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Ali Rabeh, maire de Trappes, pointe la responsabilité de l'extrême droite dans la diffusion de la théorie du grand remplacement qui a "armé", selon lui, le suspect de l'attentat raciste dans les Yvelines. Il souhaite légiférer pour interdire son expression dans le débat public.

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Transcription
00:00A 7h48, nous vous retrouvons, Quentin Laffey, et ce matin, c'est le maire de Trappes qui est en face
00:04de vous.
00:04Bonjour Ali Rabet.
00:06Bonjour Quentin Laffey.
00:07Vous êtes maire génération de la ville de Trappes, vous avez beaucoup, beaucoup de choses à annoncer ce matin sur
00:11France Inter,
00:12mais un mot d'abord sur la conférence de presse donnée hier, six jours après l'attentat raciste à Trappes
00:18et la Verrière,
00:18par le procureur national antiterroriste.
00:21Il a annoncé que le tireur avait reconnu avoir ciblé des personnes musulmanes, africaines ou nord-africaines
00:27et avoir choisi Trappes parce qu'il y voyait un repère d'islamistes.
00:32Chez lui, les enquêteurs ont également trouvé Mein Kampf d'Adolf Hitler et une trentaine d'autocollants.
00:37Vive la France, RN, fier d'être français, qu'il dit avoir dessiné lui-même.
00:43Comment réagissez-vous à ces éléments ?
00:45A gauche, Olivier Faure estime que le RN s'est manifestement lavé les mains trop vite.
00:49Est-ce que vous êtes sur la même ligne ?
00:54Évidemment, ce terroriste a très clairement, dès les premières minutes de son arrestation,
00:58revendiqué son acte et établi la filiation avec les idées du RN et les mots qui ont été répandus dans
01:06le débat public,
01:07les mots vénéneux qui ont été répandus dans le débat public par l'extrême droite.
01:10Sébastien Chenu a utilisé exactement les mêmes termes.
01:13Trappes est un repère d'islamistes.
01:14On retrouve ces mots dans la bouche d'un assassin.
01:17Et ça doit conduire toute la classe politique, médiatique et l'ensemble de la société à se remettre en cause
01:22et à interroger la façon dont on arme le bras des criminels.
01:26Donc, quelle est la responsabilité du RN, de ces élus ?
01:29En l'occurrence, s'il fallait la caractériser.
01:32Vous dites, ils arment ces terroristes.
01:35De quelle façon ?
01:37Vous savez, cet attentat, il vient de loin.
01:39On était un certain nombre à craindre que ça finisse par arriver.
01:41Christchurch a été aussi une alerte en Nouvelle-Zélande
01:45avec une cinquantaine de morts de musulmans visés parce qu'ils étaient musulmans.
01:48En 2019.
01:49La théorie du grand remplacement et cette érection d'un prétendu ennemi de l'intérieur
01:53à travers la figure des Noirs, des Arabes, des musulmans
01:56fait du mal à notre société.
01:58Ça fait des années qu'elle est rabâchée à longueur d'antenne.
02:00Donc forcément, dans des esprits fragiles, malades,
02:02qui considèrent qu'ils sont en croisade pour défendre une vision de la France malsaine
02:07qui est répandue par l'extrême droite,
02:09certains en arrivent à passer aux actes.
02:10Mais là, vous parlez de l'extrême droite, mais pour revenir sur le Rassemblement National
02:13à proprement parler, comment, encore une fois, vous caractérisez cette responsabilité ?
02:17À mes yeux, ils sont ceux qui ont armé idéologiquement ce terroriste
02:20et je crains que ce ne soit que le premier attentat de cette nature, de cette ampleur.
02:24Un rassemblement se tiendra ce soir à 18h, place des Morisi à Trappes.
02:28Rassemblement contre le racisme et l'islamophobie à l'Irabé.
02:32Êtes-vous en mesure de nous annoncer ce matin
02:34quels responsables politiques nationaux seront présents ce soir ?
02:38Je ne vous cache pas que c'est pour moi assez secondaire.
02:41La liste des responsables nationaux, même si j'entends que pour vous ce soit une préoccupation majeure,
02:45il y aura plusieurs milliers d'habitants, essentiellement des Trappes d'ailleurs,
02:48et je veux saluer surtout la solidarité de nombreuses communes
02:51qui affraient des bus et de syndicats pour pouvoir rejoindre notre rassemblement.
02:55Il est quand même important de savoir qui vous soutient politiquement
02:57et au-delà d'ailleurs qui soutient cette marche et justement les Trappes.
03:01Je ne demande le soutien politique de personne,
03:03je demande à chacun de prendre ses responsabilités
03:05et de faire son examen de conscience.
03:06Il y aura des candidats à la présidentielle qui seront présents.
03:09Lesquels ?
03:09Essentiellement des hommes et des femmes de gauche.
03:11Il y aura Raphaël Glucksmann, Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier
03:15et beaucoup d'autres.
03:16Il y aura de nombreux parlementaires, de nombreux maires
03:18et c'est une...
03:22Parmi les candidats à la présidentielle, Abirabé,
03:24parmi les candidats à la présidentielle,
03:26pas de candidats de droite, pas de candidats du Bloc central ?
03:29Pas à ma connaissance, mais ils sont tous les bienvenus.
03:31Comment vous vous expliquez qu'ils ne viennent pas ?
03:34Il y a certes l'hommage national qui a été annoncé par le gouvernement,
03:38présidé par le Premier ministre dans quelques jours,
03:41voulu par le Président de la République,
03:43mais aucun représentant du gouvernement à cette marche ce soir attrape.
03:47Vous le regrettez ?
03:48Chacun fait ses choix.
03:50Mais qu'est-ce qu'ils disent, ces choix, justement ?
03:51Qu'est-ce que ça raconte, justement, des...
03:53Ça ne m'intéresse pas.
03:54Je n'ai pas envie de commenter les choix des uns et des autres
03:56sur leur présence ou pas à ce rassemblement.
03:58Je me réjouis, en revanche, que le Président de la République
04:00ait décidé un hommage national.
04:01Vous avez des propositions à formuler ce matin
04:04pour lutter contre la diffusion des idées racistes.
04:09La première d'entre elles, c'est l'interdiction par la loi
04:12de la théorie du grand remplacement à l'Irabé.
04:15Expliquez-nous, justement, comme vous voulez procéder.
04:18Je pense qu'il faut durcir la loi.
04:20Il y a des dispositions qui empêchent l'incitation à la haine raciale.
04:23On voit que ces dispositions sont insuffisantes
04:25quand on constate qu'un homme comme Éric Zemmour,
04:27condamné déjà à quatre reprises pour incitation à la haine,
04:30négation de crime contre l'humanité,
04:31est encore l'invité de quasiment tous les plateaux,
04:34peut déverser sa haine et son fiel sans être menacé d'autre chose
04:37qu'une peine d'amende qui, pour lui, est anecdotique.
04:40Est-ce qu'en l'occurrence, la loi n'a pas fait son travail d'un côté
04:43et la responsabilité médiatique de l'autre peut pécher, en l'occurrence,
04:48effectivement, quand il continue parfois d'être invité,
04:49malgré ses condamnations ?
04:50C'est un euphémisme de dire que les médias ont péché
04:52et continuent de pécher.
04:53D'ailleurs, on le constate depuis quelques jours
04:55dans la parole qui est librement donnée sur vos antennes
04:59aux théoriciens de la théorie du grand remplacement.
05:01On a vu d'ailleurs ici, sur le service public,
05:03chez vos collègues de France Info,
05:05ce que ça donne, les manipulations et la façon de manœuvrer
05:08vos plateaux et vos invitations, quand Sarah Knafo met en cause
05:10directement vos collègues journalistes et refusent la contradiction.
05:15Et on mesure à quel point ce parti en particulier est dangereux.
05:18Le RN, Reconquête, sont non pas des partis politiques
05:21qui proposent un projet aux Français,
05:22mais ils font de l'invitation à la haine, leur fond de sauce permanent.
05:25Et l'on soutient, en l'occurrence, à l'Irabel et les journalistes
05:27qui ont mené cette interview avec professionnalisme face à Sarah Knafo.
05:31Je reviens tout de même sur l'interdiction dans la loi
05:34de la théorie du grand remplacement.
05:36Est-ce que c'est possible d'interdire dans la loi une théorie ?
05:40Alors, on ne peut pas interdire des idées, il ne le faut surtout pas.
05:43En revanche, on peut rendre illégale la parole de ceux
05:46qui considèrent qu'il y a un ennemi de l'intérieur
05:49et qui expliquent, en désignant toute une partie de la population,
05:53que ce sont des envahisseurs.
05:55D'ailleurs, les mots du terroriste sont clairs.
05:58La France, je ne supporte plus d'être envahie,
06:00de ne rien faire contre ça.
06:01C'est très exactement la logique de la théorie du grand remplacement.
06:03Mais comment la rend-on illégale à l'Irabel, encore une fois ?
06:05Eh bien, on la rend illégale quand on modifie la loi.
06:09On peut tout à fait insérer à l'article 24 de la loi de 1881
06:12sur la liberté de la presse,
06:13un élément qui indique que nous rendrons dorénavant illégale
06:18et nous punirons de peine prévue précisément
06:20par l'article 23 de la même loi
06:22ceux qui auront présenté un groupe de personnes
06:24à raison de leur origine, de leur appartenance à une religion,
06:28à une ethnie, à une prétendue race,
06:30ou à une religion déterminée, comme des acteurs d'un processus de remplacement.
06:34La logique du remplacement d'un prétendu peuple français blanc,
06:37de souche pure, par une immigration
06:39ou des descendants d'immigration qui, comme moi, sont venus en France.
06:42Mais ce serait très probablement anticonstitutionnel
06:44de passer par la loi pour refuser,
06:48pour interdire justement l'expression de certaines idées.
06:52Il y a déjà, la loi, vous l'avez dit,
06:54tout ce qui est lié à la haine et au racisme.
06:57Cela, c'est déjà condamné en l'occurrence.
06:58En l'occurrence, il n'est pas condamné d'expliquer
07:00qu'il y a des ennemis de l'intérieur dans notre pays.
07:03Il faut pouvoir le rendre illégal.
07:06Ce serait très certainement anticonstitutionnel.
07:08Eh bien, menons le débat.
07:09Et vous savez, dans ce pays, il y a des candidats à la présidentielle
07:12qui n'hésitent pas à dire qu'il faudrait modifier la constitution
07:14pour modifier l'état de droit,
07:16pour pouvoir lutter contre l'insécurité.
07:17Bruno Retailleau, en l'occurrence.
07:19S'il fallait aller jusqu'à modifier la constitution
07:21pour rendre illégale cette théorie,
07:23et ceux qui répandent cette parole,
07:25les faire condamner plus lourdement,
07:26et les interdire, en effet, d'expression publique sur les plateaux,
07:28eh bien, c'est souhaitable à mes yeux,
07:30et l'urgence l'exige à la suite de cet attentat.
07:32Vous avez aussi des propositions à formuler
07:35concernant ce que vous appelez le cordon sanitaire.
07:38Quelle est cette proposition ?
07:40Eh bien, en France, on a longtemps tenu la ligne du cordon sanitaire.
07:44Jacques Chirac, pour rappeler ses propos,
07:46avait dit clairement dès 1987
07:48« Je ne contracterai jamais d'alliance
07:50avec telle ou telle partie d'extrême droite
07:52dont les valeurs, les idées ne sont pas celles du gaullisme
07:54et me semblent contraires non seulement aux traditions
07:57et à l'esprit même et aux intérêts de notre pays. »
08:00C'est ce qu'on a longtemps appelé le front républicain.
08:02C'est le front républicain, c'est le cordon sanitaire,
08:04c'est la capacité des partis politiques de l'arc républicain
08:06à dire « Nous distinguons nos adversaires politiques
08:10et les ennemis de la République. »
08:11Est-ce que c'est possible, encore une fois,
08:13dans le monde politique actuel,
08:15dans le paysage que l'on connaît,
08:16de constituer ce front républicain ?
08:20On le voit dans les élections intermédiaires,
08:21notamment les élections municipales.
08:23Les fronts républicains sont de plus en plus difficiles à bâtir.
08:27Et par ailleurs, très souvent,
08:30c'est la France insoumise qui fait office d'adversaire collectif.
08:35Vous savez, les électeurs l'ont déjà fait à de nombreuses reprises,
08:38quand bien même d'ailleurs les états-majors politiques
08:39n'étaient pas à la hauteur.
08:41Lors des élections législatives de 2024,
08:43au second tour, les Français ont été au rendez-vous
08:45pour tenir la digue républicaine.
08:47Il s'agit de pouvoir s'engager tous,
08:51citoyens, lanceurs d'alerte,
08:53ceux qui ont une parole importante dans le débat public,
08:56représentants de la société civile,
08:57mais aussi les partis politiques doivent être sommés sur vos plateaux
08:59par leurs électeurs,
09:01d'expliquer pourquoi ils ne sont pas clairs sur ce point.
09:03Donc c'est encore possible, malgré l'union des droites,
09:05malgré toutes ces transformations politiques ces dernières années ?
09:07On mesure et on observe effectivement une dérive,
09:10notamment à droite,
09:11y compris parmi des dirigeants de l'espace central de la vie politique,
09:15une dérive inquiétante,
09:16qui consiste à renvoyer dos à dos,
09:17comme l'a fait le Premier ministre à l'Assemblée nationale il y a quelques jours,
09:19la prétendue extrême-gauche et l'extrême-droite.
09:21Il s'agit dorénavant de se dire les choses clairement.
09:23Nous venons de vivre un traumatisme collectif important.
09:26La nation va rendre hommage aux victimes de l'attentat de Trappes.
09:29Il s'agit d'être capable de dire
09:31qu'on distinguera au second tour,
09:32on sera capable tous ensemble de préserver la République
09:34et de distinguer ses ennemis de ses adversaires.
09:37Merci beaucoup Ali Rabé.
09:38Je le rappelle, mère génération de la ville de Trappes.

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