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  • il y a 15 heures
Être enfant de l’immigration, grandir à Creil, dans l’Oise, mais réussir dans l’entrepreneuriat. Alors que les inégalités face à l’emploi ne reculent pas, ou peu, sur le territoire français, certaines réussites individuelles existent. Raouf Ben Slimane, président de Ôvoyages, nous parle de son parcours, mais aussi de ses convictions sur l’impact économique positif de la diversité.

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Transcription
00:12Smart Job, un grand entretien au sommet de l'inclusion à la maison de la RATP.
00:16On accueille un entrepreneur issu des quartiers, issu de la banlieue.
00:20Raouf Ben Slimane, bonjour.
00:22Bonjour.
00:22Président fondateur de Thalasso numéro 1, de Haut Voyage.
00:25Peut-être pour commencer, parce que tout le monde ne connaît pas forcément ces entreprises.
00:28Rappelez-nous, quel est le secteur d'activité ? Quelles sont les offres de ces deux noms ?
00:33Thalasso numéro 1, devenue la grande marque aujourd'hui plus connue au voyage, est un tour opérateur, évoluant dans le
00:41secteur du tourisme.
00:42Nous sommes généralistes, positionnés sur les vacances bander, à la fois sur le moyen courrier et long courrier.
00:51Aujourd'hui, nous employons environ 200 personnes pour un chiffre d'affaires d'environ 350 millions d'euros.
00:57Et au départ, le premier projet qui date de 2003, si je ne me trompe pas, Thalasso numéro 1, c
01:03'était une vision, se positionner sur un secteur de niche, le voyage de bien-être.
01:07Comment vous est venue cette intuition, j'ai envie de dire ?
01:10Alors exactement, c'était une intuition et une vision qui a consisté à se dire, je me suis dit à
01:17l'époque, on va rentrer dans le siècle de la vitesse à outrance du stress et du surmenage.
01:22Et donc, il va y avoir un besoin, en fait, de ralentir, de déstresser, de décompenser.
01:30Et donc, en fait, le voyage bien-être, c'est la notion que j'ai créée à l'époque, en
01:352003, la notion de voyage bien-être pour tous.
01:39Pour moi, c'était l'antidote à ce siècle de la vitesse et du stress dans lequel on baigne totalement
01:45aujourd'hui.
01:45Surtout quand on est entrepreneur, chef d'entreprise, on sait qu'on travaille beaucoup.
01:49On sait de quoi on parle.
01:50Oui, on sait de quoi on parle. Et c'est souvent justement ce qu'oublient de faire les dirigeants, c
01:54'est de savoir se reposer.
01:55Donc vous, vous en avez fait une activité à part entière, une offre économique.
01:58Voilà, en fait, c'est une réponse qu'on apporte et on le voit aujourd'hui, puisque depuis la création
02:04en 2003, nous sommes en 2026.
02:07Je dirais que la tendance, elle s'est encore accentuée, accélérée et les gens ont besoin vraiment de partir, de
02:15larguer les amarres, de ralentir parfois, de ralentir absolument.
02:18Et maintenant, on a été plus loin que cette niche, c'est vrai, en devenant généraliste sur les vacances au
02:25soleil, à la fois long courrier, moyen courrier.
02:28On va revenir sur un moment un peu compliqué de l'actualité française.
02:32Le 17 octobre, on a tous les images en tête, des cortèges qui se passent très bien.
02:37À côté de ça, des scènes de violence à Paris, dans des grandes villes.
02:40J'ai vu que vous, vous aviez réagi sur vos réseaux sociaux.
02:44Quelle image, quelle impression, en tant qu'entrepreneur, en tant que chef d'entreprise, vous retenez de ce 17 octobre
02:50?
02:50Parce que j'ai l'impression que pour vous, c'était très douloureux quand même, ces images.
02:54Alors oui, c'est douloureux d'abord pour la France.
02:58Avant de parler de notre cas particulier, c'est douloureux pour toute l'économie française.
03:02C'est douloureux en termes d'image, renvoyé à l'étranger.
03:06On sait très bien que la notion d'image et de confiance par rapport à une destination, c'est ce
03:11qui fait voyager.
03:13C'est ce qui fait venir, en l'occurrence, les étrangers en France.
03:16Et pour ce qui nous concerne, si on parle des Français, en assistant à ces scènes vraiment d'un autre
03:24temps, on a assisté à des, il faut le dire, c'est des scènes de barbarie.
03:30Ça provoque en fait un attentisme au niveau des Français qui se posent des questions, qui se disent mais qu
03:37'est-ce qui va se passer à l'avenir ?
03:39La jeunesse, on voit bien qu'elle est un peu déboussolée, elle a des attentes.
03:43Il y a une frustration de la part de cette jeunesse.
03:46Et pour ce qui est des adultes que nous sommes et des contributeurs à l'économie, il y a une
03:52obligation d'y réfléchir et d'y apporter une réponse rapidement.
03:55Il n'y a pas que le politique.
03:56Nous sommes tous contributeurs aux solutions qui doivent être apportées aux problèmes de nos sociétés.
04:03On le voit dans l'étude justement de l'Ipsos, c'est que l'insertion professionnelle des jeunes que vous
04:08évoquez là de manière sous-jacente, ça devrait être un enjeu de la campagne présidentielle qui arrive.
04:14Mais pour l'instant, on n'a pas forcément le sentiment que tous les candidats qui sont sur la ligne
04:18de départ se sont emparés du sujet.
04:21Il y a d'autres sujets peut-être qui sont au-dessus de la liste parce que peut-être rapportant
04:26plus de points, parce que les jeunes ne votent pas autant par exemple que les personnes actives de plus de
04:3145 ans.
04:32Malheureusement, c'est le serpent qui se mord la queue, c'est-à-dire qu'on essaie de résoudre les
04:35problèmes économiques.
04:36Or pour moi, les problèmes des banlieues, les problèmes de la jeunesse, les problèmes des quartiers difficiles, les problèmes d
04:42'insertion, les problèmes d'inclusion, pour moi, c'est la priorité parce que c'est les problèmes par lesquels il
04:49faut commencer.
04:51C'est ce qu'on doit traiter en priorité et en amont parce que si on ne le fait pas,
04:56on va avoir des problèmes économiques.
04:58Une jeunesse qui n'est pas formée, où la République ne vient pas à la rencontre, si la République ne
05:06vient pas dans les quartiers pour dire aux jeunes,
05:09vous êtes tous égaux, vous faites partie de la nation, vous comptez, votre potentiel est une richesse.
05:17Si on ne va pas vers eux, on va avoir une jeunesse qui va sentir qu'on la disqualifie et
05:24qui est rejetée par la République.
05:26Et puis les effets négatifs seront dans 5-10 ans, seront encore pires.
05:29Le boomerang, il va être plus important et les effets négatifs, effectivement, vont se faire ressentir au niveau de toute
05:37l'économie.
05:37Donc pour moi, c'est vraiment un des sujets majeurs à traiter en amont avant tous les sujets d'augmentation
05:44fiscale, etc.
05:45Tout ça, c'est de la politique politicienne. Les vrais sujets, ils sont là.
05:50Les jeunes de banlieue notamment ou de zone rurale, d'ailleurs, dans l'étude d'Ipsos, il y a aussi
05:55les jeunes de zone rurale,
05:56ont le sentiment d'avoir moins d'opportunités professionnelles à niveau d'efforts égales avec le reste de la population,
06:03ce qui est assez terrible sur la motivation qu'on peut mettre dans la vie active.
06:07Vous, vous êtes un peu un contre-exemple.
06:09Vous venez d'une zone périphérique, Creil, et très tôt, vous avez eu la certitude de ce que vous vouliez
06:16faire, entrepreneur.
06:18Est-ce que vous vous souvenez en amont de ce qui vous a donné cette étincelle, ce qui vous a
06:22donné ce cap que vous avez subi et qui vous a amené là où vous en êtes ?
06:27Vous me parlez de ma vie, de la totalité de ma vie, de mon parcours.
06:32Alors, bien sûr que je me rappelle maintenant à ce que je suis le meilleur exemple parce que c'est
06:40un peu compliqué pour moi de donner, en fait, des leçons ou dire qu'est-ce qu'il faut faire
06:48parce que, et c'est en cela que je me considère comme un cas particulier parce que depuis enfant, effectivement,
06:54je savais ce que je voulais faire et j'étais déterminé.
06:56Alors maintenant, s'il y a une leçon, s'il y a un conseil à donner, c'est, je parlerais
07:03comme un sportif.
07:05Ceux qui veulent devenir champions du monde, je ne sais pas, moi, de boxe ou champions dans le football ou
07:10n'importe quelle activité sportive,
07:12les jeunes, ils savent très bien qu'on n'arrive pas comme ça du jour au lendemain, voilà, sans effort.
07:17Et sans méthode aussi peut-être ?
07:18Sans effort, sans méthode, sans sacrifice.
07:21Eh bien, il faut dupliquer ça dans le monde professionnel.
07:23Il faut avoir conscience que nous sommes dans une société qui est un peu compliquée, qui est très compliquée concernant
07:29le sujet de l'insertion des jeunes.
07:31Et il faut affronter ça, pour moi, comme un défi sportif, c'est-à-dire se dire, voilà, les barrières
07:37qui se présentent ou qui vont se présenter.
07:39Je sais que je vais chuter.
07:40Je ne vais pas gagner à toutes les courses pour parler d'un athlète, par exemple, ou je ne vais
07:44pas gagner tous les matchs pour parler d'un footballeur.
07:46Je vais prendre des coups dans la figure pour parler d'un boxeur, mais je veux y arriver.
07:51Voilà, je veux, si on a la volonté, c'est le plus important.
07:55Et ça veut dire aussi d'avoir une réaction positive par rapport aux échecs, parce que vous, ce qu'on
08:00sait de vous, parce que vous parlez assez peu de votre vie privée,
08:03votre première expérience professionnelle, deux ans à peine après l'obtention du troisième cycle en droit des affaires, vous fondez
08:10une première entreprise.
08:10Disons que vous, vous définissez votre première expérience professionnelle, non pas comme un stage ou comme une expérience au sein
08:15d'une entreprise, mais une création d'entreprise.
08:17Ça, ce n'est pas tout le monde qui va aller dans cette direction-là.
08:20Il y a quand même eu, j'imagine, des étapes avant, des échecs, des choses que vous avez ratées et
08:24qui vous ont aidées.
08:25Est-ce que vous avez le souvenir, notamment, d'un échec qui a été très utile pour construire, façonner l
08:31'adulte que vous êtes ?
08:32Franchement, étant d'une nature optimiste, je me souviens surtout du choix et de la détermination que j'avais face
08:40à ce que j'avais déjà anticipé comme un échec.
08:43C'est-à-dire pour un jeune issu de l'immigration, comme moi, et venant d'un quartier reculé, de
08:53la banlieue, même si c'est la banlieue reculée, ça serait compliqué.
08:58Et donc, en ayant cette conscience, je me suis dit que je ne pouvais compter que sur moi-même.
09:03Et c'est pour ça que j'ai tenté l'aventure de présenter ma candidature dans ce qu'on appelait
09:09les « big six » à l'époque, les grands cabinets d'audit.
09:12Je n'ai pas été pris alors que j'avais le potentiel et les capacités.
09:16Et donc, j'en ai déduit que c'était une confirmation de ce que je pensais. Il fallait que je
09:20trace ma route tout seul.
09:21Que vous deviez travailler plus dur et surtout créer votre entreprise.
09:24Et c'est souvent ce qu'on voit dans les quartiers prioritaires de la ville.
09:28C'est que beaucoup de jeunes n'arrivant pas à trouver un CDI créent leur micro-entreprise, par exemple.
09:32Ça, c'est un problème économique quand même. C'est que les entreprises qui ont du mal à recruter, là,
09:36elles se privent quand même de potentielles ressources humaines importantes.
09:41C'est un très gros problème économique parce qu'en fait, on peut dire aux jeunes « soyez prêts à
09:47affronter les difficultés et soyez prêts au combat ».
09:51Mais tous les jeunes ne sont pas prêts à cela.
09:55Quand on parle de tous les jeunes, c'est absolument tout ce qui est issu de quartiers difficiles ou de
09:59quartiers luxueux.
10:01On n'est pas tous prédisposés à être dirigeants d'entreprise, à être entrepreneurs.
10:05Et donc, c'est un vrai sujet. Il faut vraiment que nous, les acteurs économiques, on ouvre la porte.
10:12C'est ce que je fais à mon niveau en tant que dirigeant de tour opérateur.
10:15On a beaucoup, je vais être précis, on a autour de 15% de jeunes chez nous. Sur le total
10:22de salariés, c'est à peu près 200 personnes qui sont en formation, en alternance chez nous.
10:27Au niveau du recrutement, on sait qu'il y a le concept du biais de clonage, c'est-à-dire
10:31de recruter des gens qui ont fait les mêmes études ou plus ou moins les mêmes études, qui viennent plus
10:36ou moins des mêmes zones géographiques, plus ou moins du même niveau social.
10:40Par exemple, dans vos entreprises, est-ce qu'il y a des dispositifs, des choses concrètes mises en place justement
10:45pour essayer d'éviter ce type de biais ?
10:47Ou est-ce que ce n'est pas nécessaire grâce à votre histoire personnelle ? Peut-être que ça imprime
10:52aussi plus facilement ?
10:53C'est ce que j'allais dire. Ce n'est pas nécessaire parce que d'abord, on est, je le
10:56rappelle, tour opérateur. On évolue dans le milieu du voyage.
10:59C'est quand même par définition l'industrie de l'ouverture, de l'échange avec les autres. Et donc, on
11:05se doit d'être exemplaire là-dessus.
11:08On ne fait pas des voyages si on est fermé d'esprit et qu'on formate les profils qu'on
11:13veut recruter.
11:14Donc, je dirais plutôt qu'il y a plutôt un préjugé et une prédisposition d'entrée pour recruter des profils
11:21justement disparates.
11:22Et on s'est amusé avec ma DRH à regarder le nombre d'origines parmi les collaborateurs chez nous.
11:30On a constaté qu'on avait des Français originaires de 12 pays étrangers chez nous.
11:36Donc, ça apporte quelque chose à l'entreprise au quotidien, cette diversité ?
11:40Et surtout dans le secteur que nous sommes. C'est l'ouverture d'esprit.
11:44Rauf, Ben Slimane, merci beaucoup. Le temps file très vite.
11:47Ça passe très, très vite quand on a quelqu'un avec une histoire aussi riche à raconter.
11:51Président de Au Voyage, Thalasso numéro 1, qui était la première structure qui a commencé l'histoire.
11:57Merci beaucoup d'être venu sur le plateau de SmartJob.
12:00Cette émission au sommet de l'inclusion à la maison de la RATP est terminée.
12:04Prochaine émission SmartJob dans nos locaux habituels.
12:07Je vous dis à très bientôt.

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