- il y a 2 ans
Lundi 13 mai 2024, SMART BOURSE reçoit Kevin Thozet (Membre du comité d'investissement, Carmignac) et Pierre-Yves Dugua (Correspondant américain)
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00:29 Au sommaire de cette édition de la mi-journée du lundi, un mois de mai qui a plutôt bien démarré,
00:35 c'est le moins qu'on puisse dire pour les actifs risqués, notamment pour les grands marchés actions.
00:40 Est-ce que contrairement à ce que nous indique le dicton saisonnier de vendre en mai,
00:45 est-ce qu'on est dans un mois de mai particulier de ce point de vue-là où il faudrait plutôt être acheteur de risques,
00:50 acheteur d'actifs risqués ? En tout cas, les deux premières semaines l'ont démontré avec des indices actions
00:55 qui ont renoué avec leur sommet historique en Europe ou quasiment aux États-Unis également
01:01 sur fond de légères détentes des rendements obligataires.
01:05 Que peut-on dire de ce schéma de marché qui s'est mis en place depuis quelques jours, une paire de semaines ?
01:10 Nous en parlerons avec les équipes de Carmignac et c'est Kevin Tauzay qui sera avec nous en plateau,
01:15 membre du comité d'investissement de Carmignac durant cette demi-heure d'émission au démarrage d'une semaine
01:20 qui sera marquée par des chiffres d'inflation clés pour comprendre un peu plus la dynamique des prix aux États-Unis.
01:28 Nous aurons dans l'ordre l'indice des prix à la production aux États-Unis pour le mois d'avril
01:32 qui sera publié demain avant l'indice des prix à la consommation, le CPI prévu ce mercredi
01:39 et au milieu de tout ça, Jérôme Powell qui s'exprimera demain après l'application du PPI
01:45 et avant la publication de l'inflation américaine, Jérôme Powell qui sera amené à sans doute apporter
01:51 peut-être quelques éléments supplémentaires sur la stratégie de la réserve fédérale américaine
01:56 alors qu'on a vu quand même renaître quelques anticipations de baisse de taux côté américain
02:01 après l'application des derniers chiffres d'emploi le 3 mai dernier pour le mois d'avril.
02:07 Et puis comme chaque lundi, notre cardeur américain nous amènera à parler justement de ce chiffre clé d'inflation
02:13 qui sera publié cette semaine. Est-ce qu'il y a un risque à nouveau de déception comme on a pu le voir
02:18 sur les trois précédentes publications. Pierre-Yves Dugas nous apportera son analyse
02:23 et puis nous évoquerons l'aspect politique, géopolitique et la relation entre les États-Unis et Israël
02:28 à travers notamment le mouvement qui s'est développé ces dernières semaines dans les grands campus universitaires américains.
02:35 (Générique)
02:45 Mais d'abord quelques commentaires et un peu plus même sur la situation des marchés globaux, des marchés financiers.
02:51 Kevin Tozette à mes côtés en plateau, membre du comité d'investissement de Carmignac.
02:54 Bonjour et bienvenue Kevin. Je crois que vous avez fait d'ailleurs le travail, il y a eu une conférence de presse
02:58 qui est prévue cette semaine chez Carmignac pour détailler un petit peu les points clés des enjeux de marché
03:04 du second semestre. Alors on parle de dilemme, on parle de divergence, on parle de débat.
03:09 A ce titre-là, que vous inspire le schéma de marché qu'on observe depuis une paire de semaines, comme je le disais ?
03:14 Schéma de marché très positif pour les indices actions, sur fond de petites détentes obligataires
03:21 alors qu'on a vu au premier trimestre plutôt un regain de tension obligataire qui avait été le marqueur justement de ce début de l'année 2024.
03:28 Oui, si on regarde les cinq premiers mois de l'année, ce qu'on a vu c'était plutôt une économie américaine qui surprenait à la hausse
03:35 tant sur le front de la croissance que sur le front de l'inflation. Et depuis deux semaines, donc depuis le début de ce mois de mai,
03:40 les choses sont en train d'évoluer, le narratif de marché aussi. C'est-à-dire que ce qu'on voit, c'est qu'on voit un marché de l'emploi
03:46 qui est moins tendu, on a des demandes d'emploi qui sont de l'ordre de 230 000 sur la semaine dernière.
03:53 Ça va près du niveau d'équilibre, c'est-à-dire que c'est le niveau à partir duquel, si on le dépasse, on voit un taux de chômage remonter.
04:00 Alors il y a peut-être des effets saisonniers, des ajustements saisonniers aussi. Il faudra sans doute attendre quelques semaines pour être conforté dans cette vue-là.
04:08 Mais on a d'autres indicateurs. On a eu des indicateurs sur la santé ou le sentiment du consommateur aux États-Unis, là aussi,
04:14 qui montrent certains signes d'essoufflement, les intentions de création d'emplois aussi dans plus de 10 entreprises qui se détériorent.
04:22 Donc là, on commence à voir des signes d'essoufflement de l'économie américaine, qui continue de croître à un niveau élevé.
04:28 Si on regarde des indicateurs coïncidents, autour de 4 %, ça fait beaucoup.
04:32 Mais il ne faut pas croire que l'économie américaine va croître indéfiniment à deux fois le niveau de son potentiel.
04:38 C'est ce qu'on voit aux États-Unis. En Europe, on voit plutôt le mouvement inverse. C'est intéressant.
04:42 On voit notamment une économie européenne qui se comporte plutôt mieux.
04:49 On part d'un niveau assez bas, mais elle se comporte mieux.
04:54 C'est ce qu'on tend à voir dans les indices de surprise économique aussi.
04:57 On a moins d'exceptions en Europe qu'on pourrait en avoir aux États-Unis.
05:00 Et quand on met tout ça bout à bout, on se retrouve dans un schéma de marché qui tend à être celui des mauvaises nouvelles sur le front économique.
05:07 C'est plutôt une bonne nouvelle sur le front des marchés financiers.
05:10 C'est typiquement ce qu'on voit depuis quelques semaines.
05:13 Pourquoi ? Parce que les littoriels sont élevés, particulièrement aux États-Unis.
05:17 C'est ça, 25 % aux États-Unis.
05:20 On a eu quelques éclaircissements sur la fonction de réaction de la Réserve fédérale américaine.
05:24 Elle regarde l'inflation, mais elle regarde l'emploi. Elle choisira ce qu'elle préférera utiliser.
05:29 C'était plutôt l'inflation fin d'année dernière. Là, c'est plutôt l'emploi, semble-t-il.
05:34 Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le fameux POUTE débattra les retours.
05:38 On peut avoir ce narratif de marché qui se remet en place.
05:40 Sur le très court terme, c'est intéressant.
05:42 Jérôme Paul va s'y exprimer après le rapport mensuel sur l'emploi, qui a été un des premiers à apporter
05:47 ces évidences d'une détente du marché du travail.
05:51 Et avant le prochain chiffre d'inflation aux États-Unis, rapport qui sera relatif au mois d'avril,
05:57 après trois mois de surprises à la hausse sur l'inflation,
06:03 est-ce qu'il y a encore ce risque-là sur l'inflation américaine ?
06:06 Est-ce que c'est encore le driver que suivent les marchés ?
06:09 Ou est-ce qu'effectivement le côté dégradation ou détente de l'activité économique
06:14 est suffisant aujourd'hui pour les investisseurs ?
06:16 Alors oui, sur le chiffre d'inflation, ce qu'on a vu depuis ce fameux pivot de M. Powell en fin d'année 2023,
06:23 c'était quand même, on avait même vu une réaccélération de l'inflation.
06:27 Ce qui est attendu pour mercredi, c'est une inflation plutôt en léger retrait
06:33 par rapport à ce qu'elle était le mois précédent, lors de 10 points de base,
06:36 en deçà de la dernière publication.
06:39 Il est quand même intéressant de voir qu'avant ce chiffre,
06:42 il y a des indices des prix à la production qui seront publiés demain,
06:47 et eux, ils ne sont pas attendus en retrait par rapport au mois précédent, mais en réaccélération.
06:51 Et ça, je crois que c'est sans doute des économistes, un consensus de marché,
06:56 qui sont optimistes, ou un petit peu optimistes, sur le volet des loyers,
07:00 qui représente à peu près un tiers du CPI.
07:04 - Un petit logement au global. - Exactement.
07:07 Et là, je crois qu'il y a peut-être un raccourci qui a été fait,
07:09 parce que c'est vrai qu'une grosse partie de la désinflation,
07:12 et notamment dans les services, s'est faite grâce à une immigration particulièrement importante aux Etats-Unis.
07:17 Plus de 3 millions d'immigrants sur les 12 derniers mois,
07:21 et plutôt en moyenne autour de 1 million sur une année calendaire.
07:25 Donc ça, ça a aidé à la désinflation dans les services,
07:28 mais cette inflation-là, elle se retrouve quelque part,
07:30 et sans doute qu'elle se retrouve potentiellement dans les loyers,
07:32 parce qu'il faut bien les loger, ces immigrants.
07:34 - Bien sûr. Mais vous dites à ce stade, il ne faut pas perdre de vue quand même,
07:36 qu'il y a une forme d'asymétrie dans la fonction de réaction de la Fed.
07:40 Il y a encore quelques semaines, le débat, c'était,
07:43 est-ce que la Fed ne va pas monter ses taux,
07:45 face à une inflation, une résurgence d'inflation,
07:48 qui serait peut-être plus durable dans le temps que ce qu'on pouvait imaginer.
07:52 Vous dites, attention, le marché du travail, la détente du marché du travail,
07:57 c'est quand même un élément clé, un paramètre clé pour la Fed,
08:00 et elle sera très attentive à ça,
08:02 et elle n'hésitera pas à réagir assez vite,
08:05 par rapport à une dégradation trop importante, peut-être, du marché du travail américain.
08:09 - C'est ça, et je crois que le marché l'a bien compris.
08:12 - On a vu renaître un peu des anticipations de baisse de taux.
08:16 - Exactement. Et c'est que, là aussi, la fonction de réaction de la Réserve fédérale,
08:20 elle est double. Elle a ce mandat sur l'inflation,
08:23 mais aussi sur le front de l'emploi.
08:26 Alors là, si on projette dans une année électorale,
08:29 si on regarde certains candidats, on va dire, les plus non-orthodoxes,
08:33 les moins orthodoxes, qui pourraient prendre la suite de M. Powell,
08:36 si on avait le candidat Trump qui était élu,
08:40 sans doute que l'indépendance de la Réserve fédérale en tant qu'institution
08:44 passera, ou devra passer, par l'élection de M. Biden.
08:47 Alors, on ne va pas dire que la politique interfère dans la politique de banque centrale.
08:51 - Ça peut. - Mais c'est une possibilité.
08:55 Et je crois que, là aussi, le marché l'a quand même bien analysé.
08:58 C'est-à-dire qu'il y a bien cette double grille de lecture-là,
09:01 en tout cas ces deux leviers-là, et l'emploi et l'inflation.
09:04 - Est-ce que ça veut dire que, s'il y a une divergence, effectivement,
09:07 en termes de trajectoire économique, en termes de trajectoire de politique monétaire
09:10 entre les États-Unis et la zone euro, notamment,
09:13 Kevin, est-ce que ça veut dire que cette divergence sera peut-être
09:16 un peu moins forte que ce qu'on pouvait imaginer encore
09:19 au moment le plus exacerbé, il y a quelques semaines en arrière ?
09:22 - Oui, je crois. C'est-à-dire que ce qu'on voit, c'est un vrai rattrapage de l'Europe.
09:26 On le voit sur les marchés d'action, on le voit dans les chiffres économiques aussi.
09:30 - Le consensus est en retard sur l'Europe aujourd'hui, sur le plan macro, par exemple, on peut imaginer ça ?
09:34 - Oui, je crois. C'est-à-dire que, là aussi, il y a un potentiel de voir l'économie européenne s'en sortir mieux.
09:38 On l'a vu aussi dans la saison de résultats. C'est-à-dire que c'est moins pire,
09:42 en tout cas, ce n'est pas aussi mauvais que ce qu'on pouvait le craindre.
09:46 Alors, on a une saison de résultats qui était absolument phénoménale, très très bonne,
09:50 aux États-Unis, mais aussi en Europe, alors qu'on craignait le pire.
09:54 Donc, ça, c'est sur le front de cette divergence en termes de trajectoire économique.
10:00 Ce n'est peut-être pas si divergent. On pourra voir ce rebond synchrone.
10:04 Alors, si en plus la Chine se met à relancer ou relancer davantage, là, on aura tous les feux qui seront verts.
10:12 Et en termes de politique monétaire aussi, on s'attend encore à ce qu'il y ait quand même une forme de divergence.
10:18 C'est-à-dire que nous anticipations, c'est bien que la Banque centrale européenne baisse ses taux d'intérêt dès le mois de juin.
10:22 Je crois qu'elle a été assez claire sur le sujet.
10:26 Pour la Réserve fédérale américaine, ça viendra sans doute plutôt en fin d'année, à priori après les élections.
10:34 Mais il y a quand même, je crois, ce potentiel de rattrapage là.
10:38 D'ailleurs, on le voit dans les flux, notamment.
10:41 Ça aussi, ça tourne depuis quelques semaines.
10:43 Exactement. Donc, on le voit, ça fait deux semaines qu'on a des flux nets qui sont positifs sur les marchés d'action européens.
10:50 Et ça fait du bien, parce que ça faisait 17 semaines qu'on n'avait pas vu ça.
10:54 Donc voilà, sans doute que la bonne performance, voire la surperformance pour certains d'entre eux, des marchés d'action européens attire l'œil.
11:02 Le fait que la trajectoire de croissance économique soit peut-être meilleure en Europe et aux États-Unis, on l'a dit, il y a peut-être un début d'essoufflement.
11:11 Ça peut aider ces actifs européens.
11:14 Si on regarde sous le capot, c'est vrai sur les grands indices, c'est vrai dans le secteur des banques également.
11:20 Le secteur des banques, qui est quoi ?
11:22 Qui est en pointe dans l'attractivité des marchés européens pour des investisseurs étrangers en dollars, par exemple ?
11:29 Aujourd'hui, Kevin, pire qu'à faire de l'Europe, autant aller faire les banques européennes.
11:34 Il y a peut-être un peu de ça. Il y a aussi sans doute un effet momentum.
11:38 C'est-à-dire qu'on a une trajectoire sur les actions bancaires qui a été extrêmement bonne.
11:41 Et cette année, et l'année dernière, et l'année d'avant, et l'année d'avant.
11:44 Ça, voilà, depuis 2021 que ça dure.
11:47 Et puis, relativement en parlant, là aussi, le secteur bancaire américain a soulevé beaucoup de questions il y a un an de cela.
11:56 On voit l'intérêt d'avoir un secteur bancaire peut-être un peu plus sain, un peu plus régulé, mais un peu plus sain en Europe également.
12:04 Et extrêmement bien valorisé, il faut le dire aussi.
12:07 L'intérêt de la valorisation peut jouer un rôle là-dedans.
12:10 Si on regarde des ratios prix sur résultats futurs, on dirait que là quoi à cette fois, il y a quand même beaucoup de place.
12:17 Et puis sur d'autres indicateurs de valorisation, comme par exemple le price to book, le prix des actions par rapport à la valeur comptable.
12:26 On était sur des niveaux qui étaient très faibles, entre 0,5 et 0,7, parce qu'on était dans un environnement de taux zéro.
12:32 On en est sorti et ce mouvement-là, il a quand même été, je crois, bien enclenché.
12:36 Il y a encore un petit peu de chemin à faire. On n'est pas encore à 1.
12:39 Donc voilà, on peut y aller, je crois.
12:42 Il y a un vrai rating structurel là peut-être pour ce secteur bancaire en Europe.
12:47 Ça veut dire qu'on a des flux qui peuvent se réallouer sur les marchés d'actions européens.
12:51 Dans le terme d'allocation d'actifs, ce que ça veut dire, c'est que ce qu'on aime bien voir dans un portefeuille sur les marchés d'actions,
12:56 c'est des actions de qualité, de la visibilité. On a parlé de cette potentiellement moins bonne conjoncture américaine.
13:02 Décélération.
13:04 Décélération.
13:05 Pour l'instant, on va parler de décélération. On verra jusqu'où cette décélération nous amène, effectivement.
13:09 Mais dans cet environnement-là, des baisses de taux d'intérêt, on est peut-être passé le pic du durcissement, en tout cas,
13:15 de la perspective de voir une réserve fédérale très dure aux États-Unis.
13:19 Ça peut aider ces actifs qui tendent à être un peu plus chèrement valorisés.
13:22 Et puis de l'autre, ce qu'on appelle un barbol, les deux bouts de la chaîne, d'avoir des actifs un peu plus cycliques.
13:26 Ça peut s'exprimer avec des bancaires européennes, avec des marchés d'actions émergentes également.
13:31 Je rappelle, vous parlez de la book value des banques en Europe, 0,5, 0,6 fois.
13:35 Je prends l'extrême inverse, mais une banque comme JP Morgan, la plus grande banque du monde,
13:39 ça se paye quasiment deux fois la valeur des actifs tangibles, pour donner le repère à l'inverse de ce qui peut se faire aux États-Unis
13:47 pour la valorisation du secteur bancaire.
13:49 Un mot de la Chine. Est-ce qu'il est temps de rehausser peut-être un petit peu ces anticipations sur la Chine,
13:56 avec déjà des marchés qui ont marqué un point bas fin janvier pour les actions chinoises,
14:02 et qui deviennent même peut-être des indices leaders, en tout cas sur les semaines écoulées aujourd'hui, Kevin ?
14:10 Alors si on fait la photo depuis le début de cette année, c'est clairement le cas.
14:15 Même sans prendre le point bas de fin janvier, depuis on a des marchés d'actions chinois qui sont en hausse de plus de 20%.
14:21 Il faut le souligner. Alors c'est vrai qu'on a parlé du changement de narratif sur le front de la croissance,
14:27 sur le front de la trajectoire des banques centrales, de l'inflation potentiellement.
14:30 S'il y a un narratif qui ne change pas, c'est bien celui des tensions chino-américaines.
14:35 Donc ça, on a quand même toujours cette épée de Damoclès qui perdure.
14:41 Que ce soit le candidat Biden ou le candidat Trump, je ne crois pas que ça change grand-chose,
14:45 en tout cas sur ce narratif ou sur ces tensions-là.
14:49 Par contre, ce que ça veut dire, ça veut dire qu'on a des autorités chinoises qui relancent.
14:54 Elles ont annoncé, confirmé que d'ici la fin de la semaine, elles allaient émettre de façon significative.
15:00 C'est l'autorité centrale qui va émettre des obligations.
15:04 Ce sont des montants qui sont importants.
15:06 Si on veut donner des grands chiffres, 1 trillion de yuan, c'est quand même 140 milliards de dollars.
15:12 Ça fait entre 0,5 et 1 point de pourcentage du PIB en fonction de l'effet multiplicateur qu'on met en face de ça.
15:19 C'est absolument conséquent.
15:21 Ce n'est pas neutre.
15:22 Et puis, il faut quand même là aussi garder une forme d'ancrage.
15:26 C'est bien les valorisations, c'est-à-dire que ces marchés d'action chinois,
15:29 en dépit de ces hausses-là, ils traitent sur des niveaux qui sont quand même particulièrement bas.
15:32 Alors on a un peu remonté des 8 fois en termes de prix sur résultat futur.
15:38 Mais bon, on est à 10 fois, c'est quand même extrêmement bas, extrêmement faible.
15:44 Si je combine à ça des valorisations qui sont assez faibles,
15:47 et perspectives de voir une croissance, somme toute, autour de 5% en termes de croissance du PIB,
15:53 ça se regarde.
15:55 On sent qu'il y a plus d'investisseurs confortables avec cette idée-là aujourd'hui,
15:58 même si ça peut rester une idée simplement tactique, mais il y a un peu plus de confort.
16:03 Et je crois que la Chine, c'est devenu l'eldorado du sélectionneur de valeurs,
16:09 parce que c'est quand même le deuxième marché d'action au monde.
16:12 Et il y a une divergence des performances qui sont absolument colossales.
16:19 C'est-à-dire que si je regarde dans un indice d'action chinois,
16:22 qui est à peu près le même nombre de valeurs qu'un indice de grandes actions américaines,
16:28 on a un tiers de ces valeurs-là qui sont en hausse, et fortement en hausse, sur les 12 derniers mois.
16:34 Donc on peut clairement aller...
16:37 C'est moins un call macro qu'un call stock spécifique maintenant.
16:40 Exactement. Faire son marché.
16:41 Et on voit quand même beaucoup de facteurs qui se mettent en place, des facteurs un peu plus techniques.
16:45 On a des rachats d'actions, on a des entreprises qui traitent en dessous de la valeur du cash qu'ils ont au bilan.
16:51 Donc voilà, il y a quand même beaucoup de choses à faire sur ces marchés d'action chinoises.
16:53 Merci beaucoup Kevin.
16:54 Merci pour votre éclairage sur la situation des marchés à ce milieu du mois de mai.
16:59 Ce virage peut-être qui a été pris par les investisseurs depuis quelques semaines maintenant.
17:03 Kevin Thozet, membre du comité d'investissement de Carmignac, avec nous en plateau dans Smart Bourse.
17:07 Pierre-Yves Dugas avec nous, notre correspondant américain, chaque lundi pour passer en revue
17:17 quelques éléments importants de l'actualité américaine du côté de l'économie, du côté de la politique.
17:23 Bonjour et bienvenue Pierre-Yves.
17:25 Merci beaucoup d'être avec nous.
17:27 L'économie, cette semaine, ce sera la publication de l'inflation aux Etats-Unis pour le mois d'avril, le fameux CPI.
17:35 On a derrière nous trois publications sur les trois mois précédents qui ont été plutôt des déceptions
17:40 dans le sens où l'inflation a montré une forme de résurgence.
17:44 Ça a été ressorti au-delà des attentes des analystes et des observateurs.
17:48 Que peut-on attendre de cette publication et ce rapport d'inflation qui sera publié ce mercredi pour le mois d'avril, Pierre-Yves ?
17:56 J'ai beaucoup aimé Grégoire la manière dont Laurie Logan, présidente de la réserve fédérale de Dallas,
18:05 a présenté les choses sur cette mauvaise surprise de trois mois consécutifs de CPI à +0,4.
18:15 Elle a dit « bon, s'il y a un élément saisonnier qui intervient pour expliquer cette performance excessive de l'inflation,
18:26 très bien, ça veut dire que les choses vont se calmer en avril-mai-juin,
18:32 mais ça veut dire aussi que la désinflation spectaculaire observée en 2023 était probablement surestimée.
18:38 On ne peut pas gagner sur les deux tableaux.
18:41 S'il y a un événement saisonnier, c'est qu'en fait, dans le rétroviseur, on avait probablement exagéré la bonne nouvelle.
18:48 Il faudrait qu'on fasse en dessous de 0,4. Je rappelle quelques chiffres.
18:53 Bien évidemment, 2% à peu près, c'est l'objectif de moyen terme de retour de l'inflation de la Banque centrale américaine,
19:00 mais on a quand même au cours des 12 derniers mois 5,3% d'inflation dans les services aux États-Unis.
19:07 On est très loin de 2%. Les services, ça représente 57% du CPI, de l'indice des prix à la consommation,
19:16 dans une économie américaine où les services représentent plus de 70%.
19:21 Alors, est-ce qu'on est dans un plateau de désinflation après avoir eu une belle performance de désinflation en 2023
19:30 ou est-ce que c'est le début de quelque chose de plus compliqué ?
19:34 Alors, se pose la question quand on décortique ce qu'il y a derrière ces indices.
19:39 L'énorme éléphant au milieu de la salle à manger, qui est l'estimation du coût du logement.
19:46 Le logement, c'est un tiers du CPI. Ça n'est qu'un sixième de l'autre indice de mesure de l'inflation,
19:54 celui qui est, semble-t-il, l'indice préféré par la réserve fédérale, l'indice des prix des dépenses personnelles de consommation.
20:02 Un tiers. Alors, la théorie, c'est quoi ? La théorie, les circonstances atténuantes,
20:08 l'excuse donnée par la presse américaine, qui est très pro-power maintenant et très pro-buy, bien entendu,
20:15 c'est de dire non, non, vous allez voir, on accorde une importance excessive au coût du logement dans le CPI,
20:23 les choses vont se normaliser parce que les nouveaux contrats de location, les nouveaux baux qui sont négociés,
20:30 sont négociés avec des taux de progression bien plus lents et il faut que tout ça se répercute.
20:36 Alors c'est vrai, ça fait un an et demi qu'on nous annonce que ça va se répercuter et pour l'instant,
20:43 oui, les loyers se calment, mais ils ne se calment pas aussi vite et ils ne se calment pas autant que prévu.
20:50 Alors qu'est-ce qui se passe ? Alors, on vient d'en parler. Il y a l'immigration.
20:55 Tous ces nouveaux immigrants, qu'ils soient légaux ou non, sont en âge de travailler et quoiqu'on dise Donald Trump,
21:04 viennent plutôt pour travailler, ils ont besoin de se loger et comme ils n'accèdent pas à la propriété dès les premières semaines,
21:11 ils ont besoin d'accès au logement locatif. La demande de logement locatif a progressé bien plus que prévu au cours des trois dernières années.
21:21 Premier point. Deuxième point, l'énorme augmentation des taux hypothécaires, en particulier des taux à 30 ans,
21:29 fait que les primo-accédants, plus que jamais, sont écartés du marché, donc ils restent dans leur logement locatif,
21:34 ils ne le libèrent pas et ceux qui forment de nouveaux ménages cherchent eux aussi à louer.
21:41 Donc la demande de location est plus élevée que prévu. Et puis, il y a les vieux, comme votre serviteur,
21:51 qui constatent que bien qu'ils aient une hypothèque à 20 ans, à taux fixe, la mensualité qu'ils doivent payer à leur banque tous les mois
22:01 a considérablement augmenté depuis deux ans. Comment cela est-il possible ?
22:06 Alors il faut savoir qu'aux États-Unis, la plupart des propriétaires de logements, comme moi, font un versement mensuel
22:17 qui comprend les intérêts, le principal, mais aussi, mensualisé, l'assurance et la taxe foncière. Et tout cela fait un seul versement mensuel.
22:30 Si vous avez emprunté, comme moi, à taux fixe, vous n'avez pas à vous inquiéter, les montants du principal et de l'intérêt sont connus à l'avance
22:38 pour toute la durée du prêt. En revanche, nous avons une explosion des coûts de l'assurance.
22:45 Plus 15% en ce qui me concerne il y a deux ans, plus 15% de nouveau l'année dernière, et à cela s'ajoute une augmentation de la taxe foncière
22:56 parce que, comme beaucoup de gens qui habitent dans des quartiers à peu près corrects, les démocrates locaux sont persuadés
23:03 qu'il faut faire exploser les taxes locales pour financer les pauvres. Et qu'est-ce qui se passe ?
23:08 Les classes moyennes qui habitent dans des quartiers corrects sont en fait soumises à une forme de taxation de leur patrimoine au niveau local
23:15 qui n'existe pas au niveau fédéral mais qui ressemble un petit peu d'un point de vue idéologique à ce que l'on veut pratiquer en France
23:22 et à l'impôt sur la fortune. Et du coup, vous avez des tas de baby-boomers qui ont vu s'envoler de 20-30% leurs déchéances mensuelles.
23:32 Qu'est-ce qui se passe ? Un, ils vont consommer moins. Deux, ils sont de très mauvaise humeur.
23:36 Ça se ressent probablement dans leurs intentions de vote, surtout quand le président Biden, qui cherche à se faire élire, leur dit
23:45 « Depuis un an et demi, ne vous inquiétez pas, l'économie va très bien, l'inflation ralentit. »
23:49 Non, elle ne ralentit pas. Nous constatons quotidiennement que les prix augmentent de manière spectaculaire,
23:55 pas simplement sur les produits alimentaires, qui ne baissent pas, quoi qu'on en dise, mais qui augmentent spectaculairement
24:00 sur des choses incontournables qui sont des points centraux de nos budgets mensuels, à savoir le logement.
24:07 Donc ça, c'est un problème. C'est un problème qui se répercute sur la mesure de l'inflation, sur la propension à consommer,
24:14 sur l'humeur des Américains, et qui complique la manière dont la Réserve fédérale doit lire les anticipations inflationnistes.
24:21 Un dernier point, si je peux, Grégoire, sur les anticipations inflationnistes.
24:25 Les sondages de la Réserve fédérale de New York nous ont montré, il y a quelques jours, qu'elles progressaient légèrement.
24:32 Ce n'est pas bon signe. Il y a six mois, il était très difficile de trouver un certificat de dépôt,
24:40 c'est-à-dire de bloquer de l'argent à la banque pendant six mois, un an ou deux ans, à plus de 2 ou 3 %.
24:46 Maintenant, vous pouvez trouver un certificat de dépôt à 5,40, 5,50 sur 12 mois.
24:52 Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, un, les marges des banques sont en train de baisser,
24:57 parce que pour rémunérer leurs déposants, elles sont obligées de payer plus,
25:01 ce qui explique les inquiétudes sur les valorisations borsières des banques.
25:05 Mais ça veut dire aussi que les anticipations inflationnistes des épargnants ont augmenté
25:10 et qu'ils ne veulent plus se satisfaire d'un taux de rémunération de 2 % dans un environnement
25:18 où l'inflation de leur vécu est nettement supérieure à 5 %.
25:23 – On verra quelle place l'économie jouera-t-elle dans la campagne, ça il n'y a pas de doute,
25:30 mais dans le résultat effectivement de l'élection présidentielle, en référence à "It's the economy stupid",
25:36 un classique, est-ce qu'on en est toujours là ou est-ce que la part politique, géopolitique,
25:41 va prendre de plus en plus d'importance ?
25:43 Il nous reste à peine une paire de minutes, Pierre-Yves,
25:46 mais comment est-ce que vous voyez évoluer la relation entre États-Unis et Israël ?
25:51 Et comment est-ce que cette relation va avoir un impact dans la campagne présidentielle
25:56 et quel est l'enjeu pour un Joe Biden aujourd'hui notamment ?
25:59 – Je crois que la communauté juive aux États-Unis, qui est extrêmement diverse
26:05 et qui ne peut pas se résumer simplement à une intention de vote,
26:11 est absolument déchirée de voir ce qui se passe à Gaza.
26:15 Et que l'unanimité du début octobre, c'est considérablement délité.
26:23 Joe Biden va probablement souffrir d'un moindre taux de participation
26:31 de toute cette constituency, de tout cet élément,
26:35 de ce socle dur de l'électorat démocrate, qui est le vote juif américain.
26:40 Dans l'ensemble, les Américains juifs votent démocrate.
26:44 C'est une tradition qui remonte aux années 30.
26:48 Je ne les vois pas voter tout d'un coup pour Donald Trump, certains d'entre eux peut-être,
26:54 mais je pense qu'au niveau de la participation, et à cela s'ajoute chez les jeunes
26:58 qui sont très mobilisés, notamment sur les campus universitaires,
27:02 les intentions de vote des jeunes pour Joe Biden seront affectées
27:08 par la manière dont les États-Unis cherchent une voie moyenne de soutien à Israël,
27:14 en particulier pour qu'Israël se défende contre l'Iran,
27:18 mais qui ne peut plus accepter la manière dont Israël est en train d'écraser le Hamas
27:24 et les populations civiles dans la bande de Gaza.
27:27 - Le mouvement dans les campus, les manifestations dans les campus américains,
27:30 c'est quelque chose qui va marquer cette élection jusqu'au moment du scrutin, Pierre-Yves ?
27:35 - C'est quelque chose qui est exploité par les Républicains de manière assez malhonnête,
27:39 mais de cette bonne guerre, on est en campagne électorale,
27:42 ils veulent faire le rapprochement avec 1968 et le soulèvement des Américains
27:49 contre la guerre du Vietnam.
27:51 Il y a une énorme différence, bien évidemment par rapport à 1968,
27:55 d'abord parce qu'il n'y a pas d'Américains qui combattent à Gaza,
27:59 ensuite il n'y a pas de mobilisation, il n'y a pas de draft,
28:02 personne dans les campus universitaires ne craint d'être enrôlé de force sous les drapeaux
28:08 pour aller combattre au Moyen-Orient.
28:10 Il y a une forte réaction émotionnelle de la part d'une jeunesse qui est,
28:16 on va dire, fortement influencée par les valeurs qu'on leur enseigne
28:22 dans les universités américaines et qui sont des valeurs, on le sait,
28:26 qui sont des valeurs très différentes de celles du lobby américain traditionnel
28:33 qui soutient Israël quoi qu'il arrive.
28:36 Mais cette situation est compliquée et les appels au boycott vont peut-être poser problème
28:43 à certaines sociétés. Je trouve qu'on n'en a pas beaucoup parlé en France.
28:47 Il y a des sociétés françaises qui sont directement concernées par les appels au boycott
28:51 qui sont proclamés sur le campus de Columbia, de Harvard et de MIT.
28:56 AXA, Carrefour, Orange en particulier, sont en première ligne accusés
29:01 de travailler étroitement avec les autorités israéliennes.
29:05 Merci beaucoup Pierre-Yves, merci pour votre éclairage hebdomadaire
29:08 sur l'actualité économique et politique américaine.
29:11 Pierre-Yves Dugas, notre correspondant américain, quarte d'heure américain
29:14 que vous retrouvez évidemment en replay et en podcast.
29:17 [Musique]