00:05Bonjour à toutes et à tous, soyez les bienvenus dans Vous Vous Décideurs.
00:09Vous le savez, sur ce plateau, je reçois des hommes et des femmes qui innovent,
00:13qui font bouger la France. Aujourd'hui, c'est vous, Charlotte Tripon-Canselier.
00:18Bonjour. Bonjour. Soyez la bienvenue.
00:20Vous êtes directrice générale et cofondatrice de Ultimetas,
00:25qui est une deep tech qui développe des antennes très innovantes.
00:31Miniaturisé, reconfigurable, notamment pour les télécommunications, le spatial,
00:35les systèmes autonomes et la défense.
00:38Alors, vous êtes une scientifique, vous êtes chercheur.
00:41Moi, ma première question, c'est que je me demande comment on passe de cet univers
00:44à celui de l'entrepreneuriat.
00:47En fait, déjà, familialement, je suis issue d'une famille d'entrepreneurs.
00:50Dans quel domaine ?
00:52C'était dans le bâtiment. Mon père est architecte, mon grand-père est architecte.
00:56Et donc, la volonté de faire quelque chose de sa vie,
01:01parce que les architectes ont leur bâtiment qui reste,
01:04était quelque chose d'important pour moi.
01:07Je suis passionnée d'innovation depuis que je suis toute petite.
01:09Donc, en fait, je suis montée dans mes études.
01:12Et puis, j'étais passionnée par les matériaux et la physique dans les matériaux,
01:16les phénomènes physiques dans les matériaux.
01:19Donc, l'entrepreneuriat, c'est quelque chose de très risqué.
01:22Donc, j'ai préféré sécuriser l'innovation dans mes attractions
01:27et donc monter dans la recherche publique.
01:30Pour ensuite me dire un jour, il faut quand même que ça soit transféré
01:33vers le monde civil et faire des produits.
01:36Parce qu'on est là pour ça, nous, les chercheurs.
01:38On est embauchés pour ça, pour ramener de l'innovation dans la vie de tous les jours.
01:42Alors, on va entrer dans le vif du sujet.
01:44Justement, Ultimeta se transforme des recherches de pointes
01:47sur les ondes et les antennes en technologies
01:50que l'on peut utiliser à échelle industrielle.
01:53Vous concevez des antennes miniaturisées, ultra légères, passives
01:58et à très hautes bandes passantes.
02:01Et ces technologies, elles sont capables d'équiper aussi bien
02:03les navires militaires, travailler pour Naval Group,
02:06les drones, les avions, les réseaux télécoms civils.
02:10C'est une révolution ?
02:11C'est une révolution.
02:12Alors qu'ici, pas que de moi, on est trois cofondateurs.
02:16Donc, Jean Chazla, qui était anciennement directeur scientifique chez Thalès,
02:20qui connaît tout ce marché des télécommunications dans le monde militaire,
02:23mais qui s'exploite aussi dans le monde civil.
02:25Et surtout, notre troisième associé, le professeur Stefano Macchi
02:29à l'Université de Sienne, qui est l'inventeur de cette nouvelle approche antennaire.
02:34Moi, j'apporte la contribution matériaux et la reconfiguration de ces objets
02:39par différents phénomènes physiques.
02:41Vous pouvez nous expliquer ce que vous avez devant vous, par exemple ?
02:44Alors, devant moi, j'ai une antenne.
02:46Vous les aviez entre les doigts.
02:47Tout à l'heure, j'ai cru que c'était une bague.
02:48Voilà, on va les remettre, puisque c'était assez joli.
02:52Ce sont des antennes, donc deux petites antennes qui fonctionnent
02:56dans les bandes de fréquence de Starlink aujourd'hui.
02:59D'accord ?
02:59Dans ce que les Américains…
03:01Donc, nos compétiteurs sont Américains et Chinois, il faut bien le savoir.
03:05Et donc, ces antennes, elles sont très légères.
03:08Elles sont en deux dimensions.
03:10Donc, elles s'imbriquent dans n'importe quelle paroi.
03:12Et la paroi peut être en mouvement.
03:15Par exemple ?
03:15Donc, par exemple, dans les frégates, on a pu proposer à Naval Group un système antenner
03:21qui, donc, effectivement, remplace les systèmes actuels très lourds et qui s'intègre sur le mât de frégates.
03:27Attendez, quand vous dites très lourd, ça remplace les paraboles d'une tonne ?
03:30Exactement.
03:31Donc, on a fait quelque chose…
03:32Bon, là, vous n'avez que 4 grammes.
03:33C'est 4 grammes.
03:34Ça implémente sur, actuellement, des drones pour faire de l'autonomie de drones.
03:39Mais c'est exploité, donc, à d'autres fréquences pour Naval Group.
03:42Et donc, on a fait un système qui fait 15 kilos.
03:45Alors, ça a été une forte collaboration avec Naval Group qui nous a poussés jusqu'à nos retranchements les plus
03:51abrupts en termes de rupture technologique.
03:54Ce qui a fait qu'on a eu le prix scientifique Naval Group, donc le prix La Pérouse, en 2021.
03:58Félicitations.
03:59Avec l'équipe d'intégration de Lorient, l'équipe de Frédéric Gourmelin.
04:03Comment faites-vous pour faire tenir une telle puissance dans des équipements aussi légers et sans électronique de commande lourde
04:12?
04:12Eh bien, tout vient des phénomènes physiques qui me passionnent et nous passionnent tous les trois, Jean et Stéphano.
04:19Le principe repose sur les interférences d'ondes de surface.
04:22C'est comme la goutte d'eau dans un verre d'eau.
04:24Vous faites tomber, vous générez une onde sphérique et elle revient.
04:27Et puis, elle repart jusqu'au bord du verre, elle revient jusqu'à ce qu'elle ait plus d'énergie,
04:30elle s'arrête.
04:30Et parfois même, vous voyez la goutte remonter.
04:34En tout cas, au ralenti, on la voit remonter.
04:36Exactement.
04:36Eh bien, c'est la même chose.
04:37On fait la même chose.
04:38On envoie une onde électromagnétique qui va se propager sur une structure qui est vue à mur périodique.
04:43Et donc, l'onde va se réfléchir, transmise, réfléchir.
04:46Et à un moment, il y a une onde collective qui va se créer hors plan et qui va créer
04:51un faisceau électromagnétique.
04:52Donc, sans électronique, uniquement un phénomène physique d'interférence d'onde.
04:57Alors, qu'est-ce que cela permet concrètement en matière de transmission de données, ces technologies révolutionnaires ?
05:03Eh bien, comme c'est en deux dimensions, toutes les autres technologies sont en trois dimensions,
05:09donc en mode de cavité résonante, ce qui fait que vous avez des bandes passantes très étroites.
05:13Nous, on relaxe une contrainte sur une dimension et c'est quelque chose d'assez smooth, comme on dit, doux,
05:17qui se fait en surface.
05:19Et donc, la bande passante va se créer du fait de cette structuration qui est donc réalisée par ce qu
05:24'on appelle des méta-surface.
05:26Donc, une méta-surface, c'est un agencement périodique de motifs métalliques, comme on le voit là, en orange.
05:34Et cet agencement périodique va créer, comme les parois du verre, où on a mis de l'eau dedans, comme
05:40je l'expliquais tout à l'heure.
05:42C'était cet agencement périodique de motifs métalliques qui va faire toute la physique d'interférence d'onde de surface
05:47derrière.
05:48Donc, c'est 15 ans de calcul par notre associé, donc, professeur Maty en Italie.
05:55C'est un code source unique dont nous sommes propriétaires à Troyes.
05:59Et derrière, eh bien, on s'est dit un jour, du fait de...
06:03Parce que je suis académique et Stéphane aussi, donc je lui ai proposé l'aspect matériau
06:07pour changer les propriétés de la propagation de l'onde de surface à partir du matériau de support.
06:13Vos premiers soutiens majeurs sont Naval Group, on l'a dit, la DGA, l'agence Innovation Défense.
06:21Quels sont les défis de communication spécifiques que vous résolvez sur les drones, sur les navires de guerre, etc. ?
06:29On peut rendre, en fait, du fait qu'on soit très léger et en plus avec des bandes passantes très
06:34larges,
06:35on peut augmenter le débit des télécommunications actuelles tout en surpeuplant une surface de système antenner.
06:42Donc on va rendre une surface en peau électromagnétique et de façon très légère.
06:47Donc le poids sur la structure va être drastiquement descendu.
06:52Et la consommation énergétique n'existe plus par rapport aux systèmes existants
06:56qui demandent beaucoup d'électronines de commande, comme vous l'avez rappelé tout à l'heure.
07:00Voilà, mais pour qu'on comprenne bien, ça veut dire quoi, par exemple ?
07:03Sur un drone, ça veut dire plus d'informations ?
07:08C'est ça, la bande passante, plus d'informations, après des systèmes multifréquences qu'on ne sait pas faire aujourd
07:14'hui.
07:14Donc là, on parle de la 2G, 3G qui est en train de s'arrêter, on passe à la 5G.
07:18Nous, on va pouvoir implémenter également de la 6G, la 7G, tout ça sur la seule et même structure et
07:24de façon embarquable.
07:26Vous faites le choix d'une fabrication 100% française, la Bretagne, la Normandie.
07:31En quoi la souveraineté industrielle est-elle capitale pour la sécurité de vos technologies ?
07:37Parce que du coup, on sait ce sur quoi on travaille et l'Europe a perdu son savoir-faire.
07:45On le dit tous les jours, la fabrication des semi-conducteurs.
07:49Nous, on est passif, on est en train de migrer vers des matériaux semi-conducteurs pour la reconfiguration par voie
07:56optique.
07:56Donc ça, c'est quelque chose qui est très amont.
07:58Mais on tient cette souveraineté pour avoir accès, déjà pour promouvoir l'excellence française au niveau des matériaux.
08:05Donc on travaille beaucoup aussi avec la société S2P à Oyunax.
08:09Et on a un accès direct aux propriétés des matériaux dont on a besoin pour faire une conception complète de
08:17la structure embarquable sur n'importe quelle plateforme mobile.
08:20Au-delà du secteur militaire, vous vissez désormais les marchés civils, télécoms satellitaires, abribus connectés aussi, réseaux privés d'usines.
08:29Vous allez nous expliquer ce que ça pourra créer.
08:35Comment adaptez-vous votre technologie à ces nouveaux usages, justement ?
08:38On a un cahier des charges.
08:40Donc nous, on fait de la conception.
08:43La fabrication, comme vous l'avez dit, est sous-traitée en France.
08:46Et on fait la caractérisation.
08:48Donc on a assez souvent des moutons à cinq pattes.
08:51Parce qu'en fait, aujourd'hui, les fournisseurs antennaires sont très rigides en termes de bandes passantes, de poids, etc.
08:58Nous, on essaie de s'adapter aux besoins du client.
09:02Et donc, on ouvre la voie à des bandes de fréquence qui ne sont pas ouvertes aujourd'hui.
09:07Donc, par exemple, pour les réseaux privés, la demande aujourd'hui est d'avoir des data centers qui ne sont
09:14plus cloudisés et qui sont in situ au niveau des usines, des industriels.
09:19Et donc, faire de la communication entre bâtiments devient importante, avec des débits de données importants.
09:26Et ça, sur des fréquences, des systèmes sécurisés.
09:29Ça veut dire que le client peut nous demander une fréquence dont il sera propriétaire.
09:34Il sera en dehors d'un standard connu sur le marché des télécommunications.
09:38Et nous, on sait faire quelque chose largement, entre 1 et 100 GHz, que d'autres technologies ne savent pas
09:44du tout faire.
09:44En un mot, c'est quoi un abribus connecté ?
09:47Un abribus connecté, c'est un abribus qui communique avec les satellites, qui reçoit des données, qui va transmettre à
09:55la personne qui est sous l'abribus des alertes de sécurité.
09:59Donc, ça, c'est quelque chose qu'on est en train de démarrer avec JC Deco.
10:05Et ça va être, quelque part, la fonctionnalisation des abribus, c'est un vrai sujet pour les smart cities, donc
10:11les villes du futur.
10:13Et donc, remplacer n'importe quelle paroi en un système communiquant.
10:19Donc, après, on peut penser aussi à la diffusion de films.
10:22Il y a n'importe quelle donnée est importante au niveau de l'abribus.
10:26Aujourd'hui, on sait quand un puce arrive et quand on ne sait pas exactement le trafic autour.
10:32Donc, peut-être un mapping du trafic autour de l'abribus.
10:35Il y a énormément.
10:36Ça, c'est après, c'est le client qui va décider.
10:38Vous préparez une levée de fonds pour accélérer l'industrialisation et la fabrication en série de vos antennes.
10:45Quels sont vos besoins de production et de recrutement aussi, à court terme ?
10:50Oui.
10:50Alors, aujourd'hui, on externalise la fabrication.
10:53Il reste quand même en interne l'assemblage de la connectique qui est crucial.
10:59C'est des connaissances en hyperfréquence qu'il faut avoir.
11:01Et donc, c'est un niveau de compétence qui est équivalent à un ingénieur, voire à un chercheur à post
11:07-doctorant.
11:08Voilà.
11:08Donc, le recrutement est très compliqué.
11:10Et pour ça, il faut afficher des salaires compétitifs par rapport à nos amis américains ou chinois.
11:16Donc, la levée de feu est cruciale pour le recrutement et pour aussi la mise en série de ces structures.
11:22Parce que nous, aujourd'hui, on a pu faire 400 antennes in-house.
11:28Et si on passe à des milliers, des dizaines de milliers de quantités, là, ça devient un autre sujet, un
11:33autre monde.
11:34Et ensuite, derrière, l'équipement, parce qu'on qualifie l'antenne au niveau de ses performances,
11:40ce sont des équipements très lourds électroniques.
11:43Pour l'instant, nous, on équipait… l'équipement qu'on a, c'est 500 000 euros.
11:47Pour une seule et même antenne, si on veut dupliquer les bandes-mesures, ça chiffre très vite.
11:52Quelle est votre vision de l'excellence ?
11:54Nous, c'est au niveau matériaux et la reconfiguration unique que l'on fait avec un système optique
12:01qui n'est jamais vu, n'a jamais été étudié dans d'autres laboratoires du monde.
12:07Donc, on vient de déposer un brevet là-dessus.
12:08On a une publique qui vient de sortir.
12:10C'est notre objectif à Ultimetas, faire de la reconfiguration optique d'antennes.
12:15Charlotte Tripon-Cancelier, Ultimetas, merci beaucoup d'avoir été avec nous aujourd'hui.
12:20Merci à vous.
12:20Merci à vous.
12:21Vous retrouvez cet entretien sur leséchos.fr et en replay sur vouszvous.fr.
12:26À bientôt dans Vousz vous décideur.