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  • il y a 4 semaines
Anton Brender, économiste, auteur de "Géopolitique de la dette. Où va l'épargne du monde ?", était l'invité de Brigitte Boucher dans Good Morning Business, ce mardi 25 août. Ils ont abordé la corrélation positive entre l’épargne mondiale et la dette, l'impact de la politique monétaire des États-Unis, le budget de la France qui émettrait des dettes excessives, et la proposition de Jean-Luc Mélenchon d'annuler une partie de la dette, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez-la en podcast.

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Transcription
00:00Le Grand Entretien, c'est avec Antoine Brinder. Bonjour.
00:02Bonjour.
00:03Et merci d'être avec nous ce matin, économiste, auteur de Géopolitique de la dette,
00:06où va l'épargne du monde, aux éditions Odile Jacob.
00:09Alors vous développez une thèse qui est un peu contre-intuitive,
00:12ce n'est pas l'épargne qui précède la dette,
00:14c'est en grande partie la dette qui permet l'accumulation de l'épargne.
00:17En clair pour vous, l'Himalaya de dette a pour contrepartie un Himalaya d'épargne, c'est ça ?
00:22Ce n'est pas seulement pour moi, la réalité c'est qu'on parle beaucoup de l'accumulation de dette
00:28tous les jours,
00:28vous avez la dette monte, monte, monte.
00:30Ce qu'on oublie juste de dire, c'est qu'en face de cette dette qui monte,
00:35l'autre face d'une dette, c'est une créance.
00:37Et ces créances sont tout simplement le résultat du fait que les ménages dans le monde entier
00:43accumulent de l'épargne.
00:45Et pour qu'ils puissent accumuler de l'épargne, il faut sans arrêt qu'on émette des dettes.
00:49Et c'est ça qui est en train de se passer.
00:51Alors normalement, ce qu'on attend...
00:52Donc cette dette, c'est une réaction par rapport à un trop-plein d'épargne ?
00:55C'est une réponse, non même pas à un trop-plein.
00:57L'épargne qui s'accumule a principalement pour contrepartie des dettes.
01:01La grande question, c'est qui émet ces dettes ?
01:03Alors, dans un monde idéal, ce qui serait sympathique,
01:06c'est que les entreprises, sans dette, utilisent l'épargne des ménages pour investir, etc.
01:10Ça, c'est l'histoire qu'on raconte généralement.
01:12Mais ce n'est pas ce qui se passe.
01:13Quand on regarde jusqu'à il y a quelques années, dans le monde entier,
01:16les entreprises empruntent très peu.
01:19Il y en a qui s'endettent, mais il y en a d'autres qui accumulent des créances.
01:21Qui s'est endetté ?
01:22Alors les ménages, à un moment, ça donnait des crises immobilières.
01:25Et puis, qui a fourni ce qui manquait comme dette pour que les ménages puissent continuer d'épargner ?
01:31Eh bien, ça a été les États.
01:33Et la contrepartie de cette accumulation d'épargne, en Chine, au Japon, en Europe, aux États-Unis aussi,
01:39ça a été une accumulation de dettes publiques.
01:43Et il y a une particularité aussi qui nous amène à l'actualité des dernières semaines,
01:48c'est que qui a été le grand fournisseur de dettes à l'économie mondiale ?
01:53Parce que vous avez des pays qui sont efforcés, on l'a rappelé, en Allemagne,
01:56de s'endetter le moins possible au niveau des gouvernements.
01:59Eh bien, c'est l'État américain qui a fourni,
02:02et les entreprises américaines, subsidiairement,
02:04qui ont fourni les dettes qui manquaient aux Chinois, aux Japonais, aux Européens,
02:08puisqu'on accumule des excédents sur l'extérieur.
02:1140 000 milliards de dettes aux États-Unis.
02:15Il faut s'inquiéter de notre niveau de dette ou pas ?
02:17Pardon ?
02:18Il faut s'inquiéter de notre niveau de dette ?
02:19D'une autre, oui.
02:21De celui des États-Unis aussi, mais pas forcément pour les raisons qu'on croit.
02:24Ce n'est pas parce que la dette est montée qu'il faut s'inquiéter.
02:27Et ce n'est pas ça qui inquiète les marchés,
02:29parce qu'ils savent très bien que cette dette,
02:31il y a des gens qui sont prêts à la détenir.
02:33Le problème, c'est que ce qu'est en train de faire Donald Trump,
02:36c'est pour ça que je parlais de géopolitique de la dette,
02:39c'est de fiche le bazar,
02:42non seulement dans la géopolitique traditionnelle, l'Iran, etc.,
02:46mais aussi sur les marchés financiers mondiaux.
02:48Parce qu'en même temps qu'il a voulu réduire son solde commercial,
02:52en mettant des droits de douane,
02:54autrement dit emprunter moins à l'étranger,
02:57il a laissé filer complètement son budget.
03:00Et ce budget, aujourd'hui,
03:03il émet des dettes qui deviennent excessives.
03:06C'est ça aussi qui crée des tensions sur les taux ?
03:08C'est ça qui crée des tensions sur les taux mondiaux,
03:10parce que, comme l'a rappelé il y a une seconde,
03:12votre chroniqueur Éric Ayer,
03:14eh bien, en Europe, on a compris
03:16qu'on a mené une politique complètement folle.
03:18L'Allemagne, qui avait freiné son endettement,
03:20s'endette aujourd'hui à tout va,
03:23et émet des dettes.
03:25Les entreprises américaines,
03:26pour la première fois depuis longtemps,
03:28empruntent.
03:28Et donc, effectivement,
03:29on passe d'un monde où on manquait d'emprunteurs
03:32à un monde où il commence à y en avoir trop.
03:34Et à partir de ce moment-là,
03:36ce qui compte pour les marchés,
03:37c'est de savoir qui est fiable,
03:39qui est crédible.
03:40Ça peut s'effondrer sur le modèle de la Grèce en France ?
03:42Non, pas du tout.
03:43Ni la France, ni les États-Unis ne vont s'effondrer.
03:46Par contre, ce à quoi il faut se préparer,
03:48il faut le faire au niveau de la France,
03:50mais surtout au niveau européen,
03:52c'est à faire face à ce grand retournement
03:56qui vient d'avoir lieu,
03:57qui fait qu'on est passé d'un monde
03:58où les taux à long terme étaient pratiquement nuls
04:01pour les États,
04:02à un monde où il y a une concurrence
04:04entre les États qui émettent le Japon,
04:07qui hier avait des taux pratiquement à zéro,
04:10aujourd'hui, des taux à long terme qui sont montés.
04:12Les États-Unis, la France,
04:14on est tous en concurrence,
04:15tous les États sont en concurrence
04:17pour mobiliser l'épargne mondiale.
04:20Et ce qui compte aujourd'hui,
04:22c'est dans quelle mesure les politiques
04:24qui sont menées en matière budgétaire
04:26sont crédibles.
04:27Et là, ni la France,
04:28ni les États-Unis ne sont bien placés.
04:31Alors, aux universités d'été de LFI,
04:33vous avez certainement suivi ce week-end
04:34Mathieu Pigasse qui a dit
04:35que le mur de la dette n'existait pas
04:38et Jean-Luc Mélenchon qui a proposé
04:39de geler la dette de, je cite,
04:42foutre au feu 18% de la dette française,
04:43600 milliards.
04:44C'est aujourd'hui techniquement impossible
04:46à cause des traités,
04:47mais est-ce que c'est une idée ?
04:48Mais non, d'abord, c'est une très vieille idée.
04:51Il faut rappeler que ça fait partie
04:53des choses qu'on ressasse depuis le Covid pratiquement.
04:55C'est à peu près du même niveau
04:57que ce qu'a dit Donald Trump
04:58quand il a vu les taux monter.
04:59Il a dit, je vais envoyer l'armée.
05:01Ça n'a pas de sens,
05:02si vous voulez, de dire
05:03je vais envoyer l'armée
05:04pour calmer les marchés obligataires.
05:06Ça n'a pas plus de sens
05:07de dire je vais annuler la dette.
05:09Si vous annulez une partie de la dette,
05:11vous allez faire peur
05:12à tous ceux qui la détiennent.
05:14Vous allez juste faire monter les taux.
05:15Ce qui compte aujourd'hui,
05:16c'est de savoir dans quelle mesure
05:18on est capable de maîtriser,
05:20Eric Heyer parlait de la dépense publique,
05:22en tout cas,
05:23la trajectoire sur laquelle
05:24sont les différents États.
05:25Donc tout est dans les mains des politiques aujourd'hui ?
05:27Tout est dans les mains des assemblées
05:29qui votent les budgets.
05:30Et aux États-Unis,
05:31comme en France,
05:32parce qu'aux États-Unis,
05:33il faut rappeler
05:34qu'il y a un blocage budgétaire
05:36sérieux.
05:37Depuis un moment,
05:38il n'y a pas de budget
05:38qui a été voté.
05:40En France,
05:41on a du mal
05:42depuis plusieurs années.
05:43Le budget sera présenté
05:44le 30 septembre.
05:45Absolument.
05:45Si vous aviez un conseil
05:46à donner au gouvernement,
05:48ce serait lequel ?
05:48Restez calmes.
05:49Restez calmes.
05:50Et arrêtez de dire
05:52qu'on est au bord de la faillite.
05:53On n'est pas au bord de la faillite.
05:55Mais il est urgent
05:57d'avoir une vision de long terme
05:59qui permette de convaincre les marchés
06:01qu'on est capable
06:03de maîtriser
06:04notre déficit budgétaire.
06:06Ça veut dire une trajectoire
06:07de réduction de la finance publique ?
06:08Pas forcément de réduction,
06:10mais de maîtrise
06:11de la dépense publique.
06:11Pour l'instant,
06:12on a un déficit
06:13qui n'arrête pas,
06:14si on le projette,
06:15d'augmenter.
06:15Ça, on sait que c'est absurde,
06:17surtout s'il est au monde.
06:19Mais ce qu'il faut,
06:19c'est montrer qu'on est capable
06:21de maintenir une politique
06:22dans la durée.
06:24Et c'est précisément
06:25ce que ni aux États-Unis,
06:26ni en France,
06:27on est les deux pays
06:28qui sont dans cette situation.
06:29On est capable de faire.
06:30Et ça, bien sûr,
06:31ça inquiète naturellement
06:32ceux qui détiennent vos dettes.
06:34Et on le comprend
06:34avec l'instabilité politique.
06:36On connaît l'absence de majorité
06:37à l'Assemblée nationale
06:38et cette campagne présidentielle
06:39qui est lancée.
06:40Merci, Antoine Brinder,
06:41d'avoir été notre invité.

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