00:00 Nous sommes avec Andy qui est habitant à Nouméa, rebonjour Andy.
00:05 Quelle est la situation d'ailleurs ce matin après ce week-end
00:09 où on a le sentiment que ça s'est un petit peu calmé, mais je ne sais pas,
00:13 parce que vu de loin c'est la vision qu'on peut avoir,
00:17 mais vous avez peut-être une autre vision en étant sur place, Andy.
00:22 - Alors vu de loin et vu de près, on a l'impression entre guillemets que ça se calme,
00:29 mais le problème c'est qu'on ne sait jamais ce que va amener la soirée.
00:33 On a un couvre-feu qui est à 18h et arrivé à 18h, on entend des coups de feu,
00:39 on entend des coups de flash-bang, etc. dans les rues.
00:44 Et tout ce qui est... On a une grande autoroute, on va dire, en Nouvelle-Calédonie,
00:48 qui est un axe assez primaire de circulation, qui s'appelle la Fava Express,
00:51 et en fait tous les soirs il la rebloque, tous les soirs il revéhicule en feu, etc.
00:56 - Oui, quand vous dites "ils", ce sont des émeutiers, Andy, c'est ça ?
01:05 - Tout à fait, c'est des petits groupes de radicaux extrémistes,
01:09 en fait ils ne sont pas représentatifs, je pense, du calédonien moyen,
01:14 peu importe son ethnie, c'est des gens qui sont extrémistes,
01:17 qui sont partis dans leur truc et quoi qu'il arrive ils n'en démordent pas.
01:22 - Certains disent, oui, ce sont... Parce que d'un côté il y a quelques indépendantistes radicaux,
01:30 mais d'autres disent aussi il y a des délinquants, en fait, parmi eux.
01:34 - Alors, de ce que moi, un peu comme tout le monde, de ce que j'ai vu en termes de statistiques, etc.,
01:41 c'est des gens qui sont entre 15 et 25 ans.
01:44 Les vieux, on va dire, les anciens, ne cautionnent pas du tout ce qui est en train de se passer.
01:51 Moi j'ai 40 ans et on n'a jamais vu ça arriver, la destruction d'infrastructures, etc.,
01:57 que les gens se battent, on va dire, entre eux pour leurs idéaux, c'est des choses qui arrivent.
02:00 Par contre, on n'a jamais eu une destruction matérielle comme ça,
02:04 c'est-à-dire que là toutes les infrastructures sont détruites,
02:05 on ne sait même pas ce que va être le retour à la vie normale après, en fait.
02:10 - Oui. - C'est inquiétant.
02:12 - Les bâtiments publics sont protégés maintenant par les militaires qui sont arrivés en renfort ?
02:19 - Alors, il y a certains bâtiments qui ont bénéficié de la grâce, on va dire,
02:25 et qui sont sauvés, mais malheureusement il y a énormément de choses qui ont été brûlées,
02:30 et sans distinction, c'est juste du vandalisme.
02:33 Ils ont par exemple mis le feu au mur d'escalade,
02:37 ils ont mis le feu à des vétérinaires chez qui il y avait des animaux encore vivants à l'intérieur,
02:43 il y a des gens qui ont couru pour essayer d'en sauver, mais il y a eu des animaux qui sont morts,
02:47 enfin, il n'y a pas de logique, il n'y a pas de message qui passe en faisant ça.
02:50 - Oui, oui. Comment faites-vous pour vous adapter à cette situation
02:55 qui est extrêmement et toujours extrêmement préoccupante, on dit ?
02:59 - Alors, honnêtement, on a eu une préadaptation assez horrible qu'a été le Covid,
03:05 c'est-à-dire d'être isolé chez soi et de confinement, et à l'heure actuelle c'est plus ou moins ça.
03:11 C'est-à-dire qu'en journée, les gens circulent par extrême nécessité pour aller faire des courses,
03:16 pour des besoins médicaux, etc. Ce genre de déplacement.
03:22 Mais sinon, globalement, on est chez nous, on attend que ça se passe, on croise les doigts, et voilà.
03:28 - Et on ne travaille plus du coup, la vie est au ralenti, quoi.
03:33 - Certains travaillent en télétravail quand ils en ont la possibilité,
03:36 mais une majeure partie des gens sont complètement...
03:40 Déjà, si on ne parle même pas des gens qui sont au chômage complètement parce que leur entreprise a été brûlée,
03:44 d'autres qui sont au chômage technique par faute de possibilité d'accès via les voies terrestres, etc.
03:51 Enfin, tout ce qui est véhicule et tout, ça ne bouge plus, les transports en commun...
03:54 Beaucoup de choses sont arrêtées par mesure de sécurité, les gens ont peur, quand même.
03:58 Et il y a des barrages de fortune mis sur les routes par ce qu'on peut appeler des militians,
04:04 c'est-à-dire des gens qui se préoccupent de la Calédonie, moi j'en ai plusieurs en bas de chez moi,
04:08 il y a des barrages qui, à partir de 18h, se mettent en place le soir,
04:12 avec des gens bien intentionnés qui sont là pour essayer d'éviter qu'il y ait des...
04:17 - Ah oui, qui rentrent. - ...groupes qui rentrent dans les quartiers.
04:19 - Oui, qui rentrent, quoi. C'est les habitants eux-mêmes qui font des surveillances.
04:24 - Oui, oui, tout à fait. - Il ne s'agit pas, d'ailleurs, j'ai vu passer un mail il y a quelques jours,
04:28 en disant "nous on n'est pas des militians", parce qu'on parle de milices,
04:32 "on est des voisins vigilants", c'est-à-dire qu'on essaie de...
04:36 - Oui, c'est ça, tout à fait. - Oui, c'est ça.
04:39 Ce ne sont pas des gens qui sont armés ou autre, ils font ce qu'ils peuvent juste pour essayer de prévenir les autorités,
04:44 s'ils voient des groupes arriver, ils surveillent, c'est bien intentionné.
04:47 - Oui, mais pour aller faire ces courses aussi, parce que je sais que certains n'avaient plus grand-chose chez eux,
04:53 dans le frigo et autres, il y a toujours du rationnement, comment fait-on ?
04:58 - Alors, il y a deux possibilités, on va dire. Il y a certaines grandes surfaces qui n'ont pas été brûlées,
05:05 et qui sont encore en accès, mais qui vont rationner les produits par paire, par tarif, par tout un tas de critères un peu annexes.
05:17 Et après, il y a ce qu'on appelle les petites supérettes de quartier, qui eux, par contre, sont ouverts avec le stock qu'ils ont.
05:25 Par contre, ils ont triplé leur prix pour... malheureusement, ils ont un peu d'argent dessus.
05:32 - Complètement. Bon, bah écoutez, merci Andy, bon courage à vous, bien sûr, parce que la situation est extrêmement difficile,
05:41 avec ces tensions, ces émeutiers... Certains sont des délinquants, ce que vous dites, quoi.
05:48 Et même s'il y a en toile de fond le mouvement des indépendantismes, il y a un certain racisme aussi,
05:55 qui est derrière tout ça, mais bon, en tout cas, la situation reste préoccupante, ce que vous nous dites ce matin en direct sur Sud Radio.
06:07 Merci Andy, bon courage à vous, donc.