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  • il y a 21 heures
La lutte contre le CETA a donné lieu à une très fort mobilisation citoyenne et politique. Quelques minutes après le vote, suivez le décryptage avec trois députés européens, en direct du Parlement européen de Strasbourg, Michèle Rivasi ( Verts-ALE ), Eric Andrieu ( Socialistes et Démocrates ) et Patrick Le Hyaric (GUE-GVN). Un débat animé par Jean-Jacques Régibier.

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04:15Bonjour à tous et bienvenue au Parlement européen de Strasbourg.
04:19Ce matin, nous étions à l'extérieur du Parlement européen avec les manifestants,
04:22avec tous les citoyens qui sont venus là pour manifester contre le CETA.
04:26Vous nous avez suivis très nombreux sur le site de l'humanité.fr.
04:29Ce matin, là, nous sommes à l'intérieur du Parlement européen, à quelques mètres,
04:34là, derrière l'hémicycle où a été voté le CETA ce matin, le « oui » qui a été voté,
04:40malgré la très forte mobilisation citoyenne qui a eu lieu à travers toute l'Europe
04:43au cours des semaines, des mois et même des années précédentes
04:46pour s'opposer à cet accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada,
04:50malgré l'opposition d'un certain nombre de grands groupes politiques,
04:53vous étiez nombreux à vous y opposer,
04:55et bien le CETA ce matin a obtenu une majorité au Parlement européen.
04:58C'est donc une femme et deux hommes un peu en colère que je reçois autour de ce plateau.
05:04Michel Riziavasi, vous êtes député vers Alliance Libre Europe.
05:07Éric Andrieux, vous êtes socialiste et démocrate.
05:10Patrick Le Yarik, gauche unitaire européenne, gauche verte nordique.
05:14D'abord, peut-être tout simplement un commentaire.
05:16Il n'y a pas de surprise absolue dans ce vote, dans la mesure où on savait,
05:19vous aviez fait les décomptes, bien sûr,
05:20et on savait que le CETA avait quand même toutes les chances d'être voté par le Parlement européen ce
05:28matin.
05:29Votre réaction tout de même, Michel Riziavasi ?
05:31Je suis déçue parce que, comme vous l'avez dit, il y avait une forte mobilisation citoyenne,
05:36il y avait même une initiative citoyenne européenne qui avait recueilli autour de 4 millions de signatures.
05:41Donc ça veut dire que dans tous les États membres, vous voyez, c'est 7 États membres qui signent cette
05:48pétition
05:49et qui devraient obliger la Commission à en tenir compte.
05:51En même temps, moi, le discours que j'entends, il est complètement obsolète.
05:55C'était un vieil accord, vous voyez, qui ne rendait même pas compte des accords de Paris.
06:00Beaucoup ont dit ce matin, plusieurs députés en tous lesquels ont dit,
06:03ce n'est pas un nouvel accord, c'est un vieil accord.
06:05C'est un vieil accord qui dit, voilà, c'est le commerce qui va réguler.
06:09Mais regardez la situation, si on est dans la situation actuelle, avec le Brexit,
06:14avec tous ces mouvements nationalistes qui se créent partout dans les États européens,
06:18c'est parce qu'ils se disent que la mondialisation est en train d'appauvrir,
06:22vous voyez, le peuple est en train d'augmenter les inégalités.
06:25Et donc, il faut une mondialisation régulée.
06:28Et pourquoi on est contre le CETA ?
06:29Ce n'est pas qu'on est contre le commerce, mais moi, faire venir des produits alimentaires,
06:35dont, par exemple, de la viande du Canada, en France, en Europe,
06:40et ça va complètement désorganiser, si vous voulez, le marché, notamment, de nos éleveurs.
06:45Et la filière d'élevage, je vais laisser un décembre, ça a été trouvé par plusieurs rapports.
06:49Moi, qui suis un peu spécialiste de la santé, j'ai regardé quelles sont les normes qui vont être appliquées.
06:54C'est les normes du Codex Alimentarius,
06:56qui sont des fois 10 à 50 fois supérieures, si vous voulez,
06:59sur les pesticides, le glyphosate, etc.,
07:01par rapport aux normes qu'on a édictées sur le plan européen.
07:04Donc, je me dis, à qui profite le crime ?
07:07Vous voyez, quand vous posez cette question, ça ne profite pas aux consommateurs,
07:11ça ne profite pas aux patients, vous voyez, même vis-à-vis des brevets des laboratoires pharmaceutiques.
07:15Ça ne profite pas sur les petites entreprises, ça ne profite pas sur l'emploi.
07:18Puisqu'il y a une étude qui a montré qu'on allait perdre 200 000 emplois.
07:22Mais ça profite à qui ?
07:23Aux grosses multinationales qui vont nous imposer les énergies fossiles,
07:27qui vont nous coincer avec leurs tribunaux,
07:30où il y aura des avocats, ou même des juges,
07:33qui vont dire, ah ben non, non, non,
07:35vous empêchez l'investissement de ces grosses entreprises
07:38sur les gaz de schiste ou sur autres.
07:40Parce que, ce qu'il ne faut pas oublier,
07:42c'est qu'il y a 40 000 entreprises américaines qui sont au Canada.
07:45Et tout à l'heure, à l'extérieur, je voyais un cheval de Troie.
07:48Eh bien, c'est une façon, par l'intermédiaire de cet état,
07:51d'imposer ce qu'on a refusé sur le TTIP.
07:54Et donc, je me dis, mais à quoi ils pensent, nos députés européens ?
07:58La construction de l'Europe, ils sont en train de la détruire
08:01parce qu'il n'y a plus confiance, il n'y a plus de confiance des citoyens européens.
08:04On va parler, bien sûr, de ces conséquences.
08:06Éric Andrieux, votre réaction à ce vote,
08:10sachant que vous êtes membre des socialistes et démocrates,
08:13un groupe qui était lui-même profondément divisé dans ce vote,
08:16vous étiez contre, mais beaucoup de socialistes et démocrates européens
08:19étaient pour le vote du CETA et ont voté pour.
08:22Oui, tout à fait. Je crois que le groupe social-démocrate
08:26s'est partagé, finalement, les voix.
08:27On est de l'ordre d'un équilibre 60-40.
08:2960 pour l'accord et 40 contre.
08:32Et la délégation socialiste française, à l'unanimité,
08:36fait partie des celles et ceux qui se sont prononcés contre l'accord,
08:39sans ambiguïté.
08:40Je pense que ce vote-là, et je partage ce que vient de dire Michel Rivasi,
08:44c'est la fin d'une génération d'accords.
08:47Et ce n'est pas le début d'une nouvelle génération d'accords.
08:50Je crois qu'il faut bien faire la différence.
08:51Et ça pointe bien, ça c'est ma lecture,
08:54les limites, finalement, de la démocratie telles qu'on la vit au quotidien
08:58dans ce Parlement et telles qu'on la vit à l'échelle de l'Union européenne.
09:02Je crois qu'on nous demande, en tant que parlementaires,
09:05de poser un acte responsable, à travers un vote,
09:08c'est quand même notre boulot, de voter et de légiférer,
09:11sur un accord qui est un mouvement, c'est un processus.
09:13Il n'est pas abouti.
09:14Et tout le monde en convient.
09:15Il n'est pas abouti du point de vue juridique,
09:18il n'est pas abouti du point de vue économique,
09:19il n'est pas abouti du point de vue social, environnemental,
09:22donc alimentaire.
09:23Et on nous demande, à un instant T, de se positionner.
09:25Je pense que c'est le témoin d'une inconséquence du fait démocratique.
09:30Et je crois que s'il y a autant de citoyens et de citoyens européens
09:32qui sont en colère sur cet accord-là,
09:34c'est parce qu'effectivement, ils ne sont pas contre le commerce international.
09:38Mais ils sont, comme nous le sommes nous, je crois tous les trois,
09:40sur une logique de juste échange, de juste commerce.
09:42On sait bien qu'il y a des perdants et des gagnants dans un accord.
09:45Et la question qui se pose à nous, c'est ça.
09:47Et je partage ce qui a été dit.
09:48On ne va pas accompagner les petites PME ou les TPE
09:52dans une dynamique internationale.
09:54On est toujours sur une logique de concentration,
09:56d'un productivisme exacerbé,
09:58dans lequel on fait le lit toujours des mêmes,
10:00où l'argent va à l'argent.
10:01Il n'y a pas un souci sociétal dans l'avenir qui est devant nous.
10:04On est sur un monde en plein mouvement,
10:06un monde qui bouge, dans lequel les structures de gouvernance
10:09ne sont pas adaptées aujourd'hui.
10:10Et ça, ça ne peut pas ne pas nous interroger.
10:13Et je veux justement, je veux dire, pour terminer mon premier propos,
10:15sur le volet alimentaire.
10:17Quand ce matin, on sait en France qu'on a une question majeure,
10:20c'est la question de la filière bovine.
10:22Et quand j'entends la commissaire, dans son propos conclusif,
10:25dire, j'ai bien entendu votre message,
10:27sur les inquiétudes que vous avez,
10:30sur l'avenir de la filière bovine.
10:32Je dis ici que l'accord ne sera pas dramatique pour la filière.
10:35Si ça, c'était une réponse du niveau d'une commissaire européenne,
10:39écoutez, donc moi, je me demande de venir très rapidement
10:41commissaire européen à l'agriculture.
10:42Il y a des études qui prouvent le contraire.
10:44Une question, on ne va pas y passer cinq minutes,
10:48mais une question tout de même à vous, Éric Andrieux,
10:50comment se fait-il que le groupe socialiste-démocrate,
10:53et tous les commentateurs, et les personnes,
10:57les citoyens qui étaient dehors, en parlaient également,
11:00comment se fait-il que votre groupe, les socialistes-démocrates,
11:02n'ait pas réussi à se mettre d'accord sur une position commune ?
11:05Qu'est-ce qui cloche ? Qu'est-ce qui ne va pas ?
11:06Non, parce qu'il y a celles et ceux qui pensent le devenir
11:10et qui posent un acte, en disant, voilà,
11:11il y a un instant T, un accord qui est signé
11:13et qui doit ouvrir de nouvelles perspectives,
11:15et il y a ceux qui ont une vision plutôt,
11:17je dirais, un mode rétroviseur,
11:20et qui actent un accord, on vient de le dire, d'anciennes générations.
11:23Je crois qu'il y a un conflit, non pas de génération,
11:25mais d'usage au sein de la délégation socialiste-démocrate
11:28au niveau européen,
11:29avec des différences d'appréhension
11:31à l'échelle des délégations liées aux États-nations
11:34qui les représentent.
11:35Patrick Royaric, votre réaction à ce vote,
11:38sachant que, encore une fois,
11:39vous le disiez il y a quelques secondes,
11:41mais c'est tout de même le premier accord commercial
11:43que signe l'Union européenne
11:45avec un grand pays comme le Canada.
11:47Donc on est tout au début,
11:49vous avez parlé de cheval de Troyes,
11:51on l'a vu, il est dehors, le cheval de Troyes,
11:53effectivement, c'est tout de même très important,
11:56l'enjeu était tout de même très important dans ce vote.
11:58Oui, parce que ce n'est pas un accord commercial,
12:01c'est un accord de libre-échange.
12:02Un accord de libre-échange
12:04qui ne porte pas seulement,
12:05comme jusqu'à ces 50 dernières années,
12:10mettons, sur les tarifs douaniers,
12:12il porte désormais sur les normes environnementales,
12:14les normes sociales.
12:16Et c'est pour cela qu'il parle de libre-échange.
12:21Mais le libre-échange pousse inévitablement,
12:24non pas à un échange équitable
12:27entre des parties qui se mettent d'accord,
12:28mais il pousse inévitablement à l'abaissement
12:32de ces normes sociales, environnementales, sanitaires, alimentaires.
12:36Et donc, c'est le problème fondamental, il est là.
12:40Mais il y a un second problème, pour moi,
12:42c'est qu'il a une sorte de jurisprudence
12:49qui va peu à peu s'appliquer.
12:50Par exemple, on dit,
12:52c'est un accord qui concerne à la fois
12:54l'Union européenne comme Union,
12:56mais aussi les États nationaux,
12:58puisqu'il y a, contrairement à ce qui a été dit
13:02dans le débat également,
13:04il n'y a pas que des questions de commerce.
13:06Dès lors qu'il y a des questions comme celles des normes,
13:09et donc on touche aux législations nationales,
13:11ça devient ce qu'on appelle un accord mixte.
13:13Mais non content d'avoir reconnu ça,
13:15et donc, avec l'obligation que les parlements nationaux
13:18s'y prononcent,
13:19on va l'appliquer de manière provisoire.
13:22Et on sait ce que ça veut dire le provisoire.
13:24Le provisoire dure toujours,
13:26et il ne dure pas au profit des populations,
13:29il dure contre les populations.
13:32Mieux que ça,
13:34avant de, quand il sera en œuvre,
13:36avant de faire une loi demain,
13:38dans un pays en France,
13:40il y a un système qu'on appelle
13:42de coopération réglementaire.
13:44C'est du charabia innommable,
13:47mais ça veut dire exactement
13:48que les commissions parlementaires
13:50à l'Assemblée nationale et au Sénat,
13:52devront vérifier que la loi qu'ils font
13:55soit bien conforme à ça.
13:57Donc, il y aura la prédominance
13:59d'une loi internationale,
14:01d'une jurisprudence internationale,
14:04sur un droit qu'on voudra faire demain.
14:08Et donc, oui,
14:10moi je pense que c'est
14:12une sorte de modification constitutionnelle en douce
14:15qu'on est en train de nous imposer.
14:17et c'est pour ça qu'il faudra,
14:19dans les semaines qui viennent,
14:20imaginer des initiatives
14:21pour mettre ça en échec.
14:22Une perte de démocratie
14:25à laquelle on n'est pas forcément attentif.
14:28Il y a une perte réelle,
14:29notamment des parlements nationaux,
14:31dans une affaire comme ce vote de CETA.
14:33Et on n'a pas forcément...
14:34D'abord, on n'a consulté personne avant.
14:38On ne l'a pas mis en débat.
14:40On aurait pu le mettre en débat
14:41dans chaque mairie,
14:43dans les quartiers,
14:43dans les associations.
14:44On aurait pu faire un grand débat public.
14:46On aurait pu dire,
14:47il y a eu des débats publics
14:49pour les primaires
14:50dans les forces politiques.
14:51Mais pourquoi sur un sujet comme ça,
14:54il n'y a pas,
14:54non pas des primaires,
14:55mais qu'il y a un débat politique
14:57sur le contenu,
14:58qu'on le décortique
14:59et de manière contradictoire.
15:02Pourquoi on ne l'a pas fait ?
15:03On l'a caché aux populations
15:05et maintenant,
15:05on veut enlever
15:07la souveraineté populaire
15:08des populations
15:09et puis la souveraineté
15:11de décision
15:11des élus nationaux.
15:13On a pourtant eu l'impression,
15:15Michel Rivasi,
15:16vous le disiez tout à l'heure,
15:16qu'il y a eu débat,
15:17qui a conservé tout de même
15:18pas mal de monde en Europe
15:20sur des thèmes,
15:21vous le rappeliez les uns et les autres,
15:22qui sont des thèmes
15:23qui nous concernent,
15:24qui sont concernants.
15:25Ce n'est pas des grandes décisions
15:28administratives
15:29ou des lointaines.
15:30Il s'agit de notre vie
15:31de tous les jours,
15:32il s'agit de ce qu'on mange,
15:33il s'agit de ce qu'on achète,
15:34etc.
15:35Comment se fait-il
15:36que finalement,
15:36ces thèmes que vous avez
15:38les uns et les autres
15:39développés dans la campagne
15:40contre le CETA
15:41n'aient pas été plus entendus
15:43ou en tous les cas
15:44n'aient pas été traduits
15:45à l'intérieur de ce Parlement ?
15:47Est-ce qu'il n'y a pas
15:48un véritable problème aujourd'hui
15:49de dissociation,
15:51de schisme,
15:52j'allais dire,
15:52entre les mouvements citoyens,
15:53ce que pensent les gens
15:54et ce qu'ils votent
15:55derrière ce mur
15:56à quelques mètres de nuit ?
15:57Je trouve que c'est
15:59exactement la caricature
16:01de ce qu'on est en train
16:01de vivre.
16:02Parce que quand j'ai vu
16:04moi l'intervention
16:05de Cécilia Malmström,
16:06qui représentait
16:07donc la Commission,
16:09j'avais l'impression
16:10que c'est la Commission
16:10qui a le pouvoir
16:11sur ces traités,
16:12effectivement elle a,
16:13puisqu'on lui a délégué
16:15ces pouvoirs,
16:16et que nous déjà
16:18parlementaires,
16:18on se dit
16:19mais attendez,
16:20il n'y a pas eu
16:21la transparence
16:22sur les débats,
16:23je vous disais,
16:23sur la santé,
16:24sur l'alimentation
16:25qui nous touche de près,
16:26il n'y a pas eu ces débats
16:27en disant,
16:28ben voilà les conséquences,
16:29il a fallu qu'on cherche,
16:30qu'on regarde,
16:31qu'on compare,
16:32qu'on exige même,
16:34vous voyez,
16:35un peu plus de transparence.
16:36On ne peut même pas
16:36accéder au texte.
16:37Oui, c'est ça,
16:38il faut le redire ça tout de même.
16:40Bien sûr,
16:40il n'y a eu aucune transparence
16:41là-dessus.
16:42Vous interdisez
16:42d'aller les consulter.
16:44Écoutez,
16:44on ne pouvait même pas
16:45faire des photocopies,
16:46enfin bon,
16:47c'était tout un beans.
16:49Et moi,
16:49ce que je reproche,
16:50c'est aussi les états membres.
16:52Parce que tout n'est pas perdu
16:53quand même,
16:53ce que je voudrais dire aux gens,
16:54tout n'est pas perdu.
16:55On va en parler tout à l'heure
16:55de la traite,
16:56bien sûr, en détail.
16:56La mobilisation citoyenne,
16:57c'est très important,
16:58et puis il y a maintenant
16:59les états membres.
17:00Même si,
17:01il y a une application,
17:02et vous savez,
17:03ce qui est provisoire,
17:10je trouve que là,
17:10on est vraiment,
17:11alors tu en parlais,
17:13dans une démocratie représentative
17:15qui n'a plus de sens.
17:16Parce que les gens
17:17prennent le pouvoir,
17:18donc quand vous prenez le pouvoir,
17:20vous prenez aussi le savoir,
17:22et donc vous ne le redistribuez plus
17:24au peuple,
17:24il ne peut plus y avoir de débat.
17:26Et ça,
17:27je trouve que le CETA,
17:28c'est vraiment la caricature de ça.
17:29On l'a eu sur le TTIP,
17:31mais enfin,
17:31c'est un peu Trump
17:32qui dit
17:33le TTIP,
17:34pas question,
17:34mais sur le CETA,
17:36en plus,
17:37ce qui est horrible,
17:38c'est qu'on vous dit,
17:38ah mais il est meilleur
17:39que le TTIP.
17:41Il est meilleur ?
17:42Ah bon ?
17:42Mais il y a toujours
17:43ce tribunal arbitral,
17:45alors on l'a un peu amélioré.
17:46Regardez la pression
17:47qu'il y a eu sur Paul Magnette,
17:49qui était président du Parlement,
17:51au niveau de la Wallonie,
17:52qui jusqu'au dernier moment
17:54essayait de tenir,
17:55et puis il a subi
17:56des pressions tellement fortes
17:57qu'il a obtenu
17:58peut-être quelques petites avancées
18:00sur ce tribunal,
18:01mais pas plus.
18:02Et moi,
18:03ce dont j'ai peur,
18:04c'est que la pression
18:05que vont faire
18:05certains États,
18:06vis-à-vis d'autres,
18:07pour que le CETA continue
18:09et que ça soit acté.
18:11Prenons l'exemple de la France.
18:12Si on le votait aujourd'hui,
18:14ce CETA,
18:15au niveau de l'Assemblée nationale
18:16et du Sénat,
18:19vu que beaucoup de socialistes,
18:21c'est marrant,
18:21parce que les socialistes européens,
18:23ils sont contre le CETA,
18:24mais les socialistes français,
18:26à l'Assemblée,
18:26il y a une majorité
18:27qui est pour le CETA.
18:27À l'Assemblée nationale, oui.
18:28Vous avez les républicains
18:30qui vont voter pour,
18:31et donc,
18:33ils auront la majorité.
18:35Donc,
18:35il y a quand même
18:36un déficit de débat démocratique,
18:38vous voyez,
18:39sur ces choses
18:39qui nous intéressent tous.
18:41Ce n'est pas un acte diplomatique,
18:42le CETA.
18:43C'est un acte
18:44qui va toucher
18:45tout notre quotidien.
18:46Et en plus,
18:47qui va complètement
18:48à l'encontre
18:48des grands engagements,
18:50vous voyez,
18:50sur le climat,
18:51la transition énergétique,
18:53etc.
18:53Et puis,
18:55on a toujours présenté
18:55les Canadiens
18:56comme des bons bicherons,
18:57vous voyez,
18:58avec leur chemise à carreaux,
19:00en disant,
19:00c'est des gens sympas.
19:02Eh bien,
19:02j'ai regardé de près...
19:03Des fois,
19:03ils ont une franceonneuse,
19:03quand même.
19:04Oui.
19:04J'ai regardé
19:05toutes les attaques
19:06qu'on a eues
19:06au niveau de l'Organisation
19:07mondiale du commerce,
19:08que ce soit sur les OGM.
19:10C'est le Canada
19:11qui a saisi l'OMC.
19:12Quand c'était sur le bœuf,
19:14vous savez,
19:15où on les piquait aux hormones,
19:17c'est encore le Canada
19:18qui avait attaqué l'OMC.
19:20Et on dit,
19:21mais ils sont gentils les Canadiens.
19:23Mais non.
19:23Sur l'environnement,
19:24ça a toujours été des terribles.
19:26Sur leur énergie fossile,
19:27les sables bitumineux,
19:28qui c'est qui a poussé même,
19:30tu vois,
19:30pour qu'on puisse véhiculer
19:33ces carburants
19:34complètement incroyables
19:35sur l'environnement,
19:36c'est encore une fois
19:37les Canadiens.
19:37Sur l'agriculture,
19:38ils sont pour les fermes-usines.
19:39Mais exactement.
19:40Bien plus grandes
19:41que les fermes européennes.
19:42On vous présente le Canadien sympa.
19:43Non.
19:43Que ce soit M. Harper,
19:45que ce soit M. Trudeau,
19:46même s'il est plus jeune
19:47et plus sexy,
19:49eh bien,
19:49il est pareil.
19:50Il faut dire que les socialistes canadiens
19:52sont contre le CETA.
19:53Oui.
19:54Oui, quand même.
19:55Mais ils ne votent pas
19:55au Parlement européen.
19:57Éric Andrieu,
19:57est-ce que c'est votre sentiment
19:59tout de même
19:59que ce vote, là,
20:00c'est en gros un sale coup
20:01quand même pour le Parlement européen,
20:03en tous les cas,
20:03ça ne va rien faire
20:04qu'il puisse permettre
20:05de remettre le Parlement européen,
20:10disons,
20:11sur les rails
20:11par rapport à l'opinion,
20:12par rapport au mouvement citoyen,
20:14etc.
20:14On a l'impression
20:15que le fossé s'élargit
20:16et que ce n'est pas
20:17en tous les cas
20:18un vote comme celui-ci
20:19qui va permettre
20:19de réconcilier
20:21ou de concilier
20:22le Parlement européen
20:23et les citoyens.
20:24Est-ce que c'est grave,
20:25ce vote, finalement,
20:26de ce point de vue-là ?
20:27Ah oui.
20:28Je ne pense pas...
20:30Le vote en tant que tel
20:31est grave
20:32pour les raisons
20:33qu'on évoque là.
20:34Et au-delà du vote
20:34en tant que tel,
20:35d'ailleurs,
20:36on a commis ce matin
20:36des votes pas aussi graves,
20:38mais graves quand même.
20:39Quand on parle,
20:39donc,
20:40au niveau écologique,
20:41on s'est assis ce matin
20:42sur l'accord de Paris,
20:43quand même,
20:43donc c'est passé,
20:44pour l'instant,
20:45inaperçu,
20:45mais ça sera un sujet de débat.
20:46Donc je pense qu'effectivement,
20:48au-delà des votes
20:48que l'on commet ici,
20:49c'est les processus
20:50qui conduisent au vote.
20:51Ça a été un peu dit,
20:52c'est-à-dire qu'effectivement,
20:53on est sur un monde
20:54en plein mouvement,
20:55ce n'est pas nouveau,
20:55quoi,
20:56donc je crois,
20:57et qu'il faut que le Parlement européen,
20:58c'est illustratif,
20:59finalement,
21:00ces votes-là,
21:01c'est ma lecture
21:01d'une crise
21:02que nous vivons
21:02à l'échelle communautaire.
21:03C'est-à-dire,
21:04effectivement,
21:04de l'incapacité
21:05que nous avons
21:05à pouvoir faire
21:07l'aller-retour
21:08entre,
21:09comment dire,
21:09les besoins,
21:10les désidérataires
21:11des populations
21:12de l'Europe entière,
21:13des 28 États de l'Union
21:14pour l'instant
21:14et 27 demain certainement,
21:16et puis donc,
21:17de ce qui se passe
21:17à l'échelle
21:18de l'ensemble des continents.
21:19Et je pense qu'il faut
21:20que nous intégrions,
21:21dans nos façons de faire
21:22et d'être,
21:23en tant que parlementaires,
21:24ces nouveaux processus
21:25de mode de décision.
21:26On ne peut pas à la fois
21:27ne pas consulter,
21:28ne pas rendre audible,
21:30accessible,
21:31comment dire,
21:31intelligible
21:32tout ce qui conduit
21:33à la décision aujourd'hui.
21:34L'exigence citoyenne
21:36est beaucoup plus grande
21:37aujourd'hui qu'hier
21:37dans un monde
21:38qui a muté.
21:40une logique bipolaire
21:41où les équilibres se font
21:42comme elles se faisaient
21:43il y a 20-30 ans.
21:44On est sur un monde globalisé,
21:45on se le dit donc régulièrement,
21:46dans lequel il faut
21:47que les institutions européennes
21:49appréhendent cette nouvelle façon
21:50de fonctionner avec les autres.
21:52Ça a été dit,
21:52on n'est pas sur des questions
21:53sur l'accord,
21:54donc du livre-échange
21:55dont on parle,
21:56des problèmes douaniers uniquement.
21:57On est sur une question de normes,
21:58on est sur des logiques normatives.
22:00Il y a 30 ans, 50 ans,
22:01les normes se faisaient
22:02à l'échelle locale,
22:03puis ça a été l'échelle nationale,
22:04puis ça a été l'échelle européenne.
22:06Aujourd'hui,
22:06les normes de demain
22:07se feront à l'échelle mondiale.
22:09Donc ça nous oblige.
22:10Quand j'entends dire aujourd'hui
22:11qu'il faut vite signer cet accord
22:12parce que Trump vient d'arriver,
22:15et vite vite il faut le faire,
22:16je me dis que c'est une inconséquence,
22:17c'est une responsabilité politique,
22:20crasse.
22:20C'est parce que Trump est arrivé
22:22que ça nous oblige
22:23d'avoir des accords
22:24qui soient quasiment parfaits
22:26et qui prennent en compte
22:27l'ensemble des éléments,
22:28qui soient environnementaux,
22:31sociétaux, économiques, climatiques.
22:33Or tout ça n'est pas pris en considération.
22:34Le principe de précaution
22:35n'est même pas dans l'accord
22:37qui nous est proposé.
22:38Donc on ne peut pas imaginer
22:39qu'on fasse un accord à minima
22:41lorsqu'autour de nous
22:42on a des responsabilités majeures.
22:45Trump d'un côté,
22:46Poutine de l'autre,
22:47on voit la Chine qui émerge,
22:48ce n'est pas des petits sujets.
22:49Et nous l'Union européenne,
22:50le continent d'équilibre,
22:52on irait négocier des accords à minima.
22:54Je pense que nous ne sommes pas
22:55à la hauteur de l'enjeu sociétal
22:57qui est devant nous
22:57dans un monde contemporain
22:59qui va très vite.
23:00Donc il faut,
23:00du point de vue de la gouvernance européenne,
23:03revisiter très vite
23:04nos modes de décision
23:05pour être à la hauteur
23:06des enjeux planétaires
23:07dont nous sommes
23:08les premiers responsables aujourd'hui.
23:09Vous n'y êtes pas,
23:10c'est ça que vous dites aussi Patrick Yari,
23:11qu'on n'est pas à la hauteur
23:12de ces enjeux
23:13dont on est en train de parler ici.
23:16Et le Parlement l'a encore
23:17un peu prouvé ce matin.
23:18Il y a un rapport de force mondiale
23:20qui fait que les enjeux
23:23qui sont pris en compte,
23:24ce sont les enjeux des multinationales
23:25qui, elles,
23:26sont dans une guerre économique
23:27les uns contre les autres.
23:29Ce n'est pas tellement
23:30un problème entre l'État canadien
23:33et l'Union européenne
23:35comme entité politique.
23:37La question qui s'est négociée,
23:39c'est l'intérêt
23:40des grandes sociétés transnationales
23:44canadiennes et européennes,
23:46mais au-delà mondiales.
23:47C'est de ça exactement qu'il s'agit.
23:49C'était bien dit ce matin
23:50par un certain nombre d'entre vous,
23:51d'ailleurs dans le débat.
23:52C'était, qu'est-ce qu'on veut,
23:53écouter les peuples
23:54ou les intérêts des gens
23:55en règle générale
23:56ou les intérêts des multinationales.
23:58C'est pour ça que le droit
23:59qui est en train de se fabriquer,
24:01c'est plutôt un droit des affaires
24:03contre les droits humains
24:04qui, depuis 1945,
24:07étaient plutôt pris en compte
24:09par les institutions internationales,
24:11par les gouvernements en général,
24:13à peu ou prou,
24:13mais quelle qualité leur tendance.
24:17On a eu ce mouvement ascendant
24:20pour le progrès social,
24:21le progrès économique,
24:23les droits humains,
24:24et on est aujourd'hui
24:25dans une nouvelle phase
24:26contre laquelle il faut lutter.
24:28Alors justement,
24:29il nous reste encore quelques minutes.
24:32Contre lesquelles on peut lutter,
24:33comment ?
24:34Qu'est-ce qui se passe maintenant
24:35pour vous qui avez tous milité
24:36contre les États ?
24:37Vous l'avez dit les uns et les autres,
24:38ce n'est pas terminé.
24:39Qu'est-ce qui se passe maintenant ?
24:40Alors, d'abord,
24:42tout n'est pas perdu.
24:43Bon.
24:43En quelques mots,
24:44parce qu'on a un petit peu pris.
24:45Donc, il y a la mobilisation citoyenne,
24:48il faut qu'elle contacte leur État,
24:50puisque ça va se jouer maintenant,
24:52au niveau des parlements nationaux.
24:54Donc, il faut absolument
24:55que les parlements nationaux
24:56votent négativement le CETA.
24:58Donc, ça veut dire que maintenant,
25:00chacun a sa propre responsabilité.
25:02Qu'est-ce que je peux faire à mon niveau ?
25:04Eh bien, qu'on soit hongrois,
25:07polonais, espagnol, etc.
25:08Il faut tout faire
25:10pour que les parlements votent non.
25:13Et ça, c'est la responsabilité
25:14de chaque élu sur le plan national.
25:16Et puis, en même temps,
25:17il faut qu'au niveau des régions,
25:18ça soit la même chose,
25:19que des régions disent
25:21qu'on est en désaccord avec cet État.
25:23S'il y a cette mobilisation,
25:24si la mayonnaise prend,
25:26et qu'on arrive à un vote négatif,
25:28par exemple, de la France,
25:30de l'Allemagne, de l'Espagne, etc.,
25:32eh bien, ça s'arrêtera.
25:34Donc, là, on a perdu une manche,
25:36mais on n'a pas perdu la guerre.
25:37Enfin, je n'aime pas la guerre,
25:38mais on n'a pas perdu.
25:39Voilà.
25:40Éric André, votre point de vue ?
25:41Oui, je partage.
25:42Aujourd'hui,
25:43un des combats qui a été gagné,
25:45somme toute dans ce processus-là,
25:46c'est d'arriver à l'accord mixte.
25:48C'est-à-dire qu'il y a une part européenne,
25:49une compétence européenne,
25:50une part nationale.
25:52La part nationale, elle est minime,
25:53elle est de l'ordre de 20%.
25:54Mais ce n'est pas rien,
25:55comme ça vient d'être dit,
25:56c'est évidemment à l'échelle
25:57des parlements nationaux.
25:58Et là, je crois que ça se réfléchit.
26:00Quand on dit que les socialistes français,
26:02donc plutôt allant sur l'accord,
26:04je m'inscris en faux.
26:05Aujourd'hui,
26:06c'est vrai qu'on a un secrétaire d'État,
26:07Mathias Feckel,
26:08qui a fait un gros boulot
26:09pour passer sur la partie juridictionnelle,
26:11donc faire évoluer,
26:12même si c'est loin d'être parfait,
26:13la partie juridictionnelle
26:14vers ce qu'on appelle l'ICS aujourd'hui.
26:16Donc, on voit bien
26:17qu'il y a des interrogations
26:18qui sont portées.
26:19Pour autant,
26:20la question, elle est posée.
26:21Et moi, je ne suis pas convaincu
26:22que dans cette phase-là,
26:24il n'y ait pas une majorité,
26:25dans le cas au sein du Parlement français,
26:27pour refuser l'accord
26:28tel qu'il est présenté.
26:29Et le combat qui nous anime aujourd'hui,
26:31c'est d'aller rencontrer
26:32ce que nous avons fait déjà,
26:33pour ce qui est des socialistes,
26:35nos partenaires
26:35ou nos collègues parlementaires français,
26:38pour pointer avec eux
26:40de l'inconséquence
26:41du traité qui nous est proposé.
26:44Patrick,
26:45il y a un mot aussi
26:45sur l'après,
26:46sur la suite,
26:48on va dire,
26:48tout simplement.
26:48Moi, je crois
26:49qu'il faut continuer d'informer,
26:51de décortiquer
26:52ce qui vient d'être voté là,
26:56organiser le maximum de réunions,
26:57être en lien avec le mouvement
26:59social et citoyen
27:00qui est en train de se développer.
27:02Évidemment,
27:03essayer d'obtenir
27:04une majorité parlementaire
27:06dans le futur Parlement
27:07qui ne vote pas ça,
27:09puisque nous allons,
27:10j'imagine,
27:11le voter après
27:12les prochaines élections législatives.
27:15Et enfin,
27:17peut-être,
27:17faut-il consulter
27:18les citoyens
27:19dans chacun des pays européens
27:21par référendum,
27:22ce qui permettra
27:23le débat
27:24et un vote
27:24à la fin.
27:25Voilà,
27:26merci beaucoup à vous.
27:27Merci à ceux
27:28qui nous avaient suivis
27:29en direct
27:30depuis le Parlement européen
27:31de Strasbourg.
27:32A bientôt.
27:32Merci, au revoir.
27:36Choisissez bien
27:36votre futur président
27:38et posez-lui la question.
27:40Merci.
27:40Sous-titrage Société Radio-Canada
27:42Sous-titrage Société Radio-Canada

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