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  • il y a 11 heures
L'assassinat du journaliste saoudien Jamal Kashoggi met en lumière la politique criminelle d'un Etat avec lequel les pays européens, dont la France, entretiennent des relations économiques et géostratégiques étroites. Analyse et réaction avec le député européen Patrick Le Hyaric (GUE-GVN).

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Transcription
00:11Patrick Léaric, bonjour. Vous êtes, je le rappelle, député européen, gauche unitaire européenne, gauche verte nordique.
00:17Un journaliste saoudien en exil aux USA, Jamal Khashoggi, a été sauvagement assassiné à l'intérieur du consulat d'Arabie
00:25Saoudite à Istanbul.
00:27En deux mots, on ne va pas reprendre les détails mais revenir peut-être sur les faits, l'Arabie Saoudite
00:32a d'abord nié le meurtre, puis elle l'a admis, elle a ensuite prétendu qu'elle ne savait pas
00:37été le corps et d'après les dernières informations, on en avait retrouvé les morceaux dans le jardin même du
00:41consul.
00:43Cette histoire semble un peu cousue de fil blanc, le meurtre ça ne semble ne faire aucun doute, a été
00:49commandité à la tête de l'État de l'Arabie Saoudite, peut-être, on n'en sait rien par Mohamed
00:55Ben Salman lui-même, le prince héritier,
00:57et qui s'est tout de même arrogé les pleins pouvoirs en Arabie Saoudite depuis plusieurs mois. Comment vous avez
01:03réagi à cette information ? Est-ce que c'était étonnant selon vous ?
01:09Étonnant, je ne saurais pas le qualifier comme ça, mais en tout cas c'est quelque chose de totalement inadmissible,
01:15et parce qu'il était...
01:24On l'enlèvera, on l'enlèvera, on va reprendre.
01:27Parce qu'il était en délicatesse avec le prince héritier ou avec le régime, il s'est vu réserver ce
01:36sort totalement abominable,
01:38puisque, paraît-il, comme vous dites, il a été découpé en morceaux.
01:43Cet assassinat, je veux dire, parce que, bon, ce n'est pas une excuse ni quoi, mais il y en
01:48a beaucoup des assassinats politiques,
01:50celui-ci a suscité une énorme émotion, alors que finalement l'un des autres événements qui touche à l'heure
01:56actuelle,
01:57qui concerne directement l'Arabie Saoudite, l'intervention au Yémen, on le dit tous les jours dans les médias, etc.,
02:02on ne suscite pas plus que ça.
02:03Cet assassinat, d'un seul coup, a envahi la scène mondiale, tout le monde ne parle que de cet assassinat.
02:10Comment on peut expliquer ça ?
02:12À la faveur, d'abord c'est un journaliste, donc souvent, quand il y a par exemple des otages journalistes,
02:21ils sont, je ne veux pas dire, mieux traités que d'autres otages d'autres professions,
02:25mais en tout cas il y a une plus grande sensibilité, et la profession se mobilise.
02:30Et là, ce n'est pas seulement une atteinte aux droits humains, c'est l'irrespect total de la déclaration
02:38universelle des droits de l'homme ou des droits humains.
02:41C'est ça qui est en train de se passer.
02:43Mais à la faveur de cette discussion-là, des choses vont être éclairées,
02:49notamment la guerre au Yémen, qui fournit les armes, quels sont les objectifs,
02:57quel rôle joue l'Arabie saoudite aujourd'hui sur la scène mondiale et sur la scène proche orientale ?
03:04On se rappelle qu'ils sont un peu coutumiers du fait, il n'y a pas si longtemps que ça,
03:10que le premier ministre libanais a été retenu en otage dans ce même pays.
03:15Il a fallu, semble-t-il, l'intervention assez énergique de la France pour le sortir de là et le
03:22mettre sous protection.
03:23Et donc, c'est quand même un régime extrêmement dur.
03:27Alors, vous le disiez, il y a deux secondes, un certain nombre de pays européens ont des rapports directs avec
03:35l'Arabie saoudite
03:35et des rapports économiques forts, notamment dans les livraisons d'armes.
03:38Qu'est-ce que vous pensez des réactions aujourd'hui en Europe ?
03:41Il n'y en a pas eu tellement, pas d'immédiates en tous les cas.
03:44L'Allemagne a un peu réagi.
03:46Au niveau de la Commission européenne, on n'a pas entendu énormément de réactions sur cet assassinat.
03:52Comment vous jugez cette situation-là ?
03:56C'est un peu le deux poids deux mesures.
04:00Il y a eu un poids vis-à-vis de Kadhafi, il y a un poids vis-à-vis du
04:06Venezuela.
04:07Mais là, dans ce cas-là, à cause de contrats d'armement, à cause de relations économiques,
04:13on a plutôt tendance à se taire.
04:15Et ce qu'a dit le président de la République répondant à des journalistes hier,
04:19est de ce point de vue très inquiétant.
04:21Il ne veut pas parler de cette question.
04:23Or, l'Allemagne a au moins eu le courage de dire qu'elle allait dans le futur cesser ses livraisons
04:30d'armes,
04:30même si elle va honorer les contrats en cours.
04:33Mais il y a quelque chose qui ne va pas.
04:35On ne peut pas supplanter la question des livraisons d'armes.
04:40Surtout, c'est pour écraser un pays à côté, ça double encore la faute, ça aggrave encore la position de
04:53la part du président de la République et du gouvernement français.
04:57On ne peut pas rester dans cette situation.
04:59Donc, il faut arrêter la livraison des armes.
05:02Il faut non seulement un moratoire, il faut arrêter cela.
05:05Et il faut créer les conditions plus larges aujourd'hui d'une discussion.
05:11Parce qu'on sait que l'Arabie saoudite est aussi le pays qui excite avec Israël tout le monde vis
05:18-à-vis de l'Iran.
05:19Son rôle au Moyen-Orient, bien sûr.
05:20Est-ce que l'Europe aurait en théorie un rôle à jouer dans une affaire comme celle-ci,
05:26sachant que quand même, elle est relativement transparente jusqu'à maintenant dans cette affaire ?
05:31Bien sûr, si elle a la volonté de défendre les droits humains,
05:35si elle a la volonté de défendre des relations normales entre pays civilisés,
05:41elle devrait faire entendre sa voix beaucoup plus fortement qu'elle ne le fait aujourd'hui.
05:46Or, elle ne le fait pas pour les mêmes raisons, pour des raisons géopolitiques de parti pris
05:51et pour des raisons économiques pour couvrir les multinationales de l'armement.
05:57Ça veut dire encore une fois que cette soumission, on pourrait presque dire,
06:01on a souvent l'occasion d'en parler, de l'Union européenne à des critères
06:05qui sont fondamentalement des critères économiques et non pas des critères politiques,
06:10on commence à en toucher les limites là quand même, aussi de ce côté-ci.
06:14Oui, ce sont des critères économiques, mais aussi géopolitiques,
06:18c'est-à-dire d'un côté ne pas trop déplaire aux États-Unis
06:23qui, avec la présidence de Trump aujourd'hui, bombardent un peu tout le monde,
06:29menacent tout le monde, et notamment l'industrie, l'agriculture européenne,
06:36et tout le monde est tétanisé avec cela, il ne faut pas trop leur déplaire.
06:40D'ailleurs, l'attitude de M. Trump à ce propos est tout à fait scandaleuse également.
06:46Donc il y a cette question-là, il y a les enjeux autour de l'Iran,
06:49et puis il y a les alliances avec Israël qu'on ne veut pas non plus froisser
06:53pour les mêmes raisons, de livraison d'armes et des raisons d'accord économique.
06:58Alors, on le disait au début, il y a une vraie réaction mondiale,
07:03un vrai mouvement de rejet de l'Arabie saoudite, du coup,
07:07et à la suite de ce qui s'est passé à Istanbul.
07:10Est-ce que pour autant, vous sentez qu'il y a une mobilisation un peu citoyenne
07:14autour de cette question ?
07:16Élargie, bien entendu, la question du rapport à l'Arabie saoudite
07:18et la question du jugement sur ce que fait l'Arabie saoudite
07:21à l'Arabie actuelle au Moyen-Orient.
07:23– À mon avis, pour l'instant, on est dans une sorte de prise de conscience,
07:28de découverte, parce que beaucoup de gens même ne savent pas forcément
07:32où se trouve l'Arabie saoudite, le rôle qu'elle joue,
07:35même la découverte de la guerre du Yémen,
07:37puisque très peu de gens en parlent, il y a très peu de reportages,
07:42puisque c'est extrêmement fermé, très peu de journalistes y ont accès,
07:46mais au moins, il y a un éclairage qui va être donné là,
07:50il va y avoir la prise de conscience, et vraisemblablement,
07:53grâce à la presse notamment, la désapprobation de ce qui est en train
07:58de se passer là, et peut-être ça va faire comprendre,
08:02en tout cas réagir les gens, sur l'ensemble,
08:06sur la cohérence de la problématique à laquelle on est confronté là-bas.
08:10– Ça veut dire qu'il y a un vrai travail de pédagogie,
08:13entre guillemets, au sens large du terme, mais pourquoi pas,
08:17à expliquer aujourd'hui en Europe aux peuples européens
08:19qui se passent sur la scène Moyen-Orientale, en règle générale,
08:23des événements qui sont fondamentaux,
08:24non pas simplement pour le Moyen-Orient, mais pour l'avenir de la planète
08:28et toutes les grandes valeurs qu'on porte.
08:30– Tout à fait, l'avenir de la planète,
08:31et puis le financement d'un certain nombre de réseaux.
08:34Mettons pas de côté quand même le fait que l'Arabie Saoudite
08:37est le pays qui finance les réseaux terroristes
08:40qui viennent jusque chez nous, parfois, faire ce que nous savons.
08:44– Le Parlement européen, vous avez voté une résolution,
08:48bon, c'est une résolution, comme on dit toujours,
08:51qu'est-ce que ça peut apporter ?
08:52Est-ce que ça a été l'occasion de, j'allais dire, d'une sensibilisation,
08:55est-ce que vous l'avez ressenti comme ça,
08:57au sein du Parlement européen, des députés des 28 ?
09:00– Oui, il y a un débat, mais le fait que nous votions une résolution,
09:05évidemment, ça n'a pas de portée pratique immédiate,
09:08seulement, ça pèse quand même dans le débat,
09:11parce que, du coup, voilà le Parlement européen,
09:16représentant de tous les peuples européens,
09:18qui prend parti pour les valeurs universelles
09:22contenues dans la déclaration des droits de l'homme
09:25et pour aussi influer sur la géopolitique mondiale.
09:31– Ces valeurs européennes, qui sont défendues ici par le Parlement,
09:34qui sont défendues aussi au Conseil de l'Europe, ici à côté de nous,
09:38restent des valeurs de base sur lesquelles il faut qu'on s'appuie aujourd'hui en Europe
09:43pour faire avancer une politique progressiste, on va dire.
09:45– Oui, il y a des valeurs de base, mais elles sont souvent interprétées,
09:49comme chacun sait, même au Parlement européen,
09:51on critique bien plus Cuba, le Venezuela, la Syrie et je ne sais qui encore,
09:56qu'on critique ces régimes-là.
09:59Donc, nous n'ayons aucune illusion.
10:02La seule chose qui importe, c'est la possibilité,
10:06pour nos concitoyennes et concitoyens, d'accéder aux informations,
10:10d'analyser par elles-mêmes les informations et d'agir en conséquence.
10:14Merci Patrick Léharic, au revoir.

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