- il y a 13 minutes
Laurent Trognon, président et fondateur de REC, qui transforme les textiles mélangés en polyamide, et Philippe Berlan, directeur de EverDye qui veut verdir l’industrie textile, sont les invités du débat de Smart Impact. Ils reviennent sur le rôle de l’affichage environnemental en place depuis 2025, sur la nouvelle loi contre la mode ultra express et sur le passeport numérique des produits.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:06L'industrie textile se réinvente, c'est le thème de notre débat.
00:09Je vous présente tout de suite mes invités.
00:11Laurent Tronion, bonjour.
00:13Bonjour.
00:13Bienvenue, vous êtes le fondateur de REC et Philippe Berland, bonjour.
00:16Bonjour.
00:17Le président d'Everdye.
00:18On va présenter vos entreprises respectives.
00:20En quelques mots, vous étiez venu nous présenter Ecolan.
00:23C'était le nom précédent de REC, c'est ça ? C'est quoi REC ?
00:26Absolument.
00:26Alors REC, c'est effectivement s'appeler Ecolan.
00:28On a changé de nom parce que le collant est un peu trop restrictif.
00:31En fait, on a mis au point un procédé d'extraction et de revalorisation,
00:36de régénération du polyamide.
00:38Polyamide qu'on trouve dans beaucoup de matières, mais il est toujours associé à d'autres.
00:41Donc on l'extrait et on refait du polyamide neuf.
00:45Le gros du sourcing provient effectivement du textile,
00:48mais le polyamide, on l'utilise dans tout, essentiellement dans l'automobile.
00:52Donc le but, c'est d'aller prendre une partie de ces déchets textiles
00:55et de les réorienter vers des industries un peu plus vertueuses que le textile.
00:59Ok, et on va rentrer dans le détail des solutions que vous proposez.
01:02En quelques mots, Everdye, Philippe Berland ?
01:04Alors nous, ce n'est pas la matière, c'est la couleur.
01:06C'est-à-dire qu'une matière, on l'a, il faut lui donner une couleur souvent dans le textile.
01:09Et c'est peut-être une des parties des procédés de fabrication qui est la moins regardée,
01:13en tout cas là qu'on n'a pas en tête.
01:14Mais en tout cas, générer de la couleur aujourd'hui sur les textiles dans les procédés conventionnels,
01:18c'est extrêmement polluant en termes d'empreintes carbone et de pollution des eaux.
01:22Ça, c'est l'état du...
01:23Alors qu'on ne le soupçonne pas forcément.
01:24Ce n'est pas ce que moi, spontanément, je dirais comme le plus polluant dans le...
01:27Absolument, pas le plus polluant, mais une grosse partie avec la fabrication de la matière,
01:31avec la génération de la matière.
01:32Mais oui, la couleur, on ne l'aperçoit que par son attrait,
01:36par le côté sympathique et toutes les humeurs qu'elles peuvent nous générer.
01:39Mais la réalité, c'est que la réalité industrielle, c'est qu'effectivement,
01:42c'est très impactant pour la planète.
01:43Et nous, on développe de tout nouveaux types de molécules qui permettent de drastiquement baisser cet impact,
01:49tant sur l'empreinte carbone que sur l'eau,
01:51puisque l'eau est particulièrement affectée par les teintures actuelles.
01:54Alors, on va continuer de détailler vos solutions.
01:57Et je reste avec vous, Philippe Berland.
01:59Qu'est-ce qui change ?
02:01Vous fixez les pigments à très basse température ou à température ambiante.
02:04C'est ça pour...
02:05À quel point ça change la donne, ça ?
02:06Alors, ça change la donne parce qu'aujourd'hui, les pigments,
02:08en tout cas, ou les colorants, l'origine de la couleur,
02:11elle est essentiellement pétrochimique.
02:12Elle vient de transformation du pétrole en molécules de couleur.
02:15Ça, c'est le premier élément.
02:16Nous, on va faire des molécules qui ne sont pas issues de la pétrochimie.
02:19Premier élément de différence majeure.
02:21On va plutôt s'appuyer sur des biopolymères naturels
02:24qui permettent de faire ça de manière beaucoup plus soft pour la planète.
02:27Et pour fixer ces molécules de couleur aujourd'hui sur les fibres textiles,
02:30on doit beaucoup chauffer parce que cette chimie n'est absolument pas efficace.
02:34Il faut casser des liaisons.
02:35Casser des liaisons en chimie, ça suppose d'amener de l'énergie, donc de la chaleur.
02:39Aujourd'hui, c'est comme ça qu'on fait.
02:40Nous, on amène une chimie totalement différente
02:44qui permet à nos molécules qui sont différentes
02:46de se fixer différemment sur la fibre
02:48par une attraction magnétique qui fait que vous pouvez le faire à température ambiante
02:51et de ce fait effondrer l'utilisation d'énergie.
02:55Laurent Tronion, votre technologie qui permet de récupérer ce polyamide
02:59dans des textiles complexes.
03:02Oui, des textiles, mais pas seulement des textiles.
03:04On le récupère aussi dans les airbags de voitures, par exemple, où il y a ces 90% de polyamide.
03:08Et nous aussi, on a une préoccupation environnementale.
03:11Donc, on a voulu travailler de polymère à polymère, c'est-à-dire qu'on ne dépolymérise pas.
03:15Et donc, on n'a pas d'étape d'énergie vore, de montée en chaleur très importante.
03:21Et on récupère le polyamide tel qu'il était au départ.
03:24En fait, c'est un procédé sélectif.
03:26On va extraire le polyamide et on retrouve à la fin du flex de polyamide
03:31qui est de qualité vierge.
03:33Et le tout sans avoir beaucoup de déchets, puisque tout ce qui est extrait
03:37deviennent des coproduits, de la stane, du silicone, etc., qu'on essaie de retraiter.
03:42Et effectivement, la couleur est un vrai problème.
03:44Parce que, d'ordre, les clients, en fait, pour certains, la couleur n'est pas un problème.
03:51Pour d'autres, c'est un.
03:52Donc, ça nécessite un traitement charbon.
03:54Et il est vrai que si tout le monde utilisait des colorants, j'allais dire, très vertueux,
04:01on n'aurait pas ce problème à la fin.
04:04Le défi technologique, il vous a pris combien de temps à relever ?
04:08Combien d'années de recherche et développement ?
04:10Écoutez, on va dire qu'en deux ans, on a trouvé le procédé en labo académique
04:14avec une université à Lyon, l'INSA, pour la citer.
04:19Et ensuite, le plus gros du projet a été travaillé par des cabinets d'ingénierie,
04:25parce qu'il fallait passer à l'étape industrielle.
04:27Et donc là, on a mis encore deux ans après pour passer à l'étape industrielle.
04:32Il y a une filière, aujourd'hui, de recyclage du polyamide, où il faut encore la créer ?
04:35Elle est en cours de création, j'allais dire, parce que dans le monde, il n'y a que 2
04:39% du polyamide qui est recyclé,
04:41pour les raisons que j'ai indiquées, de la complexité de la composition des matières.
04:46Et alors, il y a beaucoup de projets qui sont en train d'émerger à travers le monde,
04:49en Australie, en Angleterre, en France.
04:51Mais la plupart passent par des étapes de dépolymérisation,
04:55beaucoup plus complexes, avec des capex très lourds.
04:58Et donc, in fine, un produit qui va être beaucoup plus cher.
05:01Nous, on a voulu avoir quelque chose de sobre,
05:03et qui permette d'avoir un prix à la sortie qui soit proche de la matière vierge,
05:07ce qui est important.
05:08Est-ce que la technologie que vous développez, Philippe Berlan, chez Everdye,
05:12elle oblige vos clients à changer de machine ou pas ?
05:16Nos clients, c'est effectivement les teinturiers.
05:17Sinon, on va fournir des produits de chimie qui permettent,
05:20chimie verte en l'occurrence,
05:22qui va permettre aux teinturiers de teindre totalement différemment.
05:25Mais non, nous, le principe, c'est que nos molécules,
05:28elles soient utilisables avec les machines qu'ils ont.
05:32Pourquoi ? Parce que dans l'industrie, en particulier de la teinture,
05:35redemander à des teinturiers de réinvestir complètement dans leurs machines,
05:38c'est peine perdue.
05:38Donc, il faut prendre ça comme une contrainte et se dire,
05:41si je veux que ma technologie se déploie,
05:43il faut qu'elle soit compatible avec les machines existantes.
05:45Et c'est le cas.
05:46Est-ce qu'il y a la demande pour une teinture,
05:50des couleurs plus respectueuses de l'environnement et moins énergivores ?
05:54Oui, il y a une demande à deux niveaux.
05:56Pour les marques les plus engagées,
05:57parce qu'il finit, nous, on travaille plutôt avec la teinture
06:00pour l'habillement et la mode.
06:01Là, vous avez une fraction des marques qui est vraiment engagée
06:05dans sa transformation environnementale
06:08et qui est très impliquée dans sa chaîne d'approvisionnement, si vous voulez.
06:13Bon nombre de marques se contentent d'acheter les produits auprès de fabricants
06:15en se souciant assez peu de comment c'est fait industriellement.
06:18Un certain nombre de marques, et c'est celles avec qui on travaille,
06:22poussent leurs fournisseurs à se transformer et adopter de nouveaux procédés.
06:25Et puis, certains teinturiers, particulièrement intéressés par l'innovation,
06:29sont demandeurs et nous abordent directement pour mettre au point ce produit.
06:33Parce que ces teinturiers sont en train de se rendre compte
06:36qu'il y a des marchés qui pourraient leur échapper
06:37s'ils n'ont pas une solution plus vertueuse à proposer ?
06:40Eux, ils ont deux motivations.
06:41Effectivement, leur marketing par rapport à leurs clients,
06:43s'ils n'ont pas de procédé VR, c'est hors-jeu,
06:46et également leur propre activité.
06:48C'est-à-dire qu'aujourd'hui, ils dépendent de deux facteurs
06:51dont la géopolitique bouleverse complètement les conditions régulièrement.
06:54C'est la pétrochimie ou l'énergie, plus généralement.
06:58Et là, on voit bien qu'en ce moment,
07:00les marques ont des demandes de hausse de prix par leurs fournisseurs
07:03parce que les prix montent.
07:05Et autre élément, l'eau.
07:06J'en parlais tout à l'heure, mais l'eau, c'est peut-être la chose
07:09qui est la plus sensible aujourd'hui.
07:10Je vous renvoie aux restrictions d'utilisation d'eau.
07:13Bien sûr, vous arrêtez de restrictions d'eau,
07:14donc même dans des départements qui ne sont absolument pas habitués à ça.
07:17En France, et on a des pays qui sont encore plus touchés
07:20par le stress hydrique qui gagne la planète.
07:22Oui, effectivement.
07:23Là aussi, sur l'étape, l'entre-union à laquelle vous êtes situé aujourd'hui
07:28chez REC, dans le développement de l'entreprise,
07:32des clients, de l'acculturation à ce que vous proposez.
07:36On a exactement les mêmes demandes qu'évoquait Philippe.
07:40Mais en plus, il y a les directives européennes et françaises
07:44qui imposent aux entreprises qui mettent des produits sur les marchés
07:49d'avoir entre 20 et 25 % de matières recyclées dans leurs produits.
07:53Et donc, on est aussi tirés par ce phénomène des directives européennes.
07:59L'affichage environnemental, il a été lancé en 2025.
08:04Alors, c'est vrai que pour nous, consommateurs,
08:05c'est censé donner un peu plus de visibilité à l'impact des vêtements.
08:09Est-ce que vous, vous en voyez déjà les effets
08:13ou est-ce que ça vous semble, pour l'instant, infinitésimal ?
08:15Laurent Tronian, pour commencer.
08:16Alors, on a des demandes de grandes enseignes à tous les niveaux,
08:21des enseignes de mass market et des marques de très haut de gamme
08:25qui travaillent énormément sur ces aspects-là.
08:28Mais on n'en sent pas encore l'impact réel aujourd'hui.
08:31C'est un peu tôt, je pense.
08:32Est-ce que, Philippe Berland, vous pensez que ça, profondément,
08:36ça peut transformer la façon de concevoir des vêtements ?
08:40Je reste sur l'industrie textile.
08:41Oui.
08:42Alors, c'est vrai que l'affichage environnemental a démarré en octobre 2025.
08:46Mais là, il va se passer quelque chose au 1er octobre 2026.
08:48C'est que les marques ne vont plus être les seules
08:51à pouvoir publier des chiffres sur la production de leurs vêtements.
08:56Ça veut dire que n'importe quel comparateur,
08:58ou associant de consommateurs ou concurrents
09:00pourra dire que le produit de la marque X a un score environnemental pas très glorieux.
09:07Ça, ça commence à être gênant pour les marques.
09:09Donc ça, on commence à voir que les marques vont s'intéresser beaucoup plus
09:12au déploiement de systèmes qui leur permettent de maîtriser leurs données.
09:15Mais ce faisant, les données étant publiées de plus en plus,
09:18elles vont être comparables pour les consommateurs, comme vous le disiez.
09:21Et je pense que, comme le Nutri-Score pour le food, pour la nourriture,
09:24on a vu que les produits A et B, concrètement,
09:28ils gagnaient des parts de marché par rapport aux produits moins bons nutritivement.
09:31Je pense que, moi, mon espoir, c'est que ce sera la même chose pour les produits textiles.
09:35Oui, avec en même temps la cohabitation de ces objectifs-là.
09:39Et puis, chez nous, consommateurs, on n'est pas forcément toujours cohérents.
09:43L'ultra fast fashion qui prend beaucoup de place.
09:46Donc, c'est compliqué pour des marques d'investir beaucoup dans des solutions nouvelles,
09:53alors qu'on a des croupières qui sont taillées par les marques chinoises d'ultra fast fashion.
09:59Vous avez raison, c'est un dilemme, moi-même ayant dirigé les marques.
10:02C'est assez compliqué et c'est parfois schizophrénique.
10:06D'abord, un, ces marques ne sont plus impunies,
10:09parce que la réalité, c'est que ces marques chinoises,
10:10elles rentraient dans le marché européen, portes ouvertes, voire tapis rouges déployés.
10:15Aujourd'hui, un arsenal juridique va s'appliquer contre elles.
10:19À la fois, des choses qui étaient déjà bannies, qu'elles pratiquaient, vont être poursuivies.
10:24Et puis, parce qu'il y a cette nouvelle loi, en France en tout cas,
10:27on espère que l'Europe a commencé à aussi sévir,
10:30qu'au moins, il y ait un jeu, un jeu fait en fait,
10:33qu'il y ait un jeu avec une égalité par rapport à la loi
10:37et à l'application des lois qui existe déjà.
10:39Donc moi, je pense qu'effectivement, il faut freiner ces marques
10:41qui sont complètement à l'encontre de l'effort environnemental.
10:44et puis, que les marques qui n'ont pas envie d'être sur ce chemin-là
10:48et qui veulent s'améliorer,
10:49eh bien, voilà, il y a vraiment un choix de politique et de stratégie.
10:53Je pense aussi que c'est une histoire de pédagogie.
10:55Il va falloir continuer à travailler,
10:57parce qu'il y a des chiffres qui font peur.
10:59Vous savez, 100 milliards de pièces textiles produites chaque année,
11:0130% qui ne voient jamais un consommateur, c'est hallucinant.
11:05Les vêtements en seconde main qui font le tour du monde,
11:08c'est aussi hallucinant.
11:0990% des vêtements vendus dans les friperies en France,
11:12ça vient de l'international.
11:14Tout ça, ça fait peur.
11:15Donc, il faut aussi changer de paradigme,
11:18faire évoluer les mentalités.
11:19Et donc, là, il y a un gros travail à faire à ce niveau-là.
11:22Mais moi aussi, j'ai bon espoir que ça change.
11:25Vous affichez un objectif de 5000 tonnes de polyamide recyclé par an
11:29à l'horizon 2028.
11:30Vous en êtes où aujourd'hui ?
11:32Et qu'est-ce qui va vous permettre d'atteindre cet objectif ?
11:34Là, c'est simplement l'industrialisation de notre process.
11:38C'est simplement financer un CAPEX qui est assez important.
11:41Mais derrière, on a les marchés, on a la source,
11:45puisqu'on est sollicité tous les jours par des gens qui ont des déchets colossaux,
11:49qui aujourd'hui payent pour les détruire, ce qui est incroyable.
11:53Et de l'autre côté, on a des demandes de matières recyclées
11:56qui sont de plus en plus importantes.
11:57Donc, c'est la montée en puissance de notre industrie qui fera la différence.
12:01Et de la même façon que vous avez annoncé vouloir renforcer vos capacités de production
12:06par trois d'ici 2028, c'est la même échéance ?
12:08Vous en êtes où ?
12:09Eh bien, on est en cours de développer.
12:11Alors nous, la différence, c'est que nous, on a un procédé qui peut être sous-traité.
12:17C'est-à-dire qu'en fait, on n'a pas besoin de machines spécifiques,
12:19un procédé spécifique.
12:20Donc nous, c'est de la chimie verte.
12:21Donc on a besoin de s'appuyer sur des entreprises chimiques
12:24qui, il faut bien le dire aujourd'hui, ont plutôt des pertes de volume de fabrication
12:29sur le territoire européen.
12:30Et donc du coup, on trouve des places dans des usines
12:32qui sont capables de fabriquer nos produits.
12:34Donc développer notre capacité, ça demande moins de fonds de CAPEX.
12:38Donc c'est un peu plus souple, un peu plus agile.
12:40Merci beaucoup à tous les deux et à bientôt sur Bsmart4Change.
12:43On passe à notre rubrique start-up tout de suite.
12:45Start-up et innovation encore.
Commentaires