00:03Il y a longtemps que je suis là, oui.
00:13Triste ?
00:16Pas triste.
00:18Trois mois, ça a vite passé.
00:20Et puis quand je reviens...
00:21La la la la...
00:23La la la la...
00:37Votre premier bout d'essai.
00:40J'en ai jamais fait pour commencer,
00:44puisque mon premier film, c'était le premier film de Truffaut,
00:48et on n'a jamais fait d'essai pour ce film.
00:51Télémyston de François Truffaut en 1957.
00:54Direct, pas d'essai.
00:56On se connaissait des cahiers du cinéma,
00:59à l'époque, cet endroit qui était très célèbre,
01:03puisque c'était la ruche, on peut dire, de toute la nouvelle vague.
01:08Il y avait encore André Bazin, à l'époque, qui était d'acteur en chef,
01:11et Truffaut, Chabrol, Gégauffe, Domarty, Rivette, Godard,
01:17enfin, Romer, tout le monde.
01:19Et c'est là, je l'avais connu là.
01:21Un rôle qui ne vous quitte pas.
01:23Oh là là, heureusement que...
01:26Sinon, j'en ai fait tellement de rôles.
01:29Un rôle qui ne vous quitte pas.
01:30Non, non, un rôle qui me quitte assez vite, en fait.
01:35Disons que...
01:37Un rôle, quand on est...
01:39Rôle lead, c'est-à-dire quand on est tout le temps sur le film,
01:42évidemment, là, c'est un peu plus...
01:45D'abord, plus long à préparer, plus long à faire,
01:48et puis après, pour passer à autre chose.
01:50Mais au pire, c'est liquidé en six mois, quoi.
01:55C'est comme une bande magnétique, on l'efface et elle est bien, après.
02:03Avec quelle partie de votre corps jouez-vous le mieux ?
02:08En fait, avec tout le corps,
02:10parce que moi, avant de commencer au cinéma très tôt,
02:14j'avais 18 ans à peine,
02:16en fait, je faisais beaucoup de danse classique, énormément.
02:18J'avais envie de faire ça, naturellement, c'était trop tard,
02:21parce qu'il aurait fallu faire ça professionnellement beaucoup plus tôt.
02:24Mais j'étais...
02:26En fait, j'étais très près de mon corps,
02:30très habile, enjouée, très souple et tout ça.
02:32Et c'est vrai qu'au début, quand je vois mes premiers films,
02:36les Godelureaux ou les Bonnes Femmes,
02:39ou...
02:39Voilà, bouge les danses, mes rôles,
02:41parce que je suis toujours en train de faire des choses comme ça.
02:46Et ces metteurs en scène-là,
02:48ça ne les dérangeait pas du tout.
02:50Ce n'était pas académique,
02:51mais quand je vois les films, je me dis,
02:52mais oui, effectivement, tu traverses une rue,
02:54tu sautis, tu danses.
03:13Un réalisateur un peu au-dessus des autres.
03:17J'ai eu beaucoup de chance, moi,
03:18parce que j'ai travaillé quand même avec des gens
03:22qui n'étaient pas tous au-dessus des autres,
03:23mais qui étaient vraiment très bons.
03:25Truffaut, Chabrol,
03:27Chabrol, je fais 7 films avec lui,
03:29Truffaut 2, c'était des grands souvenirs.
03:32Stache, c'était très impressionnant,
03:33La maman et la putain.
03:35Pierre Zucca, qui est moins connu,
03:36était très impressionnant aussi comme réalisateur.
03:39Les films, évidemment,
03:41que j'ai faits avec Durka,
03:44Matt Bastille,
03:46il a fait 2 courts-métrages et 1 long.
03:48Moi, j'ai fait le premier court,
03:49Marie-Helle Curé,
03:50et le dernier, Paul, le long-métrage.
03:52C'était quelqu'un d'absolument à part.
03:56On savait bien, avec Léo ou les autres comédiens,
04:00qu'on était avec quelqu'un de très fort.
04:07On sent quand on fait une grande chose
04:10ou une chose très intéressante.
04:11J'ai eu la chance de tourner avec quelques réalisateurs
04:14très à part, très personnels dans leur travail
04:18et qui ont laissé d'ailleurs,
04:19en tout cas, pour certains,
04:22avec le recul,
04:24on ne sait pas encore Chomé ou Enrico
04:26ce que ça va donner.
04:28Mais qui sont vraiment des gens intemporels.
04:32Voilà.
04:36Une scène de Paul qui vous reste en tête.
04:40Ah ben oui, alors il y en a une dans Paul
04:42qui était vraiment, à un moment donné,
04:44c'est un cinéaste qui est très insolide
04:49dans les situations qu'il propose.
04:51À un moment donné,
04:53c'était tourné ça dans les Cévennes,
04:54dans les ruisseaux,
04:55il y a des gorges sauvages.
04:59Jean-Pierre Calfon,
05:00qui fait le chef de la secte
05:02où Marianne est,
05:05trahit un peu ça.
05:06Il lui apporte un biftec.
05:08Et elle le repousse.
05:10Alors elle glisse sur le rocher.
05:12Puis après, dans l'eau,
05:14et elle part un peu comme ça,
05:16comme Ophélie,
05:16si vous voulez,
05:17des célèbres tableaux d'Ophélie
05:19au fil des eaux.
05:19Ce tableau romantique,
05:20je crois, d'un peintre anglais,
05:21mais je ne me rappelle pas le nom.
05:23Comme ça, du 19e.
05:25Et donc ça, c'était assez étonnant,
05:28cette situation.
06:03Le temps qu'il reste,
06:05bon, il faut l'occuper le mieux possible,
06:07le temps qu'il reste.
06:08De toute façon, son temps,
06:09il faut l'occuper le mieux possible.
06:10Mais je pense que plus on avance dans la vie,
06:12en tout cas, c'est mon cas.
06:13Donc forcément, on a moins de temps.
06:15Ça, c'est normal,
06:16même si maintenant,
06:17on pense que tout le monde est immortel,
06:19que la vieillesse n'existe pas.
06:20Ça, ça me fait beaucoup rire.
06:21Mais je pense que le temps,
06:23quand même,
06:24on a moins de temps,
06:25on ne peut pas faire des projets
06:2630 ans à l'avance.
06:28Donc, raison de plus
06:29pour ne pas en perdre une minute,
06:30pour l'occuper bien.
06:34Votre naturel,
06:35le bosterge,
06:35le chabron, 1957.
06:40Ça,
06:42le grand truc,
06:43c'est que
06:44quand vous réussissez quelque chose
06:45et que le travail ne se voit pas,
06:47pour un acteur,
06:48il est identifié
06:49avec le rôle qu'il joue.
06:50Complètement.
06:51Et c'est ça qui est formidable.
06:53Mais en même temps,
06:54ça ne veut pas du tout dire
06:56que
06:58que j'étais
06:59naturelle.
07:00J'avais,
07:01j'étais,
07:02moi,
07:02je n'ai jamais eu peur de la caméra.
07:04Ça, c'est très important.
07:05J'ai toujours eu envie
07:06de faire du cinéma.
07:07J'étais fascinée.
07:08Et je n'ai,
07:09la caméra,
07:09c'est très étonnant
07:10parce que c'est quelque chose
07:11qui vous prend,
07:12qui ne vous aime pas,
07:13mais qui ne vous déteste pas non plus.
07:15Elle prend.
07:15Et qu'est-ce qu'elle prend ?
07:17Elle prend
07:19la vérité quelque part.
07:21C'est comme une radiographie
07:22du cœur ou de l'âme.
07:23Et si on essaye
07:24de truquer avec elle,
07:26il y a un truc
07:27qui ne marche pas.
07:28Sinon,
07:29je crois que le phénomène
07:29de la présence
07:30et même de la photogénie,
07:31c'est ça.
07:32C'est être bien.
07:34Voilà,
07:34je suis là,
07:35tu me prends
07:36comme je suis.
07:38Je crois que c'est ça,
07:39l'histoire.
07:39Alors,
07:40que vous a appris Truffaut,
07:42une belle fille
07:43comme moi,
07:431972 ?
07:45Truffaut,
07:46il m'a surtout donné
07:47un rôle extraordinaire
07:49qui est ce rôle
07:51de Camille Bliss,
07:52tirée d'une série noire
07:55« Such a gorgeous kid like me »
07:57de Henri Farel
07:58qui a écrit d'ailleurs
07:59« Qui a tué Baby Jen »,
08:01le merveilleux film
08:02d'Aldrich
08:02avec Bé Davis
08:03et John Crawford.
08:05Donc,
08:05c'est un personnage,
08:06il me disait d'ailleurs,
08:08vous savez,
08:09vous allez tout le temps courir,
08:10c'est une locomotive,
08:11elle cavale,
08:12elle cavale après la vie,
08:13c'est très compliqué,
08:14elle doit faire ça,
08:14elle doit faire ça.
08:15Donc,
08:16on apprend forcément,
08:18j'ai appris
08:18parce qu'il m'a donné
08:19un rôle formidable,
08:20il m'a fait cette confiance
08:22et puis,
08:23le bonheur aussi,
08:24lui,
08:24il avait un tel bonheur
08:25de tourner,
08:27c'était ce qu'il préférait,
08:28il faisait attention,
08:29il aimait tourner en extérieur,
08:31pas comme ça,
08:31les équipes partaient,
08:32n'avaient pas leur problème
08:33de vie,
08:34de rentrer chez eux,
08:35un monde malade
08:35ou je ne sais pas quoi
08:36ou des trucs comme ça,
08:37donc ils étaient entièrement
08:38sur le film
08:40et il était tellement heureux
08:42sur le plateau
08:43que c'était contagieux
08:44et puis,
08:45en même temps,
08:46évidemment,
08:47même faire dans un grand velours,
08:48il savait ce qu'il voulait,
08:50c'était un très,
08:50très,
08:50très grand réalisateur.
08:52C'est pas beau les mouches,
08:54ça a quand même du bon,
08:56la science,
08:57combien d'agagans,
08:59combien de chats d'Iran,
09:01m'ont proposé,
09:02m'est poussé,
09:04de tous ces ringards,
09:06deuil tout leur milliard,
09:07j'ai fait mon deuil poil,
09:09à l'œil.
09:10La touche chabrolle,
09:12il rigolait,
09:13il disait toujours en parlant de moi,
09:14la fonte,
09:15tout,
09:16tout.
09:16Alors là,
09:16c'est la touche chabrolle,
09:17Les Bonnes Femmes,
09:201960,
09:21ah oui,
09:21ça c'est merveilleux,
09:22ça,
09:22ça c'est merveilleux.
09:24Il manque Lucille Saint-Simon,
09:26là on était quatre bonnes femmes,
09:27Clotilde,
09:28Stéphane et moi.
09:30Alors ça,
09:31c'est peut-être,
09:33s'il fallait vraiment choisir un film,
09:36tous les films,
09:38ce serait très dur pour moi,
09:39mais ça c'est un très,
09:40très grand film,
09:40Les Bonnes Femmes,
09:41à tous les niveaux.
09:42L'histoire,
09:43la photo de Deca,
09:44est inouïe,
09:46d'Henri Deca,
09:47inouïe,
09:48il y avait d'ailleurs sur le film,
09:50il y avait une espèce de grâce sur le film,
09:52et pourtant c'était pas tellement,
09:57c'est noir quand même,
09:59Les Bonnes Femmes,
10:00c'est un constat,
10:01mais il y avait une vitalité,
10:03il y avait une énergie,
10:05c'est un très,
10:05très,
10:06très,
10:06très grand souvenir pour moi,
10:07c'est vraiment un de mes films préférés,
10:08et j'étais très,
10:09très contente quand j'entends que par le monde,
10:12des réalisateurs américains,
10:14anglais très connus,
10:15aimaient ce film,
10:16que Kubrick a dit,
10:18que la scène dans la boîte,
10:21quand elles sont draguées par les deux bonhommes au départ,
10:24et qu'il y en a un qui met un gros nez,
10:27tout ça,
10:28avec dix noms hémoriques,
10:29il s'était inspiré pour Orange Mécanique,
10:31quand même génial.
10:54Où sont vos limites ?
10:58Ah,
10:59Gwendolyn,
11:00mon dieu que c'était drôle,
11:01ça.
11:02Ah oui,
11:02oui,
11:02ça c'était drôle,
11:03Gwendolyn.
11:04Gwendolyn,
11:05c'était absolument extravagant comme film,
11:07c'était un peu douteux,
11:09parce que je crois que le film de Jus Jacquin,
11:11était tiré d'une bande anglaise,
11:15du 19ème,
11:16Gwendolyn,
11:17très fait bandage,
11:18très spécialisé,
11:20en fait,
11:21il en a fait une sorte de film d'aventure,
11:24c'est un joli film,
11:26et alors le personnage,
11:27c'était une sorte de reine folle,
11:29c'était,
11:29donc mes limites,
11:30effectivement,
11:31j'en ai pas,
11:31dans le sens que,
11:33là,
11:33j'aime me déguiser,
11:34moi,
11:34absolument,
11:35c'est pour ça,
11:36je me suis déguisée toute ma vie,
11:37je commençais à quatre ans,
11:39à me déguiser avec des vieilles robes de grand-mère,
11:41dans les mâles,
11:43et le costume est très important pour moi,
11:47c'est 50% du personnage,
11:48on dit au théâtre,
11:49le costume qui tue,
11:50et c'est vrai,
11:52donc plus il y en a,
11:53plus il y a de,
11:54il n'y a pas de limites dans le déguisement,
11:57voilà,
11:59ben je crois que c'est tout,
12:00non ?
12:03Merci beaucoup,
12:05ça vous allez ?