvoir d'achat.
07:05Donald Trump, il avait quand même promis la fin de l'inflation
07:08et de faire baisser très très fort les prix du pétrole.
07:11Quand on regarde aujourd'hui, ce n'est pas le cas.
07:12Et aussi, une autre source d'inquiétude très importante
07:14pour les ménages américains, c'est l'immobilier.
07:16L'immobilier, aujourd'hui, est devenu...
07:18Avec des taux qui sont assez élevés, quand même.
07:19Avec des taux qui sont sur les plus hauts depuis 20 ans.
07:22Donald Trump, il avait promis des taux en baisse.
07:25Il avait promis de rendre l'immobilier plus abordable
07:27avec des taux plus bas, avec moins de législation,
07:30avec des institutions sociales.
07:31En fait, ce sont les dépenses contraintes qui pèsent très fortement
07:33sur le portefeuille des ménages.
07:35Et si on regarde l'âge des primo-accidents,
07:38depuis 6 ans, il est passé de 33 ans à 40 ans aux Etats-Unis.
07:42Et il y a un tiers des jeunes, c'est pour ça aussi
07:44qu'il y a beaucoup de jeunes qui basculent du côté des démocrates,
07:48il y a un tiers des jeunes qui pensent qu'ils ne pourront pas accéder
07:50à la propriété.
07:52Et là-dessus, si on regarde la troisième source de mécontentement,
07:54c'est l'IA, où il y a quand même une inquiétude
07:57qui se dessine dans les ménages américains.
08:00L'emploi, aujourd'hui, il se tient bien.
08:03On est globalement au plein emploi
08:05parce qu'il y a une offre de travail
08:08qui reste assez faible.
08:10Il y a des créations d'emplois qui sont un peu faibles.
08:13Mais il y a aussi, avec la baisse de l'immigration,
08:16il y a aussi une offre de travail qui diminue.
08:18Mais ce qu'on voit quand même se dessiner,
08:20c'est une remontée du taux de chômage chez les jeunes.
08:23Et donc les ménages américains,
08:25si on leur demande qu'est-ce que vous pensez du marché de l'emploi
08:27dans quelques années,
08:28il y a quand même une inquiétude qui se dessine.
08:30Même si aujourd'hui, c'est très correct.
08:32Donc une inflation qui pèse sur le pouvoir de l'achat,
08:34un immobilier qui est plus accessible,
08:36des craintes sur le marché du travail demain,
08:39et puis aussi sur cette construction de data center.
08:42Les ménages américains sont assez inquiets
08:44quand il y a la construction de centres de données
08:46à côté de chez eux, d'une remontée du coût de l'électricité.
08:48Donc oui, paradoxalement,
08:50on a une économie américaine qui va bien,
08:52mais cette économie,
08:54ces bénéfices de ce boost
08:56qu'on a aujourd'hui sur l'économie américaine,
08:58il ne profite qu'à une petite partie
09:01de la population américaine.
09:02Cette population américaine
09:04qui a aujourd'hui,
09:05qui détient des actions,
09:06qui détient des actifs.
09:07Donc des inégalités qui se sont creusées
09:08aux Etats-Unis sous Donald Trump.
09:10Et voilà,
09:11moi je trouve qu'il y a un chiffre
09:12qui est assez intéressant,
09:13c'est si on regarde aujourd'hui
09:14la part des salaires
09:15dans le revenu brut aux Etats-Unis,
09:19il est aujourd'hui à 43%,
09:21c'est un plus bas,
09:22c'est un niveau qu'on avait
09:23lors de la grande dépression des années 30.
09:25Donc il y a vraiment un sujet aujourd'hui,
09:27cette richesse,
09:28cette économie qui boost,
09:29elle se traduit plus par des profits
09:31pour les entreprises,
09:32plus par une remontée des marges,
09:33plus par une appréciation
09:34du prix des actifs,
09:35que par un marché de l'emploi
09:37qui va bien,
09:37que par une remontée
09:39du revenu disponible
09:40pour les ménages américains.
09:41Merci Valentin Ennus
09:42d'avoir été avec nous ce matin.
09:43Merci Christian Parizeau.