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  • il y a 10 heures
Le Conseil fédéral des Écologistes, le parlement interne du parti, a très largement adopté le week-end dernier une motion visant à exclure les personnes qui soutiendraient d’autres candidats que ceux investis par leur parti à une élection. Sandrine Rousseau, directement visée, réagit en exclusivité au micro de l'Humanité.

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Transcription
00:01Les écologistes pourraient-ils exclure certains de leurs membres en désaccord avec la stratégie
00:07présidentielle du parti ? C'est ce qu'on est en droit de se demander depuis que ce week-end
00:11le
00:12Conseil fédéral, c'est-à-dire le Parlement interne du parti, a adopté de nouvelles règles
00:17en ce sens qui pourraient permettre de sanctionner des membres du parti qui soutiendraient un autre
00:22candidat que celui ou celle soutenue par le parti, voire carrément d'exclure pour au moins trois ans
00:28des personnes qui se présenteraient contre des candidats soutenus par le parti. Pour en discuter
00:34ce matin, nous sommes avec Sandrine Rousseau. Bonjour Sandrine Rousseau.
00:39Bonjour.
00:40Vous êtes députée des écologistes de Paris depuis 2022. Donc je viens de le dire, le Conseil fédéral,
00:47le Parlement interne du parti a décidé de nouvelles règles de discipline, si je puis dire,
00:54vis-à-vis des membres du parti sur le respect des candidats investis ou soutenus par le parti.
01:02Quelle est votre réaction sur ces nouvelles règles ?
01:05Déjà, je voudrais corriger une chose que vous avez dite, c'est que vous avez commencé en disant
01:09qu'il serait en opposition à la stratégie du parti. Mais c'est précisément ce que nous dénonçons,
01:14ce que je dénonce en tous les cas, c'est qu'il n'y a pas de stratégie de parti.
01:17C'est-à-dire qu'aujourd'hui, nous n'avons pas décidé ce que nous allions faire pour la présidentielle.
01:23Et c'est ça le cœur du sujet, c'est que le parti s'est prononcé sur le soutien à
01:28la primaire,
01:29mais aujourd'hui, nous n'avons aucun débat stratégique pour savoir ce que nous souhaiterions faire
01:34pour cette présidentielle. Et on nous amène vers une candidature autonome,
01:39sans qu'il n'y ait eu aucune espèce de débat à l'intérieur du parti.
01:42Et c'est ça le point de crispation aujourd'hui sur les différentes lignes.
01:47On va revenir évidemment sur le fond et les débats ou les non-débats, si on vous entend,
01:53qui sont sur la stratégie présidentielle du parti, mais sur d'abord ce changement de règle,
01:59sur ce coup de vis, disons, dans la discipline de parti. Comment vous réagissez ?
02:06Ce n'est pas du tout en accord avec toute l'histoire des Verts.
02:09Les écologistes ont toujours eu une force qui était cette démocratie interne,
02:15qui a souvent été raillée d'ailleurs à l'extérieur, qui était source de moqueries,
02:18mais qui était aussi notre force. C'est-à-dire que nous avions cette démocratie
02:22où nous pouvions tenir des lignes différentes et il n'y avait pas une espèce de doxa
02:27ou de parole qui était supérieure aux autres.
02:32Mais surtout quand il y avait des désaccords, et ça nous est arrivé dans l'histoire,
02:36au moment de Voine et Beauvais, par exemple, etc., sur la présidentielle,
02:41il y avait des suspensions temporaires. C'est-à-dire qu'il y avait une suspension
02:45pendant le temps de la campagne, ce qui finalement paraît assez logique.
02:50C'est-à-dire que si vous soutenez un autre ou une autre candidate,
02:52vous êtes suspendu du temps de la campagne. Mais là, ce qui change,
02:56c'est la possibilité d'une exclusion définitive. C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
02:59il faut bien comprendre que dans notre règlement intérieur,
03:02tel qu'il est à l'heure où je vous parle, une personne qui, par exemple,
03:07se rendrait coupable d'un viol à l'intérieur du parti, il n'y a pas
03:10d'exclusion définitive qui soit prononcée. C'est-à-dire qu'on peut le faire,
03:13mais ça n'est pas obligé. Alors que par contre, dire « je soutiens
03:16un autre candidat », alors là, c'est l'exclusion définitive.
03:18Et ça, pour moi, c'est vraiment le signe que notre parti ne fait plus
03:22de politique. Et c'est un sujet énorme en réalité, puisque dans une présidentielle,
03:28dans une élection présidentielle, de tous les dangers, et pour la gauche,
03:31et pour l'arrivée du Rassemblement national possible,
03:35eh bien, nous sommes un parti qui ne faisons plus de politique.
03:38Nous n'avons pas de débat politique. Nous n'avons plus d'espace
03:41où parler de la stratégie politique. Et en fait, moi, c'est ça que je voudrais.
03:48Je voudrais même avoir un débat avec Jadot, avec Tondelier,
03:51sur est-ce que l'écologie, quelle est la place de l'écologie dans le moment ?
03:54Est-ce que c'est compatible avec la social-démocratie ?
03:56Est-ce que c'est compatible avec une candidature autonome ?
03:59Ou est-ce qu'au contraire, il faut aller vers une forme de radicalité ?
04:01Mais tout cela, en fait, est empêché.
04:03Et c'est vraiment troublant de ne pas faire de politique dans un parti politique.
04:07Alors, je vais me faire brièvement l'avocate de la direction du parti,
04:11d'abord, qui précise qu'effectivement, il n'y a pas d'exclusion définitive
04:15qui existe dans les règles du parti, c'est au maximum trois ans
04:18avant de pouvoir potentiellement réader.
04:21Dans la motion, il y a marqué exclusion définitive.
04:24C'est ce qui est marqué dans la motion, mais ça n'existe pas dans les statuts du parti.
04:27C'est pour ça qu'il y a un petit doute là-dessus.
04:30Par ailleurs, est-ce qu'au fond, il n'y a pas une certaine logique ?
04:34Est-ce que quand un membre du parti se présente contre un membre investi du parti
04:39ou contre un candidat soutenu du parti, il ne soit pas exclu ?
04:42La direction dit qu'un parti, ce n'est ni une caserne, ni une auberge espagnole.
04:45Est-ce qu'il n'y a pas un peu de vrai là-dedans ?
04:49Un parti, c'est quelque chose qui définit une ligne,
04:53c'est-à-dire qui définit une stratégie, qui définit un fond politique.
04:56Et tant entendu, une fois qu'il y a une ligne qui aura été définie éventuellement.
05:00Oui, mais c'est ça le sujet.
05:01C'est qu'en fait, ces menaces, elles arrivent avant même que toute ligne soit définie.
05:05C'est ça le sujet.
05:06C'est-à-dire que si on avait défini une ligne
05:08et qu'il y avait des personnes qui contestaient cette ligne,
05:11chacun prend ses responsabilités.
05:13Je veux dire, voilà, c'est la vie politique.
05:15Mais là, aucune ligne n'est définie.
05:18Et donc, ce qui est singulier dans le moment,
05:20c'est qu'on menace de manière très frontale
05:24de sortir les débatteurs avant même qu'il y ait eu le moindre débat.
05:29Avant même qu'il y ait eu le moindre débat.
05:31C'est-à-dire qu'en fait, on ne pourra…
05:35Les personnes qui tiennent des lignes différentes
05:37ne pourront même pas participer à la définition de la stratégie
05:43pour être sûre que ce soit la stratégie de la direction qui l'emporte,
05:46qui est une stratégie d'autonomie.
05:48C'est-à-dire qu'il nous pousse…
05:49On va y venir, Sandrine Rousseau,
05:50mais pour l'instant, personne n'est exclu.
05:52Personne n'est exclu du débat, malgré tout.
05:56Je ne sais pas.
05:57Quand on vote ce genre de motion,
06:01manifestement, il y a quand même une volonté
06:04de nous intimider dans nos positions politiques.
06:07Je le perçois comme ça.
06:07Est-ce que vous vous sentez visé, vous ?
06:09Ça me semble assez évident qu'il y ait une forme d'intimidation.
06:13En plus, je rappelle quand même que Piole a été le premier
06:16à être…
06:16L'ancien maire de Grenoble.
06:18…qu'après c'est Jadot, Rousseau.
06:20En fait, c'est tous les candidats aussi à la primaire,
06:22donc tous ceux qui ont été des forces motrices
06:25dans une stratégie nationale de positionnement
06:29dans une élection présidentielle.
06:31Donc on peut dire que vous vous sentez visé, Sandrine Rousseau ?
06:34Ben, pas qu'un peu.
06:36Bon, on va venir au fond.
06:39Vous avez déjà commencé à l'aborder,
06:40mais pour refaire un point bref,
06:44les écologistes ont décidé d'une stratégie
06:46à la fin de l'année dernière
06:48pour aller vers une primaire de la gauche,
06:51a même désigné via une primaire de la primaire,
06:55disons une candidate du parti pour cette primaire,
06:58c'est Marine Tondelier.
06:59Problème aujourd'hui, cette primaire,
07:01elle a pas mal de plomb dans l'aile
07:03et donc certains membres des écologistes
07:05demandent à redéfinir une stratégie
07:08ou à adapter cette stratégie
07:10si jamais il n'y a pas de primaire.
07:12Je crois qu'on peut dire qu'on en est là aujourd'hui,
07:15Sandrine Rousseau, je ne me trompe pas.
07:17Vous dites qu'il n'y a pas de débat.
07:18J'ai un peu l'impression que le débat,
07:20en tout cas vu de l'extérieur,
07:22il est permanent chez les écologistes.
07:23On a plusieurs conseils fédéraux qui se succèdent.
07:27Encore une fois, je rappelle,
07:27c'est le Parlement du parti
07:28où se représentent les différents courants du parti.
07:32Il va y en avoir encore d'ici l'été.
07:35Tout ça, c'est quoi ?
07:36C'est du vent jusque-là, Sandrine Rousseau ?
07:42Déjà, une chose importante dans ce que vous avez dit,
07:44c'est qu'on a en effet décidé de participer à une primaire.
07:48Mais dans la participation à la primaire,
07:51il y avait une sorte de paquet cadeau
07:52qui n'avait pas été explicitement posé,
07:55qui était de s'enfermer dans une forme de tête-à-tête
07:57avec le Parti socialiste.
08:01Longtemps, Marine Tondelier a prétendu
08:04que c'était ouvert aussi à Jean-Luc Mélenchon.
08:06De fait, aujourd'hui, ce n'est pas le cas.
08:09Mais ça ne l'a jamais été,
08:10puisqu'en fait, c'était le format bagneux,
08:13que ça s'était lancé, encore une fois,
08:17dans un tête-à-tête avec le Parti socialiste.
08:19Et ça nous a enfermés dans ce tête-à-tête.
08:21Et ça, c'était une sorte de paquet cadeau dans la primaire
08:23qui n'a pas été explicitement dit
08:25au moment du vote sur la primaire.
08:27Et du coup, les écologistes qui se prétendaient
08:30être une force de gauche en capacité
08:33de mettre des gens autour de la table différents
08:35et de créer une dynamique à gauche,
08:38se sont enfermés dans un tête-à-tête
08:39qui les prive de ce rôle un peu central à gauche.
08:44Et vous disiez qu'il y a une espèce de débat permanent.
08:47Non, allez-y, finissez. Pardon.
08:49Vous disiez tout à l'heure qu'il y avait une espèce de débat permanent.
08:53Précisément, il y a des cercles de parole,
08:57j'ai envie de les dire comme ça.
08:58C'est-à-dire qu'il y a des webinaires.
09:00Alors ça, on a des webinaires.
09:01Ça, vraiment, on a des webinaires.
09:03Des webinaires avec des clavardages.
09:04Alors ça, on en a beaucoup.
09:06On peut poser une question comme ça dans un petit côté là.
09:10Mais il n'y a pas de véritable débat au fond.
09:12Et d'ailleurs, Clovis Daguerre avait porté une motion
09:14lors du précédent Conseil fédéral
09:17sur s'il n'y a pas de primaire, qu'est-ce qu'on fait ?
09:19Et cette motion a été torpillée, je dois le dire, par la majorité.
09:24Et donc, même cette question toute simple,
09:27s'il n'y a pas de primaire, qu'est-ce qu'on fait ?
09:29N'est pas possible dans le parti aujourd'hui.
09:33Donc, il y a une espèce d'agitation.
09:36Il y a une espèce de webinération.
09:39Ça, c'est vrai.
09:40Mais il n'y a pas de débat stratégique
09:42où il y a différentes options qui sont posées sur la table.
09:45C'est-à-dire, est-ce qu'on fait alliance avec le Parti socialiste ?
09:48Est-ce qu'on va en autonomie ?
09:49Est-ce qu'on fait alliance avec LFI ?
09:51Ou est-ce qu'on fait encore autre chose que ça,
09:53qui est de remettre tout le monde autour de la table ?
09:56Et ça n'est pas posé.
09:58Il n'y a aucune espèce d'alternative
10:00qui soit posée à l'intérieur du parti.
10:03Donc là, par exemple, on va avoir une consultation
10:05puisqu'on a appris, et je dois dire qu'on l'a appris à la télévision,
10:10on a appris qu'on allait avoir une consultation.
10:13Mais dans l'état actuel du débat dans le parti,
10:16cette consultation pourrait même n'avoir qu'un seul bouton.
10:18C'est-à-dire, est-ce que vous soutenez Marine Tonnelier ?
10:20Oui, oui.
10:22Alors, précisément, justement, on a quand même l'impression
10:24que parmi les trois stratégies, disons, que vous définissez,
10:28c'est-à-dire aller avec le Parti socialiste,
10:30aller avec LFI ou aller en autonomie,
10:32on a quand même un peu l'impression qu'aujourd'hui,
10:35la tendance de la direction, c'est d'aller vers une candidature autonome.
10:39Est-ce que pour vous, s'il n'y a pas de primaire,
10:43il faut une candidature autonome écologiste au premier tour de la présidentielle ?
10:47Ma réponse à cette question est clairement non.
10:50Pourquoi ?
10:51Elle est clairement non, parce qu'une énième candidature à gauche,
10:54une quatrième candidature à gauche, a priori,
10:56ou voire une cinquième, au moins, oui,
10:59une quatrième ou une cinquième candidature,
11:01qui est aujourd'hui crédité dans les sondages entre 3, 4,
11:06exceptionnellement 5, donc entre 3 et 5, on va dire.
11:08C'est pour moi une candidature qui pourrait empêcher la gauche
11:12d'accéder au second tour et qui pourrait disperser les voix à gauche.
11:17Donc moi, ma ligne à l'intérieur du parti,
11:20est de dire que ça, c'est irresponsable en regard des enjeux
11:25de cette élection en particulier,
11:27et qu'on a déjà fait l'erreur en 2022,
11:29qu'on a déjà fait l'erreur en 2017,
11:31et qu'on n'est pas obligé de faire toujours les mêmes erreurs, en fait.
11:34Et donc, ma ligne serait de ne pas avoir de candidature autonome.
11:38C'est soit une primaire dans laquelle il y avait une forme de collectif
11:41et de décision collective, donc rassemblée autour d'une personne,
11:46ou alors s'il n'y a pas de primaire, et bien ça ne peut pas,
11:49et je pense qu'il faut le poser très clairement,
11:51ça ne peut pas être une candidature autonome de l'écologie.
11:54Mais c'est ça le sujet.
11:56C'est qu'en fait, quand Marine Tonnelier dit sur France Info
12:00que derrière l'EPS, on fait 6%, donc pourquoi on n'irait pas tout seul,
12:04et qu'elle répète deux fois qu'elle fera une candidature autonome,
12:07elle nous emmène vers cette candidature autonome
12:09en verrouillant et en empêchant qu'il y ait une décision collective,
12:15éclairée, débattue et avec des alternatives à l'intérieur du parti.
12:18Et pour moi, ça, c'est vraiment, non seulement que ce n'est pas démocratique,
12:22mais je vais le dire, ce n'est pas responsable en regard des enjeux du moment.
12:26Si on écoute la direction des écologistes,
12:28ne pas avoir de candidature autonome au premier tour de la présidentielle.
12:33Comment, pardon ?
12:33Je dis que vous l'écoutez trop.
12:35Non, mais oui, mais elle n'est pas là pour discuter avec vous,
12:38donc je suis là pour la représenter d'une certaine manière.
12:42Il explique qu'au fond, c'est se priver d'un moyen de pression
12:46dans des négociations avec d'autres partis de gauche,
12:48et c'est aussi potentiellement une forme d'effacement de l'écologie politique.
12:52Est-ce qu'il n'y a pas là aussi un peu de vrai dans cette position-là ?
12:56Je ne sais pas ce qui conduit à l'effacement de l'écologie politique.
13:00Si vous virez tous les leaders politiques de votre parti,
13:03si derrière vous faites un score à la présidentielle qui, mettons, est de 4%,
13:08qui est la moyenne aujourd'hui des sondages,
13:10dans un moment où le Rassemblement national arrive au pouvoir,
13:13qu'est-ce qu'est l'effacement de l'écologie ?
13:14Je le pose.
13:15Parce que moi, si je quitte le parti,
13:17comme si Yannick Jadot quitte le parti,
13:19on ne va pas partir seul.
13:21C'est-à-dire qu'en fait, on partira en restant écologiste.
13:26En restant écologiste.
13:27Moi, je n'ai toujours été que écologiste.
13:30Je n'ai jamais adhéré à aucun autre parti.
13:33Je suis même chercheuse en économie écologique.
13:36Enfin, je ne suis qu'écologiste.
13:38Donc, je vais partir avec un bout de l'écologie.
13:41Ce n'est pas parce qu'on ne sera plus membre du parti
13:47que la voix que nous portons disparaîtra du champ politique.
13:52Et donc, c'est s'affaiblir que de faire ça.
13:55C'est s'affaiblir que de penser qu'on peut gérer
14:03des différences stratégiques par de la discipline.
14:07C'est s'affaiblir que de faire ça.
14:08Et même, je vais vous dire, au fond,
14:10c'est donner des signaux de très grande faiblesse,
14:13de très grande fébrilité.
14:15C'est-à-dire qu'on refuse le débat, y compris contradictoire,
14:19et on préfère gérer la contradiction politique
14:23par l'exclusion, par la discipline, par l'autoritarisme.
14:27Et ça, si l'écologie était au centre des débats,
14:31si nous étions forts sur notre ligne,
14:33alors nous ne procéderions pas comme ça.
14:36Vraiment pas.
14:37L'autorité, c'est l'arme des faibles, d'une certaine manière.
14:40S'il n'y a pas de candidature autonome,
14:42s'il n'y a pas de primaire,
14:44vous, vous l'avez défini vous-même,
14:46il y a deux alternatives.
14:48Soit une alliance avec le Parti Socialiste,
14:51soit une alliance avec la France Insoumise.
14:54Vous, vous préféreriez quelle option ?
14:58Moi, je pense que l'écologie ne peut pas être compatible
15:02avec la social-démocratie,
15:03parce que la social-démocratie s'arrange
15:06d'un système économique libéral
15:08qui est à la source du problème écologique
15:11que nous connaissons.
15:13C'est-à-dire, tant que vous ne questionnez pas
15:15la production de masse, la consommation de masse,
15:18la productivité, la rentabilité,
15:21tant que vous ne questionnez pas ces éléments-là,
15:24alors vous ne pouvez pas véritablement régler
15:28la question écologique,
15:29parce que c'est précisément cette recherche
15:32de productivité, de rentabilité
15:33qui est à la source de la destruction de la planète.
15:36Bon, ça, c'est ma position.
15:39Ça désigne quand même un chemin d'alliance assez clair.
15:42Oui, absolument.
15:43Mais encore une fois,
15:45si la base du Parti des écologistes
15:48décide que finalement,
15:49l'écologie est compatible
15:51avec la social-démocratie,
15:55eh bien, moi, j'en tirerai les conclusions,
15:57mais qu'au moins, il y ait une décision collective.
15:59C'est-à-dire qu'en fait,
16:00ce soit une décision d'un parti.
16:02C'est-à-dire qu'il y ait une décision actée,
16:05quelque part,
16:06que nous allions dans ce chemin-là.
16:09Eh bien, voilà.
16:10Mais là, vous nous annoncez que vous ne suivrez
16:14le chemin du parti que dans un seul des cas.
16:18Je n'ai pas compris.
16:19Là, vous nous annoncez que vous ne suivrez
16:21le choix du parti que dans un seul des cas.
16:23Non, je ne vous dis pas ça.
16:25Je vous dis, moi, je réfléchirai à ma position
16:26dans ces conditions-là.
16:28Je réfléchirai.
16:29Je ne vous annonce rien.
16:30Je vous dis juste, je réfléchirai.
16:32Mais qu'au moins, ça soit sur la base,
16:34dans le débat,
16:35et surtout d'une position collectivement actée.
16:38Aujourd'hui, ce qui est surprenant
16:39dans la position de la direction,
16:42c'est qu'elle veut à la fois virer Jadot
16:45et à la fois virer Rousseau.
16:47C'est-à-dire...
16:49Les deux derniers finalistes de la primaire de 2021.
16:51Mais alors précisément sur cette sorte de paradoxe apparent,
16:57disons, imaginons que le soutien à une candidature autonome
17:01ne soit pas majoritaire, disons, au Conseil fédéral du parti.
17:06La vérité, c'est que l'opposition, entre guillemets,
17:10elle n'est pas unie sur le chemin à suivre.
17:13Est-ce que sans candidature autonome,
17:16ce n'est pas la scission du parti en deux
17:20qui sera inévitable ?
17:23Mais si on choisit une voie,
17:26encore une fois, il peut y avoir des désaccords,
17:27et dans ces cas-là, chacun prend ses responsabilités.
17:29Oui, mais ça va un peu dire ce que ça veut dire, quand même.
17:32Non, mais soit ils restent en étant en désaccord,
17:34ce qui est quand même très courant dans les partis politiques.
17:36Je veux dire, il y a plein de gens qui restent
17:38en étant en désaccord avec la ligne.
17:39Soit ils prennent leur responsabilité et ils partent,
17:41mais dans ces cas-là, il y a au moins une partie du parti qui reste.
17:44C'est-à-dire qu'en fait, il y a une partie
17:46qui est d'accord avec la stratégie et qui reste.
17:48Et si vous faites un vote, alors vous avez quand même la certitude
17:51qu'il y a au moins 50% et plus d'un parti qui reste.
17:55Alors que là, ce qui est en train de se passer,
17:59c'est qu'à force de n'être que dans…
18:03Moi, j'ai l'impression qu'ils nous emmènent
18:05dans un tunnel sans sortie.
18:07C'est-à-dire qu'il n'y a qu'une seule sortie,
18:09il n'y a plus de sortie autre possible.
18:11Eh bien, ce qui risque de se passer,
18:13c'est que l'écologie disparaisse totalement.
18:16Parce que si à la fin, ce qui me semble être très possible,
18:20il y a un vote stratégique du peuple de gauche et de l'écologie,
18:23c'est-à-dire qu'il y a une sorte de vote utile
18:26et que les masses de votants, les masses d'électeurs
18:29se déplacent vers le candidat ou la candidate,
18:32mais plutôt le candidat qui aura le plus de chances
18:35d'accéder au second tour, alors l'écologie va être
18:38la victime collatérale de ça.
18:40Parce qu'aujourd'hui, nous ne sommes pas les mieux placés
18:42pour arriver au second tour.
18:43Donc, ça veut dire que nous pourrions terminer
18:45cette campagne électorale avec un score très faible.
18:50C'est tout à fait une hypothèse possible.
18:53Et là, c'est la destruction complète.
18:55C'est-à-dire qu'on aura tout perdu.
18:56On aura perdu la possibilité d'alliance,
18:59on aura perdu la guerre de l'autonomie
19:03parce que finalement, peu d'électeurs auront soutenu ça.
19:06Et surtout, on aura perdu notre honneur
19:08dans un moment qui, encore je le rappelle,
19:10n'est pas un moment comme les autres.
19:12Pour moi, ça n'est pas une élection comme les autres.
19:14Une élection où le Rassemblement national
19:15peut gagner un parti,
19:17qui est un des principaux pays d'Europe.
19:22C'est-à-dire qu'il faut se mettre au lendemain
19:27du deuxième tour des présidentielles
19:29et se dire qu'est-ce que ça va être la une des journaux
19:31dans le monde entier ?
19:32Ça va être la France, principal pays d'Europe,
19:34un des principaux pays d'Europe,
19:36bascule à l'extrême droite.
19:37C'est quelque chose d'énorme en réalité.
19:40Énorme !
19:41C'est une des conséquences énormes.
19:42Et au-delà de ça, il y a la vie de gens
19:44qui très concrètement vont être impactés
19:47par l'arrivée du Rassemblement national.
19:48Si vous avez la peau qui n'est pas de la bonne couleur,
19:52si vous avez la nationalité qui n'est pas la bonne,
19:54si vous êtes pauvre,
19:56je veux dire, c'est incroyable
19:59ce que ça peut avoir comme conséquence.
20:01Ça n'est pas une élection comme les autres.
20:03Ça n'est pas une élection comme les autres.
20:05Et donc, nous devons être bien plus responsables
20:08que pour toutes les autres élections.
20:10Nous devons prendre de la hauteur
20:11bien plus que dans toutes les autres élections.
20:14Ça n'est pas une élection comme les autres, probablement.
20:17Est-ce que dans cette élection pas comme les autres,
20:20l'éventualité d'un Jean-Luc Mélenchon,
20:23c'est vraiment la meilleure option
20:24pour battre le Rassemblement national,
20:28que ce soit Jordan Bardella ou Marine Le Pen,
20:30dans le deuxième tour de cette élection pas comme les autres ?
20:33Eh bien, ça, ça fait partie des choses
20:35dont il faut que nous débattions.
20:36Mais aujourd'hui, dites-moi,
20:38quel candidat à gauche est en capacité de battre
20:41Non, je n'en ai pas, mais c'est peut-être
20:42une partie du problème.
20:43Donc, en fait, cet argument qui consiste à dire
20:46que c'est évidemment pas d'alliance avec LFI,
20:49parce qu'évidemment que Jean-Luc Mélenchon
20:51n'est pas en capacité de gagner le second tour,
20:53je veux dire, aujourd'hui, il n'y a pas de candidature à gauche
20:56qui soit en capacité de gagner le second tour.
20:58Donc, en fait, ce n'est pas sur la base des sondages
21:01et d'hypothèses de victoire au second tour,
21:03c'est sur le projet politique qui est porté.
21:06Quel est le degré d'envie de changement dans le pays ?
21:10Quel est le degré de dégagisme aussi ?
21:12Quel est le degré d'envie de rupture
21:15avec le système libéral qui nous est imposé ?
21:18Je rappelle quand même que,
21:20et c'est passé un peu sous les radars,
21:21mais aujourd'hui, et pour la première fois
21:23depuis l'après-guerre,
21:25le budget de l'armée est supérieur
21:27au budget de l'éducation nationale en France.
21:30C'est-à-dire qu'en fait, le monde libéral
21:33nous envoie vers une société
21:36qui n'est plus une société d'éducation,
21:38évidemment pas une société de culture,
21:39évidemment pas une société d'émancipation,
21:41mais qui est une société de discipline et de guerre.
21:44En fait, ce n'est pas rien.
21:46Et donc, moi qui suis économiste,
21:49je peux vous dire que c'est une forme
21:50de débouché naturel d'un modèle libéral, la guerre.
21:54Puisqu'en fait, les conditions de poursuite
21:58d'un modèle libéral, c'est de s'assurer
22:01des conditions de la réalisation du profit.
22:04Et pour s'assurer des conditions
22:06de la réalisation du profit,
22:07il faut aller chercher des ressources naturelles
22:08par la force, par l'autoritarisme,
22:12et combattre ceux qui sont les concurrents.
22:14Donc, pour moi, c'est cela qui est au fond,
22:17du fond du débat que nous devrions avoir.
22:20C'est que cette économie de marché,
22:25aujourd'hui, est en crise systémique,
22:27et nous avons deux options sur la table.
22:29Une option qui consiste à ré-ensauvager le capitalisme
22:32pour aller, c'est la loi du plus fort,
22:35et aller s'approprier des ressources,
22:37même si c'est sur un pays étranger, etc.
22:40Ou l'obtenir par la force,
22:41le rapport de force, et donc par les armes.
22:43Ou d'un autre côté, une société qui sort
22:45de la croissance et de la consommation
22:49et de la production de masse
22:50pour aller vers une société de l'émancipation
22:52par l'égalité des individus,
22:56par la réduction du temps de travail.
22:58Et en fait, c'est un projet de société fondamental.
23:00Le Rassemblement National, en fait,
23:02n'est pas juste une force politique.
23:05Ils incarnent, dans la crise
23:08que nous connaissons actuellement,
23:10qui est une crise systémique,
23:11ils incarnent une option
23:12de ré-ensauvagement de la société.
23:14Moi, je suis radicalement contre ça,
23:16et je pense que l'offre politique
23:18qui la combat le mieux
23:19est une offre qui s'oppose radicalement
23:21à son projet.
23:22Est-ce que vous pouvez rallier,
23:25et on en terminera sans doute par là,
23:27rallier une majorité des écologistes
23:29sur cette option ?
23:30On a quand même l'impression,
23:31en tout cas vu de l'extérieur,
23:33d'un parti très polarisé,
23:35et je dirais même presque tripolarisé.
23:39Et c'est tout le vote que j'appelle de mes voeux
23:42et tout le débat que j'appelle de mes voeux.
23:44C'est-à-dire que moi, je pense que la direction
23:46ne serait pas à ce point-là fébrile
23:48si elle était certaine de sa victoire,
23:52si elle mobilisait,
23:53non pas le Conseil fédéral,
23:55mais la base des écologistes.
23:56Donc, ce que vous demandez,
23:57c'est un vote des membres des écologistes ?
24:00Des membres des écologistes.
24:01La situation est tellement importante
24:03qu'il faut que tout le monde
24:03puisse participer à ce débat.
24:08Pour l'instant, ça en prend le chemin
24:10ou pas vraiment ?
24:11Pour l'instant, on nous promet
24:13une espèce de consultation,
24:14et c'est ce que je vous disais tout à l'heure,
24:16où la question sera
24:18« Est-ce qu'on soutient Marine Tondeillet ? »
24:19Oui ou oui.
24:21Et ça, ce n'est pas possible.
24:23Dans ce moment-là,
24:25on ne peut pas juste avoir cette question.
24:28C'est dramatique.
24:30C'est dramatique pour notre parti,
24:33mais c'est dramatique aussi pour l'écologie,
24:35qui ne s'impose plus
24:36comme une force
24:38qui aussi renouvelle la grammaire politique
24:41par son fonctionnement.
24:42Parce que les écologistes ont toujours été
24:45à la pointe de la parité,
24:47à la pointe de la démocratie interne,
24:50à la pointe d'une manière
24:53de fonctionner différente,
24:55la politique autrement.
24:57Et là, nous nous enfermons
24:59dans finalement une politique
25:01et un fonctionnement de parti
25:06très traditionnel.
25:08Et en tout cas, moi,
25:09je n'ai pas adhéré aux écologistes
25:10pour un fonctionnement de cette autre.
25:12Merci beaucoup, Sandrine Rousseau,
25:14d'être venue à l'Humanité
25:15pour réagir à la décision
25:17du Conseil fédéral de ce week-end
25:19et bien sûr,
25:20de discuter de la stratégie présidentielle
25:23des écologistes.
25:25À bientôt.
25:26À bientôt.
25:27Sous-titrage Société Radio-Canada
25:34Sous-titrage Société Radio-Canada
25:34Sous-titrage Société Radio-Canada
25:38Sous-titrage Société Radio-Canada

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