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NewsTranscription
00:00André Bercoff, Céline Alonso.
00:03J'entreprends mes affaires avec une volonté féroce de gagner beaucoup, beaucoup d'argent.
00:08Bernard Tapu !
00:10Le boss. Et ça lui allait très bien, je trouve.
00:12C'était mon rockstar.
00:13Qu'est-ce qui fait marcher la vie ? Qu'est-ce qui fait marcher la vie ?
00:16Si Le Pen est un salaud, ceux qui votent pour eux sont des salauds.
00:19Avec lui, on s'attend à tout.
00:21Un maniganceur qui n'a pas de scrupules.
00:23Il a pu utiliser toutes les maisons de possibles imaginables.
00:26Il est allé trop haut, trop vite, trop loin.
00:29C'est pas comme été, un spectacle.
00:31Et oui, Bernard Tapie était un spectacle permanent.
00:35André Bercoff, vous l'avez très bien connu.
00:38Et aujourd'hui, bien sûr, Sud Radio, vous allez nous raconter son incroyable destin.
00:42Celle d'un gamin d'origine modeste, devenu l'un des hommes, il faut le dire,
00:47les plus célébrés de France et ceux dans les années 80, André.
00:50Écoutez, Tapie, Tapie, c'est vrai que quand on pense à Tapie,
00:55attention, la comparaison n'est pas raison.
00:58Mais je veux dire, à l'échelle française, à un moment donné,
01:02il a captivé, il a concentré des rêves, des haines, des enthousiasmes.
01:10Comme aujourd'hui, encore une fois, je ne compare pas du tout les réalisations.
01:13Mais comme est un Elon Musk aujourd'hui aux Etats-Unis et pas seulement aux Etats-Unis.
01:18Ça veut dire qu'il y avait une image de l'entrepreneur, de celui qui fait le jet, l'avion,
01:27le bateau, le yacht, on va en parler de tout cela.
01:30Et l'enfant d'un chauffagiste de la Courneuve, fils d'ouvrier, etc., qui devient comme ça le top du
01:37top,
01:37qui entre en politique, d'espèce de chemin un peu spécial.
01:40Alors, le flambeur, disaient les uns.
01:42Ah, le type qui va nous sauver, disaient les autres.
01:45C'est flamboyant, et c'est vrai que je l'ai très bien connu à partir des années 84, donc
01:49il y a un peu plus de 40 ans.
01:51Et on va raconter, parce qu'il y a eu des choses tout à fait étonnantes.
01:55Et Tapie, ça a été à la fois le rêve de certains, l'aversion des autres, mais surtout peut-être
02:03une occasion manquée.
02:05On va en parler, Céline.
02:06Et oui, Tapie, l'homme au mille vies, toute sa vie, vous l'avez dit, André Bercoff, il a suscité
02:11des passions extrêmes.
02:12Certains l'ont profondément aimé, d'autres l'ont détesté, mais il n'a jamais laissé indifférent.
02:18Son destin hors norme, André Bercoff, vous le raconte dans un instant sur Sud Radio.
02:23Sud Radio.
02:26Parlons vrai.
02:27Dire que ça ira mieux, même quand tout va bien, c'est de voir le soleil au milieu des nuages,
02:35et devant un avion rêver de voyage, réussir sa vie.
02:42C'est croire en l'instant.
02:45Eh oui, Bernard Tapie, André Bercoff, qui s'est battu toute sa vie pour réussir,
02:50et qui a dit ceci plus d'un an et demi avant sa mort.
02:53C'était le 21 janvier 2020 sur BFM TV.
02:57Écoutons-le.
03:01Cherchez pas à tout coup à réussir dans la vie, mais battez-vous pour réussir votre vie.
03:08C'est plus important.
03:10Eh oui, ce jour-là, sur le plateau de BFM TV, il était vraiment bouleversant.
03:14Il était déjà ravagé par la maladie, par son cancer, qu'il allait emporter un peu plus tard.
03:20Et effectivement...
03:21Il a vraiment affiché, André Bercoff, vous l'avez très bien connu, une résilience marquante jusqu'à la fin de
03:27sa vie.
03:27Non, mais c'était quelqu'un qui s'est toujours battu.
03:30Vous savez, c'est le côté ne lâchez rien.
03:32C'est tous ces gens, quels qu'ils soient, dans tous les domaines, qui disent, écoutez, moi je vais, oui,
03:38oui, je me fais renverser.
03:39Je me fais poursuivre à la justice.
03:43Je me fais mettre en prison, etc., etc., mais je ne lâche rien.
03:47Tapis, c'était ça.
03:49Pour ceux qui l'aiment ou ceux qui ne l'aiment pas,
03:52personne ne peut dénier cette espèce d'opiniâtreté,
03:58de, je dirais, de colonne vertébrale, de courage et de persévérance,
04:02il y allait, il y allait.
04:03On lui donnait des gifles, on essayait de l'abattre, on essayait de le tuer, il y va.
04:07Vous savez, on connaît aujourd'hui un certain nombre de gens qui sont comme ça.
04:10C'est une minorité, c'est toujours une minorité,
04:13mais c'est quelqu'un qui a toujours été là et il s'est battu jusqu'au bout, y compris
04:17contre la maladie.
04:19Évidemment, et hélas, à un moment donné, il n'y a que la mort qui triomphe, hélas.
04:24Alors André Bercoff, vous l'avez connu exactement en 1984.
04:28À l'époque, vous étiez éditeur chez Robert Laffont.
04:31Et vous avez publié sa toute première autobiographie.
04:34Il a tenu à ce que vous la fassiez ensemble.
04:37Quel souvenir vous gardez de votre première rencontre avec lui ?
04:40Écoutez, c'est un ami commun qui dit, est-ce que tu as envie de rencontrer Bernard Tapie ?
04:44Il était déjà connu, on parlait de lui, etc.
04:47C'était en 1984, je crois, vers fin 1984, comme ça.
04:52Et je dis, oui, bon, enfin, moi, businessman, moi, je ne suis pas très à l'intérêt.
04:57Moi, je ne suis pas tellement là-dedans.
05:00Et puis, on a déjeuné ensemble, je me rappelle, c'était à Nuit-Friedland.
05:06Proche de ses bureaux de l'époque.
05:08Et puis, effectivement, Tapia ça, quoi.
05:10Je veux dire, il y a une espèce de sympathie et d'empathie immédiate.
05:14Et on a vraiment, vraiment sympathisé.
05:16Et puis, on s'est revus.
05:18On s'est revus et on s'est revus et on s'est vus, vraiment, à plusieurs reprises.
05:23Et puis, un jour, il m'a dit, vous savez, il y a beaucoup d'éditeurs qui me demandent de
05:27faire ma biographie.
05:28Il était déjà, encore une fois, connu, bien connu.
05:30Et il m'a dit, si je le fais, je le fais avec toi.
05:32Alors, on se tutoyait déjà, justement.
05:35Et voilà.
05:36Et il y a eu cette aventure du livre qu'il faut raconter parce que c'était étonnant.
05:41Donc, c'est sorti en 1986 aux éditions Robert Laffont.
05:44Bon, il faut que je raconte quelque chose.
05:46Quand même, parce que ça relie à Caton, qu'on avait fait, Céline, précédemment, dans nos émissions du Vendredi à
05:5313h.
05:53Oui, De la Reconquête, paru en 1983, exactement.
05:56Exactement.
05:57Et il avait, je crois, lu, De la Reconquête, il avait envie de rencontrer Caton, sinon Mercoff.
06:02Et je me rappelle qu'on avait signé un contrat avec Fayard, à l'époque, mon éditeur, Claude Durand.
06:09Et un jour, Claude Durand m'appelle, il me dit, je suis très embêté, je ne sais pas quoi faire,
06:13parce qu'on m'a, de source haute et d'un, on m'a dit que Tapie allait être en
06:18prison.
06:19Alors, je dis, mais pourquoi ? Il dit, pour ça, pour certaines affaires.
06:22Je lui dis, mais tu es sûr ? Parce que je ne vois pas.
06:25Il me dit, oui, oui, tu sais, je ne préfère pas, je suis très embêté, mais je ne préfère pas.
06:28Alors, je dis, bon, très bien, je dis ça à Tapie, et puis je vais voir Robert Laffont, qui était
06:33l'éditeur chez qui je travaillais comme directeur littéraire.
06:35Et il m'a dit, ah, mais moi, Tapie, je prends, et puis voilà, on l'a publié.
06:39Et je dois dire que Claude Durand, que j'aime beaucoup, paie à son âme.
06:43A dû regretter, parce que ça a été un succès littéraire à l'époque, enfin, oui.
06:47C'est très simple, il faut quand même que Tapie a gagné, a fait en édition normale, par l'édition
06:51de poche, plus de 500 000 exemplaires.
06:53Ça a été un triomphe en librairie, et c'était l'exacte indexation de la popularité de Tapie de l
07:00'époque.
07:01Et oui, gagné, donc, c'était le titre, effectivement, de cette autobiographie.
07:04Gagné, c'était vraiment l'ambition de sa vie, André Bercoff.
07:08Il dit ceci dans ce livre, je me suis éveillé à la vie avec une boulimie folle, une rage de
07:14vivre, de connaître, de risquer.
07:17En quoi son enfance, en fait, a-t-elle forgé cette culture de la gagne chez lui, André ?
07:23Il est né, il est né, comme on le sait, le 26 JV 43, 26 janvier 43, en pleine occupation.
07:31Donc, enfance, dans les années, c'était encore des années difficiles, et puis il y a eu les 30 glorieuses
07:37en plus.
07:37Famille modeste, je rappelle que son père était ouvrier, chauffagiste à la Courneuve.
07:42Il habitait à la Courneuve, appartement de 20 mètres carrés, 30 mètres carrés.
07:48Ses parents et son frère, pas de salle de bain, toilette commune, libre.
07:51C'est vraiment un enfant du prolétariat de ces années-là.
07:55Il faut quand même se rappeler d'où ça explique sa rage de vivre, de convaincre, de conquérir, et de
08:01devenir.
08:02Pas riche, riche, c'est-à-dire, c'est pas l'argent.
08:04C'était les signes de quelque chose où il disait, je réussis, je peux réussir, voilà.
08:10Mais c'était, il le dit d'ailleurs, vous parlez de son autobiographie, je crois que vous pouvez citer son
08:15autobiographie.
08:15Alors justement, ce qui est très intéressant dans cette autobiographie, c'est qu'il raconte effectivement pourquoi cette rage de
08:21vaincre.
08:22Il le dit textuellement, j'aurais pu tourner délinquant, mais le sport en fait, c'est le sport qui l
08:27'a sauvé.
08:27Et ce, dès l'âge de 5 ans, le sport est devenu mon obsession.
08:31J'ai découvert le goût de la compétition, mon seul militantisme.
08:34C'était effectivement le sport et non pas la politique.
08:37Dans ma famille, on ne s'intéressait pas à l'époque à la politique.
08:41Mais son ambition première, André Bercoff, c'était quoi selon vous ?
08:44Est-ce qu'il avait une revanche à prendre sur la vie ?
08:46Il avait une revanche à prendre comme tout.
08:49Comme un certain nombre de gens nés, non pas dans la misère.
08:52Il a toujours dit, j'ai mangé à ma faim, ils n'avaient pas faim chez les tapis.
08:57Mais c'était une vie, disons, de quelqu'un, d'un prolettaire qui gagnait sa vie.
09:01Mais juste, il y avait son frère et lui, et lui, le sport,
09:09et le fait qu'il y avait un terrain de sport près de chez eux,
09:14il a sauvé de la délinquance.
09:16Il a sauvé le fait de devenir un espèce de petit délinquant de quartier.
09:21Il est sorti de là.
09:22Et il dit toujours, moi, il fallait que je m'en sorte, il fallait que j'aille, il fallait que
09:26j'avance.
09:27Et il a toujours été ça, son côté pilon d'air.
09:30Je n'arrête jamais.
09:32Et moi, je l'ai connu jusqu'à la fin de sa vie, depuis 44.
09:37Ça fait à peu près, il est mort il y a trois ans, je crois.
09:42Mais pendant toute sa vie, ça a été ça.
09:44Il s'est battu sur tous les terrains, et on en parlera.
09:47Oui, il avait effectivement une volonté féroce de gagner André Bercoff.
09:51Et adolescent, en fait, ce qu'il avait envisagé au départ,
09:54c'est une carrière de footballeur ou de musicien.
09:57Il s'est même essayé...
09:59Oui, parce que, attendez, pourquoi il dit footballeur ou musicien ou chanteur ?
10:02Parce que, pour les enfants de ça, c'était...
10:05C'était un rêve.
10:06C'était pas un rêve.
10:07On pouvait devenir riche facilement.
10:09Regardez les Clien Mbappé et compagnie, millionnaires et milliardaires.
10:12Aujourd'hui, vous avez une ambition de footballeur.
10:15Il dit, ouais, mais peut-être demain je serai comme Clien Mbappé ou autre,
10:19et je gagnerai des millions et des dizaines et des centaines de millions.
10:21Non, chanteur aussi, c'était...
10:23Mais oui, c'était l'époque des yéyés et tout.
10:26Les enfants, les adolescents rêvaient de devenir effectivement chanteurs.
10:29Absolument, vous devez star, c'est d'être une star.
10:30C'est ça, lui, il en a rêvé.
10:32Il a même sorti, dès l'âge de 23 ans, une dizaine de chansons, notamment celle-ci.
10:50Oui, alors, avec la chanson, Tapie, on peut le dire, n'a pas vraiment eu de succès à cette époque.
10:54Non, c'est le moins qu'on puisse dire, ça n'a pas fait les longs feux.
10:57Il va très vite trouver sa voix, André Bercoff, notamment dans le commerce.
11:01Quel a été son vrai métier ?
11:03Ça a été ça.
11:04Ça a été...
11:04Il s'est dit, bon, il faut que je gagne ma vie.
11:07Et c'est là où il m'a raconté, je me rappelle, quand on commençait le livre.
11:11Ça m'a vraiment pas...
11:12Il faut que je raconte vraiment dans le détail.
11:14Parce que c'est vraiment Tapie, qui avait à l'époque, je ne sais pas, 16, 17 ans, 18 ans.
11:19Je ne sais même pas s'il avait sa majorité.
11:21Dans la majorité, ce n'était pas 18 ans à l'époque.
11:24Et il rencontre un marchand de télévision.
11:26Quelqu'un, vous savez, c'était les années, donc...
11:29Il est né en 43, je ne sais pas, les années 60.
11:31Début des années 60, oui.
11:32C'était vraiment le début de la télé.
11:33C'était vraiment les tout débuts de la télé.
11:37Il y avait, quoi, deux chaînes, sinon une, à l'époque.
11:41Et il voit un marchand de télévision, il dit, voilà, dans son quartier,
11:44à la Courneuve, au Bourget, les HLM et compagnie.
11:48Et il dit, alors, comment ça marche ?
11:49Il dit, ouais, ça ne marche pas du tout.
11:52Je n'arrive pas à vendre des télés, les gens.
11:54Ben, il dit, non, non, on ne peut pas, c'est trop cher.
11:56Il dit, mais comment tu fais ?
11:57Il dit, ben, je leur propose, moi, ils sont très...
11:59Il me dit, attends, tu veux me laisser faire ?
12:00Tu veux me donner à ma commission ?
12:02Je t'accompagne et laisse-moi faire.
12:04Donc, ils vont dans les HLM, ils vont voir appartement par appartement.
12:08Bonjour, madame, bonjour.
12:09Voilà, nous sommes l'institut de sondage, machin.
12:12Et nous faisons un sondage pour savoir ce que les Français pensent
12:15de leur programme télévisé, et s'ils sont contents, pas contents, etc.
12:20Et la personne lui dit, écoutez, moi, j'aimerais bien.
12:23Le problème, c'est que j'aimerais bien, mais je n'ai pas de télévision.
12:27Ah, il dit, madame, dit Bernard Tapie, qu'est-ce qu'elle ne tienne ?
12:31On va vous prêter la télévision pour une semaine,
12:33on vous la prête gratuitement, comme ça,
12:36et puis on viendra la reprendre, et vous nous dites.
12:38Et une semaine après, donc il a fait ça dans tous les...
12:41Et tout le monde dit, ah, formidable, on va voir la télé, il l'a installée,
12:44et on va voir ce génial pour une semaine,
12:46qui va refuser ça ?
12:48Et une semaine après, donc ils sont revenus,
12:50alors madame, qu'est-ce que vous avez pensé ?
12:52Bon, ben, écoutez, on va reprendre la télé...
12:53Ah, non, non, non, on est très content de l'avoir, on l'achète, c'est combien, tout ça ?
12:56Et il a vendu, grâce...
12:59Vraiment, c'est pour ça que vous disiez, c'est un don.
13:01On l'a ou on l'a pas.
13:02On est avec ou on ne naît pas avec.
13:05En tout cas, il a vendu tous les postes télévisants.
13:07Le vendeur, elle était bluffée complètement.
13:09Et oui, il faut rappeler qu'à l'époque,
13:11donc au début des années 60,
13:13seulement 200 000 téléviseurs, André,
13:15étaient en fonctionnant dans toute la France.
13:17Et il a dit précisément dans son autobiographie,
13:20le porte-à-porte a été une école passionnante.
13:22C'est là que j'ai eu la révélation de la formule des 3 vins,
13:26les 20 centimètres du visage,
13:27les 20 premières paroles et les 20 premières secondes.
13:31Oui, alors ça, il me l'a répété, moi, tout le temps.
13:33Alors ça, il dit, moi, je connais quelqu'un, c'est l'intuition,
13:36je vois quelqu'un.
13:37Bon, c'est évidemment, je ne suis pas caricatural, c'est schématisé.
13:41Il dit, voilà, justement, je regarde quelqu'un,
13:43c'est les 20 centimètres du visage,
13:45je l'entends les 20 premières paroles, ce qu'il me dit,
13:47et les 20 premières secondes.
13:49Et il était là-dessus, il me l'a répété au moins 10 fois, 100 fois,
13:53c'est-à-dire que, vous savez, toute sa vie, ça a été des négociations,
13:55dans le sport, dans les affaires, dans la politique, etc.
13:59Et il me disait, moi, c'est l'intuition,
14:02je fonctionne vraiment à l'intuition,
14:04et après, voilà, je continue.
14:06Oui, et il faut lui reconnaître qu'il avait déjà, très jeune,
14:09un certain bagout, un certain aplomb, une certain assurance.
14:12C'était vraiment un génie de la vente, André Bercoff.
14:14Alors, très vite, il se lance dans les affaires.
14:16En 1966, il ouvre un magasin d'équipement pour la maison.
14:19L'aventure se termine par une faillite au bout de quelques années.
14:22En 1969, avec le célèbre phytothérapeute,
14:25il crée un boîtier portable qui, en cas de crise cardiaque,
14:32appelle une ambulance.
14:33Mais au bout de trois ans, le projet est abandonné
14:35après une plainte de l'ordre des médecins.
14:37Il a été condamné à un an de prison avec sursis
14:39pour publicité mensongère.
14:41mensongère. Pourquoi ?
14:42Parce qu'à l'époque, on appelait ça une réclame.
14:45Eh bien, il montrait cinq ambulances
14:46alors que la société n'en possédait que deux.
14:49Il était prêt vraiment à tout
14:50et à n'importe quel prix pour réussir, André.
14:53Ben oui, c'est-à-dire qu'effectivement,
14:54il y a toujours, vous savez, dans les affaires,
14:56et vous pouvez regarder la vie
14:57d'un certain nombre de millionnaires d'aujourd'hui
15:00qui n'en ont fait réussir.
15:01Bon, il y a toujours une espèce de borderline.
15:04Là, franchement, ce n'était pas hallucinant
15:06de mensonge, disant qu'il avait six ambulances
15:09alors qu'il n'en possédait que deux.
15:10Mais effectivement, la plainte de l'ordre des médecins
15:12et puis ça faisait concurrence
15:14à un certain nombre de gens.
15:16Mais il avait déjà ça.
15:17Il avait le sens absolument du business.
15:21Et il fallait faire le business.
15:22Et encore une fois, c'est intéressant.
15:23Il n'avait pas papa-maman pour le suivre.
15:25Il n'avait pas papa-maman pour lui payer les études.
15:28Il n'avait pas papa-maman pour lui payer,
15:31effectivement, l'appartement, etc.
15:34Il n'avait pas de réseau.
15:36Il faut bien comprendre d'où il vient.
15:38Si on ne sait pas d'où il vient, on ne voit pas où il va.
15:41C'est toujours pareil.
15:42Donc, il est parti.
15:43Et puis, il a continué.
15:45Et puis, ça a marché.
15:46Et oui, ça a marché, André Bercoff.
15:48Dans les années 80, il se consacre donc à racheter
15:50des entreprises en difficulté pour un franc symbolique.
15:54Donc, il les restructure.
15:55Après, il les revend avec une forte plus-value.
15:58Il a notamment racheté La Vie Claire,
16:00Terraillon, Testu, Look, Wonder.
16:02Et là, il a fait quand même des opérations,
16:04il faut le dire, André Bercoff,
16:06des opérations financières très spectaculaires.
16:08Look a été revendu 260 millions de francs.
16:11Et Wonder, 470 millions de francs.
16:14Oui, on se rappelle et on se rappelle la pub Wonder
16:16qui a fait un malheur.
16:18Écoutez.
16:18Mais qu'est-ce qui vous fait marcher ?
16:20Moi ?
16:21Je marche à la Wonder.
16:28Eh oui, la Wonder ne s'use que si l'on s'en sert.
16:31Vous vous rappelez, tout le monde se rappelle.
16:33Enfin, je vous parle d'un temps que les moins de 40 ans
16:35ne peuvent pas connaître.
16:36Mais c'était ça.
16:38Et il a toujours marché à la Wonder, d'ailleurs.
16:40Il a toujours marché à la Wonder.
16:41Oui, il avait une énergie folle.
16:43À la fois, elle est le comté magique,
16:47le comté, évidemment, en fantasmatique.
16:49On y va, c'est un vendeur.
16:51C'est un vendeur.
16:52C'est vraiment un vendeur.
16:53On peut parler du vendeur 4 saisons.
16:55On peut parler du baveu, du mec qui raconte,
17:00qui raconte des histoires.
17:01Mais les histoires, il les a eues très fortes.
17:03Oui, et un vendeur qui avait de l'intuition, André Bercoff,
17:06parce que l'une de ses réussites a été quand même
17:09le rachat de Look en 83.
17:12Look, c'était le fabricant de fixations de skis.
17:14Il a vraiment fait fructifier cette entreprise.
17:18Racontez-nous cet affaire.
17:19Il est allé beaucoup plus que ça.
17:20C'est intéressant.
17:21Donc, il a utilisé Look, c'était la technologie des fixations de skis.
17:27Et puis, avec ça, ça, c'est lui, c'est son intuition.
17:29Il a inventé une pédale de vélo qui se déclipse facilement
17:32en cas de chute, une pédale automatique.
17:34C'est-à-dire qu'on pouvait, évidemment,
17:35on n'était pas fixé si on chutait avec la bécane.
17:40On ne tombait pas, effectivement, et on ne se faisait pas trop mal.
17:45Et c'est lui qui a eu l'idée de transposer la technique de Look sur le cyclisme.
17:50Et qu'est-ce qu'il a fait ?
17:51Eh bien, il était passionné de vélo lui-même, on le sait,
17:54depuis son enfance à la Courneuve.
17:56Et il a créé une équipe de cyclistes, et il a engagé Bernard Hinault.
17:59Et il faut savoir que Bernard Hinault a été l'un des derniers gagnants du Tour de France.
18:04Ça a été dingue.
18:05C'est-à-dire que Bernard Tapie, donc, dès les années 80,
18:10il fait cette équipe de cyclistes, il engage Bernard Hinault,
18:14qui décroche un cinquième Tour de France en 1985.
18:17Hinault, ça a été quand même une légende, il y a 40 ans.
18:22Et donc, son nom a été très vite associé au succès et à la gagne.
18:27Ah oui, il a vraiment, il faut le dire, André,
18:31révolutionné à l'époque le monde du cyclisme.
18:34Pas seulement le cyclisme.
18:35Et le foot, un an plus tard, en 1986,
18:38quand il rachète l'OM, qui était un club en difficulté,
18:41son ambition est tout de suite de le hisser au sommet, André.
18:45À ce propos, vous avez été témoin d'une scène
18:48qui décrit bien le tapis de l'époque.
18:51Racontez-nous.
18:51Oui, ça, je me rappellerai toujours.
18:53C'est ça qu'on voit.
18:54Alors, on était en train de travailler, on était à Cannes,
18:56on travaillait sur son livre,
18:58qu'on était presque à la fin.
19:00Et à un moment donné, il m'a dit,
19:02attends, il faut que je parle à Michel Hidalgo.
19:03Michel Hidalgo, il l'avait engagé comme entraîneur de l'Olympique de Marseille à l'époque.
19:08Et je me rappelle que pendant une heure, j'étais là.
19:10Il a discuté avec Michel Hidalgo de chaque footballeur de la position.
19:14Qui on prend comme avant-centre,
19:15qui on prend à l'aile,
19:17qui on prend à ceci,
19:18qui on prend le goal,
19:19alors le goal-art sera qui, etc.
19:21C'est-à-dire qu'il s'occupait absolument,
19:24comme il adorait le sport qu'il passait à ça,
19:27il s'est occupé avec Michel Hidalgo,
19:29il ne le laissait pas faire tout seul.
19:30Il s'est occupé non seulement de la nomination des footballeurs de l'OM,
19:36mais leur emplacement, leur poste, etc.
19:38C'était ça, Tapie.
19:40Il faut bien voir que sur ces affaires,
19:42il s'occupait de tout,
19:43il y allait, il demandait,
19:45il était là avec sa tchatche.
19:46Il avait une tchatche incroyable,
19:48il n'arrêtait jamais.
19:49Il faut bien comprendre que c'est quelqu'un qui n'arrêtait jamais.
19:53C'est très important.
19:55Et moi, ça m'avait frappé,
19:56on était là,
19:57on était en train,
19:58il m'a dit, attends, il faut que je m'occupe de l'OM.
20:00Et c'était ça, Tapie.
20:02Eh oui, Tapie, il faut le rappeler, effectivement, André Bercoff,
20:05que l'OM a sûrement connu sa plus belle histoire,
20:08effectivement, grâce à Tapie.
20:10On va la raconter plus tard,
20:11dans un instant, sur Sud Radio.
20:13Avec Pauly.
20:14Eh oui, mais autre challenge
20:15qui s'est lancé, André,
20:17en 1982,
20:19c'est qu'il avait racheté une épave,
20:22pas n'importe laquelle,
20:23c'était le bateau du navigateur Alain Collat,
20:26qui était à l'époque,
20:27donc, le plus grand yacht à voile du monde.
20:30Et là, Tapie, il faut le dire,
20:31il a à nouveau réalisé
20:33un de ses rêves de démesure,
20:35de vitesse,
20:36et surtout de conquête absolue.
20:37Oui, mais c'est toujours la même chose.
20:39C'est intéressant, chez Tapie,
20:40dans n'importe quel domaine qu'il abordait,
20:43il essayait d'être le premier.
20:44Ou en tout cas,
20:45quelqu'un qui y va,
20:46qui bat des records,
20:48qui montre qu'il peut y arriver.
20:49C'était vraiment,
20:50il ne s'arrêtait jamais de ce point de vue-là.
20:52Et là, le Fossé A,
20:53moi, on a fait une croisière ensemble,
20:54enfin, sur le Fossé A,
20:55je me rappelle,
20:56dans ces années 85, 86,
20:58je ne me rappelle plus,
20:59un peu plus tard.
21:00Et vous savez ce qu'il faisait ?
21:01C'est très intéressant.
21:02Je me rappelle aujourd'hui,
21:03on arrive,
21:05on arrive sur le bateau,
21:09et puis il fait,
21:11il y avait quand même une dizaine de,
21:13les barrains, l'équipage,
21:15le cuisinier, etc.
21:16Dizaine, quinzaine de personnes.
21:18Et bien,
21:19il passe,
21:20mais là,
21:21on n'est pas du tout conviés,
21:22on était quatre ou cinq d'amis,
21:24amis qui étaient là.
21:25Et il s'enferme avec eux
21:26pendant une heure et une heure et demie.
21:28Et les autres sortent.
21:29Et alors,
21:29je les vois sortir un peu décontenancés,
21:31un peu comme ça.
21:32Il dit,
21:32oui,
21:33je les ai bien secoués,
21:34parce qu'une équipe,
21:35il faut aussi les tenir.
21:37Et il n'est pas question
21:38de laisser comme ça,
21:40de garder,
21:40il faut les tenir,
21:41il faut réfléchir aux moindres détails.
21:44Il était comme ça.
21:45C'est-à-dire qu'il était aussi le boss,
21:46il avait besoin d'être le boss
21:48avec une équipe,
21:49l'équipe de son yacht,
21:51les équipiers, etc.
21:53Il fallait être le patron.
21:55Oui,
21:55je précise effectivement
21:56que le Fosséa,
21:58en fait,
21:58cette épave,
21:59il a investi 10 millions d'euros,
22:01il l'a transformé en aïe de luxe,
22:03donc le Fosséa.
22:05Et en 88,
22:06incroyable quand même,
22:07il a battu le record
22:08de la traversée latente Tite-Nord,
22:10alors que son équipage,
22:11à l'époque,
22:12l'avait vraiment alerté
22:13de tous les dangers, André.
22:14C'était ça, Tapie,
22:15le goût de la conquête absolue.
22:17C'est-à-dire qu'il fallait braver,
22:20il a pris tous les risques,
22:22et il a pris tous les risques,
22:23et puis il est tombé,
22:23on en reparlera plus tard,
22:25il est tombé aussi grâce à ça,
22:26c'est-à-dire qu'il ne calculait pas,
22:28ou alors il calculait assez mal,
22:30là.
22:30Et puis voilà,
22:31il a eu ça,
22:32c'est-à-dire que,
22:33effectivement,
22:34c'était Seguela
22:35qui avait inventé,
22:37je ne sais pas s'il a inventé pour Tapie,
22:39le publicitaire Jacques Seguela,
22:40un autre ami,
22:41qui avait inventé
22:42les trois R,
22:44le rêve,
22:44le risque,
22:45et le rire.
22:46Et oui,
22:46c'était effectivement,
22:47il le dit dans votre livre,
22:48André Bercoff,
22:49le rêve,
22:49le risque,
22:50le rire,
22:51c'était vraiment
22:51les trois maîtres mots
22:53qui n'ont jamais cessé
22:54d'orienter sa vie.
22:55Alors à la fin des années 80,
22:57Tapie a réalisé
22:58un autre challenge,
23:00André Bercoff,
23:01celui de devenir
23:02une star de la télé,
23:03on vous raconte tout
23:05dans un instant
23:06sur Sud Radio,
23:07alors restez avec nous.
23:09Sud Radio,
23:1113h-14h,
23:13Sud Radio,
23:14Génération Bercoff,
23:15André Bercoff,
23:16Céline Alonso.
23:22J'aurais voulu être
23:24un artiste
23:29Pour pouvoir faire
23:31mon numéro
23:35Quand l'avion se pose
23:38sur la piste
23:52Bernard Tapie qui a nourri
23:54des rêves de gloire
23:55toute sa vie,
23:56André Bercoff,
23:56et qui est devenu
23:57une star de la télévision
23:58le 28 février 1986
24:02en présentant un programme
24:03qui était intitulé
24:04à l'époque,
24:05donc c'était sur TF1,
24:06Ambition,
24:07souvenez-vous.
24:08Oui, alors...
24:17Et oui, c'était Ambition,
24:19absolument Ambition.
24:20Alors cette émission,
24:21André Bercoff,
24:22le principe était vraiment
24:24d'aider les jeunes
24:25à entreprendre.
24:26On peut dire que Tapie
24:27a fait naître
24:28au moins une génération
24:29d'entrepreneur
24:31à l'époque.
24:32Écoutez,
24:33moi j'ai assisté
24:34à plusieurs émissions
24:35d'Ambition,
24:35on se connaissait déjà,
24:37et ce qui est intéressant,
24:38parce qu'on a dit
24:38j'aurais voulu être
24:39un artiste,
24:40en fait il a été
24:41à sa manière un artiste,
24:43il a été à sa manière
24:44une star.
24:45A l'époque,
24:46encore une fois,
24:46ça a duré ce que ça a duré,
24:48mais quand même
24:48quelques années,
24:49et il a voulu être
24:51le premier en tout,
24:52on n'est jamais
24:53le premier en tout,
24:54mais il a occupé,
24:55il faut le dire,
24:57les estrades,
24:58il a occupé effectivement
25:00les projecteurs,
25:01il est pendant vraiment
25:02une sacrée période,
25:05et c'était la période,
25:06c'est intéressant
25:07de rappeler ça.
25:08C'était après
25:09le grand tournant
25:10de la rigueur
25:10dont on a parlé
25:11dans les années
25:1283, oui.
25:13Voilà, c'était 82, 83,
25:16donc ce n'est pas par hasard
25:17qu'un tapis arrive
25:18en disant,
25:19attention maintenant les gars,
25:20c'est très bien,
25:21l'État ne peut pas tout faire,
25:22on ne peut pas être
25:23uniquement l'État assistant,
25:24il faut que vous fonciez.
25:25Et il y a eu
25:26la grande,
25:28mais vraiment
25:28la grande idéologie
25:29de l'entrepreneur,
25:30c'était réconcilier
25:33les Français
25:34avec l'entreprise,
25:35c'est ça.
25:36Il fallait,
25:36c'était vraiment
25:37la réalisation du rêve,
25:39c'était ça.
25:40Et honnêtement,
25:41ça a beaucoup marché.
25:42Ambition,
25:43c'était quoi ?
25:44Vous savez,
25:44sans faire de parallèle,
25:45vous savez,
25:47il y a deux personnes
25:48qui ont connu la gloire,
25:49notamment par la télévision,
25:51c'est Donald Trump,
25:53entrepreneur immobilier,
25:55qui avec une émission
25:56qui s'appelait
25:56The Apprentice,
25:57pendant 10 ans,
25:59a tout cassé
25:59en Amérique,
26:00aux Etats-Unis,
26:01c'était évidemment
26:01la dimension américaine,
26:02c'était suivi
26:03par des dizaines
26:04de millions
26:05de téléspectateurs
26:06où il disait
26:07« You're fine,
26:08vous êtes virés »,
26:09c'était le slogan
26:11à l'époque,
26:12où il engageait,
26:14où il virait des gens.
26:15Tapice,
26:16c'était autre chose,
26:16il voulait susciter
26:17des vocations.
26:18Donc,
26:19il y avait le principe,
26:20vous savez,
26:20raconter le principe
26:21d'ambition.
26:22Le principe était celui-ci,
26:23un jeune entrepreneur
26:24de moins de 25 ans
26:25présenté à un projet
26:27de création d'entreprise
26:27devant un jury d'experts
26:30et il rendait
26:32donc leur verdict
26:33à la fin de l'émission
26:35et si l'avis était favorable,
26:36eh bien,
26:36le projet se concrétisait.
26:38C'était extraordinaire.
26:39Il y avait des gens
26:39qui étaient d'accord
26:40pour donner de l'argent
26:41et aider.
26:41C'était avant-gardiste,
26:42effectivement,
26:43par rapport à l'époque.
26:44Mais il a été vraiment
26:45le premier à cette époque,
26:46André Bercoff,
26:47à dire vraiment aux Français
26:48« Tout est possible
26:50uniquement si vous le souhaitez ».
26:51Il les a fait vraiment rêver,
26:53André.
26:53Oui,
26:54il leur disait
26:54« Vous savez,
26:55vous avez la capacité,
26:57vous pouvez devenir
26:57ce que vous avez envie d'être,
26:58croyez en vous,
26:59etc. »
27:00Ça a été très important.
27:01Ça n'a pas été le premier
27:02qui a parlé d'entreprise,
27:03ne racontons pas aussi
27:04des histoires.
27:06Et simplement,
27:07avec cette émission de télévision,
27:09avec ses discours,
27:10avec son entre partout,
27:11vous savez qu'il a créé
27:12des écoles d'entrepreneurs,
27:13il a créé des écoles de commerce,
27:15il allait faire
27:17de la pédagogie active
27:19parce qu'il avait,
27:20encore une fois,
27:21un sens de la tchatche,
27:22comme j'ai connu
27:23très peu de gens
27:24qu'il avait à ce point.
27:26Donc,
27:26il suscitait des vocations
27:28et les gens avaient envie,
27:29avaient envie d'être comme lui.
27:31Ils rêvaient évidemment.
27:32Le jet,
27:33rappelez-vous,
27:33il y avait le jet privé,
27:35l'avion privé,
27:36il y avait le bateau,
27:37le fosséa dont on a parlé,
27:39il y avait tout cela.
27:40Il y avait,
27:41ensuite,
27:41il y a eu l'appartement,
27:43l'hôtel particulier,
27:44la rue des Saint-Père,
27:45en plein Saint-Germain-des-Prés,
27:47je ne sais pas combien
27:47de milliers de mètres carrés
27:48de jardin,
27:49etc.
27:49Enfin,
27:50c'était très très très fort
27:51à l'époque.
27:52Ce qui était extraordinaire,
27:52André Bercoff,
27:53c'est que ces écoles de commerce
27:55étaient exclusivement réservées
27:56aux jeunes chômeurs
27:58ou sans formation.
28:00Alors,
28:00à l'époque,
28:00ils donnaient deux fois par mois
28:02au moins des conférences
28:03à travers toute la France
28:04et ce bénévolement
28:05est sans contrepartie.
28:07Donc,
28:07c'était devant un auditoire
28:08de 2000 à 3000 personnes,
28:10des étudiants,
28:11des jeunes dirigeants.
28:12Et vous,
28:13André Bercoff,
28:13vous avez assisté
28:15à une de ces conférences
28:16qui vous a laissé
28:17un souvenir mémorable.
28:20Oui,
28:20un souvenir assez fort,
28:22je veux dire,
28:22je vous rappelle,
28:23c'était au Palais des Congrès
28:25à Paris
28:25et je me rappelle très bien,
28:27c'était quand même,
28:28c'est un public
28:28de 5 à 10 000 personnes
28:30et on a été obligés
28:31de faire deux séances consécutives.
28:34Il était interrogé
28:34par Anne Sinclair à l'époque,
28:36je m'appelle très bien,
28:37c'est en 85,
28:38donc il y a un peu plus
28:39de 40 ans
28:40et les gens étaient là,
28:42c'était des jeunes
28:43et je me rappelle
28:43qu'on l'avait fait traverser
28:45la salle depuis le fond
28:47de la salle du Palais des Congrès
28:49jusqu'à la Seine.
28:50Il avait été applaudi,
28:51c'était vraiment une rock star,
28:52c'était la rock star de l'époque
28:55et il répondait
28:56et je me rappelle très bien,
28:58c'est le début du livre,
28:59d'ailleurs je regrette
29:00qu'on ne l'ait pas là,
29:01le début du livre.
29:02Oui, oui,
29:03mais parce qu'il commence
29:04comme ça
29:05où il dit,
29:07voilà,
29:07il y a un jeune homme
29:08et je me rappelle très bien,
29:08j'étais là,
29:09il a dit,
29:09mais Bernard Tapie,
29:11moi je veux être comme vous,
29:12moi je veux dominer,
29:13avoir des équipes,
29:14dominer les hommes
29:15et je me rappelle,
29:15il lui a dit,
29:16attends,
29:17si tu ne te domines pas toi-même,
29:19tu ne feras rien.
29:21Avant de dire,
29:22ce n'est pas une question
29:22de dominer,
29:24c'est une question
29:24d'être le patron
29:28qui va entraîner les gens,
29:30ce n'est pas de les dominer
29:31et commence par te dominer toi-même
29:33si tu veux entraîner les autres.
29:35C'était très clair
29:36et j'ai commencé le livre
29:38avec lui comme ça
29:39parce que c'était très caractéristique
29:41de la manière dont il leur parlait.
29:43Et encore une fois,
29:44l'enthousiasme,
29:44c'était étonnant de voir ça.
29:47Et ce qui est très intéressant,
29:48c'est que dans une interview
29:49parue dans Le Point
29:50quelques mois avant sa mort,
29:52il a dit ceci,
29:52André Bercoff,
29:53aujourd'hui,
29:54avoir de l'ambition
29:55est devenu un gros mot.
29:58Vous,
29:58est-ce que vous partagez
29:59ce point de vue,
30:00André ?
30:00Et si oui,
30:01comment l'expliquez-vous justement ?
30:02Pourquoi on a tué l'ambition ?
30:04Non,
30:04on n'a pas tué l'ambition,
30:06on l'a fait
30:07et ça,
30:08c'est vraiment un problème,
30:08c'est la France,
30:09c'est que quand vous n'êtes pas
30:11dans le milieu,
30:11quand vous n'appartenez pas
30:13à une certaine élite,
30:16quand vous n'avez pas
30:18les bonnes familles,
30:19quand vous n'avez pas,
30:20c'est très difficile,
30:21on y arrive bien sûr,
30:22mais c'est beaucoup plus difficile.
30:24Et puis lui,
30:25c'était quelqu'un
30:26qui n'avait pas de réseau,
30:28qui n'était pas du milieu,
30:29qui n'était pas de la famille.
30:31Alors,
30:31effectivement,
30:32moi je me rappelle très bien,
30:33on va parler de son entrain politique,
30:35en entrain politique,
30:36beaucoup de gens,
30:37surtout à gauche,
30:38n'étaient pas du tout contents,
30:39c'est Mitterrand
30:40qui l'a vraiment poussé.
30:41Et oui,
30:42et alors,
30:42justement,
30:43André Bercoff,
30:43il a fait son entrée en politique,
30:45c'était en 1988,
30:47et effectivement,
30:47ce grâce à Mitterrand,
30:49selon vous,
30:49à l'époque,
30:50le président,
30:51pourquoi il y a offert
30:52cette opportunité ?
30:53Est-ce que c'était
30:54par conviction
30:55ou par intérêt à l'époque ?
30:57Non,
30:57je crois que,
30:58vous savez,
30:58Mitterrand aimait bien aussi
31:00les gens un peu hors normes.
31:02Et puis,
31:03s'il y a quelqu'un
31:03qui a été hors normes
31:05et a été
31:07royalement ondoyant,
31:08je devenais royalement
31:09parce qu'il avait un talent fou
31:10et une grande classe,
31:11mais il était en qu'on aime
31:12ou qu'on n'aime pas.
31:13Il aimait ça.
31:14Et ce n'est pas le côté voyou,
31:16mais ça lui plaisait
31:17le côté du type
31:17un peu hors normes
31:18qui agace les gens et tout.
31:20Oui,
31:20il a cru en lui
31:22dès le départ.
31:23Il a dit
31:24celui-là va me faire bouger
31:25les lignes.
31:26C'est ça.
31:26Donc c'est bien
31:27et je me rappelle très bien
31:28que son entourage
31:29n'était pas du tout enthousiaste.
31:31Je me rappelle
31:32des réactions de Hollande,
31:34je me rappelle
31:34des réactions d'autres,
31:35etc.
31:36Il ne s'était vraiment pas...
31:39Alors,
31:39Séguéla et compagnie,
31:41oui,
31:41mais les Hollande
31:43et compagnie,
31:43pas du tout,
31:44du tout,
31:44du tout.
31:45Ça ne leur plaisait pas.
31:46Qu'est-ce que c'est
31:47que ce type
31:47homme d'affaires
31:48qui vend des entreprises,
31:50qui les rachète
31:51et comment
31:52et à quel prix
31:53et ce qu'il licencie
31:54ou pas
31:55et comment
31:55et de quelle façon.
31:57Ça a été très chaud.
31:59Mais Mitterrand
31:59l'a soutenu.
32:00Il faut dire
32:01que c'est la fidélité
32:02de Mitterrand.
32:03Il l'a soutenu
32:03jusqu'au bout.
32:05Et en 88,
32:06il s'est présenté
32:07aux législatives.
32:08Le Parti Socialiste
32:09a réservé
32:10une circonscription
32:12qui était à l'époque
32:13réputée imprenable,
32:14André,
32:15à savoir Marseille.
32:16La sixième circonscription
32:17des bouches du rôle.
32:18Oui, qui était ancrée
32:19donc à droite.
32:21Selon vous,
32:22c'était un cadeau
32:22ou un piège
32:23pour Bernard Tapie ?
32:24Non, c'était...
32:25Enfin, certains disaient
32:26il n'y arrivera jamais
32:27parce que c'était
32:27effectivement
32:28une circonscription difficile.
32:30Et non,
32:30Mitterrand s'est dit
32:31je vais voir
32:31comment il sera en politique.
32:33Et je me rappelle
32:33quelque chose d'ailleurs
32:35et il faut en parler là.
32:36Un jour, je lui disais
32:37écoute, tu as fait du business,
32:38tu continues à faire du business,
32:40mais enfin, là,
32:40tu fais de la politique.
32:42Qui est le métier
32:44de tueur ?
32:45Qui est le métier
32:45qui tue ?
32:46Bon, il dit, tu rigoles.
32:47C'est la politique
32:48beaucoup plus que le business.
32:49Je lui dis, arrête,
32:50business, c'est aussi...
32:51Il faut se battre,
32:52c'est la concurrence.
32:53Il dit oui,
32:53mais le business,
32:54il y a des possibilités
32:56de concurrence là.
32:57En politique,
32:58il faut tuer.
32:59Il faut tuer
33:00parce qu'il disait
33:01dans le fromage,
33:02il y a un trou
33:03pour plusieurs rats.
33:04Donc, il faut tuer
33:05tous les autres rats
33:07pour entrer dans le trou.
33:09Et on le lui a bien fait savoir,
33:11on va en reparler
33:11la semaine prochaine.
33:12Alors, justement,
33:13revenons à ces élections législatives
33:15parce que vous avez
33:16effectivement assisté
33:17à quelques-uns
33:18de ces meetings à l'époque.
33:19C'était donc
33:21pour Marseille.
33:22Racontez-nous,
33:23vous avez un souvenir
33:24impérissable, André.
33:25Quel est-il ?
33:25Très intéressant,
33:26vraiment celui-là.
33:27Je m'en rappelle,
33:27c'était donc,
33:28oui, effectivement,
33:29en 88.
33:30Et on était là
33:31avec un autre de ses amis,
33:32je ne sais plus le qui.
33:33Et on est allé à...
33:36C'était un...
33:38un meeting du Front National.
33:40À l'époque,
33:40c'était le Front National.
33:41Et lui,
33:42il était très anti-Front National.
33:45Moi aussi, d'ailleurs.
33:47À l'époque,
33:49et...
33:50On va à trois...
33:52On était trois ou quatre,
33:53je crois.
33:53Et on arrive à...
33:55Donc, dans ce meeting
33:56où il y avait
33:56cinq à six cents personnes.
33:58Dans une salle de Marseille,
33:59je ne me rappelle plus laquelle.
34:01Et puis,
34:01alors, je me rappelle,
34:03les gens reconnaissent tapis.
34:04ouais, salaud,
34:05enfoiré,
34:06qu'est-ce qu'il vient faire ici ?
34:07Et il y avait vraiment
34:08une hostilité extrêmement forte.
34:10Mais qu'est-ce qu'il vient faire ici ?
34:11Il fout le camp, etc.
34:13Et l'animateur,
34:15je ne sais plus,
34:15c'était un homme politique
34:16qui était là aussi du Front.
34:17Il dit,
34:17attendez, attendez,
34:18le Front National
34:18était un parti démocratique.
34:20Bernard Tapie peut rentrer,
34:22il n'y a aucun problème.
34:23Et on est allé s'asseoir.
34:24Mais on sentait vraiment,
34:25je vous assure,
34:26ce n'était pas...
34:26On sentait l'hostilité
34:28qui était là.
34:29Et puis,
34:29un des orateurs
34:30qui était là,
34:31il dit,
34:31ouais, regardez,
34:32Marseille,
34:32on va être complètement envahi
34:34si Bernard Tapie,
34:35effectivement,
34:36arrive à être...
34:38arrive à être...
34:39à gagner son poste de député.
34:42Ça va être l'immigration massive,
34:44on va être noyés, etc.
34:45Et Tapie,
34:46il lève le bras,
34:47il dit,
34:47est-ce que je peux parler ?
34:49Et l'animateur dit,
34:52oui, oui, absolument,
34:52monsieur Tapie,
34:53nous sommes un parti démocratique,
34:55vous avez le droit de parler.
34:56Il saute sur scène
34:58et il dit,
34:59on rappelle,
35:00il dit,
35:00écoutez,
35:00vous savez ce que je ferais
35:01si j'avais le pouvoir à Marseille demain ?
35:03Il dit,
35:04qu'est-ce que vous feriez ?
35:05Il dit,
35:05eh bien, c'est très simple,
35:06je mettrai tous les immigrés,
35:08en tout cas une bonne partie d'immigrés
35:10dans les chaloupes
35:10et puis dans des bateaux
35:12et quand ils seraient au large,
35:13eh bien,
35:14je lance les torpilles
35:15et les gens,
35:16ouais,
35:17bravo, bravo,
35:18et toi ?
35:19Et là,
35:20je vois Tapie et l'ordinaire,
35:22vous voyez,
35:23je parlais d'un massacre
35:24et vous applaudissez.
35:26Eh bien,
35:27je vais vous dire,
35:27c'est pas Le Pen qui est un salaud,
35:29c'est vous qui êtes des salauds
35:31et vous êtes des salauds
35:32et je vais vous le dire,
35:33eh bien,
35:35regardez-vous dans le miroir
35:36et gerbez-vous dessus.
35:37Et là,
35:38j'ai vu cette chose
35:39où les applaudissements s'arrêtent
35:41et un silence de mort
35:42et j'ai dit,
35:43maintenant,
35:43tu t'en vas
35:44parce que si on s'en va pas,
35:45on va se faire lyncher.
35:46Ça n'a pas duré longtemps
35:47mais c'est ça Tapie.
35:49C'est-à-dire,
35:50Tapie est un type
35:50qui lance un hameçon,
35:51les gens mordent un hameçon
35:53et puis réagissent.
35:54Et il y a très, très, très peu
35:56d'hommes politiques,
35:56je veux dire,
35:57de gauche ou de droite,
35:58très, très, très peu
35:59qui feraient ça.
36:00Eh oui.
36:01Et justement,
36:02pour raconter,
36:03pour suivre l'histoire,
36:04en fait,
36:04il avait perdu ses élections en 88,
36:06il prendra sa revanche
36:08en janvier 89
36:09où il a été élu député
36:11des Bouches-de-Rhône
36:12et dans un instant
36:13sur Sud Radio,
36:14André Bercoff,
36:14nous allons revenir
36:15sur un duel mémorable
36:18entre lui et Jean-Marie Le Pen.
36:20C'était en 1989.
36:22On va écouter un extrait
36:24et vous allez être incroyables.
36:27Ce moment de télévision
36:28est incroyable.
36:29On l'écoute dans un instant
36:30sur Sud Radio.
36:31Sud Radio.
36:34Parlons vrai.
36:34Génération Bercoff,
36:36André Bercoff,
36:37Céline Alonso.
36:38De retour sur Sud Radio
36:40pour parler de Bernard Tapie.
36:42Alors, le 8 décembre 1989,
36:44TF1 avait organisé un débat
36:46sur l'immigration
36:47avec Jean-Marie Le Pen.
36:49Les dirigeants de droite
36:50comme de gauche
36:51avaient refusé
36:52d'y participer.
36:54Seul tapis à accepter.
36:55Très vite,
36:56le débat tourne au pugilat.
36:57André Bercoff,
36:58Souvenez-vous.
37:00Vous êtes un matamor,
37:01vous êtes un tartarin,
37:02un bluffeur.
37:03Ce n'est pas parce que
37:04vous avez une grande gueule
37:05et que vous criez fort
37:05que vous arrivez...
37:06Non, mais ce n'est poli,
37:06monsieur.
37:07Vous êtes sorti des bains
37:08où on le sait,
37:09vous êtes poli.
37:10Oui, oui.
37:10Vous avez dû apprendre
37:11la seule différence,
37:12la seule différence,
37:13c'est que ce n'est pas
37:13parce que vous affirmez fort
37:14quelque chose
37:15que ce que vous dites est vrai,
37:17parce que vous dites n'importe quoi.
37:18Donc, il n'y a plus de raison
37:19qu'il fasse chauffer ces meetings
37:20en donnant des musulmans
37:22à manger aux fanatiques
37:25du Front National
37:25parce qu'il n'est pas pour ça.
37:26grotesque.
37:27Ensuite, monsieur.
37:28Le pitre, monsieur.
37:28Vous avez dit, attention.
37:30Écoutez, vous êtes un pitre.
37:31Il y a eu des limites.
37:32Vous dépassez la vie.
37:33Mais ne dites pas
37:34d'énormité comme ça.
37:36Je me fasse gravement.
37:36Et ne me menacez pas physiquement,
37:38monsieur Tapie.
37:39Il vous en cuirait.
37:40Parce que vous avez
37:41votre garde du corps, là.
37:42Non, pas.
37:43Vous rigolez.
37:44Enfin, regardez-vous.
37:45Et je vous écraserai,
37:47monsieur Tapie, à Marseille.
37:49Le lendemain de ce débat,
37:50André Bercoff,
37:51une bonne partie de la presse
37:52avait donné Tapie vainqueur.
37:54Vous, quels souvenirs
37:55vous gardez de ce débat ?
37:56Écoutez, d'abord,
37:57ça a été une audience énorme.
37:58Il faut juste dire
38:00que Le Pen,
38:01Jean-Marie Le Pen,
38:02avait défié
38:03les politiques de gauche.
38:04Et c'est vrai
38:05que tous étaient défilés.
38:07Je me rappelle très bien,
38:07je ne donnerai pas
38:08de nom ici.
38:10Ils étaient tous défilés.
38:11Et le seul qui a accepté,
38:12comme par hasard,
38:13c'est Bernard Tapie.
38:14Et à l'époque,
38:15effectivement,
38:16Bernard Tapie
38:16était très, très
38:20anti-Le Pen.
38:21Alors, il paraît
38:22qu'il l'aurait rencontré
38:23après,
38:23au moment
38:24des élections,
38:25etc.,
38:26des campagnes électorales,
38:27c'est possible.
38:28Je ne sais pas.
38:29Oui, effectivement,
38:29c'était 4 ans
38:31après, exactement,
38:32après ce duel.
38:33Oui, alors, on ne sait pas,
38:34mais incontestablement,
38:35là,
38:35il y a eu un affrontement
38:36où, je dois dire,
38:38Tapie s'est très bien débrouillé.
38:41Le Pen,
38:42et c'était Le Pen,
38:43d'ailleurs.
38:43En fait,
38:44on avait,
38:45et évidemment,
38:45chacun à son niveau,
38:47il y avait
38:47Le Pen,
38:48qui est un excellent débatteur,
38:50un excellent orateur,
38:51il faut le dire,
38:52et Tapie qui n'était pas mal
38:54non plus à sa manière.
38:55Donc,
38:56les bas-fonds
38:57contre les bas-fronts
38:59ou les hauts-fronts,
38:59enfin,
39:00c'était assez fort
39:01et ça avait augmenté,
39:03évidemment,
39:04la popularité de Tapie
39:05à gauche
39:06très, très fortement.
39:08Dans ces années-là,
39:10Tapie,
39:10comment dire,
39:12avait mis en garde régulièrement
39:13contre la banalisation
39:15de l'opénisation des esprits,
39:17André Bercoff,
39:17est-ce qu'à cette époque,
39:19il avait des ambitions présidentielles,
39:21Tapie ?
39:21Écoutez,
39:22Tapie,
39:23je pense,
39:23a eu des ambitions présidentielles.
39:25Je ne sais pas si déjà à l'époque,
39:27mais c'est clair,
39:28n'oubliez pas que nous étions au début,
39:30dont on parlait,
39:30du second septennat Mitterrand,
39:33donc il y avait le temps,
39:34Mitterrand,
39:35et n'oubliez pas,
39:36il a fait 81-88,
39:38il a été réélu en 88
39:39et il a fait la totalité
39:41de son septennat,
39:42donc 88-85-95.
39:46Donc,
39:46il y avait le temps.
39:47Mais qu'il ait eu des ambitions présidentielles,
39:49c'était clair.
39:50À un moment donné,
39:51on en reparlera,
39:52il a été ministre de la Ville,
39:53mais il a été cela
39:54et après,
39:55il y a eu tout ce qu'il y a eu
39:56dont on parlera la semaine prochaine.
39:58Et oui,
39:58mais par exemple,
39:59aujourd'hui,
40:00si Tapie était encore parmi nous,
40:02en voyant effectivement l'ERN,
40:04pratiquement à la porte du pouvoir,
40:06comment aurait-il réagi ?
40:08Je ne sais pas.
40:08Moi,
40:09il faut que je raconte quelque chose
40:10qui s'est passé bien,
40:11bien,
40:11bien après,
40:12qui s'est passé en 2021.
40:14Et il était déjà fatigué,
40:16déjà malade.
40:17Il y a eu quelque chose
40:18d'assez terrible,
40:20il faut le dire.
40:22Dans leur propriété,
40:23au bord de Marne,
40:26Bernard Tapie et sa femme,
40:27Dominique,
40:28et il faut que je vous dise
40:29quelque chose là-dessus.
40:30Parce que Bernard Tapie
40:32a été un type extrêmement fidèle.
40:34Vous savez,
40:34c'était quand même
40:35un beau gosse,
40:35etc.
40:36C'était quelqu'un
40:37qui était extrêmement fidèle
40:39à sa femme,
40:40qui a été vraiment,
40:41ils ont été un couple
40:42très fort.
40:43Et il me disait toujours,
40:44si je n'avais pas eu Dominique,
40:45je n'aurais jamais fait
40:46la moitié du quart
40:46de ce que j'ai fait.
40:47Il faut dire que Dominique
40:48a été,
40:49Dominique Tapie,
40:50a été le rocher de Gibraltar
40:52de Bernard Tapie.
40:54Et oui.
40:54Et elle a joué un rôle
40:57absolument important,
40:59comme des femmes savent jouer
41:00aux côtés de leurs compagnons.
41:03Et oui,
41:03parce qu'elle a été
41:04effectivement à ses côtés
41:05pendant plus de 50 ans,
41:06André Bercoff,
41:07et elle a été avec lui
41:08effectivement très présente,
41:09autant dans les succès
41:10que les échecs.
41:11Ça,
41:11il faut vraiment le dire.
41:12Elle était là,
41:13exactement,
41:13elle a été vraiment là.
41:15Elle n'était pas dans ses affaires
41:17dans le détail,
41:17mais elle a été plus que là.
41:19Et je voudrais,
41:20pourquoi je parle de ça
41:21par rapport à RN ?
41:22C'est très important,
41:23là on arrive à aujourd'hui,
41:24enfin,
41:24c'est 2021,
41:26ils sont réveillés
41:27en pleine nuit
41:27par des gens
41:29qui leur tabassent,
41:30qui les tabassent.
41:31C'est-à-dire trois
41:31ou quatre cabrioleurs
41:33qui étaient rentrés,
41:34qui voulaient de l'argent,
41:35ils se disaient
41:35c'est les tapis,
41:36ils ont du fric.
41:39Et Dominique Tapie,
41:40sa femme,
41:40est emmenée
41:41dans une chambre à côté
41:43et il entendait
41:43sa femme crier,
41:44je ne sais pas
41:45ce que vous pouvez
41:46penser,
41:46on se dit
41:46quand on entend
41:47sa femme crier
41:48dans la chambre d'à côté.
41:49Et l'autre était
41:50à côté de lui
41:51et Tapie lui dit,
41:52on parle de ça,
41:53pourquoi ?
41:54Parce qu'on se rappelle
41:54de Tapie Le Pen
41:55et des positions de Tapie
41:57depuis des années.
41:58Il dit,
41:58mais je ne comprends pas
41:59parce que c'était,
42:00Mathilde lui-même,
42:01c'était des nord-africains
42:03et des africains,
42:05enfin,
42:05il y avait,
42:06et il me dit,
42:06et il leur dit,
42:07et qu'il n'était pas masqué.
42:09Et il leur dit,
42:10mais je ne comprends pas,
42:11pourquoi ?
42:12Pourquoi moi ?
42:13Puisque moi,
42:13je me suis toujours battu
42:14pour vous.
42:15Et l'autre a répondu
42:16et ses propres paroles
42:18transmises par Bernard Tapie
42:19qui m'avait téléphoné
42:20le lendemain
42:21ou le surlendemain
42:22de cet attentat,
42:23il a dit,
42:24mais écoute-moi bien
42:24espèce d'enculé,
42:26j'en ai rien à foutre,
42:27c'est une histoire ancienne ça,
42:29on n'en a rien à foutre
42:30de ton histoire
42:30avec XYZ.
42:32C'est-à-dire
42:33qu'un chapitre
42:34avait changé.
42:35Voilà,
42:35on n'est plus du tout
42:36dans cette période.
42:38Alors,
42:38évidemment,
42:39je ne dirai jamais
42:39on ne fait pas parler mort,
42:40je ne dirai jamais
42:41comment réagirait aujourd'hui,
42:43je pense qu'il n'a pas
42:44changé d'avis sur le fond,
42:45mais je pense
42:46qu'il ne dirait
42:47peut-être pas
42:48la même chose aujourd'hui,
42:49mais vraiment,
42:49encore une fois,
42:50la question ne se pose pas.
42:52Mais il y a eu ça,
42:53il y a eu ça,
42:53il faut le dire.
42:54Alors,
42:54revenons effectivement
42:55à cet épisode
42:56de sa vie politique,
42:58à savoir
42:591992,
43:00pardon,
43:01il est nommé
43:03ministre de la ville
43:04en charge
43:04des quartiers
43:06difficiles,
43:07Mitterrand,
43:07nommé un patron
43:09millionnaire
43:10à l'époque,
43:11c'était un choix,
43:12un vrai choix politique
43:13ou une opération
43:15de séduction,
43:15de communication,
43:16selon Jean-André Bercoff ?
43:17Non,
43:18il ne faut pas
43:18limiter Mitterrand
43:20aux opérations
43:20de communication,
43:21Mitterrand a toujours été
43:22beaucoup plus que ça.
43:23Encore une fois,
43:24quel que soit
43:24ce qu'on peut penser
43:25de lui.
43:26Non,
43:26non,
43:26je crois qu'il s'est dit
43:27effectivement,
43:28et a raison,
43:29il sortait de la banlieue,
43:30Bernard Tapie,
43:31il connaissait bien
43:32la banlieue,
43:33il connaissait bien,
43:34il y avait déjà
43:34les problèmes
43:35de l'immigration,
43:36les problèmes
43:37du travail,
43:38les problèmes de chômage,
43:39les problèmes
43:40d'assimilation
43:41et d'intégration,
43:42et il s'est dit
43:43et ce serait pas mal
43:44de mettre un Bernard Tapie
43:45à la politique
43:46de la ville,
43:47et ce serait vraiment
43:48une très très bonne chose.
43:49Et donc,
43:50il a été effectivement
43:52ministre de la ville
43:52et je pense
43:53très sincèrement
43:54qu'il aurait pu faire
43:55des choses très bien.
43:57Alors là,
43:57vraiment,
43:58quelles que soient les choses,
43:59Bernard Tapie,
44:00je cite
44:03ce qu'il avait déjà
44:05commencé à faire,
44:06la décentralisation,
44:08un milliard de francs
44:09vers les préfets
44:09pour agir dans les quartiers,
44:11développement des maisons
44:12du citoyen,
44:13il réunit
44:14800 acteurs
44:15de quartiers
44:15dès 93
44:16pour un grand débat
44:17avec les citoyens,
44:19et vraiment,
44:20il commençait,
44:20enfin des choses,
44:21mais malheureusement,
44:22comme vous le savez,
44:22ça n'a pas duré.
44:23Et oui,
44:24ça n'a pas duré,
44:25bon,
44:25il a dû démissionner
44:26parce qu'il y a eu
44:26une affaire entre temps,
44:27il est revenu au gouvernement,
44:29et ça,
44:30ça n'a pas fait
44:30l'unanimité à gauche
44:31à l'époque,
44:32André Bercoff,
44:32je rappelle,
44:34Hollande,
44:34il disait la première fois,
44:35c'était une erreur,
44:36la deuxième,
44:37une faute.
44:38Vous,
44:38André Bercoff,
44:39à l'époque,
44:39qu'en disiez-vous,
44:40effectivement,
44:41de son retour au gouvernement ?
44:43J'ai assisté
44:44à certaines réunions
44:45quand il était mis de la ville,
44:46il voulait,
44:48je vais vous dire,
44:49il voulait mobiliser
44:49les grandes entreprises
44:50dans les quartiers
44:51grâce à des conventions
44:52passées avec de grands groupes
44:53comme Bouygues,
44:54la Générale des Eaux,
44:55Dumez,
44:56investis,
44:57recrutés dans ces quartiers
44:58de vulgulité,
44:59intégrés les jeunes
44:59par le sport,
45:00évidemment le sport
45:01qui a été
45:02l'un des grands bonheurs
45:03de sa vie.
45:04Et puis,
45:05voilà,
45:06le quartier du Val-Fouré
45:07à Mont-Lajoli,
45:07par exemple,
45:08avec Bouygues,
45:09et puis ça s'arrête,
45:10et puis ça reprend,
45:11mais ça a repris quelques mois,
45:12et après,
45:13il y a eu l'aventure Adidas,
45:14mais celle-là,
45:15c'est encore une autre histoire.
45:17Et oui,
45:17cette autre histoire,
45:18on va vous la raconter
45:19la semaine prochaine
45:21dans Génération Bercoff
45:22sur Sud Radio.
45:23Comment ils ont tué Tapie ?
45:26C'est le titre d'un livre
45:28que vous avez écrit sur lui
45:30il y a quelques années.
45:32Selon vous,
45:33c'est une opération politique
45:35et financière
45:36totalement orchestrée,
45:37André Bercoff.
45:37Vous allez tout nous raconter
45:39dans Génération Bercoff.
45:41Soyez au rendez-vous
45:42vendredi prochain,
45:4313h sur Sud Radio.
45:44Et tout de suite,
45:45vous retrouvez Brigitte Lain.
45:47Sud Radio.