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Francis Perrin, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques, spécialiste des problématiques énergétiques et chercheur associé au Policy Center for the New South, répond aux questions d'Alexandre Le Mer.

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Transcription
00:005h, 7h, Europe 1, bonjour.
00:03Europe 1, il est 5h43, vous écoutez Alexandre Lemaire, votre invité Alexandre ce matin.
00:08C'est Francis Perrin, directeur de recherche à l'IRIS, l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques,
00:13spécialiste des problématiques énergétiques.
00:15Bonjour Francis Perrin.
00:17Bonjour.
00:17La crise des carburants s'aggrave en France.
00:20Le gazole a atteint hier un nouveau record, 2,41 euros le litre en moyenne.
00:25Le sans-plomb 95,10 dépasse 2,17 euros.
00:29Le sans-plomb 98 dépasse, lui, 2,28 euros.
00:33Ce sont des records absolus qui sont franchis ici, Francis Perrin, des records historiques ?
00:38Nous sommes face à des records historiques pour les prix des carburants en France.
00:43Nous avons dépassé les niveaux de 2022, guerre en Ukraine, et de printemps 2026, guerre d'Iran, dont nous ne
00:51sommes pas encore sortis.
00:52Donc effectivement, en moyenne, les calculs sont faits sur à peu près 9000 stations-service en France.
00:58Les prix des carburants n'ont jamais été aussi élevés.
01:02Alors bien sûr, comme toute moyenne, une moyenne, ça cache des disparités.
01:06Quand on donne les prix moyens que vous venez de rappeler, c'est important parce que c'est représentatif,
01:11il y a évidemment des stations dans lesquelles les prix sont inférieurs,
01:14et des stations dans lesquelles les prix sont supérieurs et parfois largement supérieurs.
01:19Mais ce qui est représentatif, ce n'est pas les prix dans quelques dizaines de stations.
01:23On sait qu'on a des prix qui sont très élevés.
01:26On peut aller jusqu'à 2,80 euros ou même un peu plus dans certaines dizaines de stations.
01:31Mais les prix que vous avez rappelés sont bien les prix moyens.
01:34Ils sont des prix records.
01:35Et on comprend que cela pose beaucoup de problèmes à une bonne partie de la population française,
01:41aux partis politiques et évidemment, bien sûr, au gouvernement français.
01:44Et en tout cas, tous les auditeurs d'Europe 1 qui nous écoutent ce matin en volant de leur voiture,
01:48Francis Perrin, ces records absolus sur les prix des carburants,
01:51pourquoi en sommes-nous là ? Quelles sont les raisons ?
01:53Alors, clairement, il y a, je dirais, essentiellement une raison.
01:58Alors, il n'est jamais facile de résumer un sujet complexe à une seule raison,
02:03mais il y a la guerre en Ukraine et les frappes ukrainiennes depuis déjà plusieurs mois
02:09contre des cibles pétrolières en Russie, dont des raffineries.
02:13Une raffinerie, c'est une usine qui se transforme du pétrole,
02:16plutôt en produits raffinés, dont les carburants automobiles.
02:18Donc, il y a moins de produits raffinés russes sur les marchés mondiaux,
02:22qui contribuent à la hausse.
02:24Mais ça, c'est, je dirais, la deuxième raison, loin derrière la première,
02:27sans surprise, la guerre d'Iran, qui a commencé le 28 février 2026.
02:32Alors, certes, il y a eu un cessez-le-feu en avril,
02:35certes, il y a eu un protocole d'accord le 17 juin,
02:38mais comme chacun le sait bien, tous les jours,
02:40et notamment qui suivait cette actualité quotidienne à Europe 1,
02:43cette guerre est loin d'être terminée.
02:45Il y a encore des frappes américaines contre l'Iran,
02:47des frappes iraniennes contre des pays arabes du Golfe.
02:51Il y a la guerre au Yémen qui repart joyeusement, si je puis dire,
02:55des attaques des outils au Yémen contre l'Arabie Saoudite,
02:58des attaques de milices en Irak contre l'Arabie Saoudite,
03:02l'arrêt d'un héléoduc stratégique en Arabie Saoudite.
03:04Donc, cette guerre n'en finit pas, d'une part,
03:07de se développer avec des métastases comme un cancer au Moyen-Orient,
03:11et de se répercuter sur le marché pétrolier mondial,
03:14sur l'industrie pétrolière mondiale.
03:15Donc, en 2026, c'est vraiment, et de très loin,
03:18tout ce qui est lié à la guerre d'Iran et à ses conséquences pétrolières,
03:22la cause principale de la montée des prix du pétrole dans le monde,
03:25des prix des produits raffinés dans le monde,
03:28des prix des carburants dans le monde,
03:29et aussi en Europe et en France.
03:31Dans ces conditions, le prix du baril de pétrole dépasse les 100 dollars,
03:36Francis Perrin, ça peut aller jusqu'où comme ça ?
03:38C'est une très bonne question, à laquelle il est impossible de répondre honnêtement.
03:41Mais il est important de poser la question.
03:44Vous l'avez rappelé, nous sommes actuellement,
03:46donc les marchés ont fermé pour le week-end,
03:48mais donc, vendredi, en fin de journée,
03:51nous étions sur un prix du pétrole Brent,
03:54ce pétrole qui est produit en mer du Nord, donc en Europe,
03:57d'entre 103 et 104 dollars par baril,
04:00et il y a à peine quelques jours, on était à 110, soit un petit peu plus.
04:05Jusqu'où cela peut monter ?
04:06Rappelons que depuis le début de la guerre d'Iran,
04:09on a eu un pic de 126 dollars par baril pour le Brent.
04:14Entre parenthèses, ce n'est pas, par contre,
04:17le record absolu pour le prix du Brent,
04:19qui est de 147 dollars par baril en juillet 2008.
04:23On a des prix des carburants en France qui sont à un niveau record,
04:26le prix du pétrole n'est pas à un niveau record,
04:29mais il est à un niveau très élevé.
04:30Et il pourrait remonter demain,
04:33puisque les marchés vont rouvrir lundi matin,
04:35dans les jours qui viennent,
04:37en fonction principalement de l'évolution au Moyen-Orient,
04:40avec une question clé pour les marchés pétroliers.
04:42L'Arabie Saoudite, il y a quelques jours,
04:45suite à des attaques venant de l'Irak et du Yémen,
04:48a fermé un oléoduc,
04:49qu'on appelle l'oléoduc Est-Ouest,
04:52ou Petroline.
04:52C'est un oléoduc qui traverse l'Arabie Saoudite
04:54pour aller jusqu'à la mer Rouge.
04:56Et ça permet à ce pays,
04:58qui normalement est le premier exportateur mondial de pétrole,
05:01d'exporter une partie importante de son pétrole par la mer Rouge,
05:04quand Hormuz est bloqué,
05:06ce qui est le cas depuis pas mal de temps.
05:07Et l'Arabie Saoudite, face aux menaces, face aux tirs,
05:10a fermé cet oléoduc pour des raisons de précaution
05:13et pour quelques dommages.
05:14La question clé sur les marchés,
05:16est-ce que cet oléoduc va rester fermé une semaine,
05:20un mois, trois mois, six mois ?
05:23Je donne quelques chiffres par exemple.
05:24Si évidemment, demain, on apprenait de la part de l'Arabie Saoudite
05:28et de sa compagnie pétrolière étatique Saoudi-Ramco,
05:32que l'oléoduc est fermé pour quelques mois,
05:34les prix du pétrole pourraient monter de façon très importante.
05:38Si au contraire, Saoudi-Ramco, ils en sont capables,
05:41nous dit dans quelques jours,
05:43je rouvre l'oléoduc parce que j'ai des équipes extrêmement compétentes,
05:47ils en ont,
05:48qui ont réussi à faire des réparations dans un délai record,
05:51ils méritent d'être dans le livre des records,
05:53à ce moment-là, ce sera plutôt un facteur baissier sur les prix du pétrole.
05:57Alors quand Emmanuel Macron évoque la situation internationale,
05:59que vous évoquez vous-même Francis Perrin,
06:02il dit aussi le Président que la France,
06:03elle n'a pas de prise sur l'explosion du prix de l'énergie.
06:06Alors le gouvernement va se réunir aujourd'hui,
06:08ce lundi,
06:09pour trouver des solutions à cette crise.
06:12Il peut faire quoi le gouvernement encore ?
06:14C'est vrai que d'échec, ça paraît très compliqué désormais.
06:18C'est clair que les prix des carburants ne sont pas liés à des déterminants nationaux,
06:25sur lesquels le gouvernement français pourrait avoir une prise.
06:29Alors certes, on peut dire, la France a une diplomatie importante,
06:33l'Union Européenne,
06:34on va essayer de faire pression
06:36pour que les choses se calment.
06:38Ce n'est pas impossible en théorie,
06:40mais malheureusement,
06:41quand vous avez les Etats-Unis de Donald Trump,
06:44d'un côté la République islamique d'Iran,
06:47de l'autre,
06:48je ne suis pas absolument sûr
06:49que les dirigeants français et européens
06:51aient vraiment une grande capacité
06:53de les persuader de se calmer.
06:55Francis Perrin, le scénario le plus probable,
06:57on vous écoute pour les prochaines semaines,
06:59les prochains mois,
06:59est-ce qu'il s'agit du scénario le plus pessimiste ?
07:02Lorsque l'on parle de géopolitique au Moyen-Orient,
07:05et de guerre,
07:06et d'Iran,
07:07et de Trump,
07:09on ne peut pas dire
07:10que le scénario le plus pessimiste ne va pas se produire.
07:13J'aimerais bien vous dire le contraire,
07:15en vous disant que tout ira bien
07:16dans cette région très calme qu'est le Moyen-Orient,
07:18mais je pense que vous ne croiriez pas
07:20nos auditeurs non plus,
07:22et vous auriez,
07:22et ils auraient parfaitement raison.
07:24Le pire, malheureusement,
07:26peut arriver.
07:27On évoque,
07:28mais ce n'est évidemment que des rumeurs,
07:30on évoque,
07:31que vous le savez,
07:32à Washington,
07:33la possibilité que le président Donald Trump
07:35décide d'une intensification
07:38des opérations militaires contre l'Iran.
07:40Les frappes n'ont pas cessé,
07:41malgré un cessez-le-feu,
07:43malgré un protocole d'accord.
07:44Mais à Washington,
07:45on se demande au sein de l'administration Trump
07:47s'il ne faudrait pas reprendre
07:49des opérations militaires massives,
07:51comme au début du conflit,
07:52entre fin février et le 8 avril,
07:55entrée en vigueur d'un cessez-le-feu.
07:56Mais supposons que ce choix soit fait,
07:58et nous ne savons pas si ce choix sera fait.
08:00Vous imaginez bien que les prix du pétrole
08:01vont à nouveau monter.
08:03Avec une guerre qui n'a jamais cessé,
08:05mais qui reviendrait à un stade,
08:07à un niveau beaucoup plus intensif,
08:10beaucoup plus important,
08:11les prix du pétrole ne seraient pas
08:13très de baisser dans cette hypothèse-là,
08:14ni les prix des carburants.
08:15Mais tant qu'on n'aura pas réglé
08:17la question de ce conflit,
08:18nous aurons de fortes tensions sur les prix.
08:20Eh bien, dites-moi,
08:21ce n'est pas très réjouissant.
08:22Francis Perrin, merci.
08:23Spécialiste des questions énergétiques à l'IRIS,
08:25merci d'avoir été avec nous ce matin.
08:27Merci beaucoup de votre...
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