Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 4 mois
Ce mardi 30 juin, la proposition du ministre du Travail d’organiser un voyage d’études en Espagne pour les partenaires sociaux, afin de leur montrer comment la société espagnole s'est adaptée aux chaleurs extrêmes et de leur permettre de s’en inspirer, a été abordée par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Jean-Pierre Farandou, le ministre du Travail, veut emmener les partenaires sociaux en voyage de classe en Espagne.
00:05Objectif, leur montrer comment ça fonctionne quand il fait 40 degrés.
00:09Alors, c'est assez facile, ils adaptent les horaires.
00:11Est-ce qu'il faut forcer les entreprises françaises à faire la même chose que les Espagnols ?
00:16Emmanuel Lechypre, qu'est-ce que vous répondez ?
00:17Alors, si le seul problème d'adaptation à la canicule, c'était les horaires de travail,
00:22ça se saurait, puisque ce n'est pas à cause des horaires de travail que les trains espagnols marchent mieux
00:26que les trains français quand il fait chaud.
00:27Donc, cette parenthèse étant refermée, non, moi, je pense qu'il faut quand même, effectivement, un niveau de contrainte pour
00:35les entreprises
00:37et les obliger, en quelque sorte, à s'adapter.
00:40Les chiffres espagnols sont extrêmement intéressants.
00:42Vous avez 20% des salariés espagnols aujourd'hui qui bénéficient de ce qu'on appelle cette journée intensive.
00:49Il faut savoir que la journée de travail espagnole…
00:51Pas de pause, 8h15h sans pause ?
00:52Non, non, non, la journée traditionnelle de travail en Espagne, c'est 9h, 13h30, 14h, 2h de pause déjeuner,
01:01et après, on reprend autour de 16h jusqu'à 19h.
01:04Mais effectivement, dans les périodes estivales et beaucoup le vendredi aussi,
01:09ils ont créé cette journée intensive qui consiste à faire 8h15h avec 30 minutes de pause à midi.
01:15Il y a plein d'avantages, plus de productivité, meilleur équilibre de vie perso.
01:20D'ailleurs, les salariés le plébiscitent, sauf qu'en Espagne, vous n'avez qu'à peu près 20% des
01:25salariés qui en profitent,
01:26alors qu'ils sont presque 75% à vouloir en profiter.
01:30Donc, ça montre bien qu'il y a une difficulté des entreprises à s'adapter et à mettre en place
01:34ce dispositif.
01:36Donc oui, il faut qu'il y ait un cadre.
01:38On ne peut pas laisser ça à la décision de chaque entreprise,
01:41parce que d'abord, on sait que toutes ne jouent pas le jeu.
01:43Il y a eu des sanctions en France pour les entreprises.
01:45Il n'y en a pas eu beaucoup, à Diffin-Andou, hier.
01:47D'accord, il n'empêche que toutes les entreprises ne jouent pas le jeu,
01:50et ça pose un problème en termes de concurrence.
01:53Il faut rappeler que qui est le plus pénalisé dans ces périodes de forte chaleur au travail ?
01:57C'est toujours les salariés les plus fragiles,
01:59ceux qui ont le moins de pouvoir, soit de négociation, soit de trouver une autre solution.
02:03Il n'y a qu'un cadre, ça peut télétravailler,
02:05alors qu'un manutentionnaire, ça ne peut pas télétravailler,
02:09qu'encore une fois, le coût de l'inaction est plus élevé que le coût de l'adaptation,
02:15et qu'une canicule, ça fait plein de problèmes négatifs au travail.
02:20On a déjà l'État qui fixe les règles pour les intempéries,
02:22donc oui, moi je pense qu'il faut un cadre,
02:24et après, dans ce cadre, il faut laisser évidemment négocier les partenaires sociaux.
02:292600 contrôles, 227 mises en demeure.
02:31C'est ça les contrôles qui ont été effectués ?
02:34Sur combien d'entreprises contrôlées ?
02:352600 contrôles, 227.
02:38Ça fait quand même 10%.
02:41Nous avons Jean-Marc Daniel avec nous.
02:42Est-ce que ça vous plaît, Jean-Marc, une nouvelle règle dans le code du travail ?
02:45Et voilà, une nouvelle règle, ça manquait.
02:49Chaque semaine, on a sa nouvelle règle.
02:51Mais de quoi se mêle-t-il ?
02:53Vous savez, j'ai eu deux réflexions littéraires à propos de cette décision.
02:57Il y a un livre qui s'appelle « Les employés de Balzac » qui raconte comment on vivait dans
03:01la fonction publique au XIXe siècle.
03:03Le grand débat, c'est le fait qu'on aménage les horaires en fonction de la lumière.
03:07Parce qu'à l'époque, il n'y a pas de problème de canicule, il n'y a pas de
03:09réchauffement climatique,
03:10mais il ne fait pas jour, il n'y a pas de l'électricité.
03:13Et donc, l'été, on a des horaires relativement souples, mais l'hiver, on travaille de 10h à 16h.
03:21Il faut être là à 10h.
03:24Parce qu'on y voit gouttes, quoi.
03:25Sinon, on n'y voit pas.
03:26Il faut économiser les bougies.
03:28Voilà.
03:29Et donc, la grande revendication des employés de l'époque, c'est « Rendez-nous la lumière.
03:34L'État nous vole la lumière.
03:36Et donc là, je dis, l'État veut voler la fraîcheur.
03:39Laissez-nous vivre la fraîcheur.
03:40Laissez-nous profiter le matin de la fraîcheur.
03:43Laissez-nous nous organiser.
03:44Ne nous voler pas, ne nous obliger pas à aller travailler au moment où il fait le meilleur,
03:49au moment où on peut...
03:49Ah, mais donc vous, vous voulez faire le contraire.
03:51Vous voulez faire « Allons travailler de midi à 20h ».
03:53Mais on s'organise comme on veut.
03:55On voit avec l'entreprise, on s'organise comme on veut,
03:57mais on ne met pas en systématique le rap, le vol de la fraîcheur.
04:02La fraîcheur, on la négocie, la fraîcheur en tant qu'individu, en tant qu'entreprise,
04:06dans le dialogue social, ça doit faire partie de l'organisation.
04:10D'autant plus que, effectivement, ça a duré une semaine.
04:12J'espère que ça ne reviendra pas.
04:14On nous annonce que ça reviendra.
04:16Mais effectivement, on ne va pas tout chambouler, refaire une règle pour une semaine de canicule.
04:22La deuxième réflexion littéraire, c'est quand on demandait à Boileau ce qu'il pensait d'un certain nombre de
04:28choses,
04:28il disait « J'imite de con rare le silence prudent ».
04:32Et Boileau d'expliquer qu'il y a beaucoup de sujets sur lesquels on a plutôt intérêt à se taire.
04:36Et je pense que notre ministre du Travail, sur ce genre de choses, sur la vie quotidienne des entreprises,
04:41sur l'organisation du dialogue social, sur la façon dont on organise notre vie,
04:45il a plutôt intérêt à se taire.
04:46Oui, mais Jean-Marc, on ne peut pas dire « on n'arrive pas à s'adapter » et à
04:49chaque initiative, dire « c'est nul ».
04:51Mais ce n'est pas à l'État de prendre des initiatives, c'est aux entreprises de prendre des initiatives.
04:55Et si l'État a une vraie réflexion sur le réchauffement climatique,
04:59il a des outils qui correspondent à ce qui est sa vraie mission.
05:02C'est-à-dire qu'il porte le prix de l'essence à 4 euros et qu'il laisse les
05:06entreprises vivre.
05:07Et à ce moment-là, il aura véritablement pris en compte la réalité et les problèmes du réchauffement climatique.
05:11– Ça, ce n'est pas l'adaptation, c'est la baisse des émissions.
05:15Vous, vous êtes toujours…
05:16– Si on baisse le réchauffement climatique, il y a une origine, bien sûr.
05:20– Si on commence par traiter la cause, on aura un effet positif sur les effets.
05:25– C'est vrai, c'est vrai. Emmanuel ?
05:27– D'abord, moi, je trouve assez sain que l'État délimite le terrain de jeu
05:30et qu'à l'intérieur du terrain de jeu, encore une fois, on laisse la place aux négociations.
05:35Mais il y a déjà des tas de règles qui sont fixées pour des catastrophes naturelles
05:39qui sont peut-être moins dangereuses pour les conditions de travail que la chaleur.
05:44Quand il y a tempête, risque électrique, quand il y a inondation,
05:48l'État détermine les conditions d'arrêt des activités.
05:52Donc moi, je ne trouve pas choquant que pour un risque important comme la chaleur,
05:56effectivement, l'État définit un cadre.
05:58Et après, profession par profession, c'est le rôle des branches,
06:01c'est le rôle noble des partenaires sociaux de définir ce qui est faisable profession par profession.
06:07Et puis alors, cette idée, très XIXe siècle, de dire, oui, mais vous nous volez la fraîcheur.
06:13– Vous nous volez la fraîcheur.
06:14– Alors, moi, j'ai été très intéressé par l'enquête qui est parue hier soir par Le Boncoin
06:21sur les aspirations au logement des Français.
06:24Vous savez, Le Boncoin, c'est devenu quand même l'une des principales agences immobilières de ce pays.
06:28Et que disent les Français ? C'est que maintenant, dans les critères d'achat,
06:32revient de façon massive la problématique de la chaleur.
06:36Vous avez quand même plus de 8 Français sur 10 qui subissent un inconfort dans leur logement
06:42quand il y a de très grandes variations de température.
06:46Donc, cette idée que sous temps Jean-Marc,
06:48qui est que finalement, on serait mieux chez soi à profiter de la fraîcheur plutôt qu'au boulot,
06:53moi, je n'achète pas cette idée.
06:55Aujourd'hui, vous avez beaucoup de gens qui sont mieux au boulot que chez eux.
06:58Et donc, cette idée de ne pas se faire voler la fraîcheur.
07:03– La suite, c'est le droit à la climatisation.
07:05C'est le débat.
07:07– L'avantage, pour le coup, de la formule 8h15h,
07:11c'est que l'entreprise fait des économies en matière de climatisation.
07:14– Est-ce que vous fermez après ?
07:15– Dans vos bureaux, l'entreprise utilise la fraîcheur.
07:19– L'hiver, quand les bureaux sont inoccupés,
07:21un bureau, en moyenne, un immeuble de bureau,
07:23s'est occupé à peu près 25 à 30% du temps.
07:26Bon, ben voilà, si l'hiver, quand vous venez au bureau,
07:29dans un grand immeuble…
07:31– L'après-midi, vous pourrez faire l'école, comme ça, dans les bureaux.
07:33– Et bien totalement, c'est ce qui se passe déjà.
07:36– On a tout réorganisé.

Recommandations