00:08C'est en quelque sorte le casse du siècle et les voleurs n'ont pas eu besoin de faire sauter
00:14le coffre de la banque
00:15puisqu'ils l'ont braqué derrière un ordinateur.
00:18Le crédit mutuel Arkea s'est fait voler 100 millions d'euros par des hackers, des pirates.
00:23Les comptes de ses près de 6 millions de clients ne seraient pas touchés
00:27mais jusqu'à quand risque-t-on de perdre tout l'argent confié à nos banques à la prochaine cyberattaque
00:32?
00:32C'est la question de la preuve par 3.
00:35Bonsoir Pierre Herbulot, vous êtes chef du service ECO d'RTL.
00:39D'abord, c'est une première en Europe qu'une banque soit attaquée et volée par des pirates.
00:43Vous pouvez nous expliquer ce qu'il s'est passé au crédit mutuel Arkea ?
00:47Oui, on sait que les pirates sont passés par la plateforme de l'un des prestataires du crédit mutuel.
00:51Ils se sont ensuite infiltrés dans les systèmes de la banque via ce qu'on appelle un compte de passage
00:56qui sert à diverses transactions.
00:58Elle précise qu'il n'y a pas eu d'erreur humaine et parle d'une attaque très sophistiquée.
01:03Une centaine de millions d'euros sont transférés ensuite sur des comptes externes,
01:07changés en dollars puis en crypto-monnaies.
01:10La banque a quand même réussi à bloquer une partie des fonds.
01:12Par mesure de précaution, elle a aussi différé tous les virements programmés de ses clients
01:17avant de s'assurer qu'il n'y avait pas de risque supplémentaire.
01:20Alors, l'argent volé appartient aux fonds propres du crédit mutuel.
01:23Que sont ces fonds propres si ce n'est pas l'argent des clients ?
01:26C'est de l'argent que les banques sont obligées de garder de côté.
01:29Leur filet de sécurité en cas de perte massive, lié au marché financier, en cas de cyberattaque aussi.
01:35Bon, en l'occurrence, les pirates sont allés piocher directement dedans.
01:39C'est une obligation légale pour une banque d'avoir des fonds propres,
01:42renforcés d'ailleurs après la crise de 2008.
01:44Un gage de solidité, de solvabilité.
01:47Je vous rassure, il en reste au crédit mutuel puisqu'elle a plus de 10 milliards d'euros de fonds
01:53propres de côté.
01:54Ces 100 millions d'euros envolés, il y a moyen de les récupérer puisqu'on a retracé leur parcours ?
01:59Officiellement, la banque mène des actions en ce moment pour essayer de retracer une partie de cet argent.
02:04En réalité, ce sera très difficile parce que la cyberattaque était très bien préparée.
02:09L'après notamment, avec ce qu'on peut qualifier de cyberblanchiment.
02:13Les euros volés sont devenus des dollars, puis des crypto-actifs disséminés sur différentes plateformes,
02:19puis récupérés par des comptes ouverts avec de fausses identités.
02:23Des crypto-monnaies, donc.
02:24Merci Pierre Arbulot.
02:25La question que l'on se pose évidemment, c'est est-ce que mon compte bancaire est en danger ?
02:30Bonsoir Marie Rialand, vous êtes directrice adjointe de MoneyVox,
02:34médias spécialisés dans la banque et les finances personnelles.
02:36Bonsoir.
02:37D'abord, les banques sont censées avoir des systèmes de protection les plus sûrs, non ?
02:42Cette faille est ahurissante ?
02:46Alors, les banques, elles sont quand même connues pour avoir énormément de systèmes de contrôle.
02:51Elles sont aussi contrôlées en permanence, notamment par la CPR,
02:55qui est l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution,
02:57et qui est là justement pour s'assurer que les banques ont plein de moyens de fermer le robinet,
03:03en gros, et de pouvoir s'assurer de ce qui se passe chez elles.
03:07Là, on a vraiment eu affaire à une attaque vraiment très subtile, très bien préparée,
03:13mais qui ne remet pas non plus complètement en cause la sécurité bancaire.
03:19La France et les banques, le système bancaire a un système qui est quand même globalement très bien sécurisé.
03:26Et du coup, il ne faut pas non plus céder à la panique en se disant,
03:29mon Dieu, c'est une première attaque et demain, les fonds des clients vont être touchés.
03:34Mais alors justement, est-ce qu'un tel piratage pourrait quand même toucher nos comptes bancaires ?
03:39Alors, je ne suis pas devant, je ne peux pas vous dire ce qui va se passer demain,
03:44mais globalement, si là justement, les attaquants ne se sont pas attaqués directement au fond des clients,
03:50c'est notamment parce que les systèmes de protection ne sont pas forcément les mêmes
03:53entre les fonds propres et puis les fonds des épargnants.
03:57Donc, a priori, non, il n'y a vraiment pas de raison d'avoir peur pour son épargne ou pour
04:03son compte courant.
04:05Les banques, voilà, elles ont des systèmes de sécurité et puis elles ont aussi,
04:10voilà, on le disait, les fonds propres, ils ont été constitués pour ça.
04:12Et puis, il y a d'autres mécanismes qui visent dans les banques à lutter contre,
04:17je ne sais pas, une faillite générale qui interviendrait demain.
04:19Il y a aussi des mécanismes qui viennent protéger les fonds des clients.
04:23Ça veut dire que si malgré tout nos comptes étaient piratés, on serait assuré, on serait remboursé intégralement ?
04:30Oui, tout à fait. Alors là, on parle d'un scénario qui n'est pas encore arrivé et qui, à
04:36ma connaissance en tout cas,
04:37n'arrivera pas forcément tout de suite.
04:39Mais oui, aujourd'hui, même quand vous êtes victime d'une fraude, en tout cas juste, voilà,
04:45vous avez validé un virement et puis en fait, c'était unique, aujourd'hui, la banque, déjà,
04:50avant même d'enquêter si jamais c'est de votre faute ou pas, la banque doit déjà vous rembourser.
04:55Alors là, on parle de plus petit montant, mais en tout cas, il y a vraiment déjà ce mécanisme qui
04:58est
04:59la banque vous rembourse parce qu'elle doit considérer que d'abord, ce n'est pas de votre faute.
05:04Et si ensuite, il s'avère que vous avez fait preuve de négligence, là, c'est à elle de le
05:09prouver.
05:09Donc, quand on se dit que même pour une petite fraude comme ça,
05:13la banque doit d'abord vous rembourser.
05:16Vous imaginez bien que si jamais demain, si on parle de scénario catastrophe, ça arrivait,
05:23les banques auraient bien sûr l'obligation de rembourser.
05:25Et ça, ça vaut pour nos comptes courants, nos comptes de dépôt, ça vaut également pour notre épargne ?
05:30Tout à fait, oui. Évidemment, ça concerne tout.
05:34Aujourd'hui, on a des mécanismes en France qui s'appellent la garantie des dépôts,
05:37qui viennent protéger l'intégralité de ce que vous avez, par exemple, sur votre livret A,
05:41sur votre LDDS ou sur votre LEP.
05:44Et puis, elle vient aussi rajouter une protection des dépôts jusqu'à, par exemple, 100 000 euros
05:49pour l'argent qu'il y a sur vos comptes courants, vos comptes sur livret, votre épargne logement, etc.
05:54Et en plus, vient s'ajouter à ça aussi une protection, par exemple, en matière d'assurance vie.
05:59Là, on parle plus de 100 000 euros.
06:01On rajoute encore une protection de 70 000 euros.
06:03Donc, dans la catastrophe, le scénario, il n'est pas prêt pour l'instant de se produire.
06:09Et puis, il y a quand même beaucoup de mécanismes qui ont été mis en place pour protéger les épargnants.
06:13Merci beaucoup, Marie Rieland.
06:15Il y en a une petite difficulté de liaison.
06:17Merci beaucoup d'avoir répondu à nos questions.
06:19Alors, est-ce qu'on peut vraiment se protéger contre les attaques, les cyberattaques ?
06:23Ou est-ce qu'il va falloir s'habituer, malgré tout, à une menace permanente ?
06:26Bonsoir, Benoît Grunemwald.
06:29Bonsoir, Anne-Sophie.
06:30Bonsoir, vous êtes expert en cybersécurité pour la société EZ.
06:33Est-ce qu'il y a des banques qui sont plus sûres que d'autres ?
06:38Oui, oui, les banques sont relativement sûres.
06:41Malheureusement, personne n'est à l'abri d'une cyberattaque.
06:43On le voit ici.
06:45On l'a vu il y a quelques jours avec la plateforme de crypto-monnaie Binance,
06:49qui sont elles aussi, ces plateformes, bien protégées.
06:53Malheureusement, personne n'est protégé à 100%.
06:54On l'a vu avec la DGFIP également.
06:57Mais nous, les clients, est-ce qu'on peut adopter des gestes
07:01qui nous protègent des risques de cyberattaques ?
07:04Clairement, et votre intervenante précédente l'a dit,
07:09je pense aussi que l'on a plus de chances de se faire pirater,
07:13nous en tant que citoyens particuliers,
07:15par une fraude au faux conseiller bancaire
07:17que par une défaillance de la banque.
07:19Et donc, pour se protéger, il faut être extrêmement vigilant.
07:23On avait l'habitude de faire attention aux e-mails,
07:25que l'on appelle l'hameçonnage en français.
07:28Eh bien, aujourd'hui, il faut faire attention aux e-mails,
07:30aux SMS, aux appels,
07:32et pourquoi pas aux présentations au domicile.
07:35On l'a vu notamment avec la Fédération française de tir
07:38ou des tentatives de rate en crypto-monnaie.
07:40Il faut être extrêmement prudent et ne pas répondre aux sollicitations.
07:44Alors, on a vu que l'argent volé avait finalement été converti en crypto-monnaie.
07:50On voit que les crypto-monnaies deviennent la monnaie des voleurs,
07:54du grand banditisme.
07:55Est-ce qu'il ne faudrait pas l'interdire ?
07:58La crypto-monnaie fait partie, comme toutes les monnaies,
08:02d'utilité pour à la fois des personnes et des transactions légitimes,
08:07et également, bien entendu, pour des transactions illégitimes.
08:10Il y a certainement plus d'argent sale dans les paradis fiscaux
08:14qu'il n'en a dans la crypto-monnaie.
08:16Et c'est une idée reçue également que la crypto-monnaie
08:20est uniquement utilisée pour des transactions illégales, d'une part,
08:23et d'autre part, qu'il n'est pas possible de tracer et ou de repérer
08:27quels sont les utilisateurs, les propriétaires de ces crypto-monnaies.
08:31La Gendarmerie nationale, en France en particulier,
08:34est plutôt douée dans ce domaine et a développé des techniques
08:37avec d'autres forces de l'ordre et la justice
08:40pour tracer les crypto-monnaies, les bloquer et repérer ceux qui sont derrière.
08:46Merci beaucoup, Benoît Grenemval, pour ces précisions.
08:50Donc, il faut rester prudent, même si, a priori,
08:52nos banques, nos comptes en banque sont bien protégés.
08:55C'était la preuve par trois.