00:00Jean-Pierre Farandou, le ministre du Travail, veut emmener les partenaires sociaux en voyage de classe en Espagne.
00:05Objectif, leur montrer comment ça fonctionne quand il fait 40 degrés.
00:09Alors, c'est assez facile, ils adaptent les horaires.
00:11Est-ce qu'il faut forcer les entreprises françaises à faire la même chose que les Espagnols ?
00:16Emmanuel Lechypre, qu'est-ce que vous répondez ?
00:17Alors, si le seul problème d'adaptation à la canicule, c'était les horaires de travail,
00:22ça se saurait, puisque ce n'est pas à cause des horaires de travail que les trains espagnols marchent mieux
00:26que les trains français quand il fait chaud.
00:27Donc, cette parenthèse étant refermée, non, moi, je pense qu'il faut quand même, effectivement, un niveau de contrainte pour
00:35les entreprises
00:37et les obliger, en quelque sorte, à s'adapter.
00:40Les chiffres espagnols sont extrêmement intéressants.
00:42Vous avez 20% des salariés espagnols aujourd'hui qui bénéficient de ce qu'on appelle cette journée intensive.
00:49Il faut savoir que la journée de travail espagnole…
00:51Pas de pause, 8h15h sans pause ?
00:52Non, non, non, la journée traditionnelle de travail en Espagne, c'est 9h, 13h30, 14h, 2h de pause déjeuner,
01:01et après, on reprend autour de 16h jusqu'à 19h.
01:04Mais effectivement, dans les périodes estivales et beaucoup le vendredi aussi,
01:09ils ont créé cette journée intensive qui consiste à faire 8h15h avec 30 minutes de pause à midi.
01:15Il y a plein d'avantages, plus de productivité, meilleur équilibre de vie perso.
01:20D'ailleurs, les salariés le plébiscitent, sauf qu'en Espagne, vous n'avez qu'à peu près 20% des
01:25salariés qui en profitent,
01:26alors qu'ils sont presque 75% à vouloir en profiter.
01:30Donc, ça montre bien qu'il y a une difficulté des entreprises à s'adapter et à mettre en place
01:34ce dispositif.
01:36Donc oui, il faut qu'il y ait un cadre.
01:38On ne peut pas laisser ça à la décision de chaque entreprise,
01:41parce que d'abord, on sait que toutes ne jouent pas le jeu.
01:43Il y a eu des sanctions en France pour les entreprises.
01:45Il n'y en a pas eu beaucoup, à Diffin-Andou, hier.
01:47D'accord, il n'empêche que toutes les entreprises ne jouent pas le jeu,
01:50et ça pose un problème en termes de concurrence.
01:53Il faut rappeler que qui est le plus pénalisé dans ces périodes de forte chaleur au travail ?
01:57C'est toujours les salariés les plus fragiles,
01:59ceux qui ont le moins de pouvoir, soit de négociation, soit de trouver une autre solution.
02:03Il n'y a qu'un cadre, ça peut télétravailler,
02:05alors qu'un manutentionnaire, ça ne peut pas télétravailler,
02:09qu'encore une fois, le coût de l'inaction est plus élevé que le coût de l'adaptation,
02:15et qu'une canicule, ça fait plein de problèmes négatifs au travail.
02:20On a déjà l'État qui fixe les règles pour les intempéries,
02:22donc oui, moi je pense qu'il faut un cadre,
02:24et après, dans ce cadre, il faut laisser évidemment négocier les partenaires sociaux.
02:292600 contrôles, 227 mises en demeure.
02:31C'est ça les contrôles qui ont été effectués ?
02:34Sur combien d'entreprises contrôlées ?
02:352600 contrôles, 227.
02:38Ça fait quand même 10%.
02:41Nous avons Jean-Marc Daniel avec nous.
02:42Est-ce que ça vous plaît, Jean-Marc, une nouvelle règle dans le code du travail ?
02:45Et voilà, une nouvelle règle, ça manquait.
02:49Chaque semaine, on a sa nouvelle règle.
02:51Mais de quoi se mêle-t-il ?
02:53Vous savez, j'ai eu deux réflexions littéraires à propos de cette décision.
02:57Il y a un livre qui s'appelle « Les employés de Balzac » qui raconte comment on vivait dans
03:01la fonction publique au XIXe siècle.
03:03Le grand débat, c'est le fait qu'on aménage les horaires en fonction de la lumière.
03:07Parce qu'à l'époque, il n'y a pas de problème de canicule, il n'y a pas de
03:09réchauffement climatique,
03:10mais il ne fait pas jour, il n'y a pas de l'électricité.
03:13Et donc, l'été, on a des horaires relativement souples, mais l'hiver, on travaille de 10h à 16h.
03:21Il faut être là à 10h.
03:24Parce qu'on y voit gouttes, quoi.
03:25Sinon, on n'y voit pas.
03:26Il faut économiser les bougies.
03:28Voilà.
03:29Et donc, la grande revendication des employés de l'époque, c'est « Rendez-nous la lumière.
03:34L'État nous vole la lumière.
03:36Et donc là, je dis, l'État veut voler la fraîcheur.
03:39Laissez-nous vivre la fraîcheur.
03:40Laissez-nous profiter le matin de la fraîcheur.
03:43Laissez-nous nous organiser.
03:44Ne nous voler pas, ne nous obliger pas à aller travailler au moment où il fait le meilleur,
03:49au moment où on peut...
03:49Ah, mais donc vous, vous voulez faire le contraire.
03:51Vous voulez faire « Allons travailler de midi à 20h ».
03:53Mais on s'organise comme on veut.
03:55On voit avec l'entreprise, on s'organise comme on veut,
03:57mais on ne met pas en systématique le rap, le vol de la fraîcheur.
04:02La fraîcheur, on la négocie, la fraîcheur en tant qu'individu, en tant qu'entreprise,
04:06dans le dialogue social, ça doit faire partie de l'organisation.
04:10D'autant plus que, effectivement, ça a duré une semaine.
04:12J'espère que ça ne reviendra pas.
04:14On nous annonce que ça reviendra.
04:16Mais effectivement, on ne va pas tout chambouler, refaire une règle pour une semaine de canicule.
04:22La deuxième réflexion littéraire, c'est quand on demandait à Boileau ce qu'il pensait d'un certain nombre de
04:28choses,
04:28il disait « J'imite de con rare le silence prudent ».
04:32Et Boileau d'expliquer qu'il y a beaucoup de sujets sur lesquels on a plutôt intérêt à se taire.
04:36Et je pense que notre ministre du Travail, sur ce genre de choses, sur la vie quotidienne des entreprises,
04:41sur l'organisation du dialogue social, sur la façon dont on organise notre vie,
04:45il a plutôt intérêt à se taire.
04:46Oui, mais Jean-Marc, on ne peut pas dire « on n'arrive pas à s'adapter » et à
04:49chaque initiative, dire « c'est nul ».
04:51Mais ce n'est pas à l'État de prendre des initiatives, c'est aux entreprises de prendre des initiatives.
04:55Et si l'État a une vraie réflexion sur le réchauffement climatique,
04:59il a des outils qui correspondent à ce qui est sa vraie mission.
05:02C'est-à-dire qu'il porte le prix de l'essence à 4 euros et qu'il laisse les
05:06entreprises vivre.
05:07Et à ce moment-là, il aura véritablement pris en compte la réalité et les problèmes du réchauffement climatique.
05:11– Ça, ce n'est pas l'adaptation, c'est la baisse des émissions.
05:15Vous, vous êtes toujours…
05:16– Si on baisse le réchauffement climatique, il y a une origine, bien sûr.
05:20– Si on commence par traiter la cause, on aura un effet positif sur les effets.
05:25– C'est vrai, c'est vrai. Emmanuel ?
05:27– D'abord, moi, je trouve assez sain que l'État délimite le terrain de jeu
05:30et qu'à l'intérieur du terrain de jeu, encore une fois, on laisse la place aux négociations.
05:35Mais il y a déjà des tas de règles qui sont fixées pour des catastrophes naturelles
05:39qui sont peut-être moins dangereuses pour les conditions de travail que la chaleur.
05:44Quand il y a tempête, risque électrique, quand il y a inondation,
05:48l'État détermine les conditions d'arrêt des activités.
05:52Donc moi, je ne trouve pas choquant que pour un risque important comme la chaleur,
05:56effectivement, l'État définit un cadre.
05:58Et après, profession par profession, c'est le rôle des branches,
06:01c'est le rôle noble des partenaires sociaux de définir ce qui est faisable profession par profession.
06:07Et puis alors, cette idée, très XIXe siècle, de dire, oui, mais vous nous volez la fraîcheur.
06:13– Vous nous volez la fraîcheur.
06:14– Alors, moi, j'ai été très intéressé par l'enquête qui est parue hier soir par Le Boncoin
06:21sur les aspirations au logement des Français.
06:24Vous savez, Le Boncoin, c'est devenu quand même l'une des principales agences immobilières de ce pays.
06:28Et que disent les Français ? C'est que maintenant, dans les critères d'achat,
06:32revient de façon massive la problématique de la chaleur.
06:36Vous avez quand même plus de 8 Français sur 10 qui subissent un inconfort dans leur logement
06:42quand il y a de très grandes variations de température.
06:46Donc, cette idée que sous temps Jean-Marc,
06:48qui est que finalement, on serait mieux chez soi à profiter de la fraîcheur plutôt qu'au boulot,
06:53moi, je n'achète pas cette idée.
06:55Aujourd'hui, vous avez beaucoup de gens qui sont mieux au boulot que chez eux.
06:58Et donc, cette idée de ne pas se faire voler la fraîcheur.
07:03– La suite, c'est le droit à la climatisation.
07:05C'est le débat.
07:07– L'avantage, pour le coup, de la formule 8h15h,
07:11c'est que l'entreprise fait des économies en matière de climatisation.
07:14– Est-ce que vous fermez après ?
07:15– Dans vos bureaux, l'entreprise utilise la fraîcheur.
07:19– L'hiver, quand les bureaux sont inoccupés,
07:21un bureau, en moyenne, un immeuble de bureau,
07:23s'est occupé à peu près 25 à 30% du temps.
07:26Bon, ben voilà, si l'hiver, quand vous venez au bureau,
07:29dans un grand immeuble…
07:31– L'après-midi, vous pourrez faire l'école, comme ça, dans les bureaux.
07:33– Et bien totalement, c'est ce qui se passe déjà.
07:36– On a tout réorganisé.