00:00 - C'est à la une, le climat pour la première fois le seuil des 2°C de réchauffement est franchi à l'échelle mondiale.
00:05 Nous sommes avec Olivier Boucher, climatologue, directeur de recherche au CNRS. Bonjour.
00:09 - Bonjour.
00:11 - Bon, le dernier rapport environnemental fait état d'un réchauffement de la planète compris entre 2,5 et 2,9 avant la fin du siècle.
00:19 Déjà sur cette année 2023, ce sera l'année la plus chaude probablement ?
00:26 - Oui, on est quasiment certain que 2023 va battre un nouveau record de chaleur avec un réchauffement qui va s'approcher des 1,5°C par rapport à notre période de référence qui est à la fin du 19ème siècle.
00:41 - Oui, c'est ça. Et ce qui veut dire qu'on risque d'aller au-delà des 2°C et des 2,5°C et voir atteindre quasiment les 3°C, bien au-delà du seuil à ne pas dépasser fixé par l'accord de Paris.
00:55 - Oui, pour donner un peu de contexte, l'accord de Paris vise un objectif de 2°C et si possible il faudrait s'approcher du 1,5°C.
01:03 Aujourd'hui on est entre 1,2°C et 1,3°C. L'année 2023 c'est un petit peu plus mais il y a des variations naturelles.
01:09 Disons que le réchauffement dû aux activités humaines c'est plutôt en ce moment 1,25°C.
01:16 Mais clairement l'objectif 1,5°C n'est pas réalisable mais il faut viser bien évidemment le réchauffement le plus faible possible.
01:26 Donc se rapprocher le plus possible des 2°C.
01:29 Et donc vous faites référence à un rapport qui vient des Nations Unies, qui tient une comptabilité des engagements des États et qui fait une projection du réchauffement climatique
01:40 qui nous amène effectivement à quelque chose entre 2,5°C et 2,9°C à la fin du siècle.
01:45 - Oui, alors parmi les recettes pour essayer de limiter tout ça, il faudrait se passer de plus en plus des énergies fossiles.
01:54 C'est le poison a dit par exemple le patron de l'ONU.
01:58 Mais aujourd'hui... parce que les énergies fossiles sont responsables en partie évidemment de ce réchauffement ?
02:04 - En très grande partie puisque la majorité, la grande majorité des émissions de dioxyde de carbone viennent des énergies fossiles
02:14 et puis seulement dans une moindre mesure de la déforestation et des changements d'utilisation des sols.
02:19 Donc vraiment, oui, les énergies fossiles, il faut s'en débarrasser le plus vite possible en commençant par le charbon et ensuite gaz et pétrole.
02:27 - Oui, c'est ça. Quels sont les pays qui sont vraiment mauvais élèves ? Et est-ce que la France parvient à s'améliorer ?
02:34 - Alors c'est difficile de parler de bon ou de mauvais élève parce que à l'échelle du monde, les pays sont quand même à des degrés de développement assez différents.
02:43 Donc l'idée de l'accord de Paris, c'est vraiment que chacun fasse une partie de chemin et puis monte en ambition au fur et à mesure
02:50 qu'on revisite cet accord de Paris tous les cinq ans et donc en particulier en 2023, cette année, on arrive à ce global stock-take,
02:59 ce bilan mondial où il faut donc réviser à la hausse encore les ambitions.
03:03 - Oui, c'est ça. Alors ce qui est un peu paradoxal, Olivier Boucher, c'est que la COP 28 qui va avoir lieu, ce sera à Dubaï
03:10 et présidée par le ministre de l'Industrie des Émirats Arabes Unis et PDG de la Compagnie Nationale Pétrolière.
03:17 C'est quand même assez surprenant, non ?
03:20 - Donc c'est surprenant, mais il y a quand même une tradition que les COP changent de pays, changent de continent
03:27 et on voit bien que si on veut se débarrasser des énergies fossiles, il faut aussi que l'industrie pétrolière, l'industrie des énergies fossiles
03:35 fasse cette transition, donc c'est aussi avec eux qu'il faut le faire. Donc ça peut paraître consternant, mais
03:42 si les choses vont dans le bon sens.
03:45 - Oui, il faut les convaincre, c'est ça, et opérer une transition.
03:50 - Une transition énergétique, oui, pour aller vers beaucoup plus de renouvelables.
03:56 - Oui, c'est ça. Le fait que ce soit aussi d'ici 2100 fait que, est-ce que beaucoup de pays, beaucoup d'acteurs
04:05 peuvent vraiment se sentir concernés et se mobiliser ? Parce qu'on a encore, on dit que ça passe vite, mais on a encore du temps, mine de rien.
04:12 Grosso modo 75 ans, ce qui est énorme.
04:16 - Non, non, on n'a pas de temps, parce qu'il y a énormément d'énergie. Il y a de l'énergie dans le système climatique, dans le système socio-économique
04:23 et 2100, c'est les niveaux de réchauffement qu'on prévoit, qu'on vous donne, et bien évidemment on voit que les impacts sont déjà là.
04:31 Le climat est déjà fortement perturbé par les activités humaines et c'est bien évidemment maintenant qu'il faut agir,
04:37 d'ici 2050, pour que le climat en 2100 soit encore vivable.
04:42 - Oui, c'est ça. Donc il faut faire des efforts maintenant et arrêter par exemple le charbon, etc.
04:48 Est-ce que vous avez espoir, vous qui êtes directeur de recherche au CNRS, parce que ça fait 40 ans qu'on en parle, Olivier Boucher,
04:56 qu'il y ait finalement des recherches qui permettent d'aboutir et de trouver des énergies moins polluantes et qui permettent de s'en sortir ?
05:07 - Donc on a espoir en ce sens qu'on voit quand même une évolution. On voit un ralentissement de l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre,
05:16 c'est bien évidemment pas suffisant, il faut aller beaucoup plus vite. Il y a des technologies qui existent, mais qui ont un certain coût,
05:23 qu'il faut passer à l'échelle, et c'est là je pense toute la difficulté, c'est vraiment d'accélérer et de passer à plus grande échelle
05:31 par rapport aux solutions qu'on a déjà. - Oui, c'est ça. Merci beaucoup Olivier Boucher, climatologue et directeur de recherche au CNRS,
05:38 d'avoir réagi sur ce rapport qui a été rendu autour du réchauffement de la planète. On en parlait déjà aussi avec Rémi André
05:45 juste avant 6h30.
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