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  • il y a 6 minutes
Ce mardi 22 septembre, les enjeux de l'augmentation des aides octroyés aux citoyens sur le déficit budgétaire ainsi que la dette publique ont été abordés par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Brigitte Boucher, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à ce chiffre, nous recevons Jean-Marc Daniel. Bonjour à tous les deux et bienvenue à vous.
00:058h44 sur BFM Business, AMC Live, Canal 25.
00:08Le gouvernement a promis de nouvelles aides sur les carburants dans la journée,
00:12une prolongation voire une augmentation de l'aide aux gros rouleurs qui est envisagé.
00:16Le gouvernement a déjà prolongé jusqu'au 31 décembre les aides au secteur économique les plus exposés,
00:22agriculture, BTP, pêcheurs, montant de l'enveloppe envisagé, 1,4 milliard d'euros.
00:27Alors Emmanuel Lechypre, faut-il occulter tous les problèmes de déficit, de dette,
00:32pour aider les Français face à cette hausse du carburant, les Français qui en ont le plus besoin ?
00:36Alors les occulter en partie seulement, mais oui, il y a un moment où les urgences chassent les priorités.
00:41Et là, on est effectivement dans une situation d'urgence.
00:45Et d'ailleurs, on peut reformuler vis-à-vis du gouvernement qui ne ferait aucun geste,
00:52les mêmes critiques que celles qu'on formule vis-à-vis de la Banque Centrale Européenne.
00:55Vous savez, quand on dit qu'elle a augmenté les taux, alors que c'est un choc d'offre,
00:59ce n'est pas la hausse des taux qui va faire revenir le pétrole, etc.
01:02Et on ajoute de la récession à la récession.
01:05C'est exactement le même reproche qu'on pourrait faire au gouvernement s'il ne fait rien.
01:11Donc j'aimerais que Jean-Marc nous explique tout à l'heure pourquoi il était contre la hausse des taux
01:15de la BCE
01:16et pourquoi il est contre une intervention, finalement, de l'État.
01:21Parce qu'en fait, il faut le rappeler.
01:22OK, il ne faut pas perdre de vue le redressement des finances publiques.
01:26Mais encore une fois, vous avez dans les déficits publics une partie structurelle
01:32qui est la vraie partie préoccupante.
01:34Et le déficit public structurel français est très important.
01:38C'est plus de trois points de PIB.
01:39Et puis, vous avez la partie conjoncturelle.
01:41Et la partie conjoncturelle, c'est la partie dans laquelle, normalement,
01:46votre politique économique est censée amortir les chocs.
01:49Et donc là, c'est sur ce volet-là qu'il faut laisser filer une partie du déficit.
01:54Ce qui ne veut pas dire laisser filer les dépenses, laisser filer le déficit.
01:58Au contraire, on peut faire un effort de redressement du déficit structurel.
02:01Mais là, pour le coup, faire un geste.
02:03Sachant que, rappelons que les carburants, pour toute une partie de la population,
02:07ça n'est pas une dépense facultative.
02:10C'est-à-dire que l'incitation prix, elle ne joue pas.
02:13Vous pouvez avoir le litre à 4 euros.
02:15Si vous avez besoin de votre voiture pour aller travailler,
02:18vous serez obligé de prendre votre voiture ou de ne pas aller travailler.
02:22Le signal prix, ça ne fonctionne que quand vous avez une alternative.
02:26Et puis, franchement, moi, je considère qu'aussi, il y a un enjeu de tissu économique.
02:31C'est-à-dire que vous ne pouvez pas laisser s'effondrer une partie de tout notre tissu de commerçants,
02:37d'artisans, de toutes petites entreprises, etc., qui ont déjà le couteau sous la gorge,
02:42en les condamnant avec le carburant trop cher.
02:45Donc, je pense que, encore une fois, réfléchissons toujours à l'utilité d'un euro d'argent public dépensé.
02:50Et là, je pense que le rendement d'un euro d'argent public dépensé pour aider
02:57ceux qui en ont le plus besoin à acheter des carburants, ce n'est pas un euro mal utilisé.
03:00– Jolie démonstration. Jean-Marc, vous êtes convaincu ?
03:02– Pas du tout.
03:02– Il faut aider les Français ? Non ? C'est un problème conjoncturel ?
03:05– D'abord, ce n'est pas un problème conjoncturel.
03:07Je pense que c'est un problème qui va être un problème relativement durable et relativement structurel.
03:11Et qui, en plus, s'inscrit dans une dynamique structurelle,
03:14qui est quand même le fait que le prix du carburant, c'est aussi le prix du réchauffement climatique.
03:20C'est-à-dire qu'il ne faut pas ignorer quand même que, vu l'été qu'on vient de
03:24passer,
03:25il y a quand même des urgences.
03:26Et les urgences, ce n'est pas exclusivement de consommer systématiquement
03:30et d'augmenter la consommation de carburant.
03:34Emmanuel a fait allusion au prix de l'essence à 4 euros,
03:37qui est une de mes propositions, une de mes obsessions.
03:41Les 4 euros, ça correspondait effectivement à la capacité d'acquisition
03:44d'un litre d'essence par un SPIC en 1970.
03:47Et donc, si on regarde cet indicateur, on s'aperçoit qu'en 2002, avec une heure de SMIC,
03:54on s'était passé de 3 litres à 6 litres d'essence.
03:57Aujourd'hui, au prix actuel, on peut acheter avec une heure de SMIC 5,8 litres d'essence.
04:03Donc, on n'est pas dans une situation qui soit en rupture totale avec ce qui s'est passé dans
04:08les années précédentes.
04:09C'était un peu plus de 6 litres en 2002.
04:11C'était redescendu en 2008.
04:13Pour autant, il y a d'autres secteurs qui viennent gréver le budget des Français.
04:16Alors, il y a d'autres secteurs, je pense à l'alimentaire.
04:18Oui, je pense.
04:19La partition différente, le pouvoir d'achat est toujours un problème.
04:23Le pouvoir d'achat a toujours été un problème.
04:25Pour une fois, vous demandez aux gens s'ils ont assez de pouvoir d'achat,
04:27ils vous répondront toujours non, et ce depuis la nuit des temps.
04:30Et alors, après, sur le plan purement de la réalité des principes,
04:36la différence entre le structurel et le conjoncturel,
04:38normalement, effectivement, c'est traité par les finances publiques
04:42au travers de ce qu'on appelle les stabilisateurs automatiques.
04:44C'est-à-dire que, normalement, l'État consent à avoir un déficit.
04:49Là, en l'occurrence, il pourrait y avoir un déficit
04:51si, effectivement, ces rentrées fiscales ne sont pas au rendez-vous
04:54parce que les gens réagissent en baissant leur consommation.
04:56Et c'est quand même ça un des enjeux.
04:58C'est-à-dire une capacité d'adaptation de la population
05:01à une réalité qui est une réalité qui sera probablement assez durable.
05:05Ensuite, le bricolage, ce n'est pas la première fois que ça intervient.
05:09C'est-à-dire qu'on est arrivé quand même à des absurdités
05:13dans les crises pétrolières précédentes.
05:15Je rappelle qu'il y a trois ans, très exactement,
05:17le ministre de l'époque, qui était Bruno Le Maire,
05:20était venu expliquer sur ce plateau
05:21qu'il fallait, effectivement, que les entreprises de distribution,
05:27notamment la grande distribution sur le prix de l'essence,
05:29fonctionnent à perte.
05:31Et alors, un certain nombre de gens m'avaient dit,
05:32mais écoutez...
05:33Ce n'est pas légal.
05:34Ce n'est pas légal.
05:35Il avait répondu, on a changé la loi.
05:36Et il y a quelqu'un qui lui a dit,
05:38je ne sais pas si c'est légal ou pas légal,
05:39mais c'est absurde sur le plan économique.
05:41C'est-à-dire dire que les gens doivent travailler à perte,
05:45que les entreprises doivent fonctionner à perte,
05:47c'est absurde.
05:48Donc, on arrive à des situations
05:49où, au nom, effectivement,
05:51d'une vision assez démagogique,
05:54à bon sens, du pouvoir d'achat,
05:55on va avoir comme conséquence
05:57de briser les règles les plus élémentaires de l'économie.
06:00Enfin, la dernière remarque que je ferai,
06:01c'est qu'effectivement,
06:03qu'il y ait des gens qui aient besoin de l'essence
06:05pour leur travail,
06:06mais après tout, c'est un coût,
06:08effectivement, ça se répercute.
06:09Et de même qu'il est absurde d'augmenter les coûts
06:11par l'intermédiaire de la politique monétaire,
06:13là, il faut constater que le coût intervient
06:15et augmente par des décisions qui nous échappent.
06:17Ce qui se passe en Iran nous échappe.
06:19Donc, il faut accepter,
06:20juste pour conclure,
06:22il faut accepter cette réalité.
06:23Il faut que les gens s'adaptent à cette réalité.
06:26Et donc, nier la réalité,
06:28ça finit par se retourner par...
06:31C'est ce que disait Jacques Rueff.
06:32Soyez socialiste, soyez libéral,
06:35mais ne soyez pas menteur.
06:36Et bricoler les prix, c'est être menteur.
06:38Sauf que ça pourrait durer longtemps,
06:39cette guerre et ses prix élevés.
06:41Non, mais justement,
06:42c'est là où je ne suis pas d'accord avec Jean-Marc.
06:44C'est qu'encore une fois,
06:46il faut regarder quel est le coût d'opportunité
06:49de l'aide qu'on va apporter aux gros rouleurs.
06:52Et là, vous voyez bien que le coût,
06:53il commence à être extrêmement élevé.
06:55Quand vous avez des infirmières et des aides-soignants
06:57qui vous disent,
06:58désolé, nous, on n'ira plus soigner les gens,
07:00ça veut dire quoi ?
07:01Ça veut dire qu'on va laisser des gens mourir,
07:03qu'on va laisser des entreprises mourir.
07:05Le quoi qu'il en coûte,
07:06quand on a fait cette politique,
07:09on peut rappeler qu'effectivement,
07:11ce qu'on peut lui reprocher,
07:12c'est de ne pas s'être arrêté à temps.
07:13Mais tous les bilans qui ont été faits
07:15montrent que si on n'avait pas aidé,
07:16à l'époque, les entreprises,
07:18on aurait mis l'économie française par terre.
07:20Donc, je pense qu'il y a des moments
07:22où il faut savoir, encore une fois, aider.
07:24Surtout que l'argument que je conteste le plus
07:26dans ce que dit Jean-Marc,
07:28c'est cette idée que,
07:29finalement, le litre à 4 euros,
07:31c'est une incitation à changer de comportement, etc.
07:34Mais tout ça n'est valable
07:36que quand vous avez des alternatives.
07:38Là, en réalité,
07:39quand vous avez votre voiture thermique,
07:42vous n'avez pas d'alternative.
07:44La transition écologique,
07:45ça doit être ça, justement.
07:46Ça doit être d'offrir des possibilités
07:48de répondre aux incitations des prix
07:51en changeant de comportement.
07:52Mais là, vous ne pouvez pas changer de comportement.
07:54Et on va se retrouver dans une situation
07:55où la transition écologique
07:57va être tellement repoussante
08:00dans ce qu'elle impose aux ménages
08:02qu'on la compromet même au final.
08:05C'est-à-dire qu'il faut que cette transition écologique,
08:08on la rende acceptable,
08:09à défaut de la rendre désirable,
08:11ce qui serait l'idéal.
08:12Donc, si on ne la rend pas acceptable,
08:15c'est cette transition écologique
08:16qui est, encore une fois, menacée.
08:19Et combien coûte l'absence d'aide ?
08:21Je pense qu'aujourd'hui,
08:22il vaut mieux,
08:22alors, attention,
08:24être ciblé
08:24et puis toujours des efforts
08:27sur l'autre partie
08:28des finances publiques,
08:30des dépenses publiques,
08:32rationalisation,
08:32tout ce qu'on veut.
08:33Mais encore une fois,
08:34ponctuellement,
08:35cette aide,
08:35elle n'est pas absurde.
08:36Ponctuellement,
08:36pour soutenir la croissance ?
08:37Non, parce qu'encore une fois,
08:39la croissance,
08:39elle ne repose pas à l'heure actuelle
08:40sur la capacité de dépense,
08:42elle repose sur la capacité de produire,
08:44donc sur la mobilisation du travail.
08:46Quant à l'idée que,
08:47effectivement,
08:48les infirmières,
08:49c'est le grand argument,
08:50la gentillie infirmière,
08:51mais je rappelle que,
08:52cette année,
08:53le week-end où on a consommé
08:54le plus d'essence,
08:56c'était le week-end du 15 août.
08:57J'aimerais savoir
08:58combien on a soigné de gens
08:59le week-end du 15 août,
09:00combien d'infirmières ont senti
09:02qu'il était nécessaire
09:03de se déplacer
09:04et qu'elles ne pouvaient pas faire autrement
09:05que de se déplacer ?
09:06Je pense que les gens
09:07qui bouchonnaient
09:08le week-end du 15 août
09:09n'étaient pas dans une nécessité
09:11et une urgence absolue.
09:12Vous voulez dire qu'il y avait les vacances ?
09:13Pour le coup,
09:14aujourd'hui,
09:15quand vous prenez votre voiture
09:16et que vous circulez,
09:18l'impact de la hausse des prix
09:20de l'essence
09:21est spectaculaire.
09:23Alors, en tout cas,
09:23le trafic est en baisse.
09:25Mais ça ne va pas jusqu'au bout.
09:26Ça, c'est vrai.
09:27Les Français ont moins pris leur voiture.
09:29Mais encore une fois,
09:30c'est là où,
09:31moi,
09:32je conteste l'idée
09:33qu'on ne peut pas aider
09:34les populations
09:35qui en ont vraiment besoin
09:36et qui n'ont pas d'alternative.
09:37Il ne s'agit pas de distribuer
09:38des aides à tout le monde
09:40puisqu'on voit qu'effectivement,
09:41les gens qui ont le choix
09:42circulent moins.
09:43Sinon,
09:44pour les Parisains
09:45qui apprécieront,
09:46on ne mettrait pas
09:4720 minutes
09:48pour aller
09:49de la porte d'Auteuil
09:51à la porte de Bercy
09:52en semaine,
09:53en milieu de la journée,
09:54comme ça a été mon cas hier.
09:57Il n'y avait pas que des affaires bières
09:58sur le périphérique.
10:00il y avait des gens
10:01qui ont le choix
10:03et qui ont la possibilité
10:05de ne pas prendre leur voiture.
10:07Tant mieux,
10:07c'est parfait,
10:08mais ce n'est pas pour ça
10:09qu'il faut laisser tomber
10:10les populations
10:12qui en ont le plus besoin
10:13et qui ont une utilité sociale
10:14très supérieure
10:15à ces euros
10:16qu'on va dépenser
10:17pour les aider.
10:17Allez,
10:18merci à tous les deux.
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