- il y a 13 heures
La démission de Nicolas Hulot a relancé le débat sur le pouvoir des lobbies, aussi bien dans chaque État qu'au niveau de l'Union européenne.
Quelle réplique démocratique prenant en compte les intérêts des citoyens ? Débat avec les eurodéputé.e.s Michèle Rivasi (VERTS-ALE), Eric Andrieux (S et D) et Patrick Le Hyaric (GUE-GVN).
Quelle réplique démocratique prenant en compte les intérêts des citoyens ? Débat avec les eurodéputé.e.s Michèle Rivasi (VERTS-ALE), Eric Andrieux (S et D) et Patrick Le Hyaric (GUE-GVN).
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00:10Bonjour et bienvenue dans ce débat depuis le Parlement Européen de Strasbourg,
00:14saison 2018-2019 qui débute en ce moment. Environnement qui fait la loi ? C'est un peu
00:21comme ça qu'on va poser la question après plusieurs échecs dans les combats sur l'environnement,
00:26la démission du ministre français vient de relancer tout de même plusieurs questions qui
00:30concernent l'Europe. Est-ce que l'Europe peut et veut vraiment lutter contre la dégradation de
00:36l'environnement, contre l'urgence du réchauffement climatique ? C'est des questions qui se posent
00:40depuis plusieurs semaines. Est-ce que comme ça a été dit, répété au cours des derniers jours,
00:45effectivement les lobbys ont tous les pouvoirs ? Alors on laissera de côté, je vous présente tous
00:50les trois bien sûr, on en débat avec vous Michel Rivasi, vous êtes députée européenne vers Alliance
00:54Libre Europe, Eric Andrieux député européen socialiste et démocrate, Patrick Le Yaric député
01:00européen gauche unitaire européenne gauche verte nordique, merci à vous trois d'être autour de
01:04ce plateau. Alors on va laisser tomber le contexte français bien entendu, bien que vous soyez tous
01:09les trois députés français, vous avez tout de même suivi la démission de Nicolas Hulot qui pose un
01:15certain nombre de questions, pas seulement pour la France mais sans doute aussi on va en parler pour
01:19l'Union européenne. Pour faire rapide il a dit bon en fait il est impossible quand on est ministre de
01:23faire
01:24aboutir des mesures en matière d'environnement qui seraient à la hauteur des défis actuels.
01:29Le pouvoir des lobbys, c'est-à-dire en gros les grands groupes industriels mondiaux, sont trop
01:34puissants au sein même de l'ETA, au sein des grandes institutions comme l'Union européenne.
01:40Alors encore une fois, à toutes choses égales par ailleurs, c'est en laissant tomber les questions politiques
01:45françaises, vos réactions, votre réaction Michel Rivasi à ce type d'argument qu'on entend depuis maintenant plusieurs semaines ?
01:51Le conseil qu'en a fait Nicolas Hulot, de démissionner quand même d'un ministère où il était la troisième
01:58personne de l'Etat en disant j'ai essayé de faire avancer l'urgence climatique et je m'aperçois que
02:05ça avance
02:07trop lentement, un petit pas et qu'il n'y a pas eu surtout une prise de conscience des politiques
02:12dont le
02:12président de la République, dont le premier ministre et ses collègues, je pense au ministère de l'Agriculture,
02:17qu'il y a urgence et il faut avoir une politique cohérente. Et en plus, il a été, à mon
02:23avis, il y a deux
02:24choses quand même qui l'ont poussé à partir, c'est le lobby des chasseurs, où là vous avez lu
02:30que M.
02:30Macron reprend les vieilles chasses de façon quand même complètement incroyable, que c'est lui-même qui
02:37décide de diminuer d'un facteur 2 le prix, vous voyez, du permis. Mais c'était aussi le nucléaire puisqu
02:45'il avait
02:45commandé un rapport et dans ce rapport il était dit il faut repartir sur la construction de 6 EPR pour
02:52faire en sorte à ce qu'il y ait la compétence au niveau des gens qui travaillent dans le nucléaire.
02:56Donc quand il a vu tout ce poids entre le lobby nucléaire, le lobby des chasseurs, le lobby même de
03:02l'agriculture avec l'histoire du glyphosate et des pesticides, il s'est dit mais à quoi je sers ?
03:08Et en même
03:08temps, il prenait plein de critiques parce que regardez, on est à Strasbourg, il y a le
03:15grand contournement autoroutier, il y a cet avis défavorable pour ce grand contournement et bien le
03:20préfet prend comme... Des recours encore. Il y a encore deux recours et le préfet dit ça y est on
03:27peut y aller,
03:27on peut faire ce qui va à l'encontre de l'urgence climatique puisque plus d'autoroutes ça va faire
03:34plus de CO2 etc. Donc c'est vrai que les lobbies sont très présents mais en même temps vous dites
03:40les politiques n'ont pas entendu l'urgence climatique. Il faut aller à l'encontre des lobbies et on voit
03:46que
03:47ce gouvernement Macron comme on a aussi au niveau de l'Europe parce qu'on a aussi des lobbies sur
03:52le plan
03:52européen mais comme on est 750 députés de différents pays, il y a une espèce de dilution alors que dans
04:00un Etat membre quand vous avez le poids de ce lobby nucléaire en France, ça vous coupe les pattes et
04:06puis vous dites bon il faut une mobilisation citoyenne plus forte et il faut qu'il y ait une culture
04:12écologique plus forte au niveau des politiques. En même temps il y a l'urgence, c'est bien ça qui
04:17est entré en ligne de compte
04:17Eric Andrieux dans ce qu'on a entendu. Il y a une urgence et on n'est pas en train
04:21de parler sereinement des
04:22questions de climat ou des questions de l'environnement, on est en train d'en parler dans l'urgence d
04:27'agir.
04:28C'est ça ?
04:29Oui il y a une urgence. Mais bon d'abord je crois qu'il ne faut pas tout mélanger. Je
04:33pense que la démission de Nicolas Hulot pour le clore ou pas clore...
04:36Non elle a été juste un révélateur qui fait qu'on en a parlé.
04:39Plus qu'un révélateur, elle est un désaveu d'une façon de faire de la politique. C'est à dire
04:42qu'on ne peut pas affirmer des intentions et puis quand on est au rendez-vous de l'action, ne
04:47pas être dans l'action.
04:48Je pense que dans un état de droit, le politique doit reprendre sa place. C'est qu'aujourd'hui il
04:55y a urgence.
04:56Quand dans une société on a 80% de disparition des insectes, on le dit régulièrement, 30% de disparition
05:02des oiseaux, qu'on a des maladies orphelines qui apparaissent quasiment tous les mois et on est ici quelques spécialistes,
05:08quand on a des problèmes de puberté précoce, des problèmes de fertilité, on ne peut plus ne pas s'interroger
05:12sur l'urgence d'agir.
05:14L'urgence d'agir, ça passe par des orientations politiques claires. Oui, aujourd'hui on vient de sortir d'un
05:19été dramatiquement chaud, pour le moins.
05:22Il n'y a pas qu'ici. C'est la première fois depuis un siècle, je crois, qu'il y
05:26a eu un incendie en Suède. Je ne parle pas de l'incendie de ce week-end, mais de l
05:30'incendie de cet été en Suède.
05:31Je crois qu'il y a des éléments tangibles aujourd'hui et très concrets qui montrent aux politiques qu'il
05:36y a urgence d'agir.
05:38Mais urgence d'agir, ça veut dire qu'on met en place des orientations réelles et on met des moyens
05:42dédiés réels.
05:43Ce n'est pas ce qui se passe. Et je crois que cette diminution-là est illustrative d'un désordre
05:48finalement dans le fait politique.
05:49Quand on croit et qu'on a des valeurs, donc c'est vrai pour le social, c'est vrai pour
05:53l'économique, c'est vrai pour l'environnemental, on définit des lignes, on met en place des moyens et on
05:58met en œuvre des actions.
06:00C'est ce qui fait des défauts ici d'ailleurs, au Parlement européen ou dans l'Union en général, comme
06:04au niveau français, sur les enjeux environnementaux ou donc, ça vient d'être dit, sur les enjeux énergétiques.
06:09Mais ce qu'a révélé l'affaire Rulo, encore une fois, au-delà des raisons pour lesquelles il les a
06:14faites ou des raisons à l'intérieur français, etc., c'est qu'il a dit justement le contraire.
06:19Ce n'est pas faisable, c'est impossible aujourd'hui d'imposer quelque chose qui irait dans le sens des
06:25urgences qu'on devrait prendre maintenant.
06:27Comment vous l'avez interprété, vous, cette décision ?
06:30Manifestement, il apparaît assez clairement maintenant qu'il y a une antinomie entre vouloir faire la transition écologique,
06:40vouloir faire le progrès social, même le progrès démocratique avec une société où on nous impose l'ultralibéralisme renforcé.
06:49Dès lors que le pouvoir est entre les mains des marchés financiers et des grandes sociétés multinationales,
06:55il est très difficile de réorienter les choix sociaux et environnementaux.
07:01C'est la question fondamentale sur laquelle on bute aujourd'hui et dans les explications qu'il a données, ça
07:10transparaissait clairement.
07:12Donc il faut tenir compte de ça pour essayer d'inventer un monde des communs,
07:17mais qui implique que le pouvoir soit entre les citoyens d'abord et que le gouvernement,
07:24ceux qui sont élus, qui sont l'émanation normalement des citoyens,
07:29eh bien respectent la volonté générale des citoyens.
07:32Et de ce point de vue, ce qui s'est passé avec les mouvements samedi dernier planétaire
07:37pour le climat et l'environnement en général est plutôt intéressant.
07:40On voit bien qu'il y a un intérêt des gens pour cette question-là.
07:42Les gens descendent dans la rue.
07:44Il y a la volonté, il y a une prise de conscience aujourd'hui et la volonté que ça bouge.
07:48Alors, reprenons peut-être un peu quelques exemples concrets sans se complaire dans les échecs, etc.
07:54Mais pour tirer un peu les leçons de ça et le mesurer à ce qu'on est en train de
08:00dire là maintenant,
08:01Michel Rivasi, reprenons quand même cette histoire du glyphosate.
08:04On a vu qu'à l'instant de mobilisation, il y en a une vraie mobilisation citoyenne à l'échelle
08:11européenne, etc.
08:12Et on est arrivé au bout du compte sur un échec.
08:17Où est-ce que vous situez le problème ?
08:20On ne va même pas parler de responsabilité.
08:22Où est-ce que vous situez le problème dans cette chaîne, avec un peu le recul qu'on a maintenant
08:25sur cette affaire,
08:26qui fait que finalement, même sur une question qui semble comme ça un peu relativement simple, on n'a pas
08:31pu aboutir finalement ?
08:32Alors, attendez, on n'en est pas à un échec.
08:36Non, non, non.
08:36D'abord, 1,3 million de signatures pour demander l'interdiction du glyphosate.
08:42Après, avec mes collègues, on a pu obtenir une commission d'enquête.
08:47Mais en parallèle, il y a ce qui se passe aux États-Unis.
08:49C'est très important, Europe-États-Unis, dans cette histoire.
08:53Aux États-Unis, plus de 8000 plaintes d'agriculteurs qui sont malades.
08:57Il y a des class actions, c'est-à-dire qu'ils se réunissent entre eux, alors que ce n
09:01'est pas bien le cas, on ne peut pas trop le faire en France.
09:04Et qu'est-ce qu'ils font ?
09:06Ils attaquent Monsanto, qui est lui-même le producteur de ce glyphosate,
09:11qui vend des produits comme le Roundup et qui fait en même temps des semences résistantes au glyphosate.
09:18Donc, vous voyez que c'est le package complet.
09:22Ils font sortir des papiers internes à Monsanto qui montrent que Monsanto savait que le glyphosate était cancérogène,
09:30qu'ils achetaient des experts, qu'ils leur faisaient même signer des papiers qu'eux-mêmes faisaient moyennant en finances.
09:36Donc, ils achetaient la science.
09:38Et après, ils disaient, mais le glyphosate n'est pas cancérogène.
09:42Et ça a une répercussion très importante sur l'Europe, puisque nous, à l'Europe, on protège quand même pas
09:48mal vis-à-vis des pesticides,
09:50à partir du moment où ils sont cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques.
09:55Si l'Agence européenne avait montré que c'était cancérogène, c'était fini.
09:59Pour le glyphosate, il n'y avait pas de renouvellement.
10:00Donc, on s'est bagarré.
10:02Et au début, la commission, je me signale, c'est un problème, la commission des États membres,
10:05la commission disait, on va le renouveler pour 15 ans.
10:08Suite à cette mobilisation citoyenne, suite au procès aux États-Unis, on a obtenu 5 ans de renouvellement.
10:15Et la France avait une position particulière, grâce à Nicolas Hulot d'ailleurs, pour dire, on va l'interdire au
10:21bout de 3 ans.
10:22Sauf que là, il s'est heurté à un lobby agricole, à FNSEA.
10:26Un ministre qui est très sensible au lobby agricole qui a dit, on ne peut pas le mettre dans la
10:29loi.
10:30Bon.
10:31Donc maintenant, avec mon cher collègue André Dieu, on est trente ans de se bagarrer,
10:37parce qu'on voit bien qu'il y a des failles dans le système.
10:40D'une part, ces gros lobbies, comment ils agissent ?
10:43Ils, par l'argent, ils payent l'expertise.
10:47Vous voyez, une expertise truquée, caviardée, qui montre que leur produit n'est pas cancérogène.
10:53Et puis, comme il y a plein de députés qui ne sont pas forcément scientifiques,
10:56ils ne vont pas aller regarder, etc.
10:58Eh bien, ils croient au niveau de cette science, sauf qu'elle est truquée, cette science-là.
11:02Alors, heureusement qu'on a l'Organisation mondiale de la santé qui avait dit,
11:06pour nous, au contraire, c'est probablement cancérogène.
11:09Et vous voyez comment ils jouent.
11:11Ce qui fait qu'ils entretiennent le doute, mais comme l'industrie du tabac,
11:15ils ont la même stratégie.
11:17Ils entretiennent le doute, ils disent, oui, mais là, c'est un débat expert contre expert,
11:21mais il n'y a pas de danger sur la population, alors que la population en crève.
11:25Quand vous voyez les épidémies de cancer qu'il y a en Europe et aux Etats-Unis, je ne vous
11:29dis pas,
11:30eh bien, en ce moment, on se dit, mais il faut regarder la source de ces maladies.
11:36Donc, vous voyez que ces lobbies, ils ont une organisation, ils ont une stratégie.
11:40Ils ont des effectifs, ils ont des moyens financiers colossaux, etc.
11:44Avec la complicité quand même des politiques, parce qu'il y a plein de politiques qui ont appuyé,
11:49qui ont fait que les agences, par exemple, il y avait des experts qui étaient payés aussi par ces lobbies
11:54-là.
11:54Donc, ça nous demande, nous, en tant que politiques, vraiment, de tout regarder, de faire des propositions.
12:01Et on se heurte au libéralisme, c'est là où je te rejoins, parce que c'est vrai que l
12:05'ultralibéralisme
12:06est assez incompatible avec l'écologie et la protection des gens.
12:09Vous n'avez pas changé l'ultralibéralisme tout de suite, là.
12:11Oui, mais on peut le réguler.
12:13Et pour l'instant, on a les conservateurs, ils veulent, quand on leur parle de régulation,
12:18ils disent, mais non, ça va à l'encontre de l'emploi.
12:21Donc, nous, on est pour la protection de la santé des gens.
12:23Que faire, avec André Gueux, par rapport à ce qu'on est en train de dire là,
12:26sur ce pouvoir des lobbies, non seulement aux échelles nationales, mais à l'échelle européenne ?
12:30On vient de le voir sur cet exemple-là.
12:32Surtout à l'échelle européenne.
12:33Surtout à l'échelle européenne.
12:34Parce qu'à l'échelle nationale, les décisions sont inefficaces et inopérantes.
12:38Voilà, c'est ça.
12:38D'expliquer le lien qu'il peut y avoir entre les instances nationales
12:42sur les questions d'environnement et les instances européennes,
12:45sachant que ce n'est pas forcément toujours aussi simple que ça.
12:47C'est-à-dire que les instances nationales ne sont pas toujours forcément
12:51sous domination systématique des instances européennes.
12:55Il y a peut-être des cas où, quand même, ils peuvent jouer un rôle,
12:58comme vous voyez les choses.
12:58Non, mais sur la question précise, donc, des pesticides et en particulier des glyphosates.
13:02Oui, c'est ça. On peut revenir sur le glyphosate.
13:03Je crois qu'il faut que les choses soient très claires.
13:04Ça vient d'être exposé.
13:06Mais il faut bien mesurer que c'est bien le résultat d'une politique libérale
13:11à laquelle nous avons de fait, par défaut, contribué les uns et les autres depuis 30 ans,
13:16qui amènent à une concentration.
13:17Concentration des richesses, concentration des industries, concentration des populations,
13:22concentration de la recherche.
13:23Donc, et là, on est dans ce phénomène-là.
13:24Quand aujourd'hui, on constate, enfin, on ne constate pas, mais on est dans une situation
13:29où, on le dit souvent, le monde du vivant, c'est-à-dire quand on parle de la graine jusqu
13:33'à l'assiette,
13:33est concentré de par le monde par trois grandes multinationales.
13:38Effectivement, on ne peut pas ne pas s'interroger sur le sens que ça signifie.
13:42Et que dès lors qu'on a trois grandes multinationales qui maîtrisent le monde du vivant,
13:46elles maîtrisent le monde de la recherche.
13:47Il y en a un paradoxe dans lequel nous sommes aujourd'hui,
13:49où il y a une situation où on a une recherche très concentrée, du point de vue de l'industrie,
13:54et on a une recherche publique européenne ou nationale très atomisée.
14:00Et que donc, dès lors, on s'est aperçu de ça, donc en travaillant, il y a une disparité.
14:03Et que si l'on veut garantir, parce que c'est ça l'enjeu,
14:05comment garantir aujourd'hui et demain la santé des 500 millions d'Européens ?
14:09Mais il faut agir. Et je leur dis, il faut que le droit prenne le pas sur les lobbies.
14:13Et le droit, ça passe par le travail que nous sommes en train de commettre,
14:16en révisant le protocole d'autorisation. D'abord, ça passe par le changement du modèle agricole.
14:21Donc ça, c'est dit. Et ensuite, ça passe par le changement du protocole d'autorisation des molécules.
14:26Et on s'aperçoit, dans le travail que nous faisons, que tout le protocole,
14:29alors je ne vais pas le décliner, ça serait trop long,
14:30effectivement, il a été dicté depuis 30 ans par des lobbies, effectivement.
14:34Quand on nous dit aujourd'hui, quand c'est l'industriel qui produit une molécule,
14:39qui va choisir l'Etat-nation pour faire son étude sur sa propre molécule,
14:42et que nous questionnons de savoir pourquoi ça se passe comme ça,
14:45on nous dit que c'est un fait, c'est la règle, nous dit-on.
14:47Quand on nous dit aujourd'hui, si vous voulez, il y a deux niveaux d'études,
14:50et je reviens à votre question, c'est-à-dire que la molécule active, c'est-à-dire le glyphosate,
14:54est évaluée au niveau européen, et le produit, c'est-à-dire le Roundup que l'on utilise,
14:59est autorisé au niveau national, c'est des niveaux d'inconséquence qu'on ne peut pas tolérer.
15:03Et pourquoi c'est comme ça ? Parce que c'est comme ça, nous dit-on.
15:06C'est la règle. Or, nous sommes là pour modifier la règle,
15:09non pas dans l'intérêt ni de l'industrie, ni des lobbies, mais dans l'intérêt des citoyens européens.
15:13Et c'est notre boulot de législateurs. Je veux terminer là-dessus.
15:16On n'est pas une association ici, on n'est pas une ONG.
15:18On est au Parlement européen, nous sommes des législateurs.
15:21Donc on doit prendre notre responsabilité réellement,
15:24et produire des éléments de modification de la loi européenne,
15:27mais dans un objet très précis, pas celui d'une économie démesurée,
15:31ou du neutralibéralisme, comme on s'est dit, mais dans l'intérêt de la santé.
15:35Donc ça nous oblige à établir des priorités, donc, pour mettre en place la réglementation européenne.
15:40Alors, cette question est d'autant plus importante, Patrick Leyeri, que l'Europe,
15:45alors peut-être pas depuis une décennie, mais avant était tout de même considérée,
15:49l'un des acquis de l'Union européenne, quand même dans la tête des gens,
15:52c'était ce qu'on pouvait faire en matière de régulation d'alimentation,
15:58de lutte contre les polluants, etc.
16:00Les gens avaient dans la tête, les Européens, que dans ce domaine-là,
16:03l'Union européenne pouvait quand même faire quelque chose,
16:05qu'il y avait une action positive de l'Union européenne.
16:08On a l'impression qu'aujourd'hui, on est plutôt face à un mur,
16:10c'est-à-dire qu'on est dans une phase un peu, vous le disiez à l'instant, je pense,
16:13dans une phase de contre-offensive par rapport à ces questions-là.
16:16C'est-à-dire qu'il y a une perte de confiance, finalement,
16:18avec toutes ces affaires qui se succèdent,
16:21dans la capacité qu'aurait l'Union européenne
16:24de s'occuper un peu mieux des questions de santé publique,
16:27des questions de régulation environnementale, etc.
16:30Ça a été un des points forts, à un moment donné, de l'Europe.
16:33Elle a la capacité.
16:35Si, par exemple, dans le transport, au lieu de favoriser les camions,
16:41au lieu de détruire le fret comme on le fait, on favorisait le train,
16:46ça change déjà une partie du problème.
16:50Si, au lieu de signer des contrats de libre-échange
16:54qui nous font acheter du soja transgénique que les vaches avalent
17:00et qu'on retrouve dans le corps humain,
17:02puisque démonstration a été faite il y a quelques semaines de cela,
17:06ça commence un peu à changer.
17:08Si elle lançait un grand programme européen de soutien,
17:12par exemple, à une transition dans le domaine du logement
17:18avec des logements de haute qualité environnementale,
17:21en lien avec les États, en lien avec les collectivités territoriales,
17:25ça commence à changer un certain nombre de choses.
17:27Si, au lieu de discuter comme on le fait de la politique agricole commune,
17:34si on commençait par parler de la qualité alimentaire
17:37et de la santé des individus, on ne dirait pas
17:40« oui, il faut des fermes de mille vaches », on dirait.
17:42Il faut faire une transition qui va peut-être prendre un demi-siècle,
17:47parce qu'il faut reconstituer les sols, il faut refaire des unités à taille humaine,
17:53à taille familiale, mais c'est indispensable,
17:56tout en recherchant vraisemblablement grâce à la technologie des moyens nouveaux.
18:00Mais déjà la technologie, aujourd'hui, nous permet des choses.
18:04Tout n'est pas réglé pour celui qui fait de l'agriculture biologique,
18:07celui qui fait des céréales en agriculture biologique, il en a bien des inconvénients.
18:11Mais il y a un processus qui pourrait être incité à la fois dans le domaine de la recherche,
18:19dans l'expérimentation.
18:20Il y a aujourd'hui des petites unités de gens qui expérimentent des produits biologiques
18:28qui permettent peut-être pas d'avoir tout à fait la même efficacité que le Roundup,
18:33mais ce n'est pas loin parce que le Roundup, il a cet avantage de pénétrer jusqu'à la racine
18:40et détruire la racine et pas seulement la feuille.
18:43Mais il y a en Bretagne, par exemple, je connais une unité de travail qui aujourd'hui,
18:49et d'ailleurs j'avais dit à Nicolas Hulot qui devait se rendre la visiter,
18:54qui permet de faire des choses.
18:55Donc on voit bien que si on voulait s'engager dans la transition aujourd'hui, on le pourrait.
19:01Dans le domaine automobile, au lieu de faire ce qu'on découvre d'ailleurs
19:09avec ce qu'a fait l'industrie automobile avec le carburant,
19:11il y a bien longtemps qu'on pouvait passer à aller aux automobiles à énergie mixte,
19:16voire à l'hydrogène.
19:18Il y a d'ailleurs des régions en Europe qui vont favoriser cela.
19:22Donc il est possible, dès maintenant, de rentrer dans un processus de transition.
19:30– Vous vouliez dire à moi, M. Levin ?
19:32– Oui, ce que je voulais dire, c'est que l'Europe, jusqu'à peut-être ces dernières années,
19:39parce que moi ça fait mon deuxième mandat et je trouve qu'il y a eu une aggravation à ce
19:42mandat-là.
19:43On a fait plein de choses sur l'environnement.
19:45S'il n'y avait pas eu l'Europe, il n'y aurait pas eu la directive sur la pollution
19:48de l'air quand même.
19:49Ce n'est pas la France qui l'aurait fait.
19:50– On va en dire un mot de la pollution de l'air.
19:52– Nous, c'est pareil, c'est des directives européennes.
19:54La France, elle ne voulait pas qu'il y ait une réglementation sur les nitrates,
19:57parce qu'elle avait déjà trop de nitrates.
19:59Quand on voit même sur l'automobile, ça a été des directives européennes.
20:04Alors après, les constructeurs ne les ont pas respectées,
20:06ils ont même truandé, ils ont même fait des logiciels truqués.
20:09Mais il y a la dynamique, vous voyez, sur l'environnement, elle est venue de l'Europe.
20:13Moi, j'étais co-rapporteur sur l'union de l'énergie.
20:17C'est l'Europe qui oblige tous les pays, et maintenant sur le plan européen,
20:21d'avoir 32% d'efficacité énergétique, 32% d'énergie au globe, ce que ne voulaient pas les États.
20:27Et il a fallu qu'on se bagarre le Parlement, qui est beaucoup plus en avance sur ces problématiques-là.
20:33Donc, ce que je veux dire aux gens, c'est que, heureusement qu'il y a l'Europe.
20:38Alors maintenant, ce qu'il faut faire, on l'a vu sur le glyphosate,
20:41on le voit très bien sur la politique agricole,
20:43il y a des espèces de progrès technologiques qui sont à court terme,
20:48et qui sont véhiculés par certaines boîtes.
20:51On est sur un scientisme sur l'agriculture, vous voyez,
20:54on se dit, il faut faire des trucs énormes, on va tout robotiser,
20:57on va avoir des tracteurs maintenant, on n'a plus besoin de conducteurs et tout.
21:02Toutes les grosses boîtes que tu citais avec Bayer et Monsanto, vous voyez, qui ont fusionné,
21:07on va disposer de toutes les données.
21:09C'est nous qui avons donc donné l'ordre aux agriculteurs, vous voyez,
21:11de mettre des intrants, des pesticides, etc.
21:14C'est ça qui est en train de s'orienter à l'heure actuelle,
21:16et c'est là où nous, législateurs, il faut qu'on soit draconien.
21:20Mais heureusement qu'il y a eu l'Europe sur l'environnement,
21:22et notamment sur aussi le changement climatique, parce que ça vient de l'Europe.
21:26Il y a aussi un mouvement citoyen dans l'agriculture.
21:30La transition vers des agricultures, soit dites raisonnables, soit bio,
21:35elle est quand même importante, elle est plus importante que par exemple.
21:37Donc il y a un mouvement, ce que font des collectivités territoriales,
21:40ça commence à être très intéressant.
21:43Un mot, Eric André, sur la qualité de l'air,
21:45avant que vous vouliez réintervenir ensuite.
21:47Parce que, allez-y, non, allez-y tout de suite.
21:48Oui, non, parce qu'on est sur un monde qui vit, heureusement,
21:52et qui bouge et qui s'accélère.
21:53Et que la conscience des nouvelles générations est évidente.
21:56On le voit.
21:57Aujourd'hui, moi, ce que je reproche à la PAC en devenir,
22:00c'est qu'on n'affirme pas suffisamment de la nécessité d'une réforme,
22:05d'une politique publique, de transition.
22:07C'est-à-dire, comment faire passer les agriculteurs d'un mode de production
22:09à un autre mode de production ?
22:11Parce que le mode de consommation se transforme très vite.
22:14Les jeunes générations, aujourd'hui, on a des vrais problèmes d'indication,
22:17elles veulent savoir ce qu'ils mangent, ce qu'ils boivent, et c'est une évidence.
22:20Donc, où l'agriculture moderne s'adapte et elle survivra,
22:24où elle ne s'adapte pas, elle sera absorbée par d'autres enjeux
22:27qui sont ceux de la mondialisation.
22:28Donc, en gros, ça veut dire qu'il faut réécrire les règles de la mondialisation.
22:31C'est un impératif.
22:32Ça ne marche plus.
22:33Les accords de libre-échange, et que le disait Patrick tout à l'heure,
22:35donc, et ensuite, prendre conscience que les politiques publiques
22:38doivent anticiper les besoins et pas l'inverse.
22:40Et on le voit aujourd'hui.
22:41Vous pouvez voir votre question sur la question atmosphérique.
22:43Oui, c'est ça.
22:44On vient de recevoir le rapport de la Cour des comptes, par régionale,
22:48qui dit, effectivement, que l'Europe n'est pas au rendez-vous, quoi.
22:53C'est ça.
22:53La pollution, voilà, produit de 400 000 morts.
22:56Et quand je mets ça au regard du budget, ça représente 0,3% du budget de l'Union Européenne.
23:01Donc, on n'est pas au rendez-vous.
23:02Donc, ça vient, effectivement, ça rejoint le débat d'aujourd'hui.
23:04C'est que s'il y a des enjeux majeurs, climat, donc énergie, donc environnement,
23:10biodiversité, il faut les traiter à des échelles, comment dire, opportunes.
23:14Et qu'aujourd'hui, dans un monde globalisé, il n'est pas, comment dire,
23:17totalement surréaliste de penser que l'Union Européenne ait des pouvoirs régaliens
23:21sur les enjeux comme le climat, l'environnement ou l'énergie.
23:23C'est un débat qu'on va avoir les uns et les autres dans les mois à venir.
23:26Mais il y a nécessité.
23:27Il y a des questions qu'on ne sait pas régler à l'échelle nationale,
23:30ou régionale ou locale.
23:31Il faut changer d'échelle pour pouvoir y amener des vraies réponses.
23:34Encore faut-il être à une capacité, à l'échelle d'un continent comme l'Union Européenne,
23:38d'avoir une vraie volonté politique.
23:40Et c'est ça l'enjeu qui est devant nous.
23:42Nous y reviendrons bien sûr.
23:43Merci à vous dans les mois qui vont venir.
23:46Merci à vous.
23:46Merci à vous qui nous avez suivis.
23:48A bientôt. Au revoir.
23:57Au revoir.