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Tous les jours de la semaine, invités et chroniqueurs sont autour du micro de Pierre de Vilno pour débattre des actualités du jour.

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00:00Europe 1 Soir, 18h-20h, Pierre de Villeneuve.
00:04Comme chaque jeudi soir, entouré jusqu'à 20h de Catherine Ney et Antonin André.
00:08Bonsoir à vous deux. Bonsoir.
00:10Bonsoir Patrick Martin. Bonsoir.
00:11Merci d'être là, vous êtes président du MEDEF, entrepreneur.
00:14Vous sortez ce livre, Génération empêchée, aux éditions de l'Observatoire.
00:19Chapitre 5, page 67.
00:21La révolte silencieuse. La jeunesse française ne fait pas de bruit.
00:25Pas au sens où nous l'entendons, celui des cortèges qui tiennent des semaines,
00:28des grèves qui bloquent un pays, des occupations qui durent.
00:31Vous êtes évidemment pardonné, Patrick Martin,
00:34puisque le livre est sorti avant ce mouvement social,
00:37qui aujourd'hui n'est plus vraiment un mouvement que de lycéens.
00:42On entendra d'ailleurs des lycéens tout à l'heure à la sortie de la place Beauvau
00:45qui ont l'impression qu'ils expliquent le travail de la police aux policiers
00:50et aux premiers flics de France, Laurent Nunez.
00:52Bref, nous avons là maintenant une génération qui,
00:56en tout cas pour certains d'entre eux, se révolte.
01:01C'est quelque chose que vous aviez évidemment prévu,
01:05mais peut-être pas de cette façon et pas d'autre façon aussi violente.
01:08Je confirme que j'ai sorti ce livre avant le déclenchement des événements
01:12parce que ça correspond à une préoccupation que j'ai de longue date
01:14en tant que président du MEDEF, en tant que chef d'entreprise
01:17et puis en tant que père et dorénavant grand-père.
01:19Il y a une profonde anomalie française de citer ces chiffres
01:27en termes de taux de chômage, en termes de taux d'emploi des jeunes
01:30par comparaison avec des pays voisins, la Suisse, l'Allemagne, les Pays-Bas.
01:35Pour tout un tas de raisons, notamment en Suisse,
01:37parce qu'on marche très bien.
01:39L'apprentissage, c'est assez nouveau en France,
01:42mais en Suisse, il y a des emplois qui ne sont pas forcément au niveau bac
01:45et qui sont tout à fait honorables.
01:47Tandis qu'aujourd'hui, si tu n'as pas le bac, tu es considéré comme...
01:50La Suisse, 3% de taux de chômage des jeunes,
01:537 fois moins qu'en France,
01:54mais 70% de chaque classe d'âge qui passe par l'apprentissage.
01:58Certains accédant à des fonctions éminentes
02:00dans des grands groupes industriels, bancaires,
02:02c'est un modèle.
02:04Mais c'est vrai aux Pays-Bas, c'est vrai en Allemagne,
02:07en Autriche.
02:08Voilà, moi je ne prétends pas inventer la poudre,
02:10il faut éviter de parler de poudre en ce moment d'ailleurs.
02:13Je dis simplement que si on avait l'humilité,
02:16la modestie, le pragmatisme
02:18de regarder et de transposer
02:20chez nous ce qui marche bien ailleurs,
02:22on s'en porterait mieux, et nos jeunes en particulier.
02:24Vous dites, un peu plus loin d'ailleurs dans le livre,
02:26vous dites qu'on trie avant d'avoir fait essayer.
02:28Et c'est vrai qu'aujourd'hui,
02:30et c'est le cas de Parcoursup et des revendications lycéennes,
02:34c'est un peu la loterie.
02:35Chacun dit, tiens, je voudrais faire tel métier,
02:38puis finalement il va en faire tout un autre,
02:40parce qu'à cause du...
02:42Je ne sais pas Antonin si vos fils sont suffisamment âgés
02:45pour être déjà dans Parcoursup,
02:47mais...
02:47Qui est assez opaque,
02:50qui méconnaît aussi le profil de chacun en réalité,
02:52et qui repose sur une notation,
02:55une éducation française,
02:56et c'est là-dessus que vous êtes intéressants, je trouve.
02:58Et qui doit vous faire un peu peur ce qui se passe en ce moment,
03:01parce qu'on dit, il faut moins de sélection,
03:04il faut plus de place en fac.
03:06C'est-à-dire que j'ai l'impression d'entendre
03:07exactement l'inverse de ce que vous préconisez.
03:09Oui, c'est vrai, en bonne part.
03:11En amont de tout ça,
03:12on a une énorme faille,
03:13une énorme défaillance sur l'orientation
03:15et la connaissance pratique,
03:18visuelle en tout cas,
03:19que peuvent avoir les jeunes
03:20de la réalité du monde économique
03:21et de l'entreprise en particulier.
03:23Alors, il y a beaucoup d'efforts qui sont faits,
03:25mais il y a encore des barrières
03:26entre le monde de l'enseignement
03:27et le monde de l'entreprise
03:28qu'il faut faire tomber,
03:29de sorte que,
03:30quand ils doivent faire leur choix
03:32via Parcoursup à ce jour,
03:34les jeunes, leur famille,
03:35les enseignants eux-mêmes,
03:36aient une bonne compréhension
03:38des formations,
03:39puis des métiers,
03:40qui assurent un avenir professionnel,
03:42et à l'inverse,
03:42des formations et des métiers
03:44qui n'assurent pas d'avenir,
03:45en tout cas pas dans les proportions,
03:47les effectifs voulus.
03:48Donc ça renvoie effectivement
03:50à cette idée
03:50qu'il faudrait qu'étant mieux informés,
03:54les jeunes puissent naviguer
03:55dans l'orientation
03:57et le choix de leur formation
03:58beaucoup plus intelligemment,
03:59je dirais qu'aujourd'hui.
04:00Pendant que je finis juste là-dessus,
04:01quand on voit qu'il y a 50% des jeunes
04:03qui ne valident pas
04:04leur première année à l'université,
04:06quand on voit qu'il y a plus de 20%
04:08de jeunes diplômés
04:09de l'enseignement supérieur
04:10chez les NITS,
04:11ceux qui n'ont ni emploi,
04:12qui ne sont pas en formation,
04:13c'est la démonstration,
04:14j'allais dire par l'absurde,
04:15en tout cas tragique,
04:17des échecs de notre système.
04:18– Mais la difficulté,
04:19c'est que c'est un système culturel,
04:20c'est-à-dire que l'éducation nationale
04:23aujourd'hui,
04:24et ça depuis des années,
04:25en fait, encourage et s'obstine
04:28à ce que les enfants,
04:29même quand ils sont en difficulté,
04:30même quand le système scolaire
04:31ne leur convient pas,
04:32il y a une conjonction
04:34à la fois traditionnelle
04:35et culturelle de l'éducation nationale
04:36et des enseignants
04:37à vouloir les forcer
04:38à poursuivre dans la filière générale
04:40coûte que coûte.
04:41Parfois, d'ailleurs,
04:42c'est douloureux pour les enfants
04:43parce que les enfants sentent bien
04:44qu'ils sont en situation
04:46d'essai qu'il n'y arrive pas.
04:47Et en fait,
04:49ce qui est très compliqué,
04:50c'est que c'est dans les mentalités,
04:51c'est culturel dans l'éducation française.
04:53– Oui, se faisant,
04:55disons-le, involontaire,
04:57on les induit en erreur.
04:58On leur laisse miroiter
05:00un avenir radieux
05:01et en réalité,
05:01on les envoie pour un certain nombre
05:03d'entre eux dans la NAS.
05:04Donc, mon propos,
05:05c'est simplement de dire
05:06qu'il faut beaucoup plus se parler
05:09entre l'enseignement et l'entreprise,
05:11il faut être beaucoup plus pragmatique
05:12et puis ne pas discréditer
05:14des filières
05:15qui trop longtemps
05:16l'ont été en France.
05:17On a eu un début
05:18de grande réussite
05:19sur l'apprentissage,
05:20par exemple.
05:20Et quand on voit
05:21le taux d'accès à l'emploi
05:22des jeunes
05:23qui passent par l'apprentissage,
05:24il est nettement supérieur
05:26à celui des jeunes
05:27qui sont...
05:28– Mais pourquoi est-ce qu'on le fait ?
05:28– Qu'est-ce qu'il bloque ?
05:30– Macron l'a beaucoup fait
05:31mais il a baissé
05:32dans le dernier budget.
05:34– Alors, ce n'est pas de son fait
05:35essentiellement.
05:35C'est des calculs court-termistes
05:37que je ne comprends pas
05:38et contre lesquels
05:38je me suis insurgé.
05:40Non, il avait beaucoup encouragé
05:41au contraire l'apprentissage
05:42de la même manière
05:43qu'il avait lancé
05:44une réforme des lycées professionnels
05:45qui a été arrêtée
05:46en cours de route.
05:47Donc, il faut au contraire
05:50aller beaucoup plus vite,
05:50beaucoup plus loin.
05:51Il y a une forme de prévention
05:52de certains enseignants,
05:54de certains conseillers d'orientation
05:55à l'égard de l'entreprise
05:56comme si c'était infamant
05:58d'aller dans des filières professionnelles,
06:00comme si l'entreprise
06:00n'avait qu'un but,
06:01c'est de recruter des gens
06:02peu formés pour les payer
06:04à rien du tout.
06:05– Pour les broyer.
06:05– Alors qu'en réalité,
06:07et la démographie
06:08et l'évolution de la technologie
06:10et de l'économie
06:10font qu'on a au contraire
06:12besoin de gens
06:13qui sont très bien formés,
06:14notamment dans les filières
06:15scientifiques et techniques
06:16et notamment les filles
06:17qui en France,
06:18beaucoup moins que dans
06:19tous les autres pays,
06:19s'orientent vers les filières
06:21scientifiques et techniques.
06:22Donc, il s'agit de briser
06:23des stéréotypes.
06:24– Le président du MEDEF,
06:25Patrick Martin,
06:26est sur Europe 1.
06:27Question de Catherine.
06:27– Oui, vous parliez
06:29d'une génération empêchée,
06:31mais aujourd'hui,
06:32comme vous dites,
06:32les jeunes ne sont pas
06:33guidés vers l'entreprise,
06:34mais aujourd'hui,
06:35dès qu'on connaît un étudiant,
06:37un jeune lycéen,
06:38il veut des stages.
06:39Et vous, vous êtes pour les stages ?
06:41Est-ce que vous le dites,
06:42d'ailleurs, dans votre livre,
06:43que c'est une première rencontre
06:44avec des adultes
06:45et que ça leur apprend
06:46une verticalité
06:48qu'ils n'ont peut-être pas chez eux ?
06:49– Absolument.
06:50Alors, non seulement je le dis,
06:51mais je le prouve.
06:52Quand, à l'époque,
06:53ministre de l'Enseignement,
06:54Gabriel Attal,
06:55était venu au MEDEF
06:56en nous disant
06:57« On va mettre en place
06:58des stages de seconde »,
06:59séance tenante,
06:59on a dit oui,
07:00et dès la première année,
07:01on a accueilli 200 000 lycéens
07:04dans nos entreprises.
07:05De la même manière,
07:06on est monté,
07:08pourvu que ça dure,
07:08à 1 million d'apprentis,
07:09ils sont à 98%
07:11dans les entreprises privées
07:12qui ne représentent
07:13que 75% de l'emploi.
07:15A contrario,
07:16les fonctions publiques,
07:1725% de l'emploi,
07:20n'accueillent que 2%
07:21des apprentis.
07:21Donc, on a fait le job,
07:22on est ultra motivés.
07:23Ceci dit,
07:25sans vouloir vous contredire,
07:27il y a aussi, je trouve,
07:28parfois, une difficulté,
07:29et moi, je le constate aussi,
07:30parce qu'ici,
07:31au journal du dimanche,
07:32on prend des apprentis aussi,
07:33mais j'ai par ailleurs, moi,
07:34des enfants qui cherchent
07:36des apprentissages et des stages.
07:38Ce n'est pas toujours évident,
07:39quand même.
07:39C'est-à-dire qu'il y a encore,
07:41c'est beaucoup le réseau
07:42qui fonctionne.
07:43Il se trouve qu'ayant des relations
07:45et étant bien insérées
07:46et voyant beaucoup de monde,
07:47moi, je peux aider
07:49mes enfants facilement,
07:49mais ce n'est pas toujours évident,
07:51aussi du côté entreprise.
07:52Il y a parfois des freins aussi
07:54et des réticences
07:54à accueillir en stage
07:55ou en apprentissage.
07:57Trouver aujourd'hui
07:57un contrat d'apprentissage
07:58pour les étudiants,
08:00pour les jeunes,
08:00ça n'est pas si aisé.
08:02Il y a peut-être
08:03des choses à améliorer là.
08:04Je vous rejoins,
08:05on risque de vous surprendre,
08:06il y a une discrimination
08:07qui tient au fait
08:08que l'on a ou que l'on n'a pas
08:10les réseaux, les codes,
08:12notamment pour trouver un stage,
08:13pour trouver un contrat d'apprentissage.
08:15C'est une des thèses
08:16de mon livre
08:17que de précisément décloisonner,
08:19y compris sur le plan social,
08:20sur le plan territorial.
08:21Mais pour illustrer mon propos,
08:23et vous démontrer,
08:24essayez de vous démontrer
08:25qu'on est très concrètement
08:26de bonne volonté,
08:28il y a ce sujet
08:28de Parcoursup.
08:29Moi je prends ici
08:30l'engagement
08:30qu'au moins 2000 chefs
08:32d'entreprise
08:33accompagnent des jeunes
08:34issus des quartiers défavorisés
08:36pour les aider à naviguer.
08:38Quand on voit
08:38que dans certains milieux
08:39on fait appel
08:40à des coachs rémunérés
08:42pour naviguer,
08:43comme je le dis,
08:44sur Parcoursup,
08:45c'est profondément choquant.
08:47Ça veut dire
08:47que l'outil est compliqué,
08:48auquel on t'a...
08:48Ah ben non,
08:49le libéral que vous êtes
08:50dirait que ça crée de l'encours.
08:51Il entretient les inégalités.
08:52Non mais voilà,
08:53tout le monde ne peut pas
08:54se payer un coach.
08:55Non mais je sais bien,
08:56mais il y a aussi
08:57le frein de l'administration
08:59sur le fait de changer
09:00de dogme,
09:01le fait de changer de système.
09:03Il y a des rectorats,
09:05il y a une administration
09:07de l'éducation nationale
09:08avec ce budget colossal
09:09qui est le premier de France,
09:1164 milliards encore cette année.
09:13C'est-à-dire que si le malin
09:15sera celui qui viendra
09:17dire finalement,
09:18on va tout changer.
09:19On va tout changer
09:19parce que l'emploi des gens,
09:20ça ne fonctionne pas.
09:22Les filières,
09:22ça ne fonctionne pas.
09:24Franchement,
09:25moi je suis...
09:26Je suis très content
09:27que vous ayez fait ce livre
09:28sur cette génération en PSG.
09:30Ça va encore faire
09:31Braillstormer en bon français.
09:33Mais je ne sais pas
09:34si on va arriver à quelque chose.
09:35Non mais il y a beaucoup
09:35de choses qui se font de très bien.
09:37Le problème,
09:38c'est le passage à l'échelle
09:39et effectivement,
09:40qu'on finisse de faire comprendre
09:42dans les deux camps,
09:43je veux dire dans l'entreprise
09:44et dans l'enseignement,
09:44qu'il faut se parler
09:45et sortir des postures
09:47et des dogmes.
09:48Mais par ailleurs,
09:49sur le plan de l'organisation,
09:50je ne les accable pas.
09:51Il y a des conseillers
09:52d'orientation psychologues.
09:53Ils sont beaucoup plus psychologues
09:55que conseillers d'orientation.
09:56Et je pense à leur corps défendant.
09:58Ils ne connaissent pas l'entreprise.
09:59Comment voulez-vous orienter un jeune
10:00en étant de bonne volonté,
10:02de bonne foi,
10:03motivé, etc.,
10:04sans savoir de quoi on parle ?
10:05Donc voilà,
10:06ce n'est pas la mer à boire
10:07d'opérer ces réglages.
10:09Après,
10:09il y a des postes
10:11qui n'ont plus lieu d'être.
10:12Il y en a d'autres
10:12qui sont à pourvoir.
10:13Je pense au risque
10:14de vous surprendre là aussi
10:15qu'il faut mieux payer
10:16les enseignants
10:16parce qu'il faut être courageux
10:18pour aller enseigner.
10:19Je suis tout à fait d'accord avec vous.
10:22Et donc,
10:22il ne faut pas s'étonner
10:23qu'on ait un niveau
10:24de recrutement
10:24dans l'enseignement
10:25qui se dégrade.
10:27Donc,
10:27il y a des postes
10:27d'administration
10:28de l'administration
10:29que très clairement,
10:30il faut supprimer.
10:31Et dans tous les services publics,
10:32y compris à l'huitage,
10:33y compris...
10:34Une des réponses
10:34se pose peut-être d'ailleurs,
10:35c'est, je crois,
10:36une des propositions
10:36de Gabriel Attal
10:37et d'autres candidats
10:38sur une plus grande autonomie
10:39des chefs d'établissement
10:40qui soient moins dépendants
10:41de l'administration centrale
10:42et des récloirs
10:43et que ça permette
10:44aux chefs d'établissement
10:45de lier des contacts
10:46avec ces entreprises
10:47sur le territoire
10:47et d'avoir plus d'initiatives.
10:50Lisez mon livre.
10:51C'est exactement ce que je dis.
10:53On va marquer une pause,
10:55Patrick Martin.
10:55Non, mais qu'ils soient
10:55des vrais patrons
10:56et qu'ils ne soient pas
10:57submergés à longueur de journée
10:58en moyenne
10:59de 200 notes de service
11:02quotidiennement
11:02de l'administration centrale.
11:04On est chez les dingues.
11:05Le président du MEDEF,
11:06Patrick Martin,
11:07est l'invité d'Europe 1 Soir.
11:08A tout de suite.

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