Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 11 minutes
Regardez le décryptage de Julien Fautrat, journaliste au service politique de RTL, et Isabelle This Saint Jean, économiste, professeure d'Université à Sorbonne-Paris Nord.
Regardez La preuve par trois avec Anne-Sophie Lapix du 06 octobre 2026.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:0118h, 20h, RTL Soir, avec Anne-Sophie Lapix.
00:06Je vous annonce dès maintenant que nous portons l'ajustement nécessaire à 140 milliards d'euros nets d'économie en
00:122032 par rapport à 2026.
00:15Des milliards comme s'il en pleuvait. Marine Le Pen avait promis un plan d'économie de 125 milliards, mais
00:22finalement c'est donc 140 milliards.
00:23Et elle finance en plus une réforme des retraites coûteuse, et elle baisse la TVA sur l'énergie, et elle
00:30baisse les impôts de 30 milliards.
00:32Est-ce que c'est sérieux ou au minimum très très optimiste ? On vous répond dans la preuve par
00:38trois.
00:39Bonsoir Julien Fautra.
00:40Bonsoir à tous.
00:41Vous êtes journaliste au service politique de RTL.
00:43Marine Le Pen a donc son contre-budget, qui est à la fois son programme présidentiel.
00:49La candidate promet 140 milliards d'économies sur 5 ans. Comment fait-elle ?
00:53La même chose qu'en 2022, à la présidentielle, mais en poussant un peu plus tous les curseurs.
00:58Les recettes sont toujours les mêmes.
01:00C'est le programme qu'elle proposait, l'immigration par exemple, et le premier poste d'économie, la contribution à
01:07l'Europe.
01:08Ça ce sont vraiment deux marqueurs du Rassemblement national.
01:11Sur l'immigration, la priorité nationale, on connaît, vous savez, c'est réservé aux Français des postes, des logements sociaux.
01:17Jean-Marie Le Pen appelait ça préférence nationale.
01:20Le terme a changé, l'idée n'est pas tellement.
01:21L'immigration, ce serait 15 milliards d'économies la première année.
01:24Ce serait 29 milliards dans une année pleine.
01:27Donc pas la moitié de 2027, mais 2028.
01:30C'est 20% de ce plan d'économie, assure Marine Le Pen.
01:34Ensuite, il y a des baisses.
01:36Il y a la baisse de la contribution de la France au budget européen.
01:39Les budgets aux associations aussi, à l'aide au développement.
01:43Le millefeuille administratif.
01:44On parle là des collectivités locales.
01:46Supprimer des agences décrites quand même comme des organismes parasites.
01:53Le mot est quand même très fort.
01:54Jean-Philippe Tanguy, spécialiste des questions budgétaires au Rassemblement national, estime que c'est une réduction de 200 000 postes
02:01dans la fonction publique en 5 ans.
02:03Il y a des économies qui n'empêchent pas de nouvelles dépenses.
02:07Et ça, c'est ce qui est le plus surprenant.
02:08J'allais dire le retour à un âge légal de 62 voire 60 ans.
02:13Et ça, ça va coûter cher.
02:15Et bien malgré ça, Marine Le Pen promet de faire 15 à 20 milliards d'euros d'économies sur les
02:19retraites.
02:19Comment ? C'est un mystère.
02:21Un mystère qui va encore durer quelques mois.
02:24Marine Le Pen promet aussi 30 milliards de baisses d'impôts.
02:28Imaginez, et 15 milliards de dépenses provisionnées pour des droits nouveaux, des droits nouveaux.
02:33J'ai le tableau du Rassemblement national juste à côté de moi.
02:36La baisse de la TVA sur le gaz, sur l'électricité, les carburants, le bois, le fuel.
02:42Pas de TVA sur les produits de première nécessité.
02:45Ce sont 100 produits essentiels qui seront déterminés.
02:48Plus des rallonges pour l'outre-mer, pour la recherche, pour l'éducation.
02:53Et le tout, la candidate s'engage à ramener les comptes publics à un déficit inférieur à 3% en
02:592030.
03:00Merci Julien Fautra.
03:02On va voir si ces économies sont possibles et sérieuses.
03:04Ce budget est-il faisable ou fantaisiste ?
03:07On pose la question à l'économiste Isabelle Thys-Saint-Jean.
03:10Vous êtes professeure d'université à Sorbonne-Paris-Nord.
03:13Bonsoir.
03:14Bonsoir.
03:14Alors d'abord, grosse surprise sur la réforme des retraites.
03:17Marine Le Pen qui maintient l'âge de départ à 62 ans et même 60 ans, enfin qui le baisse,
03:2460 pour ceux qui ont commencé à travailler très tôt.
03:26Elle annonce que pour financer la baisse de l'âge, elle récupère 15 à 20 milliards en faisant des corrections
03:32sur les injustices.
03:34De quoi peut-il s'agir ?
03:36Alors ça, on aimerait bien savoir, il y a une chose qui est apparue dans un article d'un de
03:46vos confrères des Echos
03:48où il serait question de revoir le mode de calcul pour valider un semestre.
03:55Et donc là, ça passerait de 4 à 12 semaines.
04:00On ne voit pas très bien comment ça générerait les économies annoncées.
04:06Donc ça paraît...
04:0715 à 20 milliards, ça serait nécessairement sur les pensions, en fait, puisqu'il faut bien trouver un financement.
04:14Oui, c'est ça.
04:15Sur le versement des pensions, ils trouveraient entre 15 à 20 milliards d'économies.
04:21Ce n'est pas la seule mesure qui paraît plus franchement fantaisiste.
04:26J'en donne une autre, la taxe sur les rachats d'actions.
04:31Donc les rachats d'actions, c'est à peu près 30 milliards par an.
04:36Ils disent qu'ils veulent dégager 11 milliards en augmentant la fiscalité sur les rachats d'actions.
04:44Ça voudrait dire mettre un taux de 30%.
04:47Quand les Américains ont augmenté de 1%, ça a eu un effet, ça a fait baisser les rachats d'actions
04:54de manière extrêmement brutale.
04:56Donc 30%, ça veut dire qu'il n'y a plus aucun rachat d'actions.
04:59Donc ça veut dire que ça ne rapporte pas 11 milliards, ça rapporte 0.
05:03Enfin voilà, tout est honnêtement un peu à l'avenant.
05:05Plus classique ces économies sur l'immigration et sur les fraudes, que dire du chiffrage qu'évoquait Julien Fautra ?
05:14C'est un peu pareil, c'est-à-dire que quand vous regardez la réalité de la lutte contre la
05:21fraude fiscale et sociale,
05:23la fraude fiscale, on l'estime entre eux, alors c'est très difficile, parce que justement c'est de la
05:29fraude,
05:29mais en gros entre 60 et 100 milliards.
05:32En gros, ce que l'État arrive à récupérer, c'est à peu près 11 milliards.
05:38Là, dans le budget, le gouvernement veut prendre des mesures pour augmenter d'un milliard supplémentaire.
05:46Vous voyez, on est dans cet ordre de grandeur, donc ce que propose le Rassemblement National paraît tout à fait
05:52déraisonnable.
05:53Alors elle promet 140 milliards d'économies et pourtant elle annonce des baisses d'impôts,
05:58notamment pour les entreprises, les impôts de production, des baisses aussi pour les ménages,
06:03et notamment la suppression de l'impôt sur les revenus pour les moins de 30 ans.
06:07On s'en souvient, c'était déjà une mesure de 2022, la baisse de la TVA sur l'énergie.
06:12Et puis, et même la flat tax, la taxe sur le capital, elle la baisse à 30%.
06:17Tout cela est compatible ?
06:20Oui, oui, enfin, compatible. C'est-à-dire qu'on voit très très bien les augmentations, les dépenses supplémentaires
06:28ou les baisses d'impôts qu'elle promet, ça on voit à peu près, voilà.
06:32On voit beaucoup beaucoup moins les 140 milliards d'économies.
06:37Et puis, il y a une autre chose qui, de toute façon, rend cet exercice absolument pas crédible,
06:43c'est que quand vous faites un effort budgétaire aussi fort que ce qui est ambitionné d'être fait,
06:49c'est-à-dire passer un déficit de 5,4% à moins de 3% extrêmement rapidement.
06:56En 2030, oui.
06:57Ça a un effet récessif, c'est-à-dire que ça vient casser la croissance.
07:03Ça ne peut pas être autrement.
07:05Enfin, je veux dire, toutes les expérimentations internationales le montrent.
07:09Or là, non seulement ils n'imaginent pas que ça va casser la croissance,
07:12mais ils sont sur un scénario où ils construisent tout avec une croissance
07:16qui, tout d'un coup, retrouverait une dynamique de 2%.
07:20C'est absolument invraisemblable.
07:22Alors que, dans le même temps, ils critiquent le gouvernement
07:24qui, pour l'année prochaine, annonce 1% de croissance.
07:27Merci.
07:27Ça veut dire, franchement, c'est tout et n'importe quoi.
07:30Et surtout n'importe quoi.
07:32Merci.
07:32Merci beaucoup, Isabelle Tissin-Jean.
07:35Julien Fautra, on me demande juste si l'exercice est convaincant
07:39d'un point de vue strictement politique.
07:41En tout cas, avec des tableaux, avec des graphiques, avec des détails,
07:45Marine Le Pen et Jordan Bardella ont voulu donner l'apparence du professionnalisme.
07:50Vous savez qu'au Rassemblement National, on a depuis longtemps été taxé
07:54de ne pas être pro dans ces questions d'économie.
07:58On va, nous, dans les prochains jours, rentrer dans les détails des propositions,
08:01des chiffres, demander des détails aux différents membres du Rassemblement National.
08:06À l'appui de la démonstration, le RN a fait valoir que le taux de référence
08:10à 10 ans de la dette française avait baissé pendant la prise de parole de sa candidate.
08:14C'est arnaque, ça, non ?
08:15D'un dixième de point.
08:16Au RN, on établit, en fait, un lien posé à effet.
08:21J'ai le plaisir de vous annoncer, Adige-Jean-Philippe Tanguy,
08:23que l'OAT, c'est-à-dire les titres de dette émis par l'État français à 10 ans,
08:28a fortement baissé pendant la prise de parole de Marine Le Pen.
08:30Bon, le lien de cause à effet reste quand même à prouver.
08:33Oui, il y a eu d'autres informations,
08:35comme des mauvais chiffres en Allemagne et en Espagne,
08:38qui justifieraient que la BCE n'augmente pas les taux,
08:42et donc ça rassure tout le monde.
08:43Merci beaucoup, Julien Fautra.
08:45Merci à tous les trois.
08:46C'était La Preuve Part 3.

Recommandations