- il y a 7 minutes
Retrouvez le replay de 100% Mabrouk sur BFMTV.
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00:00Bonsoir Henri Guenot.
00:01Bonsoir.
00:01Merci d'être avec nous en compagnie d'Yves Trier et de Bruno Pommard.
00:05On a également commenté ce qui s'est passé tout à l'heure avec cette dispersion tendue,
00:09Place de la Nation et Bastille.
00:11Si, avec un seul mot, ensuite on va poursuivre l'entretien évidemment à la profondeur,
00:15vous deviez caractériser ce qui est en cours aujourd'hui.
00:18Que diriez-vous ?
00:20Désastreux.
00:22De toute part ?
00:24Désastreux parce que c'est une crise de plus.
00:30qui ne s'ajoute pas simplement aux autres, mais qui vient compliquer et aggraver les autres.
00:34Et dans cette crise elle-même, il y a deux crises.
00:37Il y a la crise qui est créée par les casseurs,
00:41qui sont toujours au rendez-vous, quels que soient les manifs,
00:46qui est attisée ou portée aussi sur la violence
00:53qui est nourrie par une certaine force politique,
00:59même si ce n'est pas l'élément déclencheur.
01:02Et puis il y a les manifestations de lycéens auxquelles s'ajoutent maintenant des étudiants.
01:10Et là il y a un grand danger d'abord, c'est que tout le monde soit entraîné dans la
01:14violence.
01:15La violence c'est un phénomène épidémique et donc on est toujours à la merci d'un emballement
01:21qui sera sans doute initié par les casseurs, mais qui peut entraîner tout le monde.
01:26Alors, tous les gens qui sont intéressés à l'ordre public savent que les lycéens,
01:31c'est le pire défi pour l'ordre public, le pire...
01:34C'est une hantise Henri Guénaud, c'est le syndrome Malik Ousekine,
01:38la plus grande hantise, vous avez été au cœur du réacteur politique.
01:41C'est véritablement un drame, d'ailleurs un drame côté aussi force de l'ordre,
01:45où lycéens, tout peut basculer.
01:47Oui, bien sûr, c'est le risque d'un accident, pas seulement pour ses répercussions politiques,
01:52mais aussi parce que humainement, c'est un lycéen qui meurt,
01:56ou un lycéen qui est gravement blessé, alors il y en a déjà eu.
02:00Voilà, c'est un drame que personne ne peut accepter.
02:04Moi, c'est pour ça qu'il faut faire très attention,
02:07il faut certainement être ferme avec les casseurs.
02:09En revanche, il faut faire très attention à ce que ça ne dégénère pas.
02:13Vous savez, Georges Pompidou disait en mai 68,
02:16il disait, moi, ma stratégie, c'était de gagner du temps.
02:20Gagner du temps, pourquoi ?
02:22Non mais, parce qu'il disait, je ne voulais pas me trouver dans une situation
02:26où on aurait tiré sur les étudiants,
02:29les Français ne l'auraient pas accepté, et moi non plus.
02:32C'est-à-dire qu'il y a toujours cette limite qu'il ne faut pas franchir.
02:35Le but des forces de l'ordre, le but du gouvernement,
02:38ce n'est pas de créer le désordre,
02:39et de créer le drame.
02:40C'est très compliqué, mais un homme d'État, c'est ça.
02:43Je reviens en mai 68, il y avait un préfet de police absolument remarqué.
02:46Vous comparez la situation en mai 68 ?
02:50Il y a les mêmes germes ?
02:51Oui, enfin, ce n'est pas le même germe,
02:53mais ce n'est pas la même époque.
02:54Mais si vous voulez, pour le maintien de l'ordre,
02:57ce n'est pas très éloigné, en fait.
02:58Sauf que c'était des étudiants, ce n'est pas très éloigné.
03:00Le général de Gaulle voulait faire évacuer la Sorbonne.
03:03Georges Pompidou s'y est opposé,
03:05a réussi à le convaincre de ne pas le faire,
03:06pour la raison qu'il indiquait ensuite,
03:08c'est-à-dire qu'on disait que ça finira par se dissoudre politiquement,
03:13et il a tout fait.
03:14Il a tout fait, il a évité que le mouvement converge avec celui des ouvriers.
03:20Mais il a tout fait, dites-vous, Henri Guélo.
03:22Oui, mais c'était des hommes d'autorité.
03:23C'était des hommes d'autorité.
03:24Donc il a tout fait, et c'était des personnalités et des hommes d'autorité.
03:28Là, où voyez-vous l'autorité ?
03:30Mais voilà, ça c'est l'autre problème,
03:33que cette crise, qui s'ajoute encore une fois à toutes les autres crises,
03:36parce qu'en toile de fond, vous avez ces images qui passent sur les écrans du monde entier,
03:40ça ne rassure pas les prêteurs.
03:41Voilà, pour faire simple.
03:43C'est tragique même.
03:45Oui.
03:45Mais il y a une chose qui est quand même,
03:49il faut aller au-delà de ces violences et tout ça.
03:51Quand vous considérez qu'hier, des étudiants de Sciences Po,
03:55qui sincèrement, ne manquent de rien, sincèrement,
03:58ne manquent de rien de Sciences Po Paris,
04:01cœur de Paris, qui bloquent le boulevard Raspail,
04:05qui envoient des messages,
04:07qui sont des messages détestables pour certains,
04:12sur la police, sur Israël, tout ce que vous voulez,
04:17qui n'ont rien à voir d'ailleurs avec les revendications des lycéens,
04:21est-ce que vous ne vous dites pas que notre génération a loupé quelque chose ?
04:26On a loupé quelque chose qui est celle de la formation, l'éducation, le respect.
04:36Alors, c'est plus qu'un loupé, c'est un naufrage.
04:39C'est un naufrage, mais personne n'a rien voulu entendre.
04:42Pendant des décennies, quand on disait que l'école s'écroulait,
04:45on disait mais non, vous êtes un gars, le niveau monte.
04:48Jusqu'à il n'y a pas longtemps, le niveau monte.
04:50La preuve, regardez, les tests, le niveau monte.
04:53On a vu, le niveau a beaucoup monté.
04:55On a été accablés par les leçons des pédagogistes.
05:01Alors, c'est très bien, on dit, il faut écouter les étudiants, les élèves, etc.
05:05Oui, il faut les écouter quand on voit qu'ils ont un problème.
05:08Mais il y avait une très jolie formule de Régis Debré,
05:11il disait la différence entre un républicain et un pédagogiste.
05:15Le pédagogiste, il pense que pour apprendre les mathématiques à Pierre,
05:17il faut d'abord connaître Pierre et le républicain, il pense qu'il faut d'abord connaître les mathématiques.
05:21Mais on en est là parce qu'on n'a pas payé les profs, on ne les a pas respectés,
05:26on les a livrés à des gens qui n'étaient plus éduqués,
05:29à qui on n'a pas inculqué les normes élémentaires de la vie en société.
05:35Or, l'école, c'est effectivement l'instruction,
05:37mais ça n'est pas que l'instruction, surtout quand les familles sont déstructurées, etc.
05:42Donc l'école, elle doit aussi, l'armée aussi d'ailleurs, elle devrait supprimer le service militaire.
05:47C'est une crise de l'autorité en réalité, autorité du professeur, autorité du parent, autorité du politique aussi.
05:52Oui, mais alors il y a l'autorité et puis il y a l'idéologie qui a guidé toutes nos
05:58élites.
05:58Entre une droite qui voulait que l'école, ça soit juste l'apprentissage utilitaire,
06:05l'apprentissage au fond professionnel,
06:07et qui a donc abandonné en grande partie,
06:12qui a dévalorisé tout ce qui n'était pas immédiatement utile,
06:16et puis une gauche qui a favorisé le pédagogisme, mais après le vauquisme,
06:25enfin voilà, l'école ce n'est pas le culte des origines,
06:29l'école ce n'est pas la diversité comme valeur ultime,
06:34l'école ce n'est pas un endroit où on dit aux enfants,
06:36comme on l'a fait pendant longtemps, et on le fait encore un peu,
06:39c'est de dire aux enfants, tu apprends comme tu veux,
06:41tu apprends ce que tu veux, tu écris comme tu veux,
06:44tu parles comme tu veux, et tu découvres tout seul les règles.
06:46Et tu dis même ce que tu veux au professeur, mais c'est rétracable.
06:49Mais c'est normal, quand vous avez des enfants qui sont éduqués et instruits de cette façon,
06:54et donc on a un vrai sujet, c'est vrai que c'est un effondrement.
06:58– Attendez, Henri Guénaud, à vous entendre, ce n'est pas les quelques mesures,
07:01et ce soir ce qu'annonce le ministre de l'Éducation, je le dis au passage,
07:04c'est-à-dire il s'agit d'avoir 300 professeurs finalement qui vont être remplacés,
07:10qui vont être ajoutés dans les endroits les plus sensibles,
07:13à vous entendre c'est un…
07:14– C'est le court terme ça.
07:15– Non mais ça…
07:16– C'est un basculement d'un système.
07:17– C'est tout un puzzle cette crise, bon.
07:21Mais moi je suis déjà effaré qu'on soit obligé d'attendre
07:25qu'il se passe ce qui est en train de se passer.
07:27– Comment vous l'expliquez ?
07:27– Pour découvrir, que la classe politique ait l'air de découvrir
07:31que les emplois du temps sont impossibles à faire quand vous avez…
07:34– Comment vous l'expliquez ?
07:35– Quand vous avez une telle quantité d'options, de spécialités,
07:41la réforme du bac, il faut le dire, le reconnaître, a été un désastre.
07:44C'était un désastre avant, c'est un désastre pire après.
07:47Pourquoi ? Parce que quand vous faites ça, vous multipliez les spécialités,
07:50vous avez besoin de plus de profs, vous n'arrivez pas à faire les emplois du temps,
07:53donc vous avez des grandes plages de…
07:55– Des gruyères.
07:55– Voilà, c'est…
07:57– Et vous changez pas mal d'effort de ministre.
07:59– Je rajoute encore, vous avez le…
08:00on a fait le…
08:02on a introduit le contrôle continu pour le bac.
08:04Mais introduire le contrôle continu, ça veut dire un bac par lycée.
08:08Voilà, parce que vous ne notez pas Henri IV
08:10comme vous notez dans un lycée de la Seine-Saint-Denis.
08:13Voilà, et donc vous avez un bac par lycée.
08:15Déjà, le bac n'a plus beaucoup de valeur.
08:16– Vous êtes en train de dire que nos systèmes…
08:17En fait, on a contribué à l'effondrement de notre système.
08:20Et vous êtes en train de dire, les revendications sont légitimes.
08:23Quand un lycéen vous dit qu'il fait chaud l'été et froid l'hiver,
08:26ce n'est pas normal dans une classe,
08:27mais vous êtes en train de dire que toute l'instruction, en fait…
08:30– Mais tout, ça va, ça va.
08:31– Pardonnez-moi, moi c'est une forme de non-assistance aussi à un jeune…
08:34– Oui, mais bien sûr.
08:35– C'est une forme de non-assistance quand on ne donne pas l'instruction.
08:37– Mais c'est global.
08:38– Dans un pays.
08:39– Quand vous apprenez, si vous apprenez aux élèves
08:41qui sont les égaux des profs, vous ne lui rendez pas service.
08:45Voilà, les gens comme moi, ils ne seraient jamais arrivés
08:48au sommet de la pyramide sociale
08:52si l'école publique avait été ce qu'elle est devenue.
08:55– C'est important ce que vous dites,
08:58parce que pour ceux qui vous connaissent ou ceux qui vous connaissent moins,
09:01vous avez vraiment le parcours républicain…
09:02– De la méritocratie.
09:03– Oui, mais je n'étais pas le seul à l'époque, c'était normal.
09:06– Votre maman avait des conditions extrêmement difficiles,
09:09donc vous êtes sorti aussi par le haut, si je peux me permettre de le citer,
09:13c'est-à-dire qu'un parcours comme le vôtre aujourd'hui deviendrait une exception.
09:15– Mais ça devient très compliqué.
09:17Moi, l'école, allez, je laisse de côté les grands établissements privés, prestigieux, etc.
09:22Mais dans une ville comme la mienne, qui est une ville de 50 000 habitants,
09:26parce que je suis né à Arles et j'y ai passé mon enfance,
09:29les bons élèves, on les envoyait à l'école publique.
09:32On envoyait ceux qui avaient des problèmes,
09:34qu'il fallait suivre, plus accompagner, à l'école privée.
09:38Et à l'école publique, le fils de la femme de ménage,
09:41il était assis à côté du fils du notaire, à côté du fils du médecin,
09:44à côté du fils de l'avocat, etc.
09:46À côté du fils de l'ingénieur, à côté du fils du paysan.
09:50– Et ça, c'était un vrai, il y avait une vraie cohérence du système.
09:56Mais il faut aller plus loin, c'était une vraie zone de, comment dire,
10:00c'était en dehors de la société.
10:03C'est-à-dire qu'il y avait une forme de sacralisation de ce lieu.
10:08Moi, j'avais des enseignants qui étaient sans doute aux trois quarts socialistes,
10:12pour la plupart.
10:12Mais c'est un peu comme l'instituteur de Camus, si vous voulez.
10:16Ils aimaient leur métier, ils aimaient leurs élèves, ils étaient sévères.
10:20– Et l'école n'était pas le miroir de la société ?
10:21– Mais non, l'école, c'était au contraire.
10:23C'était là que devait se forger l'âme, le caractère, l'autonomie,
10:28l'indépendance des enfants, et quelle que soit leur origine.
10:30– Mais là, vous parlez d'une faillite de 30 à 40 années, Henri Guénaud.
10:34Vous parlez d'une faillite de 30 à 40 années.
10:36– Oui, mais bien sûr.
10:37Et le pire, Sonia Mabroux, le pire, c'est que ça ne concerne pas que l'école.
10:42Le pire, c'est que nous avons fait ça dans tous les domaines.
10:45Ce que nous voyons aujourd'hui, et qui est angoissant,
10:48et qui angoisse beaucoup de Français,
10:49c'est qu'on voit une société se défaire sous nos yeux.
10:53Voilà, elle se défait dans tous les domaines.
10:55– Mais comment est-ce que…
10:56Pardon, juste, on s'est appuyé sur ce terme éducation nationale.
10:59Je trouve que c'est totalement inapproprié.
11:00– Éducation nationale.
11:02– Vous avez préféré le terme d'instruction nationale ?
11:04– Ministère de l'instruction, etc.
11:05Éducation nationale, ça veut dire quoi ?
11:07Que beaucoup de gens se sont reposés sur l'éducation nationale.
11:09En disant, les parents et tout, l'éducation, ils apprendront,
11:13les profs s'en occupent, etc.
11:14On voit le désastre, ce que c'est.
11:15On aurait dû d'abord travailler effectivement sur les savoirs de base,
11:18et surtout travailler sur l'éducation.
11:20C'est ça.
11:21Et c'est le problème actuel qu'on a partout.
11:23Moi, j'ai une association où je reçois beaucoup de gosses
11:25déscolarisés avec la PJJ, etc.
11:27C'est une catastrophe, le niveau scolaire.
11:28On a des analphabètes, des jeunes qui ne savent même pas lire
11:31et tout juste écrire.
11:33C'est une catastrophe.
11:34Donc, il y a un travail éducatif à mener qui est profond,
11:37mais tout le monde s'en fout.
11:39– Je vais vous dire, en fait, le problème de l'école,
11:42il commence très en amont.
11:45Pour construire une école, un projet éducatif,
11:48un projet scolaire, pour un pays, pour une société,
11:50il faut avoir une idée de l'homme.
11:52Ça paraît un mot creux, pas du tout.
11:55C'est-à-dire, c'est une idéologie au bon sens du terme.
11:57Comment on a fait l'école de la République ?
11:59On l'a faite sur quel fondement ?
12:04Les gens qui l'ont fabriqué, ils avaient une référence philosophique
12:08qui s'appelait Kant.
12:10Alors, on n'apprenait pas Kant aux enfants,
12:12mais on formait les grands profs d'université l'été,
12:14les gouvernants l'été,
12:16et ils formaient des profs, ils formaient des instituteurs.
12:19On avait...
12:20Voilà.
12:21Donc, ça a diffusé.
12:22– Pardon de vous ramener à des considérations.
12:24– Non, mais c'est un vrai sujet, parce que...
12:26– Oui, je suis d'accord.
12:26– Moi, j'ai entendu des...
12:27– Mais est-ce qu'il est porté, monsieur ?
12:28– Nous sommes quand même en campagne présidentielle.
12:30– J'ai entendu des ministres de l'Éducation nationale
12:33dire que ce n'est pas une question d'idéologie.
12:34Alors, au sens de l'idéologie des politiciens, non.
12:37Mais au sens de l'idée, faire une idée de l'homme
12:41qu'on veut aider à construire, ou à se construire,
12:44c'est très important.
12:45Tout ça a été balayé, mais pas seulement à l'école.
12:49Partout.
12:50– Alors, pour revenir à la réalité...
12:54Pas à la réalité, parce que c'est la réalité,
12:55mais à l'actualité la plus brûlante,
12:57Bruno Pommard avait une excellente idée tout à l'heure.
12:59– J'en ai souvent, d'ailleurs.
13:01– Oui.
13:02Il disait, sur les 577 députés,
13:05il y en a 5 qui sont là dans les manifestations,
13:08qui ont tous l'écharpe tricolore,
13:10mais qui sont de la France insoumise.
13:12Pourquoi, pourquoi, eh bien, il n'y a pas des élus,
13:15des députés d'autres sensibilités
13:18qui viennent, justement, à la rencontre des lycéens ?
13:23Est-ce que ça ne serait pas une bonne idée
13:24pour, justement, calmer les ardeurs de ceux...
13:27Enfin, pas les ardeurs, la bêtise de ceux qui veulent tout casser ?
13:31– Oui, je ne sais pas comment on conçoit son rôle
13:35de parlementaire ou de député.
13:37Mais vous voyez bien, ça aussi, c'est le désastre
13:40de la classe politique, c'est que les déparlementaires
13:45de LFI, ils ont un projet.
13:47– Oui.
13:47– LFI a un projet.
13:48– C'est les seuls à avoir un projet.
13:49– C'est les seuls à avoir un projet.
13:51Eh bien, un vrai projet.
13:52Cohérent, travaillé, ils sont...
13:54Il y a un ciment entre eux qui est un ciment idéologique,
13:57mais au sens de l'idéologie politique,
13:59pas de ce dont je parlais il y a quelques minutes,
14:01mais voilà.
14:02Et donc, c'est une machine.
14:05Bon, les autres, c'est quoi les autres partis ?
14:08Et les autres partis aujourd'hui, ce sont, comment on pourrait appeler ça,
14:13des cartels électoraux.
14:14– Oui, des conglomérats.
14:16– Oui, des cartels.
14:16– Des cartels électoraux.
14:18– Oui, c'est-à-dire qu'il n'y a aucune offre solide face à la France.
14:21– Mais les gens, entre eux, ils n'ont pas de projet,
14:25ils n'ont pas de projet commun, ils n'ont pas de valeur commune.
14:27En réalité, voilà, moi, quand je me suis intéressé à la politique,
14:30je suis rentré dans un parti politique qui s'appelait le RPR à l'époque.
14:34Je peux vous dire qu'il y avait une cohérence,
14:37même si après, il y a eu des difficultés,
14:41il y a eu des déchirements,
14:43mais il n'empêche qu'il y avait un ciment.
14:46Il y avait un ciment aussi au Parti Socialiste.
14:48– Oui, mais il y avait peut-être un peu plus de ciment dans la France.
14:50Aujourd'hui, Henri Guéno, vous avez quand même un petit incondensé.
14:53– Ils sont à l'image de la société, mais ils ont contribué à la fabriquer aussi.
14:57– Très bien, mais aujourd'hui au pouvoir,
14:58avec un condensé des fractures françaises comme celle-ci,
15:01et avec certains qui mettent dessus un produit irritant et abrasif,
15:05qu'est-ce qu'on fait ?
15:06Vous dites, moi, je vous entends bien, c'est la chien-lis.
15:09– Oui, on peut dire ça, oui.
15:11– On s'en relève, on s'en relève.
15:13– C'était le mot de Pompidou en 68.
15:15– On s'en relève, rassure à nous.
15:16– C'était le mot de Pompidou en 68.
15:17Mais vous remarquerez la différence entre la stature de ces hommes politiques
15:20et celle d'aujourd'hui.
15:21Pompidou, il fait, en mai 68, un grand discours à l'Assemblée
15:24où il explique, il ne faut pas s'y tromper,
15:27il dit que c'est une crise de civilisation.
15:29Et il prend d'ailleurs un exemple qui m'a beaucoup frappé
15:31parce que c'est exactement ce qui se passe aujourd'hui.
15:34Il dit, je ne vois qu'un précédent dans l'histoire,
15:38c'est les révoltes étudiantes du 15e siècle.
15:41Qu'est-ce qui s'est passé à ce moment-là ?
15:42Alors, ils occupaient une place moins importante,
15:44mais c'était très violent, c'était pas du tout,
15:46voilà, c'était pas gentil, c'était bien pire qu'aujourd'hui.
15:49Qu'est-ce qui se passait ?
15:50Il y avait trop de diplômés de l'université
15:54pour le nombre d'emplois qu'on pouvait offrir, qu'on offrait.
15:59Et donc, il y avait une frustration terrible
16:01de la part de tous ceux qui s'étaient imposés
16:04de faire des longues études,
16:05qui étaient des études compliquées, difficiles, etc.
16:08et qui avaient fait des sacrifices pour les faire.
16:11Eh bien, c'est pareil.
16:12C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il faut aller au-delà même
16:14des conditions de scolaire.
16:15Il faut regarder les conditions sociales.
16:18C'est-à-dire que beaucoup de diplômés occupent des emplois
16:21pour lesquels ils sont surqualifiés.
16:22Ils chassent les moins qualifiés qu'eux de ces emplois,
16:25qui vont chasser eux-mêmes les moins qualifiés qu'eux d'autres emplois.
16:28Et tout le monde est frustré.
16:29Et à la fin, vous avez les gens qui ont...
16:3180% d'une classe d'âge au baccalauréat était une bêtise ?
16:35C'était l'objectif des années 80 ?
16:38Moi, si on avait dit, on va essayer d'amener au niveau du baccalauréat
16:42tel qu'il était le plus de gens possible,
16:45bien sûr que j'y suis favorable.
16:47Mais quand vous fixez des objectifs comme ça,
16:48c'est-à-dire que c'est l'objectif qui compte.
16:51Vous savez, c'est vrai partout, même en économie.
16:54Vous dites 80%, donc vous abaissez la barge.
16:57Qu'est-ce qu'il y a 80% ?
16:58Henri Guénaud.
16:59Henri Guénaud aujourd'hui au pouvoir.
17:00Henri Guénaud aujourd'hui ou à l'Élysée ou à Matignon.
17:03Il y a la puissance des mots, il y a la puissance des actes.
17:06Dans une telle situation aussi fracturée,
17:08avec des forces de l'ordre qui sont en partie exténuées.
17:11On a même entendu un syndicat, un syndicaliste en tout cas,
17:14un seul, dire, attention, moi, si ça continue,
17:18certains pourraient mettre...
17:18C'est une réalité, ça.
17:20Alors, certains pourraient poser les outils ou les armes.
17:23C'est une réalité, c'est toujours la même histoire.
17:25Il faut faire attention aux limites à ne pas franchir pour tout le monde.
17:29Voilà, ça, quand les policiers sont jetés dans un banc de violence,
17:32eh bien, la violence, je me tue à le dire, ça fait sourire,
17:37mais en fait, la violence, c'est réciproque.
17:40Voilà, la violence, c'est un engrenage.
17:42Vous êtes violent avec moi, je finis par être violent avec vous.
17:44La violence appelle la violence.
17:46Voilà, la violence appelle la violence.
17:46Attendez, la violence de qui, là ?
17:47Mais donc, nos policiers, ils sont bien formés.
17:50Ça reste quand même la force légitime.
17:52Après, on en emploie parfois qu'ils ne le sont pas.
17:55Mais ils ont du sang-froid, mais le sang-froid, il y a des limites.
17:58Voilà, donc l'accident, il est toujours possible.
18:01Moi, je me souviens, je vous raconte souvent cela,
18:04les pêcheurs en 1994, quand ils sont allés à Nantes, à Rennes, pardon,
18:09ça a été d'une violence, j'étais au ministère de l'Intérieur à l'époque,
18:12ça a été une violence telle qu'on a craint toute la journée,
18:15toute la journée qu'il y a un accident.
18:17Et c'était des pêcheurs.
18:18Mais dans ce cas-là, quels ordres sont donnés ?
18:19Est-ce que l'ordre, c'est la retenue ou est-ce que c'est la fermeté ?
18:22Est-ce que vous dites, il vaut mieux un mobilier, une vitrine, je ne sais quoi,
18:26cassée, brûlée, qu'un drame humain ?
18:28Ça dépend.
18:29Ça dépend, ça s'apprécie sur le terrain.
18:31Vous n'allez pas tirer sur des jeunes, vous n'allez pas les estropier pour un carreau cassé.
18:37En revanche, il faut punir.
18:38Il faut punir.
18:40Il y a tout ce qu'il faut dans le code pénal en grande partie,
18:42il nous manque une chose, c'est la loi de 70 sur les casseurs.
18:492019, elle a été...
18:50Non, parce que c'est ce qui n'a rien à voir ce qu'ils ont fait.
18:53Ça n'a rien à voir, et même ce qu'on propose aujourd'hui le gouvernement,
18:57ça n'a rien à voir.
18:57Donc vous dites que tout est à disposition pour punir...
18:59Il faut faire la loi anti-casseurs.
19:01Reprendre la loi...
19:01Il faut la reprendre, mais la loi anti-casseurs, pas la loi casseurs-payeurs.
19:05Non, non, la loi anti-casseurs, pourquoi ?
19:06Casseurs-payeurs, elle essaie d'introduire une responsabilité collective civile.
19:11La loi anti-casseurs, elle faisait les deux, civile et pénale.
19:14Je veux dire, ce n'est pas lié simplement à cette affaire-là,
19:17c'est lié à tous les débordements de violence.
19:19La violence est ce qui nous menace le plus directement,
19:22la violence physique, elle menace de détruire cette société
19:25et de nous entraîner dans un abîme de violence, tous.
19:28Il faut arrêter cette violence.
19:30Alors ça concerne les narcotraffics, ça concerne les casseurs,
19:34ça concerne tous les gens...
19:35Ça concerne aussi le père de famille qui rentre dans l'école
19:38et qui frappe le professeur.
19:39Vous vous rendez compte ?
19:40Vous vous rendez compte du traumatisme pour les enfants ?
19:42C'est un...
19:43Alors, on va le juger aujourd'hui en fonction du nombre de jours du TTT
19:46dont il est victime, le professeur.
19:51Oui, Henri Guénaud.
19:52Mais ce n'est pas ça.
19:53Il faut juger en fonction du crime commis contre la société.
19:58Depuis le début de cette émission,
19:59nous avons reçu différents responsables politiques de tous bords.
20:02Éric Ciotti, président de l'UDR, nous a dit une seule réponse.
20:05La fermeté.
20:07Maude Bréjon, porte-parole du gouvernement, a dit une seule réponse.
20:10La proportionnalité.
20:12À vous entendre, tout ça s'est balayé en réalité.
20:15Il faut un reset de tout un système scolaire, éducatif, politique, sociétal, etc.
20:22C'est-à-dire, ce n'est pas une élection, c'est une véritable révolution.
20:26Mais vous croyez que c'est...
20:27Regardez, que se dit le monde entier,
20:30et que ce commence à se dire des Français,
20:31c'est que l'élection telle qu'elle est partie ne va rien résoudre.
20:35Au contraire, on pense tous que ça va être pire après.
20:37Voilà, et tous ceux qui regardent la France de l'extérieur pensent exactement ça.
20:41Et c'est ça, notre grande faiblesse aujourd'hui.
20:42On est en crise de civilisation.
20:44Oui, ça oui.
20:45Mais ce n'est pas propre à la France, c'est propre à tout l'Occident.
20:48On est en crise de civilisation,
20:49et nous, on est en crise d'État, en crise d'autorité,
20:52qui vient se rajouter à la très profonde crise de civilisation,
20:55au très profond malaise de la société.
20:57Alors, on continue à subir, il faut le sursaut,
21:00mais quel sursaut ?
21:00Il passe par un homme ou une femme providentielle,
21:02ou vous n'y croyez plus ?
21:04Je pense que ça finira comme ça.
21:05Vous avez compris ma question.
21:06Le problème est de savoir quel visage aura celui
21:09qu'on finira par aller chercher après une grande...
21:11Ah d'accord, donc on ira le chercher.
21:13Il n'est pas déjà dans le...
21:14Il n'est pas candidat.
21:15En tout cas, il n'est pas candidat.
21:17Non mais on voit bien.
21:18Et ceux qui ont les chances aujourd'hui d'arriver au pouvoir,
21:20on sait qu'ils auront une forte chance de ne pas pouvoir gouverner.
21:23Et c'est toujours les mêmes.
21:23Merci Henri Guéno, merci pour votre analyse ce soir.
21:27Je remercie Bruno Pommard, Yves Tréard et bien ça vous.
21:30Merci,� móvère.
21:30Merci.