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  • il y a 9 heures
Dans les luttes, les termes employés font souvent débat. Le mot "racisé" ne fait pas exception à la règle. Concept central de l'antiracisme pour les uns, il est décrié par d'autres, à l'instar du maire de Saint Denis, Bally Bagayoko. Dans le cadre de notre débat sur la Nouvelle France et la Nouvelle République, nous avons confronté les points de vue d'Antoine Léaument (député LFI) et de Guillaume Roubaud Quashie (membre du conseil national du PCF).

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Transcription
00:01Juste sur les mécanismes de reconnaissance qu'évoque Antoine Léaumant, on voit que ces derniers temps, ça passe aussi par
00:07un certain nombre d'emplois de mots qui ont été émergés.
00:10Je pense notamment à la question, à l'usage du mot racisé que d'ailleurs Bali Bagayoko refuse d'employer.
00:19Qu'est-ce que vous en pensez, Guillaume Rouboukouachet ?
00:21Alors je vais vous répondre juste un tout petit mot parce que sur votre question qui était comment unir le
00:24monde du travail et de la création.
00:25Oui, c'est ce que j'ai dit, ça passe stratégiquement par la mise en échec de la stratégie déployée
00:31pour le diviser, notamment par une lutte contre le racisme et l'antisémitisme.
00:35Ça, c'était absolument évident si on veut rassembler le monde du travail et de la création.
00:38J'avoue un mot aussi, c'est aussi mettre en avant ce qui l'unit matériellement parce que quand même,
00:44on a vécu des périodes, il n'y a pas très longtemps, de grandes mobilisations qui font sauter, comment dire,
00:49ce genre de plaisanterie.
00:51Ça s'appelle la mobilisation contre la réforme des retraites, par exemple.
00:53Je veux dire, quand on met en avant les questions de classe, parfois, il arrive quand même qu'on rencontre
00:57la classe à laquelle on s'adresse.
00:59Et je pense que c'est aussi important de l'avoir ça en tête.
01:00Est-ce qu'on la rencontre dans toute sa diversité ?
01:02Quand même, la mobilisation de la réforme des retraites, quand même, moi je veux bien.
01:05Vous avez l'impression que les quartiers populaires étaient très présents dans ces manifestations ?
01:08Écoutez, moi en tout cas, ça dépend lesquels on peut nuancer.
01:11Moi, je ne suis pas sociologue, je n'ai pas fait des analyses dans le détail.
01:14On verra dans dix ans quand il y aura eu trois thèses sur le sujet.
01:16Mais pour l'instant, moi, en tout cas, j'ai vu que c'est une mobilisation très large, qui a
01:19touché très massivement.
01:20Alors oui, il y a des endroits qui sont plus indiqués que d'autres et qui étaient plus présents.
01:23Mais bon, il ne faut pas exagérer quand même.
01:25Avec quoi vous allez le comparer ?
01:26Trouvez-moi un point de comparaison aussi massif de ce point de vue-là.
01:29Quand même.
01:30Et puis en plus, il y avait un accord.
01:31Tout le monde était d'accord dans cette logique-là.
01:32Même si tout le monde n'a pas pu faire l'effort d'aller se manifester, etc.
01:35Mais par contre, on a vu par exemple que la jeunesse, elle s'est mobilisée, notamment au moment de l
01:39'utilisation du 49-3.
01:41Davantage sur une question démocratique, finalement, que sur peut-être la question centrale, qui était pourtant posée par les syndicats.
01:48Peut-être, je ne sais pas.
01:50Bon, je vais répondre à votre question.
01:52Alors du coup, non, je ne veux pas un truc.
01:55Sur mobilisation, il y a une question qui, je trouve, doit être posée aussi dans le sens inverse.
02:00À la mort de Naël, il y a eu des mobilisations sociales et des mobilisations populaires de masse,
02:05qui se sont faites dans des cadres dont certains ont considéré, comment ils appelaient ça, des émeutes.
02:10Pardon, mais la lutte contre un pouvoir exécutif jugé autoritaire et arbitraire qui tue des gens,
02:16c'est une lutte profondément républicaine et française.
02:18Et pourtant, personne ne les a lues de cette manière-là, sans doute à part nous,
02:23qui avons dit qu'on n'appelait pas au calme, mais à la justice.
02:28Mais pardon, moi, je considère que ça fait partie de l'histoire révolutionnaire du peuple français.
02:31Pourquoi vous dites à part nous ?
02:32Pourquoi vous dites à part vous ?
02:33Enfin, qui était le maire de Nanterre ?
02:34Il n'était pas insoumis ?
02:36Non, mais c'est très bien d'être dans les manifestations.
02:40Justement, moi, ce que je dis, je n'étais pas en train d'attaquer le Parti communiste.
02:44Vous dites à part nous.
02:45Mais non, mais je dis à part nous, parce que, pardon, je n'ai pas eu l'impression que sur
02:47l'ensemble de la sphère politique,
02:49peut-être que j'ai manqué des prises de parole du PCF sur ce sujet.
02:53Mais il y a une différence entre dire qu'on n'est pas d'accord avec ce qui s'est
02:58passé
02:59et dire oui, j'appelle au calme, il faut se calmer, etc.
03:03Ce sont des mobilisations qui sont des mobilisations contre un pouvoir exécutif jugé arbitraire.
03:10Et ce pouvoir exécutif jugé arbitraire, si la situation s'enflamme de cette manière-là,
03:14c'est parce que ça n'est pas une fois, c'est plusieurs fois que c'est arrivé que des
03:19personnes se fassent tuer par la police
03:20et que par ailleurs, dans un grand nombre de situations, les gens vivent le rapport à la police
03:25dans un rapport qui est un rapport arbitraire.
03:27C'est des luttes qui sont profondément, en fait, c'est littéralement des luttes qui sont ancrées dans l'histoire
03:31de la Révolution française
03:32où on disait que le principal problème qui pouvait être posé, c'était quand un pouvoir exécutif armé
03:39détenait beaucoup de pouvoirs et qu'il fallait des contre-pouvoirs pour justement empêcher l'arbitraire.
03:44Donc, ce que j'essaye de dire, c'est qu'il y a des mobilisations sociales,
03:49mais c'est un peu la même chose avec le mouvement des Gilets jaunes.
03:52On a défini le mouvement des Gilets jaunes en disant que c'est le mouvement de la ruralité
03:56et pas le mouvement des quartiers populaires.
03:58La mort de Naël, les mouvements des quartiers populaires et pas les mouvements de la ruralité.
04:01Pardon, mais si jamais on veut faire l'union des classes populaires,
04:04comment on fait autrement qu'en parlant de ces luttes du peuple français ?
04:08Et c'est vrai, je rejoins sur la question de la retraite, oui, il y a une unité qui se
04:11fait,
04:11mais à chaque fois, c'est des questions qui sont posées qui sont des questions sociales
04:14ou des questions de droit démocratique qui sont posées dans ces mobilisations.
04:18Ce qu'il faut réussir à faire, à mon avis en tout cas, c'est de réussir à unifier ces
04:22luttes,
04:23à les faire converger dans une même direction et de ne pas en laisser une partie de côté
04:26parce qu'ils ne nous plaisent pas tout à fait ou l'autre partie de côté parce qu'ils ne
04:28nous plaisent pas tout à fait.
04:29Voilà, c'est ce qu'on essaye de faire.
04:31Et souvent, oui, la réalité matérielle et humaine percute des plans de bataille préétablis,
04:36mais il faut être capable de voir ce qui se passe dans notre pays et d'y participer de manière
04:40utile pour les mobilisations.
04:41Vous parlez de convergence des luttes, vous pourrez réagir, Guillaume Rouboukouachi, si vous le souhaitez,
04:46mais vous parlez de convergence des luttes.
04:48Dans l'analyse que vous posez autour du concept de Nouvelle-France,
04:53on voit qu'il y a aussi beaucoup de questions d'urbanité.
04:55On voulait aussi aborder cette question-là parce que finalement, elle recoupe une question très en vogue ces derniers mois
05:05et ces dernières années à gauche
05:06sur finalement à qui la gauche doit s'adresser.
05:10On pense à tout le débat autour de la question des zones rurales, à investir, celle des quartiers populaires,
05:16de l'articulation entre les deux, qui finalement doit être le moteur de la transformation sociale.
05:22Quel est votre point de vue, Guillaume Rouboukouachi ?
05:24Je vais marcher avec retard, mais je vais quand même répondre à votre question d'avant parce que vous l
05:27'aviez posée.
05:27Je vais vous répondre.
05:28Non, mais juste en deux mots.
05:30Rasse, je n'aime pas ce concept parce que c'est un concept nazi pour la faire brève.
05:34On revient sur la question de l'usage de racisme.
05:37Oui, c'est vous qui avez posé la question, j'y réponds, j'essaie d'être discipliné.
05:41Donc, race, concept qui n'a pas été inventé par les nazis, mais c'est un concept nazi par excellence.
05:45C'est dans Mein Kampf, il faut remplacer la lutte des classes par la lutte des races.
05:48Moi, je ne suis pas pour remplacer la lutte des classes par la lutte des races et je ne crois
05:51pas à la validité de la notion de race.
05:53Je n'aime pas ce mot.
05:54Racisé, c'est une forme de progrès, si je puis dire, par rapport à l'enfermement dans race.
06:00Parce que du coup, on montre une forme de processus.
06:03Le problème, c'est quand on commence à dire que les gens sont déracisés ou cette personne est une racisée.
06:08Moi, j'ai horreur de ça.
06:09Je n'aime pas ça.
06:10Je trouve que c'est une manière qui, comment dire, est un peu...
06:14On retombe dans le problème qu'on voulait dénoncer.
06:16Qu'est-ce que je veux dire par là ?
06:17Quand quelqu'un, pour prendre l'exemple d'Antoine Léaumont, quand quelqu'un vient me dire,
06:21effectivement, vous en avez eu pas mal dans ma vie et puis ce n'est pas fini.
06:23Mais de quelle origine ?
06:24Là, il me racise.
06:26À ce moment-là, je suis racisé par lui.
06:29Mais moi, si on me demande qu'est-ce que je suis moi, je ne suis pas un racisé parce
06:34que trois connards, excusez-moi, me racisent.
06:36C'est leur problème.
06:37Ça ne va pas me définir moi.
06:38Ce n'est pas parce qu'eux me regardent avec ces lunettes-là que ça va me définir moi.
06:42Donc moi, je ne suis pas un racisé, mais je suis racisé par des gens.
06:45Ok ? C'est ça que je veux dire.
06:47Mais là, c'est moi qui le dis.
06:48Le Parti communiste n'a pas fait de ligne théologique ni de bulle pontificale sur le sujet.
06:52Donc le débat viendra.
06:54Mais je réponds puisque vous me posez la question.
06:55Alors cela, vous êtes finalement d'accord avec Christiane Taubira qu'on interviewait en début de semaine
06:59qui disait que c'était philosophiquement un concept problématique,
07:02mais un concept qui détient une désastreuse pertinence
07:04parce qu'on assigne des gens, malgré leur volonté, à une race particulière.
07:09Si vous voulez, je l'ai dit, elle le dit comme ça.
07:10Un mécanisme raciste.
07:11Un mécanisme raciste, donc oui, évidemment.
07:14Et donc sur le mot racisé ?
07:16Pardon, juste pour comprendre.
07:18Elle disait que du coup, un peu ce qui est dit là, que...
07:22Moi, je suis d'accord avec...
07:24Tout à fait, mais c'est globalement la même logique.
07:26Elle dit la même chose.
07:27C'est de dire que c'est un mot qui permet finalement de désigner un mécanisme social
07:31et que c'est une désastreuse pertinence, c'est le terme qu'elle emploie pour regretter à la fois le
07:38fait que ça s'applique.
07:39Et ça rejoint une des questions que vous aviez posées tout à l'heure,
07:43c'est comment faire pour être antiraciste et sans être colorblind en fait ?
07:47Mais c'est une question qui est une question fondamentale.
07:49Et le terme racisé ne décrit pas les personnes qui subissent l'assignation à une couleur de peau ou à
07:56autre chose.
07:56Moi, un des sujets que je reprends à la sociologie, c'est le déni de francité.
08:02C'est-à-dire, ce que provoque le racisme, c'est une mise à distance de la nation.
08:07Et je vais assez loin dans la manière dont j'étudie ça,
08:10puisque moi, je considère qu'y compris des personnes étrangères,
08:13c'est-à-dire qui n'ont pas la citoyenneté française,
08:15si on regarde la ligne historique de la révolution et des mouvements révolutionnaires français
08:20et des mouvements républicains français, que ce soit en 1789,
08:23plutôt 1793 d'ailleurs, ou en 1848.
08:27Justement, l'idée, c'est qu'il n'y a pas de détachement entre l'idée de nationalité et l
08:31'idée de citoyenneté.
08:32Moi, je suis pour ça.
08:33Et je suis pour faciliter sans cesse l'accès à la citoyenneté de celles et ceux
08:36qui vivent sur le territoire de la République française,
08:38parce que je considère que c'est normal de pouvoir participer aux institutions de notre pays.
08:42Pardon, mais il y a un truc qui a l'air de choquer personne,
08:44qui est qu'à l'heure actuelle, il y a un député du RN qui m'a demandé ça la
08:48dernière fois.
08:48Il m'a dit, est-ce que vous considérez que le code électoral est raciste ?
08:51Oui, il pensait que j'allais dire et répondre non.
08:53Mais à l'heure actuelle, ce qui se produit, c'est qu'il y a trois niveaux de citoyenneté.
08:56On peut être citoyen de la République française, on vote à toutes les élections.
08:59On peut être citoyen européen, on vote à toutes les élections locales,
09:03mais pas aux élections nationales.
09:04Et européenne.
09:05Oui, et européenne, pardon.
09:07Donc encore le niveau au-dessus par rapport au niveau national.
09:09C'est quand même un peu spécial comme manière de faire.
09:11Et puis, on peut avoir un troisième niveau de citoyenneté qui est étranger
09:14et vous participez à rien, donc vous n'êtes pas considéré comme citoyen.
09:16C'est extrêmement choquant.
09:17Ça devrait faire réagir tout le monde qu'il y ait deux niveaux de citoyenneté différents
09:22en fonction de si on est étranger européen ou étranger pas européen.
09:25Ça, c'est un élément de lutte pertinent contre l'extrême droite en disant
09:28« Alors, c'est quoi la différence si ce n'est pas le racisme exactement ? »
09:30C'est quoi exactement leur problème ?
09:32C'est qu'en fait, ce qu'ils veulent, mais ils ne le disent pas comme ça.
09:35Et c'est ça ce qui est décrit, ils ne le disent pas comme ça.
09:38Ce qui les intéresse, c'est la couleur de peau à la fin.
09:40Et c'est la raison pour laquelle des gens, y compris qui sont nés en France,
09:43y compris depuis plusieurs générations, sont assignés encore, malgré tout, à autre chose qu'à la France.

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