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  • il y a 8 minutes
SANTÉ FUTURE du 6 novembre 2026

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Transcription
00:04On connaît les groupes d'entraide pour les personnes dépendantes à l'alcool,
00:08mais beaucoup moins ceux qui existent pour arrêter de fumer.
00:11Camille, tu t'es rendue à Brest, où tu as rencontré un ancien fumeur
00:14qui aide aujourd'hui d'autres personnes à se libérer du tabac.
00:17Oui, Pierre, que j'ai pu rencontrer via le projet Aster lancé par l'association Je ne fume plus,
00:22est ce qu'on appelle un père aidant dans le tabac, un accompagnant père tabac.
00:27Alors concrètement, qu'est-ce que c'est ?
00:28Il s'agit en fait d'accompagner en parallèle avec le tabacologue
00:32les personnes dans leur sevrage tabagique qui rencontreraient des difficultés
00:37via des appels téléphoniques.
00:39Donc la fréquence dépend de chaque personne accompagnée.
00:42L'avantage de ce type d'approche, c'est bien sûr le pouvoir du vécu,
00:45car c'est plus facile de comprendre quelqu'un qui a traversé la même période,
00:50qui comprend les symptômes de l'addiction.
00:52C'est en tout cas ce que m'expliquait Pierre.
00:55La personne qui est accompagnée se sent écoutée par quelqu'un qui comprend mieux la maladie
01:02ou qui comprend mieux les symptômes pour lesquels il est en difficulté.
01:06Ça permet de se livrer aussi.
01:08La personne se sent vraiment dans une possibilité d'avoir un rapport d'égal à égal.
01:13On n'est pas entre le sachant tabacologue et le soigné.
01:19Ce n'est pas le soignant-soigné, c'est l'accompagnant et l'accompagnée.
01:24Le tabacologue n'est pas forcément un ancien fumeur,
01:26donc il n'a pas l'expérience du vécu.
01:29Il ne peut pas avoir ressenti les mêmes choses que nous
01:32et du coup ne peut pas répondre de la même manière,
01:36n'aura pas la même façon, la même réflexion autour du ressenti de la personne
01:40qui veut des réponses par rapport à sa consommation.
01:43Je pense que c'est vraiment le fait d'avoir partagé une expérience commune.
01:48On rappelle que la pérédance ne remplace pas le suivi médical,
01:53il le complète notamment avec cette notion d'entraide.
01:56Pierre, il apporte quelque chose en plus, c'est une notion d'espoir
02:00et de prouver qu'on peut se sevrer même quand on a l'impression d'avoir touché le fond.
02:06Je me souviens très bien d'une période de ma vie où je n'avais pas d'argent du tout
02:11et j'étais obligée de quémander pour avoir des cigarettes
02:14et c'est horrible en fait parce qu'on se sent vraiment dans une obligation
02:18de devoir se soulager de ce manque-là.
02:21Mais c'est plus fort que nous, ça nous prend en entier,
02:25on ne sait pas faire autrement.
02:26J'en suis arrivé à récupérer des bouts de clopes pour en refaire.
02:30Enfin vous voyez, c'est devenu quand même pas...
02:32Ce n'est pas terrible, mais c'est comme ça.
02:35Mais ça fait partie de l'addiction, c'est-à-dire qu'après on ne pense qu'à ça.
02:38On voit une clope par terre, on sait qu'on n'a pas de sous,
02:39on ne peut pas en acheter, on en prend, on la récupère, on en fait une autre.
02:42Donc Pierre illustre bien le fait d'être ce qu'il l'appelait
02:45être vraiment attaché à une addiction
02:48et la sensation d'être sorti d'une forme de prison.
02:51Alors justement, est-ce que la paire aidance a sa place dans l'accompagnement
02:56et quelles pourraient être ses limites, par exemple Catherine Simonin ?
03:01Alors nous, on a des groupes d'entraide à la Ligue contre le cancer
03:04et ça marche parce que justement, c'est aussi tous les patients partenaires,
03:09les patients ressources qui accompagnent des gens qui ont connu déjà la maladie
03:13et qui accompagnent les autres qui sont dans la maladie.
03:15C'est très intéressant et ça motive aussi les gens à s'accrocher.
03:20Puis c'est un repère, c'est-à-dire l'addictologue, il n'est pas à 100% du temps
03:24libre.
03:25Tandis qu'un patient perd, il peut être là.
03:28Après, attention, on remet le pied à l'étrier.
03:31Ce n'est pas un accompagnement au long cours.
03:33Donc il faut savoir aussi arrêter à un moment donné.
03:36Mais expliquer que quand on va reprendre une seule cigarette, l'addiction va repartir,
03:41c'est quelque chose que la personne qui est dans l'addiction doit savoir
03:45quand elle est en cours de sevrage.
03:47Et cet accompagnement fait un renforcement positif du sevrage.
03:52Donc c'est aussi bénéfique.
03:54Mais après, il faut que ces personnes soient formées pour accompagner,
03:58avoir la bonne place, ne pas se substituer aux médecins.
04:02C'est très important.
04:03Et ne pas rentrer dans le parcours médical de la personne.
04:06Voilà, c'est tout l'enjeu d'avoir la bonne place et de rester à cette bonne place.
04:11Justement, quand j'étais avec Pierre, on a pu appeler un des patients qui l'accompagnait
04:15et qui lui expliquait qu'il l'avait arrêté depuis trois mois
04:19après avoir passé 42 ans à fumer.
04:22et il ne pouvait pas sortir de chez lui sans avoir au moins une cigarette dans sa poche.
04:27Comment vous expliquez cette action ?
04:30Alors, ça peut être lié au phénomène d'addiction.
04:31Ça dépend dans quelle phase on se situe.
04:33Ça peut être le fait d'éprouver, ce qui a été dit tout à l'heure,
04:36le craving, donc cette envie répressible de fumer,
04:39les pensées obsédantes autour du tabac.
04:41Donc, je suis en train de travailler, je suis avec ma famille,
04:43je ne peux pas m'empêcher de penser au tabac.
04:45Donc, ce qui fait que ça va m'accrocher à la cigarette.
04:47Et puis, la dépendance physique, c'est ce qui souvent disparaît en premier,
04:52mais il y a toute la part de la dépendance psychique et comportementale.
04:55Donc, toutes les croyances que le cerveau associe au tabac,
04:58le tabac va me permettre de me soulager.
05:00Donc, je ne peux pas sortir sans tabac, j'en ai besoin.
05:03Ça peut être mon doudou.
05:04Donc, c'est le travail, en effet, sur toutes ces croyances.
05:07Et c'est des choses qui peuvent perdurer pendant assez longtemps.
05:11Donc, en effet, la paire aidant, ça peut vraiment être une approche.
05:15C'est une approche complémentaire dans le cadre des addictions,
05:18comme dans toute maladie chronique.
05:19Elle se développe dans toutes les maladies.
05:21Et en addictologie, on travaille vraiment en approche pluridisciplinaire.
05:25Donc, ce qu'on appelle l'approche bio-psycho-sociale,
05:27à la fois médicale, psychologique, sociale.
05:29On travaille sur le contexte environnemental.
05:31Et on s'aide, bien sûr, aussi de l'expérience des pères aidants
05:35et des patients experts, également.
05:37Merci beaucoup.
05:38Merci, Camille, pour ta chronique.
05:40Merci à vous, Catherine Simonin,
05:43membre du bureau de France Asso Santé,
05:45présidente de la commission Société et politique de santé
05:47de la Ligue contre le cancer.
05:49Et merci, Juliette Hazard, médecin addictologue.
05:52On passe maintenant à la pépite santé.

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