00:04La flambée obligataire est-elle inquiétante pour les investisseurs français ?
00:08Voilà la question qui va nous animer dans la première partie de cette émission
00:11et pour en parler nous avons le plaisir d'accueillir Jérôme Russac.
00:14Bonjour Jérôme.
00:15Bonjour Nicolas.
00:16Merci d'être avec nous, vous êtes président du groupe REIN.
00:18Les investisseurs ont suivi ces dernières semaines la flambée obligataire.
00:22Alors ça a commencé par une flambée mondiale, on a vu les taux s'envoler
00:26ou en tout cas grimper aux Etats-Unis, au Japon, en Europe.
00:30Au sein de l'Europe, on a vu quand même qu'il y avait une prime de risque supplémentaire sur
00:34la France
00:34en lien avec les inquiétudes budgétaires.
00:37Et puis l'OAT, 10 ans, a touché 5% en fin de semaine dernière.
00:42On est à 4,9% à l'heure où on se parle.
00:45Concrètement, comment est-ce qu'on le comprend quand on est professionnel de la gestion de patrimoine ?
00:49Alors il faut déjà comprendre de quoi on parle.
00:52Il y a deux sujets dans cette crise.
00:54Il y a une crise, vous l'avez dit, qui touche tout le monde,
00:57qui est essentiellement due à la guerre autour de l'Iran et du détroit d'Hormuz,
01:03qui amène de l'inflation et donc naturellement de la remontée des taux.
01:09Spécifiquement, la France a un autre problème lié à sa dette, à son endettement,
01:15et donc qui surpondère les taux en France.
01:18Donc tout ça est un paysage qui n'est pas fameux quand on le regarde comme ça,
01:24mais il y a encore des moyens de s'endetter et l'État français s'endette quotidiennement.
01:29Et pour l'instant, ils trouvent preneur ?
01:33Mécaniquement, quel que soit le taux, c'est un risque qui est en face.
01:37Il y aura toujours des investisseurs, mais ils vont aller chercher un risque et un taux qui est bien supérieur.
01:44On parlait de l'écart notamment avec les autres pays européens.
01:46On a 150 points de base, 1,5 point pour nos auditeurs de plus que l'Allemagne,
01:51ce qui est quand même considérable, ce qui veut dire qu'il y a quand même un problème de confiance.
01:55Ce n'est pas tellement le montant de la dette, ce qu'on parle souvent, on dit qu'on a
01:58passé les 2000, les 3000, etc.
01:59Ce n'est pas tellement le montant de la dette qui pose un problème,
02:01c'est la confiance des marchés dans la France à maîtriser cette dette et un jour la rembourser.
02:07Et surtout, avoir une dette de 120% du PIB quand on a aussi peu de croissance.
02:11C'est un peu ça le sujet aussi.
02:13Mais alors concrètement, pour les investisseurs, qu'est-ce que ça change ?
02:18Est-ce que par exemple, lorsque l'on investit sur des fonds en euros, sur un contrat d'assurance-vie,
02:23c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle d'avoir une sorte de flambée obligataire à l'heure actuelle ?
02:28Alors, les impacts, ils ne sont pas tout à fait immédiats.
02:31Alors, si on regarde mathématiquement et financièrement, oui, effectivement, quand les taux montent,
02:38mathématiquement, la valeur des obligations baisse.
02:40Donc, il faut aussi voir déjà dans les portefeuilles qui a de l'obligation et qui n'a pas d
02:44'obligation
02:44pour faire un peu la part des choses.
02:46Il y aura nécessairement des opportunités qui peuvent se matérialiser.
02:50Également, parce que cette remontée des taux n'impacte pas que le marché obligataire,
02:52elle impacte aussi le marché immobilier.
02:54Donc, il faut aussi se poser la question des actifs qu'on possède ou qu'on voudrait acheter
02:58avec des taux très élevés qui peuvent nous empêcher parfois d'acheter ou d'acheter plus petit ou moins rentable.
03:02Est-ce que qui dit OAT qui augmente, dit taux de crédit immobilier qui augmente.
03:07Donc, investir dans l'immobilier coûte plus cher, le crédit en tout cas coûte plus cher.
03:11Exactement, c'est pour ça que la BCE a monté ses taux en septembre.
03:14Là, elle devrait maintenir les taux à l'équivalent, mais les taux sont très hauts.
03:18Alors, à l'acquisition, il faut le prendre en compte.
03:21L'avantage quand on fait un investissement immobilier, c'est qu'on peut fixer un rendement
03:24et acheter peu cher et fixer un rendement intéressant et se dire,
03:27tiens, si les taux baissent d'ici 2-3 ans, je pourrais racheter mon crédit,
03:31donc refinancer et chercher une vraie opportunité.
03:33En obligation, ce n'est pas du tout le cas.
03:35C'est vrai, mais c'est ce qu'on nous disait déjà il y a deux ans,
03:38quand on était passé de 1 à 3 sur les crédits immobiles.
03:41Il faut aussi avoir en tête que ça peut continuer à monter.
03:44Clairement, alors moi, je fais ce métier depuis plus de 20 ans,
03:46donc j'ai vu des périodes de très forte hausse, une période de très forte baisse.
03:49On était quasiment à zéro à un moment et on est remonté.
03:52Et j'espère que sur les 5, 10, 15 prochaines années,
03:54les taux vont fortement rebaisser, mais personne n'en sait rien.
03:57Vous parliez également des fonds euros et en assurance vie.
04:01Un fonds euro, c'est un agrégat de beaucoup d'obligations,
04:03donc les impacts ne vont pas être immédiats avec une hausse des rendements des fonds euros,
04:07mais parce qu'on lisse un peu un stock plus un flux qui arrive avec des taux plus intéressants.
04:12Ce que vous dites, c'est qu'en fait, on achète des obligations continuellement,
04:15à des conditions différentes, et donc après, c'est une moyenne de tout ça.
04:19Exactement.
04:19Et puis tous les assureurs ne gèrent pas tout à fait de la même manière,
04:22donc certains vont vraiment faire bénéficier leurs investisseurs
04:24avec des fonds euros qui vont vraiment commencer à augmenter.
04:26Pour d'autres, les hausses seront relatives,
04:28mais probablement qu'il y aura des hausses quand même sur la plupart des fonds euros.
04:31Donc pas d'inquiétude à ce stade, que ce soit sur...
04:35Alors moi, ma question, elle est d'un point de vue gestion patrimoniale, investisseurs.
04:39Mais on est aussi citoyens français.
04:41Exactement.
04:41Donc quand on voit qu'il y a un questionnement sur la dette,
04:44une crise potentielle de la dette,
04:45on se pose la question de savoir si c'est toujours le bon moment pour investir
04:48et s'il n'y a pas un risque sur les investissements qu'on a déjà réalisés en France.
04:53Alors, en fait, il y a un adage qu'utilisent les financiers,
04:58les gens qui gèrent de l'argent.
05:01Et dans ce genre de période, ils se disent « cash is king ».
05:03Alors, je vais le dire en français, que nos auditeurs sont...
05:05Quand on a de la trésorerie, on est un roi.
05:09Et donc là, c'est un très bon moment pour sa trésorerie
05:12parce que les rendements avec très peu de risques sont très élevés.
05:15D'accord.
05:16Voilà, donc ça, il faut le comprendre.
05:18Maintenant, quand on construit une stratégie patrimoniale,
05:21il ne faut pas seulement être sur des effets d'opportunité très court terme.
05:24Il faut vraiment avoir des bases solides
05:26et ne pas remettre en cause tout ce qu'on a fait avant,
05:29se dire « tiens, je vais tout revendre ».
05:30Donc, il faut préserver une poche de liquidité.
05:32Si j'ai de l'immobilier, on en parlait,
05:33et que les prix ont très fortement baissé,
05:35ce n'est peut-être pas le bon moment pour aller vendre.
05:37D'accord.
05:37Surtout si j'ai un rendement qui restait plus ou moins cohérent.
05:40Donc, en fait, il faut faire un état des lieux.
05:42Et c'est là, c'est le travail de béconseiller dans le groupe Rennes,
05:45c'est de bien comprendre.
05:47Évidemment, avec cette poche de cash, si on en a, on est le roi.
05:50Et donc, il faut aller saisir des opportunités.
05:52Et il y a beaucoup de choses intéressantes avec des rendements qui sont élevés.
05:55Mais on est dans une période inflationniste.
05:57D'accord.
05:58Donc, même si j'ai un rendement, je vais donner un chiffre, par exemple, de 6,
06:01et que j'ai une inflation de 3, mon rendement réel n'est que de 3.
06:04C'est le rendement moins l'inflation.
06:05Donc, il faut considérer tout ça.
06:06Et puis, en France, vous avez parlé qu'on est tous des citoyens français.
06:12Et nécessairement, il y a une fiscalité sur les rendements.
06:14Et cette fiscalité peut aussi augmenter.
06:15Donc, il ne faut pas mettre son argent n'importe où, n'importe comment.
06:17Très rapidement, est-ce que ça vaut le coup d'aller prendre du risque
06:21quand la situation sans risque devient plus risquée ?
06:26Oui.
06:28Oui, bien évidemment.
06:29Dans tous les cas, il faut, bien sûr, ça c'est en fonction du patrimoine de chacun
06:33et de son affection au risque, bien évidemment.
06:35Mais oui, moi je pense que, en tout cas, on est dans une version un peu équilibrée,
06:40voire dynamique de son patrimoine, ne pas aller saisir cette période
06:44et ne pas aller chercher un peu plus que ce que le marché offre,
06:47je pense que c'est dommage parce qu'en réalité, on sait ce qu'on a aujourd'hui,
06:51on ne sait pas ce qu'on va voir demain ou après-demain.
06:53Merci beaucoup, Jérôme Russac, de nous avoir accompagné dans la première partie de l'émission.
06:56Je rappelle que vous êtes président du groupe REIN.
06:58Merci beaucoup.
06:58Avec plaisir.
06:59Et quant à nous, on se retrouve tout de suite dans Enjeu patrimoine.
07:02Merci.