00:00Vous savez que BFM Bourse, c'est l'émission où on bat en brèche les idées reçues, les clichés.
00:05Et c'est l'objet de notre rubrique mondialement connue, le mythomètre.
00:09Et pour cela, nous allons accueillir en plateau François Cholet, Montségur Finance.
00:15Vous avez l'habitude de l'entendre à l'antenne, il est là régulièrement.
00:18Bonjour François. Bonjour. Bonjour.
00:19Et c'est vrai que c'est la petite musique du moment, la facture de l'IA générative.
00:25Claude et Anthropique brûlent des milliards de cash et on en a parlé il y a quelques minutes.
00:31Et il y a une idée selon laquelle Anthropique est beaucoup trop chère et nous fait perdre du pognon.
00:36Et vous vous dites, gros mytho.
00:41Ah oui, allez-y.
00:42Oui, ça surprend, mais excusez-moi, c'est la première fois que je fais cette émission du mytho.
00:48Le mytho, c'était les 80 milliards de pertes qui ont été communiquées dans le cadre du dossier d'introduction
00:54en bourse
00:54que nous avons reçu hier concernant le titre Anthropique.
00:58Et donc, je voulais dire simplement, le mytho, ces 80 milliards de pertes n'en sont pas.
01:02C'est une écriture comptable qui compte pour 72 milliards.
01:06Et finalement, c'est une écriture comptable qui vient saluer le parcours de valorisation extrêmement favorable
01:12d'Anthropique hors marché.
01:14Tout simplement parce que les actionnaires et les prêteurs d'Anthropique ont des obligations convertibles en actions,
01:21c'est-à-dire la capacité de se reluer.
01:23Et c'est la réévaluation de ces obligations convertibles qui est venue affecter comptablement le résultat du groupe.
01:31Et c'est ce qui effraie effectivement les investisseurs.
01:34Pourtant, il y a des choses que j'ai trouvées particulièrement intéressantes dans ce dossier d'introduction.
01:39La première chose, c'est qu'ils ont fini de perdre de l'argent.
01:43Opérationnellement, on a un gain d'un milliard de résultats opérationnels sur le trimestre.
01:48Un milliard de dollars, c'est pas grand-chose pour une société de ce calibre.
01:52Mais c'est quand même quelque chose qui montre simplement la remontée des ratios d'exploitation et de profitabilité.
01:58La deuxième chose qui paraît cruciale, c'est qu'auparavant, en tout cas sur les dernières communications que nous avions,
02:05l'entreprise dépensait 2 dollars de calcul pour réaliser 1 dollar de chiffre d'affaires.
02:10C'est ce qu'on leur reprochait beaucoup.
02:12C'était assez problématique parce que quand vous vendez finalement à perte des capacités de calcul
02:16et que vous devez qu'ils puissent investir massivement sur ces capacités de calcul pour les maintenir en état par
02:22rapport à la concurrence,
02:23évidemment ça pose problème.
02:24Le fait d'avoir divisé par 4 le prix de revient de cet euro de chiffre d'affaires réalisé,
02:31puisque maintenant le coût est annoncé à 55 centimes de dollars pour 1 dollar de chiffre d'affaires,
02:37ça veut dire qu'opérationnellement, il existe un levier de marge opérationnelle favorable qui cette fois-ci devient vertueux.
02:44Et puis, il y a quelque chose qu'il faut bien entendre aussi, c'est la croissance.
02:49On n'est pas habitué à valoriser des entreprises d'hypercroissance.
02:53Il faut bien réaliser que le groupe n'est pas sur des croissances à 10, 20, 30, 40%,
02:59ni même à 100%, ni même à 150 ou 170%.
03:03Là, on est dans des chiffres d'affaires qui sont démultipliés avec de la visibilité,
03:09une croissance qui est exponentielle et pour le coup un boulevard vis-à-vis des utilisateurs
03:14qui, pour l'instant, sont monétisés, on va dire, raisonnablement,
03:18mais dont on sait très bien que, très rapidement, les grands fournisseurs d'intelligence artificielle,
03:24et notamment les modèles les plus développés, vont être capables de facturer plus cher,
03:27tout simplement parce qu'ils se seront rendus totalement indispensables à notre activité quotidienne.
03:33Nous qui travaillons et réfléchissons, nous allons utiliser cette super intelligence,
03:38on va prendre le mot de Donald Trump, pour nous aider au quotidien.
03:43Et c'est vrai que c'est quelque chose qui finit par coûter cher,
03:46parce qu'on peut imaginer que c'est quelques dollars par mois,
03:48quand on est client comme ça d'une suite bureautique,
03:51mais la vérité, c'est que dès que vous faites tourner des agents,
03:53même chez les moins chers du secteur, c'est plutôt centaines de dollars par mois.
03:57On parle d'autour de 400 dollars par exemple chez Microsoft,
04:00et quand vous travaillez beaucoup avec l'IA, il vous faut plusieurs agents,
04:03et on voit bien que là, l'addition se corse.
04:06Donc on ne peut pas imaginer qu'on va remplacer tous nos salariés par de l'IA gratuite,
04:10et en tout cas, le modèle anthropique est un modèle qui, pour moi en tout cas,
04:14est un modèle d'hypercroissance, pas forcément stupide en termes de valorisation,
04:18compte tenu de cette croissance, et compte tenu de la capacité qu'ils sont en train de montrer,
04:22de créer de la marge, tout simplement, par rapport aux chiffres d'affaires qu'ils développent.
04:26Mais voilà, c'est peut-être ça le principal problème,
04:29c'est qu'on ne voit pas, en tant qu'investisseur, ou quand on n'est pas les mains dans
04:32le cambouis,
04:33là par exemple, votre débunkage de la trésorerie qui s'effondre à cause des obligations convertibles,
04:42bon, là on voit les choses beaucoup plus clairement,
04:45mais la vraie création de valeur, souvent, on a un petit peu de mal à l'évaluer quand on regarde
04:50ces objets-là.
04:52Pour moi, la création de valeur, elle se rapproche peut-être un peu de ce qu'on a connu dans
04:55le software.
04:56Il y a une certaine captivité des clients d'anthropique,
05:00et je pense notamment à ceux qui l'utilisent au quotidien,
05:04quel que soit le métier d'ailleurs aujourd'hui,
05:05puisqu'il y a des spécialisations qui sont en train de se mettre en œuvre,
05:08qui font que derrière, vous êtes habitués à travailler dans un environnement,
05:12avec un confort, avec des agents que vous avez paramétrés et fait évoluer au fil du temps.
05:17Finalement, quelque part, ça crée des barrières à l'entrée,
05:19ça crée une fidélisation qui me paraît importante.
05:21On va pouvoir sélectionner des IA en fonction du prix de revient.
05:25Peut-être que demain, on demandera à nos agents de travailler avec des IA de bas de gamme
05:30pour des choses qui sont plutôt courantes,
05:33mais pour les choses qui ont le plus de valeur ajoutée
05:35et qui nous font économiser beaucoup de temps de consulting et d'argent,
05:39on ira, je pense, chercher les modèles les plus frontières,
05:43les plus puissants, les plus affûtés sur les domaines sur lesquels on l'interroge.
05:47Et pour le coup, Anthropik marque aujourd'hui une certaine différence vis-à-vis de l'ensemble des concurrents.
05:52Mais alors, c'est vrai qu'on parle beaucoup de cet écosystème, circuit fermé, etc.,
05:56les uns finançant la croissance des autres.
05:58Mais par exemple, pour Anthropik, des partenaires comme Amazon et Google,
06:04est-ce que pour eux, c'est un investissement qui est rentable tout de suite ?
06:08Je pense qu'on n'imagine sincèrement aujourd'hui pas la capacité que des grands hyperscalers
06:18ou ce qu'on peut imaginer aujourd'hui avec des Microsoft, par exemple,
06:21pourraient avoir de venir récupérer des morceaux de capital significatifs d'un dossier comme celui-ci
06:27dès lors que les titres seront disponibles sur le marché.
06:29On n'imagine pas.
06:30Ils ont été capables de faire des chèques à plusieurs dizaines de milliards de dollars par le passé
06:36en ayant en vue, non pas la réalité d'une activité, mais les projections de chiffre d'affaires.
06:41Et l'exemple regorge depuis 25 ans maintenant, sur la bulle Internet des années 2000,
06:45des opérations de croissance externe extrêmement profitables à moyen terme.
06:49On peut penser à YouTube, par exemple, pour le cas de Google, enfin d'Alphabet,
06:55qui a été une opération de croissance externe qui paraissait stratosphérique
06:58et qui finalement s'avère aujourd'hui une clé majeure du succès actuel de titres comme celui-ci.
07:04Je crois qu'on est dans le même ordre d'idée et que parmi des grandes méga capitalisations mondiales,
07:10le dossier anthropique sera en tout cas directement une cible privilégiée.
07:15Alors François, sur le terrain, les entreprises qui utilisent Cloud,
07:18est-ce que ce sera à fond perdu ou bien il y aura un gain de marge immédiat ?
07:22Écoutez, moi je suis assez convaincu que le modèle de l'IA est un modèle qui fait gagner beaucoup de
07:28marge.
07:29C'est-à-dire que dès que vous l'utilisez dans des applications à valeur ajoutée,
07:33je disais vous gagnez du temps,
07:35mais vous construisez avec des choses qui vous permettent de produire,
07:40que ce soit en termes de services, que ce soit même en termes, je dirais,
07:45de manière totalement large d'organisation, même personnelle de son activité.
07:49Et je crois que cette refonte de l'activité,
07:50alors nous on est dans des métiers, dans la gestion d'actifs très digitaux,
07:54nous avons un métier dématérialisé depuis longtemps,
07:57ça fait longtemps que les titres de bourse ou les obligations ne sont plus en papier.
08:02Faire tourner des modèles de big data, pour nous c'est très facile,
08:06parce que ça fait longtemps que ces données sont accumulées dans nos métiers,
08:11et donc on voit bien que c'est une aide précieuse,
08:16et d'ailleurs ça se voit aussi dans le fonctionnement des marchés.
08:19Ça fait quatre ans qu'on a des marchés qui sont plutôt haussiers,
08:22avec des tendances qui sont plutôt favorables sur les grands indices,
08:26et pourtant à l'intérieur de ça, on voit des marchés très algorithmés,
08:30c'est-à-dire on voit des sanctions sectorielles très puissantes,
08:33on a vu au premier semestre par exemple aux Etats-Unis le software se faire balayer,
08:38pendant ce temps-là vous aviez les fabricants de puces ou de mémoire qui doublaient,
08:43et puis depuis cet été vous avez un phénomène finalement inverse,
08:46et tout ça se fait dans un maintien des tendances de fond,
08:49c'est-à-dire d'un marché plutôt attractif pour les investisseurs,
08:52qui continue à tirer vers le haut les performances.
08:55Donc on a ce marché-là, et je crois que ça témoigne tout simplement
09:00du fait que les métiers de la finance sont des métiers qui sont devenus algorithmés,
09:04et dans lesquels donc le big data, le quantamental,
09:09c'est-à-dire l'analyse quantitatif des données pour les gérants,
09:11mais aussi la capacité que l'IA nous donne à tester des idées,
09:17à tester des stratégies, à back-tester des stratégies avec les données du passé,
09:23et bien sont devenues essentielles.
09:24On est plus ou moins tous à les utiliser, avec plus ou moins de talent,
09:28mais globalement c'est quelque chose qui s'est déjà répandu dans nos métiers,
09:33et force est de constater qu'aujourd'hui on ne pourra pas faire le chemin inverse,
09:36et quel que soit le prix, on est amené à continuer à investir pour fabriquer des outils,
09:41pour fabriquer de la data et de l'aide à la décision,
09:45parce que c'est devenu précieux.
09:47François Cholet, Monségur Financien,