00:08La fin de mois, elle arrive très vite en fait. Je pense qu'aller au grand max, aller au 10
00:13du mois, c'est dans le rouge quoi.
00:14On a des collègues qui n'arrivent pas à mettre le plein d'essence pour aller au boulot. En fait,
00:17on a besoin que les salaires soient revus.
00:20Et vous venez d'entendre Karine, travailleuse sociale, qui accompagne des personnes porteuses de handicap au micro de Mathilde Piquet.
00:27Les fonctionnaires sont dans la rue, ils manifestaient aujourd'hui pour défendre leur pouvoir d'achat.
00:32Furieux que le gouvernement songe à geler le fameux point d'indice de la fonction publique qui détermine leur salaire.
00:39Les syndicats, et plus précisément la CGT, assurent que les fonctionnaires ont déjà perdu 16% de pouvoir d'achat
00:46en 10 ans.
00:47La Cour des comptes dit le contraire, que les salaires ont progressé de 16%.
00:51Alors qui dit vrai ? On pose la question dans la preuve par 3.
00:55Bonsoir Mathilde Piquet.
00:58Bonsoir.
00:58Vous êtes journaliste au service éco de RTL.
01:02La Cour des comptes dit donc que la rémunération a progressé de 16%.
01:07Comment elle arrive à ce chiffre ?
01:10Eh bien la Cour des comptes en fait regarde un indicateur bien précis, la rémunération moyenne des personnes en place.
01:17Alors derrière cette dénomination administrative un peu complexe, je vous l'accorde, on mesure surtout l'évolution de la rémunération
01:25des agents publics d'une année sur l'autre quand ils ne changent pas de poste ou d'organisation de
01:29leur temps de travail.
01:30Selon la Cour des comptes, la rémunération des fonctionnaires a donc progressé de 16% en tenant compte de l
01:37'inflation.
01:38Ils ont donc eu un gain de pouvoir d'achat depuis 2012.
01:41Cette progression, elle peut sembler paradoxale car le point d'indice des fonctionnaires, la base de leur rémunération a été
01:49peu revalorisée.
01:50Il est même gelé depuis 2023, le sera de nouveau l'an prochain.
01:54Mais la rémunération d'un fonctionnaire, eh bien elle ne dépend pas que du point d'indice.
01:58Il y a d'autres composantes. La Cour des comptes met en avant les augmentations liées aux progressions de carrière,
02:04l'ancienneté, les promotions, les primes spécifiques pour certains postes.
02:08Aujourd'hui, le salaire moyen dans la fonction publique est de 2650 euros nets par mois.
02:14Et alors, est-ce que ça concerne aussi les enseignants ? Est-ce que leur salaire moyen a progressé de
02:2016% ?
02:21Eh bien, la situation est en fait pire pour eux.
02:24Ils touchent en moyenne 900 euros nets de moins que les autres fonctionnaires de la catégorie A censés être mieux
02:31payés.
02:31Mais les dernières revalorisations ont en fait principalement concerné les professeurs débutants.
02:37Les professeurs, nos enseignants français, touchent eux moins que dans les autres pays de l'OCDE.
02:42En moyenne, 16% de moins.
02:44Selon leur ancienneté, leur rémunération varie entre 2100 euros et 3300 euros.
02:49Au-delà des professeurs, les fonctionnaires territoriaux sont eux aussi moins bien lotis, avec une augmentation d'1,5%
02:57depuis 2012.
02:59Merci Mathilde Piquet.
03:00Alors, la Cour des comptes qui dit donc que les salaires ont progressé de 16%.
03:03On va voir ce qu'en disent les syndicats.
03:05Nous sommes avec Christian Grolier.
03:07Vous êtes secrétaire général de Force Ouvrière.
03:09La Cour des comptes estime donc que la rémunération moyenne des fonctionnaires a augmenté de 16% entre 2012 et
03:152024.
03:16On a vu pourquoi.
03:17Est-ce que vous contestez cette analyse ?
03:20Oui, bien sûr, on conteste cette analyse pour deux raisons.
03:23C'est que la Cour des comptes mélange, de manière volontaire certainement, deux éléments.
03:29Ce qui compense l'inflation et qui maintient le pouvoir d'achat, y compris de la grille indiciaire,
03:34c'est si on indexe la valeur du point d'indice sur l'inflation.
03:38Trois ans que le point d'indice est gelé, donc trois ans qu'on n'indexe pas.
03:41On nous annonce une quatrième année.
03:43Nous verrons bien.
03:44Et la Cour des comptes, pour bien sûr ne pas dire que le salaire des fonctionnaires baisse au regard de
03:48l'inflation,
03:49prend en compte un deuxième élément qui n'a rien à voir, mais qui est le principe de carrière.
03:53C'est-à-dire qu'un fonctionnaire n'a pas le droit de travailler en dehors de sa mission pour
03:58une activité privée,
03:59par exemple, pour améliorer ses fins de moins.
04:00Et en échange de cette obligation ou de cette contrainte, on lui garantit un déroulement de carrière.
04:06C'est-à-dire que tous les trois ans, en moyenne, il va changer d'échelon.
04:09Parfois, il aura une promotion.
04:11Et donc, évidemment, on mélange deux choses qui sont complètement différentes.
04:14On mélange ce qui est une obligation, le principe de carrière.
04:17Donc, je vais dérouler ma carrière et forcément, à un moment donné, je vais gagner un petit peu plus que
04:23ce que je gagnais avant.
04:24Et maintenant, je mets sur le fait que pourtant, on a gelé mon salaire.
04:27À la fin, la rémunération augmente. C'est ça qu'il faut voir, malgré tout.
04:32Heureusement qu'elle augmente.
04:33Je ne dis pas le contraire.
04:34Mais en tout cas, le chiffre de 16% de baisse du pouvoir d'achat, il ne correspond pas à
04:39une réalité.
04:40Ah si, on ne correspond à une réalité.
04:43Si, ça correspond à une véritable réalité.
04:45D'ailleurs, 16%, c'est si on prend 10 ans.
04:46Si on prend depuis 2000, c'est 35%.
04:49Parce qu'il y a eu tellement d'années de gel et tellement d'années de sous-indexation qu'on
04:52est arrivé à ce niveau-là.
04:53Alors, soit on dit que les fonctionnaires n'ont plus de carrière.
04:56Et donc, ils ont ce salaire-là.
04:58Et si on n'augmente jamais leur point d'indice, ils seront, pour certains, smicards toute leur vie.
05:02Vous savez, quand on a augmenté le SMIC au 1er juin dernier,
05:05un million de fonctionnaires sont passés sous le SMIC.
05:07En une seule fois.
05:08C'est pour dire à quel point les salaires sont bas dans la fonction publique.
05:12Mais on ne peut pas dire à un fonctionnaire,
05:13vous ne pourrez pas travailler à côté pour vous arrondir au fin de mois.
05:16Donc, je garantis que vous allez vivre dignement tout au long de votre carrière.
05:20Parce que vous allez progressivement changer d'échelon.
05:22Et lui reprocher ça ensuite en disant,
05:25ah ben, pas de chance, il a gagné un petit peu mieux que ce qu'il avait gagné avant.
05:27On reconnaît sa technicité et son ancienneté.
05:30Les syndicats manifestent car le gouvernement veut geler de nouveau le point d'indice
05:33pour économiser 2 milliards d'euros dans le budget 2027.
05:36Concrètement, quelle conséquence aura pour les fonctionnaires ?
05:39Alors, ça a plusieurs conséquences.
05:41C'est une perte sèche par rapport à l'inflation en termes de pouvoir d'achat.
05:45Deuxième conséquence, c'est que, comme vous le savez,
05:47les fonctionnaires n'ont que leur traitement qui est pris en compte pour calculer la retraite.
05:52Ça veut dire que quand on gèle les salaires pendant 4-5 ans,
05:55celui qui part à la retraite au bout de 4-5 ans,
05:57il part avec une pension qui correspond à un niveau de vie 4 ou 5 ans avant
06:01parce que son salaire a été gelé, donc sa future pension.
06:04Donc, c'est une catastrophe.
06:05On ne peut pas passer son temps dans ce gouvernement qui est quand même l'État.
06:09et le premier employeur du pays, tout confondu.
06:11On ne peut pas dire que les fonctionnaires sont fantastiques, sont magiques,
06:14on les applaudit quand il y a la Covid,
06:16on applaudit la police pour la sécurité,
06:18on applaudit quand il y a des crises climatiques, etc.
06:20Les pompiers récemment, et nous dire que la seule solution,
06:23c'est de geler nos salaires.
06:25C'est inacceptable.
06:26Merci beaucoup, Christian Grolier.
06:28Alors, est-ce que c'est une bonne idée de geler le point d'indice pour faire des économies ?
06:31Est-ce qu'il n'y a pas d'autres pistes plus efficaces ?
06:33On pose la question à François Eccal,
06:35ancien magistrat à la Cour des Comptes et fondateur de Fipeco.
06:38Bonsoir.
06:40Alors, on gêne le point d'indice des fonctionnaires pour limiter les dépenses.
06:43Est-ce qu'il serait plus efficace et juste
06:46de passer plutôt par une réduction des effectifs ?
06:50Est-ce que c'est le nombre des fonctionnaires, finalement, qui pose problème ?
06:55Oui, je pense.
06:56Alors, d'abord, pour, je dirais, réconcilier un peu les deux points de vue qu'on vient d'entendre,
07:00celui des syndicats et de la Cour des Comptes,
07:03si on prend le salaire moyen par tête dans la fonction publique,
07:07sur une 15-20 ans,
07:09il a quand même augmenté un petit peu en pouvoir d'achat, de très peu, il est vrai,
07:13et un peu moins que dans le secteur privé.
07:15Voilà.
07:15Donc, ce n'est pas une perte de pouvoir d'achat, comme le disent les syndicats,
07:19ce n'est pas non plus une hausse de 16% du pouvoir d'achat, comme le dit la Cour,
07:24en ne tenant compte que de ceux qui sont, en effet, en place deux années successives.
07:29Et donc, en fait, sans tenir compte des nouveaux entrants, des nouveaux arrivants
07:32qui ont un salaire plus faible, évidemment, que ceux qui partent.
07:36Voilà.
07:36Donc, voilà.
07:38Sur le moyen de faire des économies ?
07:40Voilà.
07:40Alors, il ne faut pas, voilà, pour répondre quand même à votre question,
07:44je pense, en effet, qu'il faut mieux quand même faire des économies
07:47sur les effectifs que sur la politique salariale,
07:50parce que c'est vrai que cette politique salariale,
07:52elle conduit quand même à des difficultés de recrutement.
07:55Les jeunes fonctionnaires sont recrutés, les cadres, surtout,
07:58sont recrutés à des salaires qui ne sont pas très attractifs.
08:01Et donc, il faut mieux jouer sur les effectifs.
08:04Et donc, sur les effectifs, oui, je pense qu'il y a des gains de productivité à faire.
08:08Alors, en fait, plutôt dans les collectivités locales que dans les services de l'État.
08:12Oui, mais justement, il y a des propositions des candidats, en ce moment, à la présidentielle.
08:15Bruno Rotaillot veut supprimer 600 000 emplois.
08:19Gabriel Attal, 100 000 emplois de fonctionnaires.
08:22Est-ce que c'est possible ?
08:26600 000, ça me paraît beaucoup.
08:27Ça représente à peu près 10% du nombre actuel de fonctionnaires.
08:32Alors, même étalés sur une longue durée, ça me paraît beaucoup.
08:35Ça me paraît beaucoup, d'autant plus que, sans doute pas,
08:39oui, il va les supprimer.
08:40Mais on va difficilement les supprimer dans les services de l'État.
08:43Très vite, quand on regarde qui sont les fonctionnaires de l'État,
08:47on tombe sur les enseignants, l'armée, les militaires, les policiers, etc.
08:51Ce n'est pas des endroits où j'ai l'impression qu'ils proposent de supprimer beaucoup d'économies
08:58et de faire beaucoup d'économies.
09:03Personne n'a jamais vraiment réussi à supprimer massivement des emplois publics ?
09:08Si, dans le Sarkozy, on a réussi à supprimer à peu près 120 000 postes en 5 ans dans les
09:17services de l'État.
09:18En embauchant dans les hôpitaux ?
09:21On a continué à embaucher en même temps dans les hôpitaux et dans les collectivités locales.
09:25Mais au total, après ça a remonté, mais au total sur 30 ans,
09:30l'emploi dans les services de l'État et de ses agences a augmenté de seulement 8%.
09:35Alors que dans les collectivités locales,
09:38sans même compter les emplois qui ont été transférés par l'État en contrepartie de transferts de compétences,
09:44c'est quasiment 50% sur les 30 dernières années.
09:48C'est là qu'il y a des gains de productivité et des économies à faire sur les effectifs.
09:53C'est dans les collectivités locales, pas seulement dans les services de l'État.
09:56Merci beaucoup François et Calme.
09:58Merci à tous les trois.
09:59C'était La Preuve par Trois.
Commentaires