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Et si Jean Mermoz avait été le véritable modèle du Petit Prince de Saint-Exupéry ? Aviateur de légende, pionnier de l’Aéropostale, Jean Mermoz a défié la mort à vingt reprises. Pionnier majeur de la route aérienne commerciale et postale sur les Andes, explorateur du ciel, il incarne le courage, l’audace et l'esprit de sacrifice. Mais derrière ses exploits se cache un homme profondément généreux et fidèle, lié à Antoine de Saint-Exupéry par une amitié exceptionnelle.
Dans cet entretien, le journaliste et écrivain Marc Menant revient sur le destin hors du commun de Jean Mermoz et défend l’idée selon laquelle le célèbre Petit Prince est inspiré par la personnalité et l'âme de l'aviateur. Une plongée dans l'histoire de l'aviation française, à la rencontre de deux figures légendaires dont les destins fraternels pourraient être plus étroitement liés qu'on ne l'imagine.
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#littératurefrançaise #aviation #histoiredefrance

Source YouTube: https://www.youtube.com/watch?v=A3QOZhgovrw

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Transcription
00:05Mon invité aujourd'hui est Marc Menand, auteur d'une biographie sur Mermoz, Mermoz le vrai petit prince.
00:12Marc Menand, tout le monde le connaît, il est journaliste, auteur de nombreux romans et essais.
00:15Et donc il publie aujourd'hui cet ouvrage aux éditions Litos du Rocher.
00:22Bonjour Marc Menand.
00:23Enchanté Olivier.
00:23Merci d'être venu chez nous.
00:25Alors ma première question est très simple, comment vous est venue l'idée ou l'envie d'écrire sur Mermoz
00:31?
00:31D'abord parce que Mermoz, il est dans ma tête depuis que je suis tout gamin, il m'a toujours
00:37fait rêver.
00:38Moi j'habitais dans les Yvelines, à Meuland, de l'autre côté de la Seine il y a les Mureaux.
00:43Et les Mureaux étaient l'une des bases navales où les hydravions se posaient.
00:47Je n'ai pas l'âge de Mermoz.
00:48Mais il se trouve qu'il avait tellement laissé une empreinte que les anciens parlaient de Mermoz.
00:57Et ce personnage m'a éveillé au goût de l'aventure, au dépassement, à ce sens de la transcendance.
01:05Comment on peut sortir des sentiers battus ?
01:08Alors moi quand j'étais gamin, j'étais un peu poltrant et néanmoins, il y avait dans ma carcasse quelque
01:13chose qui me pousculait, qui me disait il faut vivre grand.
01:17Et quand on m'évoquait Mermoz, je levais la tête au ciel et je me disais ça doit quand même
01:22être extraordinaire de pouvoir être là-haut.
01:25Et ce n'est pas l'aviation qui m'a emporté dans un premier temps, mais ça m'a donné
01:30le goût de chercher cet esprit d'aventure et d'aller taquiner l'impossible.
01:37Et ma grande joie a été de pouvoir rêver de courir un jour les 24 heures du Morteau.
01:44J'avais plus d'ambition que ça.
01:45Je me disais que je gagnerais les 24 heures du Morteau.
01:47Mais ça a signé ma vie.
01:49Je n'ai jamais bu une goutte, je n'ai jamais fumé parce que je voulais rouler à plus de
01:53360 à l'heure.
01:55Et j'ai couru deux fois les 24 heures du Mans.
01:57Et dans ma tête, il y avait Mermoz, ce sens de la capacité à titiller la limite.
02:04Un exemple alors pour vous, Mermoz, mais pas dans son mode de vie.
02:08Parce que lui par contre, il avait bu un peu une goutte, il aimait bien boire, il aimait bien ripailler.
02:12Alors il aimait beaucoup ripailler, mais dans un premier temps, comme les uns et les autres,
02:19oui, il se laissait aller à la levée de coude.
02:21Mais il a connu un épisode de détresse qui l'a conduit à connaître la drogue.
02:28Et quand il se rend compte qu'il est en train de se perdre par ce poison,
02:32il se fait le serment de ne plus jamais boire.
02:35Ce qui fait que dans les grandes soirées où ils sont là ensemble,
02:39qu'ils chantent les chansons gaillardes, qu'ils se laissent aller à ce sens de la fraternité,
02:47comment se galvaniser ensemble en faisant vivre les disparus.
02:51Parce que les uns et les autres s'effacent.
02:52On ne disparaît jamais sur la ligne, monsieur.
02:55On s'efface.
02:56Et on reste dans l'esprit des camarades qui continuent à chercher,
03:01à réaliser ce défi de l'impossible.
03:04Et Mermoz ne boira donc que, très rarement,
03:10ce qui ne l'empêche pas d'être dans cette démesure des soirées
03:16où les uns et les autres sont accompagnés de ces jeunes lubriques
03:20qui sont fascinés par ces gens qui n'ont peur de rien.
03:23Et surtout pas de la mort.
03:24On voit que vous mettez un peu, vous, dans ce livre,
03:26quand on lit, on voit le plaisir que vous avez justement à décrire ces scènes d'agapes.
03:31Donc, du coup, vous, vous identifiez quand même à cet esprit de la fête.
03:36Tout ça, c'est quelque chose qui vous parle beaucoup ?
03:37Ah oui, moi, je n'ai jamais bu une goutte, mais le premier nu sur une...
03:40Et comment fait la fête sans boire une goutte ?
03:41Eh bien, vous êtes le premier à poil sur une table en train de chanter une chanson paillarde.
03:46Parce que vous avez ça dans le sang.
03:48Vous avez la joie.
03:49Vous avez le plaisir d'être avec l'autre.
03:51Et ce qui compte, c'est la démesure dans la lucidité.
03:54Ça doit être terrible d'être dans les vapes
03:57et de ne pas savoir qu'on est en train de transgresser.
04:00Quand vous roulez à 360 à l'heure,
04:02quand vous êtes avec Mermoz dans la cordillère,
04:05que vous franchissez l'Atlantique, etc.,
04:07il n'y a pas la moindre opportunité
04:10pour être dans le vaporeux.
04:16Il faut être dans la lucidité intégrale.
04:20Eh bien, la fête, ça se mérite
04:22et ça se vit dans cette grandeur de l'esprit, de l'âme,
04:27donc en communion avec soi-même et avec les copains.
04:29Alors, il y a de la fête, de la ripaille,
04:31mais il n'y a pas que ça.
04:32Il y a un chapitre qui est assez marquant,
04:34en tout cas qui m'a vraiment marqué dans votre ouvrage,
04:36qui me fait penser au livre de Georges Orwell
04:40dans la déj' de Paris à Londres.
04:41C'est une espèce de traversée du désert.
04:43En plus, le terme va bien pour Mermoz.
04:45C'est avant le désert.
04:47Après et avant.
04:48C'est après Palmyre.
04:50Et il est à Paris.
04:52Il a fait 600 heures de vol.
04:53Il s'en enorgueille.
04:54Puis après, on verra que c'est finalement très peu.
04:56Et il ne trouve pas de travail.
04:58Il a trouvé une compagne avec qui il vit,
05:00qui finit par le lâcher parce qu'il n'a plus de sous.
05:03Et il vit de petits boulots, tout ça.
05:05Donc, c'est quelqu'un qui est déjà un vrai pilote,
05:07mais qui, pendant neuf mois, vacille.
05:10Et est-ce que vous pouvez nous expliquer cette espèce de période,
05:12cette parenthèse un peu triste de sa vie ?
05:15Alors, il est bon que vous rappeliez Palmyre.
05:17Quand il s'engage dans l'armée,
05:20il est extrêmement déçu parce qu'il espérait
05:25pouvoir aller tutoyer les terres
05:28et de pouvoir goûter ces sensations qu'il imagine.
05:32Et puis, malheureusement, les premiers mois,
05:35c'est sous la férule de sergents et d'adjudants
05:39qui n'ont qu'une idée, la discipline, on marche au pas.
05:42Et puis, le grand drame, c'est que, malheureusement,
05:46les copains meurent les uns derrière les autres
05:48et c'est un rôle de faux soyeur.
05:50Il y a 17 disparus
05:53durant les mois de formation de Mermode.
05:55Petite aparté avant d'arriver à votre question.
06:01Et c'est enfin à Palmyre,
06:04après avoir été militaire à Metz,
06:10qu'il connaît cette exaltation du vol 600 heures
06:13dans des conditions invraisemblables.
06:16Et quand il revient, il veut échapper à ce monde de la discipline
06:20qu'est celui du monde des militaires.
06:24Être enfin dans la plénitude
06:26sans avoir cette férule à subir au quotidien.
06:31Et puis, des choses qui ne lui plaisent pas trop à l'armée,
06:33c'est qu'il doit quand même tirer sur des personnes...
06:35Oui, alors, ça, c'est parce que, quand il est à Palmyre,
06:39c'est ce qu'on appelle la mission civilisatrice.
06:42Alors, c'est très intéressant.
06:43Il y a beaucoup d'éléments sur cette période
06:45qui sont un effet miroir avec ce que nous vivons à notre époque.
06:49Et donc, là, c'est comment la France essaie
06:53d'imposer nos principes humanistes à ces gens en Syrie.
06:59Et lui, il le vit très, très mal parce qu'il ne comprend pas
07:03que l'on doive, pour imposer un esprit de liberté,
07:08de fraternité et d'égalité, utiliser souvent les armes.
07:13Il en souffre énormément.
07:15Et c'est là, d'ailleurs, qu'il reprendra,
07:18pendant une courte période, la tentation
07:20de se tournicoter la tête en usant de la cocaïne.
07:24Et puis, il se rend compte qu'il est en train de se perdre.
07:27Et il se fait le fameux serment
07:29de ne plus jamais toucher à l'alcool
07:31et à toutes ces saloperies qui détruisent l'être
07:34et, en particulier, les ambitions les plus nobles.
07:37Et quand il revient, donc, en France,
07:41il se dit, avec 600 heures de vol,
07:45les nouvelles compagnies d'aviation...
07:47On est dans les années 20.
07:49Les nouvelles compagnies d'aviation sont en train de se créer
07:51avec un pareil parcours.
07:55Ils vont tous se précipiter.
07:57Ils vont m'engager.
07:58Alors, il a cette petite camarade, si je puis dire,
08:02la lubricité qui les taquine,
08:05les soirées, et il attend les réponses
08:08aux 30 lettres qu'il a adressées à ses compagnies.
08:13Et quand il descend tous les jours
08:15voir la concierge de l'hôtel,
08:20on lui dit, non, pas de courrier pour vous, M. Mermoz.
08:23Et quand il y en a un de courrier,
08:25il fait, non.
08:27Et la fille finit par se désespérer.
08:29Elle le laisse seul.
08:30Et lui, il n'a plus les moyens de payer l'hôtel.
08:33Alors, le voilà en errance dans Paris.
08:36Et le voilà avec cette conviction de se dire,
08:40je serai pilote.
08:42Il retourne tous les jours chercher le courrier.
08:44Tous les jours !
08:45Mais, alors, il passe de l'hôtel un peu miteux
08:48à quelque chose d'encore plus exécrable.
08:50Et puis ensuite, c'est la rue.
08:52Il dort dans les soupentes.
08:57Il dort dans les chantiers.
08:58Il traîne la nuit aux Halles
09:01pour aller chipper dans les cageots
09:03les fruits qui sont à moitié pourris.
09:06Il en arrive.
09:07Il en arrive à aller nettoyer des cadavres
09:10à la morgue pour avoir un tout petit peu d'argent.
09:13Et le peu qu'il gagne,
09:15il cherche à garder une dignité.
09:18C'est les bains publics.
09:21Essayez d'avoir la propreté.
09:24C'est tout ce qui lui reste.
09:25– Mais vous décrivez qu'il sort heureux d'être propre,
09:28mais embêté,
09:29parce qu'il doit remettre ses guenilles…
09:30– Ses guenilles crasseux.
09:31– C'est vraiment sale.
09:32– Mais voilà, merci Olivier.
09:33Oui, parce que ça, c'est essentiel.
09:36Vous avez l'impression de vous être purifié
09:38et vous retournez dans la crasse.
09:40Vous retournez dans l'humiliation.
09:43Vous retournez dans la carapace
09:47qui fait de vous un exclu définitif de la société.
09:51Et malgré ça, vous traînez et vous dites
09:55« Je serai pilote. »
09:57Quoi qu'il arrive, je serai pilote.
10:00– Et un beau matin, il y va.
10:02Et en effet, il peut être pilote.
10:03– Monsieur Merbrose, une lettre pour vous.
10:05– Et là encore, ce ne sera pas fini,
10:07parce qu'il n'est pas sur place.
10:08Il va encore avoir une déconvenue
10:09et s'embrouiller même avec le patron…
10:12– Ah, Didier Dorat,
10:13l'homme qui a créé l'aéropostale avec la TECOER.
10:18Didier Dorat a été pilote durant la guerre de 14.
10:22C'est lui qui a découvert, lors d'une mission,
10:24la grosse Bertha, celle qui détruisait Paris,
10:27celle qui était la menace.
10:29grâce à cette mission, on a pu échapper à cette force de feu
10:36que constituait cet engin de guerre.
10:39Et Dorat, alors, c'est un rondouillard, il ne parle pas beaucoup.
10:44Et il est au service de la TECOER.
10:47Il faut savoir que les avions à l'époque,
10:49là on est en 1920-1921,
10:52ce sont les Breguet 14,
10:55la Gueule au vent, les doubles ailes,
10:57ce sont des dépenaillés de la grande guerre.
10:59C'est-à-dire que les ailes sont en toile.
11:05Et on a rapiécé tout ça pour que, théoriquement, ça tienne en l'air.
11:09Le maximum, c'est 300 kilomètres.
11:12Et la TECOER, dès la fin de la guerre,
11:18a rêvé d'avoir une liaison qui conduise
11:23les avions de Toulouse jusqu'au Chili.
11:28et qu'il faudrait traverser l'Atlantique.
11:32On est loin de Lindbergh, on est loin de tout cela.
11:35Il n'y a rien, il y a le désert.
11:38Et il faut trouver les bougres
11:39et quelqu'un qui crée le sens de la mission.
11:43Et c'est Dorat.
11:45Et Mermoz va découvrir Dorat
11:47lorsqu'il se présente à l'aéroport
11:49avec sa lettre tout fiero en se disant
11:51600 heures, 600 heures de vol.
11:57dans le désert, à Palmyre, en Syrie.
12:01Ha ! On va m'engager tout de suite.
12:04Et quand il toque à la porte du bureau,
12:09Didier Dorat est là, en train d'écrire.
12:12Il ne redresse même pas la tête.
12:15Et il attend que Mermoz se présente.
12:19Et Mermoz dit, voilà, j'ai 600 heures de vol.
12:26Et là, ce n'est qu'un bougonnement.
12:30Ce n'est rien du tout, 600 heures.
12:32Quand même, 600 heures de vol, à Palmyre, dans le désert.
12:35Ce n'est rien du tout, 600 heures.
12:38Et ici, on a besoin d'ouvriers.
12:42Vous allez aller voir le chef de l'atelier.
12:46On vous donnera une tenue.
12:47Et vous irez travailler au désossage des mécaniques.
12:54Mais je veux être pilote.
12:56Quand pourrais-je voler ?
12:58Ici, on ne pose pas de questions.
13:00On verra quand vous volerez.
13:03Et le voilà qui apprend donc les secrets
13:09de la Grèce et de ces engins ô combien capricieux,
13:14ces bielles qui sont toujours en péril
13:20de tenir leurs fonctions d'engrenage.
13:24Et puis, ils s'impatientent.
13:26Ils s'impatientent.
13:27Et un jour, Dora passe.
13:29Il dit, demain matin, à 6 heures,
13:31aller à l'aérodrome.
13:33Ah, il y va à l'aérodrome.
13:38Avec ce qu'il a vécu à Paris,
13:40là, il attendait.
13:42Ça fait presque un an
13:44qu'il n'est pas monté dans un cockpit.
13:47Ah !
13:48Retrouvé, enfin,
13:50l'avion
13:51et pouvoir démontrer
13:53toutes les qualités,
13:55tout ce qu'il a acquis en expérience.
13:57Montrer
13:59comment
14:01il est, lui, apte
14:03à ce dépassement total
14:05pour être à la hauteur
14:07du défi envisagé
14:09par la TECOER et Dora.
14:11Et il va en faire beaucoup trop.
14:12C'est-à-dire que quand il monte dans l'avion,
14:15la gueule au vent,
14:16n'oubliez jamais ça.
14:19un breguet,
14:20vous avez la place de devant
14:22qui est la place du passager
14:23et la place de derrière
14:24qui est la place du pilote.
14:27les doubles ailes,
14:28vous décollez
14:30et là,
14:31le vent vous vient.
14:33Vous montez.
14:34Mais il a cette exaltation
14:36et le désir de la démonstration.
14:39Alors, il se laisse aller.
14:41En plus,
14:42c'est une sorte de revanche.
14:44Un an qu'il n'a pas piloté.
14:46Il retrouve là,
14:49au bout des mains,
14:51ce tutoiement
14:52avec le manche à balai
14:54et les ailes
14:56qui sont son prolongement.
14:57Vous êtes dans un cockpit.
14:59Vous avez l'impression
15:00de tutoyer les terres.
15:03Et alors,
15:04il monte en chandelle,
15:06il plonge,
15:08il tente plusieurs loupines.
15:10Pendant un quart d'heure,
15:12c'est une véritable folie,
15:14je dirais,
15:15de guêpe ou de mouche
15:16et il se pose exactement
15:18à l'endroit
15:19où il le faut.
15:20Il est tellement heureux
15:23de ce qu'il vient de vivre
15:25et de se dire
15:26600 heures
15:27à pas le dire.
15:29Ça ne vaut rien.
15:30Et quand il descend,
15:32Doran n'est plus là.
15:33Il y a les pilotes,
15:35ceux qui l'ont précédé,
15:37qui sont déjà dans l'aventure
15:38depuis quelques mois.
15:39il dit,
15:40mais oui,
15:40monsieur le directeur,
15:43tu peux faire ton sac,
15:45tu n'es pas sélectionné.
15:47Et la merveille,
15:47c'est à nouveau
15:50dans son esprit
15:52le retour
15:53à ce qu'il a vécu.
15:55C'est-à-dire
15:58l'infamie
15:59de l'errance.
16:01Ce n'est pas possible.
16:02Il fulmine.
16:04Il est là,
16:05il a envie
16:05de tout casser.
16:06Il aperçoit Doran,
16:08alors il court vers lui.
16:11Et Doran lui dit,
16:12alors,
16:14content de soi ?
16:16Ben oui,
16:16j'ai bien piloté.
16:17Ah,
16:18prétentieux avec ça.
16:20Ben non,
16:21vous me posez des questions,
16:23je réponds.
16:24Ha, ha, ha.
16:25On va vous mater.
16:27Comment ça ?
16:28Vous ne mettez pas
16:29à la porte.
16:31Vous remontez
16:32dans l'avion.
16:34Je veux des ouvriers.
16:36Il ne faut pas
16:37un voltigeur.
16:38On n'est pas au cirque ici.
16:40Vous remontez
16:40dans l'avion.
16:41Vous volez à plat.
16:43Vous faites
16:43ce travail
16:44dans le sérieux.
16:47Et si ça va,
16:48je vous engage.
16:51Hermos court à l'avion.
16:52Il se remet
16:53dans le cockpit.
16:54Oh là !
16:55Il est bien sérieux.
16:57Une véritable feuille
16:58dans le vent.
16:59Il se pose.
17:00Il descend.
17:02Mais Dora n'est pas là.
17:05Là.
17:06Ce n'est pas possible.
17:08Mais il voit
17:09les copains,
17:10ceux qui tiendront
17:11ses copains,
17:12les camarades
17:12qui ont le sourire
17:14qui vient d'être engagé
17:15à l'aéropostale.
17:17Donc,
17:18sa vie est relancée
17:19et on voit,
17:21quand vous le décrivez là,
17:22et c'est pareil
17:22dans le livre,
17:23vous avez vraiment
17:24une force de détail
17:25sur les dialogues,
17:26sur ce qui s'est passé,
17:28et qui y rencontre
17:28à quel moment.
17:29Et moi,
17:29je m'interrogeais
17:30sur quelque chose.
17:30Alors,
17:31il n'y a pas de notes
17:31de bas de page,
17:32ce qui est très agréable
17:33quand on est un peu maniaque
17:35et qu'on a l'habitude
17:35de dire toutes les notes
17:36de bas de page.
17:36Au moins,
17:37on n'est pas embêté
17:37et on le suit le cours
17:38plus facilement,
17:39ce qui est très agréable.
17:39Je vous en remercie.
17:40En revanche,
17:41pour celui qui va vouloir
17:42avoir les sources,
17:43on se demande
17:44quelles sont vos sources
17:45et est-ce que les dialogues
17:46sont tous authentiques
17:47ou est-ce que vous
17:48vous romancez un peu
17:49par moments
17:50les dialogues,
17:50les échanges
17:58une histoire d'amour
17:58extraordinaire ?
17:59Oh non !
18:00Il n'y a point de coquinerie !
18:03En l'occurrence,
18:05c'est simplement
18:06la grande histoire d'amour
18:07avec sa maman
18:08qu'il appelle Mangabi.
18:10Et toutes les lettres,
18:11là,
18:11sont des lettres authentiques
18:12qui ont été écrites
18:14par Mermose
18:15à sa maman
18:15qu'elle avait
18:17précieusement gardées
18:18et qui nous sont revenus.
18:21Donc là,
18:21il n'y a pas la moindre
18:24forfanterie,
18:24je dirais,
18:25la moindre trace
18:27d'imagination.
18:29En revanche,
18:30oui,
18:30dans les détails,
18:32mais j'avais des éléments.
18:34On déduit
18:35d'autres dialogues
18:35qui ont été retranscrits.
18:36Oui,
18:37ou ce qu'a pu dire
18:38Saint-Exupéry,
18:39etc.
18:40Mais moi,
18:41je ne suis pas
18:41un grand fan
18:41des dialogues,
18:42vous avez pu remarquer
18:43qu'il y en a très peu.
18:44Moi,
18:44ce qui m'intéresse,
18:45c'est comment on vit
18:46les situations.
18:47Qu'est-ce qui se passe
18:48dans le crâne
18:48d'un bonhomme ?
18:50Et là,
18:50bien tourment,
18:52mais j'ai fait
18:53de la voltige aérienne,
18:54j'ai couru,
18:55donc,
18:56comme je vous ai dit
18:57en voiture,
18:57tout ça,
18:58et ce sont des éléments
18:59qui m'ont permis...
19:01Mermoz avait
19:04une fascination
19:05pour l'écriture,
19:07la poésie,
19:08Verlaine,
19:09Baudelaire,
19:09il les avait dans sa poche,
19:10c'est comme ça
19:11que tout de suite,
19:11il y a un coup de foudre
19:12quand il se rencontre
19:14pour la première fois
19:15avec Saint-Exupéry
19:16à Cap-Juby,
19:16en plein milieu du désert.
19:19Alors que
19:19Saint-Exupéry
19:21est chef d'Escal,
19:22qu'il est en train
19:23d'écrire
19:24son premier livre,
19:27il voit ses livres
19:28de poésie
19:29dans la poche
19:30de Mermoz,
19:30il comprend tout de suite
19:31qu'il y a là
19:32une fraternité.
19:33Et donc,
19:35dans cet
19:39emportement,
19:39je dirais,
19:40des âmes
19:41et des cœurs,
19:42tout de suite,
19:43ils sentent
19:43qu'ils seront
19:45à tout jamais
19:46l'un et l'autre
19:47dans cette connivence
19:49totale,
19:50aussi bien dans le risque
19:51que dans ce plaisir
19:53de l'écrit.
19:54Et Mermoz
19:55aurait aimé
19:56être écrivain.
19:57Il admirait
19:58Saint-Exupéry
19:59qui était écrivain.
20:00Et Saint-Exupéry
20:01avait une admiration
20:02sans borne
20:02pour Mermoz
20:03qui était un grand pilote
20:04alors que lui
20:05n'était pas très bon.
20:07Ce n'est pas qu'il n'était pas bon,
20:08c'est qu'il avait
20:10beaucoup de détours
20:11de risque.
20:12Il faisait que,
20:12par exemple,
20:13un jour,
20:13il est aux commandes
20:15d'un hydravion
20:16et il a oublié
20:18qu'on avait changé
20:20l'inclinaison
20:21des flotteurs
20:22ce qui fait
20:23qu'il coule avec.
20:24Mais donc,
20:24Mermoz
20:25écrit mes vols.
20:26Ça ne sera pas publié
20:28de son vivant,
20:28ce sont des notes.
20:30Il y a quelques éléments
20:31qui permettent
20:32de savoir,
20:33par exemple,
20:34quand il fait
20:34la traversée de l'Atlantique,
20:36c'est 4 lignes.
20:37Moi,
20:37j'en fais 2 pages et demie.
20:39J'en fais 2 pages et demie
20:40parce que
20:41j'ai
20:42les témoignages
20:43de Guimier,
20:44de Dalbrie
20:45qui ont été avec lui
20:46et de tout ça,
20:47je donne une patte
20:49et en essayant
20:50de m'inclure
20:52moi-même
20:52dans la situation.
20:54Et j'espère
20:55de cette manière,
20:57en ayant
20:58butiné
20:59les éléments,
21:00en les réintroduisant,
21:02il y a le souffle
21:03et qu'on est avec
21:04Mermoz
21:05aux commandes
21:05pour traverser
21:06l'Atlantique
21:06pour la première fois.
21:07Dans votre joueur,
21:08j'en avais avec Mermoz
21:09mais aussi avec
21:10Saint-Aix,
21:10avec Guillaumet,
21:12avec Kessel,
21:13avec même
21:13le colonel de Larocque.
21:15donc plein de personnages
21:15historiques
21:16et c'est ça
21:17qui est un peu
21:18assez formidable,
21:20c'est de voir
21:20en fait des gens,
21:23des célébrités historiques
21:24qui en fait
21:25se sont côtoyées
21:26et que vous faites
21:27se rencontrer
21:27parce qu'elles se sont
21:28vraiment rencontrées,
21:29vous avez cherché
21:29des traces
21:30des moments
21:30où ils se rencontrent,
21:31vous expliquez
21:33notamment
21:33qu'ils se sont écrits,
21:34etc.
21:34– Ah ben plus que ça,
21:36avec
21:39Saint-Exupéry,
21:39c'est pour ça
21:40que le titre du livre
21:40c'est Mermoz
21:41le vrai petit prince
21:42parce que le petit prince
21:44c'est un hommage
21:45de Saint-Exupéry
21:47à Mermoz.
21:48Ah ça sort pas
21:49de ma tête
21:49comme ça.
21:50Ce qui m'avait alerté
21:51déjà
21:52c'était le creux
21:53par du petit prince,
21:56pardon d'utiliser
21:57ce terme un peu trivial,
21:58mais cette boucle
22:01de cheveux
22:03et je savais
22:05que Mermoz
22:06était blond,
22:07c'est rare,
22:08un homme blond
22:09surtout ça,
22:10il est à 1m90
22:12et tous ces équipiers
22:14dans les témoignages
22:15que j'ai colligés
22:17tous parlent
22:18de ce charisme
22:20de Mermoz,
22:20de sa tignasse
22:21dans tous les sens,
22:22ils disent
22:24il était blond.
22:25Ça montre
22:26que ça les a marqués
22:27et là,
22:28comme par hasard,
22:30le petit prince
22:30il est beau.
22:32Après,
22:33je me suis dit
22:34si c'est vrai,
22:37il y a abéatoirement
22:37des signes,
22:39alors B12
22:40c'est l'astéroïde,
22:42eh bien
22:43B612,
22:44pardon,
22:46B612,
22:47qu'est-ce que ça
22:47peut voir dire ?
22:48Or il se trouve
22:50que Mermoz
22:50quand il disparaît,
22:52il disparaît
22:54dans la nuit
22:54du 6 au 7 décembre
22:581936
22:58et B,
22:59c'est brisé.
23:01Mais ça va,
23:02alors en poignot,
23:03c'est du cafouillage,
23:05c'est du jus de crâne.
23:06Mais sauf que
23:07quand on lit
23:08le petit prince,
23:09par trois fois
23:10Saint-Exupéry,
23:12il le rédige,
23:13ce livre,
23:14en 1942.
23:17Ça fait six ans
23:19que Mermoz
23:20n'a pas quitté
23:21sa tête.
23:22Cet ami si cher,
23:23c'est lui
23:24qui l'a conduit
23:25à Orly
23:26le jour
23:27où il s'embarquait
23:28pour aller
23:29à Dakar.
23:30C'est Saint-Exupéry
23:32qu'ils orsa Bugatti
23:33dépose Mermoz
23:34à Orly.
23:37Et il écrit
23:38« Cela fait six ans
23:40que tu as disparu. »
23:42C'est quand même étonnant.
23:44Et après,
23:45il va même plus loin,
23:46il reprend.
23:48Il dit
23:49« Cela fait six ans
23:50que tu n'es plus là. »
23:53Et il parle de ça.
23:56Et il dit
23:56« On n'a pas retrouvé ton corps. »
23:59Comme le petit prince.
24:01Donc,
24:01on n'a pas retrouvé le corps.
24:03Et Mermoz
24:03n'a pas retrouvé le corps.
24:04Puisque malheureusement,
24:06il s'est englouti
24:07dans l'Atlantique
24:07avec ses coéquipiers.
24:09Tous les éléments
24:10sont là.
24:11Alors,
24:11vous allez me dire
24:12« Mais pourquoi
24:12on ne l'a pas su plus tôt ? »
24:14Peut-être qu'on n'a pas su lire.
24:15Mais ce qu'il faut savoir,
24:17c'est que
24:18Saint-Exupéry
24:19écrit le livre
24:21en 1942.
24:23Il n'a qu'une obsession.
24:25Il est aux États-Unis
24:25à l'époque.
24:27Et c'est parce que
24:28il avait rendez-vous
24:29avec son éditeur.
24:32Il dessinait
24:32le petit croquis
24:33du petit prince.
24:35Et quand la femme
24:36de l'éditeur
24:37se présente à table,
24:38il était un peu en avance,
24:39elle dit
24:39« Mais vous devriez
24:40en faire un personnage,
24:41ce serait un beau personnage
24:42pour un livre. »
24:44Et c'est de là
24:45qu'il s'est placé
24:46dans cette situation
24:47de cet hommage
24:49à Mermoz.
24:50Et,
24:51en revanche,
24:52ce qui l'obsède
24:53à l'époque,
24:53c'est de réintégrer l'armée,
24:55de pouvoir participer
24:57à la chasse aux boches,
24:59de pouvoir être
25:00dans l'effort de guerre.
25:01Il fulmine
25:02contre De Gaulle
25:03parce que,
25:04bon,
25:04il trouve que
25:06c'est bien
25:07d'organiser la résistance,
25:08mais le mieux,
25:09c'est d'être dans la lutte.
25:10Et il a fait en sorte
25:12que les États-Unis,
25:13il a cherché à influencer
25:15pour que les États-Unis
25:17entrent dans la guerre.
25:18Il est réintégré
25:19en 1943
25:20dans l'escadrille
25:24dans laquelle
25:25il a servi
25:25des années plus tôt.
25:27Et il disparaîtra
25:29dans une mission
25:30en 1943.
25:32ce qui fait que
25:34il n'a eu
25:35que les épreuves
25:37du petit prince,
25:39mais il ne l'a jamais vu
25:40le livre
25:40en tant que tel.
25:43Par conséquent,
25:45le livre sort d'abord
25:46en anglais
25:47ou en américain,
25:49et il n'est publié
25:50par Gallimard
25:51qu'en 1947
25:52et deviendra
25:53un énorme triomphe planétaire
25:55à partir de là.
25:56Ce qui fait que
25:57personne
25:57n'a...
25:59– Il y a fait le lien
25:59entre eux.
26:00– Entre eux,
26:01ça fait six ans
26:01que tu as disparu,
26:02etc.
26:03– Et pour finir,
26:05on pourrait passer
26:06des heures
26:07sur ce sujet.
26:08Ce qui est assez étonnant
26:09quand on prend
26:10un peu du recul
26:11sur le livre,
26:11c'est qu'on se dit
26:12que finalement,
26:13Mermoz,
26:13qui a un destin fabuleux,
26:15c'est quelqu'un
26:16qui est mort
26:16à 36 ans.
26:17Et il a fait un tiers de...
26:18Aujourd'hui,
26:19on dirait un tiers de vie
26:20puisqu'on vit 100 ans,
26:21mais il a vécu
26:22beaucoup plus
26:22que n'importe qui
26:23vivra aujourd'hui.
26:24Est-ce que c'est des destins
26:24qui sont encore possibles
26:26aujourd'hui ?
26:26Est-ce qu'il n'y a pas
26:28un peu de mélancolie
26:28quand on écrit
26:30un livre
26:31sur un tel personnage
26:33de se dire
26:33finalement,
26:34de tels héros
26:35aujourd'hui,
26:35ça n'existe plus
26:36vraiment
26:36puisque tout est sécurisé,
26:38l'aviation,
26:39l'automobile ?
26:42Je pense qu'on ne peut pas
26:44envisager une carrière
26:45professionnelle
26:46comme Mermoz
26:49aux commandes
26:50d'un avion
26:51en connaissant
26:51de telles exaltations.
26:53Reste que vous avez
26:54quand même
26:54la Patrouille de France
26:55où là,
26:56les gars,
26:56ils y vont,
26:57ils viennent se tutoyer
26:58les ailes,
26:59etc.
27:00Il y a encore
27:00des possibilités
27:01de grands frissons,
27:02si je puis dire.
27:03Et la Patrouille de France,
27:05ce n'est pas du vol automatique,
27:06ce n'est pas comme celui
27:07qui monte dans son zinc
27:09et qui a juste
27:10à regarder
27:11si les petits signaux
27:14sont bien en place
27:15et au cas où
27:16peut-être intervenir.
27:17Donc,
27:18c'est beaucoup plus difficile.
27:20Mais je crois
27:20que le désir
27:22de grande aventure,
27:24celui qui a ça
27:25dans les tripes,
27:25il le trouvera toujours.
27:27Demain,
27:27mon cher Olivier,
27:28décidez de vous préparer
27:30de traverser le désert
27:31seul avec un sac
27:32sur le dos.
27:33On pourra vous dire
27:35qu'il y a Google
27:36ou je ne sais trop quoi
27:37pour vous aider
27:38si vous avez décidé
27:39de piétiner
27:39la petite boussole
27:42et que vous fassiez
27:43en sorte
27:43d'être la gueule au vent
27:45avec simplement
27:46le désir
27:47de surpassement.
27:49Vous arriverez
27:50à connaître
27:51cette exaltation-là.
27:52On n'est pas condamnés
27:53à devenir
27:54des êtres assis.
27:55Nous sommes faits
27:56pour être
27:57des êtres
27:57de grandiose,
27:59des êtres
28:00allant
28:01à notre propre rencontre,
28:03à notre propre découverte,
28:05à notre propre conquête.
28:07et le mieux
28:08dans la fraternité.
28:10C'est sur cette invitation
28:11à l'aventure
28:12et au voyage
28:12que se terminera
28:13cet entretien.
28:14Marc Menand,
28:15Mermoz,
28:16le vrai petit prince
28:17aux éditions
28:18Litos,
28:18biographie du Rocher.
28:19Merci beaucoup.
28:20Merci à vous.
28:21– Sous-titrage FR 2021

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