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00:00Europe 1, la France bouge, 20h30, 21h30, Elisabeth Assayac.
00:06Les portes du pénitencier, bientôt vont se fermer.
00:16Et c'est là que je finirai.
00:19Ce soir dans la France bouge, les portes du pénitencier, qu'on va garder en tête toute la soirée.
00:24Et à l'occasion des trophées de l'avenir Europe 1 LCL, nous sommes avec un candidat en route vers
00:29ces trophées avec Cyril Berthier, président de Alteco.
00:32C'est une entreprise qui est née il y a 12 ans, qui fait du reconditionnement d'ordinateurs, de tablettes,
00:37d'écran avec plus de 1000 points de vente.
00:40Et la particularité de cette entreprise, c'est pour ça que vous venez d'entendre les portes du pénitencier, c
00:44'est que le recrutement, c'est le recrutement de personnes détenues.
00:47Depuis 5 ans, Alteco travaille avec 3 prisons.
00:51Ça fait combien de détenus, de prisonniers qui travaillent pour votre entreprise, Cyril Berthier ?
00:56Ça dépend un peu les périodes de l'année, mais on est aux alentours d'une vingtaine.
00:59A l'origine, c'était un besoin, ça me paraît peu, 20h, parce qu'il y a quand même beaucoup
01:03de détenus en France.
01:04Il y a beaucoup de détenus, oui.
01:05On ne va pas pouvoir tous les...
01:06Non, mais 20h, c'est très peu. Comment ça se fait ?
01:08C'est lié à des compétences spéciales ou juste par rapport à votre besoin ?
01:13Oui, c'est plus par rapport à notre besoin.
01:15L'idée, quand même, nous, ça rajoute une complexité, mine de rien, de travailler.
01:21Il faut faire les alentours avec le matériel, avec les prisons.
01:24Vous apportez le matériel en prison ?
01:25Exactement.
01:26Et eux, ils ont une salle dédiée pour leur travail ?
01:28Exactement.
01:29D'accord. Ils ont des horaires classiques, comme si on travaillait dans votre usine ?
01:33Non, alors ils travaillent, de mémoire, c'est 5 heures par jour, je crois.
01:38Donc, effectivement, c'est les horaires qui sont plus réduites.
01:41Mais, effectivement, sinon, c'est un atelier qui pourrait ressembler à celui qui est chez nous.
01:45Allez, on va rester dans cet univers-là avec une autre entreprise, ce soir, une start-up dans la France
01:49bouge.
01:50Elle s'appelle Yoti.
01:53Europe 1.
01:54Le talent de la France bouge.
01:56C'est un talent aussi.
01:58Jacques Grimond, vous êtes le cofondateur de Yoti.
02:00Vous avez 34 ans.
02:01La start-up est née il y a 5 ans, c'est ça ?
02:03C'est ça.
02:04Et vous, à l'origine, vous souhaitiez devenir avocat, comme David, ce match-là.
02:09Exactement.
02:09J'avais pris la voie de l'avocature.
02:12Donc, tout en suivant vos études de droit, vous vous engagez à la Croix-Rouge.
02:17Et là, vous gravissez les échelons, petit à petit, jusqu'à siéger au sein du conseil d'administration,
02:24de réfléchir à la stratégie de la Croix-Rouge.
02:27Je vous laisse nous raconter.
02:28Exactement. J'ai commencé en tant que bénévole.
02:30Et puis, la beauté de cette maison, c'est de permettre de prendre des responsabilités assez vite, même quand on
02:36est jeune.
02:36Et donc, j'arrive au conseil d'administration et on me confie la stratégie textile de la Croix-Rouge française.
02:41Il y a 600 boutiques aujourd'hui à la Croix-Rouge française.
02:44Et en travaillant sur ce sujet, je m'aperçois qu'il y a un angle mort,
02:48qui sont les jeux et les jouets de seconde main qu'on a en quantité astronomique.
02:53L'ADEME nous dit qu'il y a 100 000 tonnes de jeux de jouets qui sont jetés chaque année,
02:56que la moitié peut être conditionnée.
02:58Et avec un ami, Vincent Corrège, qui lui était parti dans la voie de l'expertise comptable,
03:02après le Covid, on se dit qu'il y a quelque chose à faire autour de ça.
03:05Ça vous parle ? Je vous vois sourire David Smadjak.
03:07On n'a pas encore entendu David ?
03:09Moi, je trouve que toutes ces sociétés-là,
03:11vous vous attaquez à un problème que personne ne veut regarder aujourd'hui,
03:13c'est les sujets de surpopulation carcérale.
03:16On a quasiment plus de 90 000 prisonniers pour 60 000 places en France,
03:21et il y a moins d'un détenu sur trois qui travaille.
03:22Donc franchement, moi, je suis admiratif de ces projets qu'on a autour de la table ce soir.
03:28Alors, après Alteco, c'est Yoti.
03:31Donc, vous laissez un peu tombler la vocature ?
03:34C'est ça, oui.
03:36Jacques, parce que finalement...
03:37Encore des espoirs de mes parents.
03:38Oui, mais vous voulez donner du sens à votre vie.
03:41Le Covid a été un élément déclencheur.
03:43Oui, tout à fait.
03:44C'est le moment où on se retrouve pendant deux mois,
03:46à réfléchir sur qu'est-ce qu'on a vraiment envie de faire dans les prochaines années.
03:50et je retrouve un ami de lycée, Vincent,
03:53et on se dit qu'on a quelque chose à faire.
03:54Donc lui, il laisse tomber aussi l'expertise comptabilité ?
03:56Il laisse tomber aussi ce sujet-là,
03:58et on se retrouve avec la volonté de porter un projet écologique,
04:01le reconnissement des jeux et jouets de seconde main,
04:03et puis une dimension sociale,
04:05la réinsertion professionnelle des personnes détenues.
04:07Pourquoi les personnes détenues, vous aussi ?
04:09Je vous pose la même question qu'à Cyril.
04:11En fait, on avait identifié via un documentaire
04:15qu'il y avait 70% des personnes qui sortent de détention
04:18qui récidivent dans les 5 ans.
04:20C'est un chiffre qui est assez glaçant,
04:22et on s'est dit qu'il y avait quelque chose à faire.
04:24Donc échec de la politique de la réinsertion.
04:27Exactement, et donc à notre petite échelle,
04:29on s'est dit, si on amenait du travail en détention,
04:31c'est un levier absolument colossal pour favoriser la réinsertion,
04:35donc essayons.
04:36Il se trouve qu'on a été très bien accueillis par l'administration pénitentiaire,
04:39alors qu'on était tout petits.
04:40C'est vrai ?
04:41Donc ça veut dire qu'ils attendent des projets comme ça ?
04:43Ah bah évidemment, l'administration pénitentiaire a besoin de travail en prison.
04:47Les détenus aussi attendent beaucoup,
04:49je crois que le chiffre a été dit,
04:50c'est moins d'un tiers des personnes détenues qui travaillent.
04:52Et quand on est en maison d'arrêt,
04:5423 heures par jour dans sa cellule,
04:56oui, sortir 6 heures pour travailler...
04:57Sortir de ces 9 mètres carrés, on est content.
04:58Sortir de ces 9 mètres carrés, gagner de l'argent,
05:00et commencer à préparer la suite,
05:02c'est absolument fondamental.
05:03Allez, on va découvrir Yoti.
05:05Jacques Grimont, c'est à vous en une minute pour le pitch.
05:08En une minute, Yoti, c'est deux constats.
05:11Un constat écologique,
05:12chaque année, il y a 100 000 tonnes de jeux de jouets qui sont jetés.
05:14Un constat social,
05:16il y a une grande partie des personnes détenues qui récidivent à la sortie.
05:20La solution, c'est Yoti,
05:22une structure qui est spécialisée dans la réinsertion professionnelle des personnes détenues,
05:25via des ateliers en prison.
05:27On est nous-mêmes employeurs d'une centaine de personnes détenues en détention.
05:31Et dans nos ateliers, c'est vrai que c'est un peu particulier,
05:33puisque c'est des jeux, des jouets,
05:35donc un univers qu'on n'a pas forcément l'habitude de connaître en détention.
05:38Des jeux, des jouets qu'on va collecter dans les crèches,
05:40dans les écoles, dans les entreprises,
05:41qui vont être reconditionnés dans nos ateliers
05:44par les personnes détenues qui acquièrent un savoir-faire.
05:46Et ensuite, vendus sur notre site internet,
05:48yoti-shop.fr,
05:50pour les particuliers,
05:51mais aussi de plus en plus pour les collectivités
05:52qui achètent des jeux, des jouets de seconde main,
05:55et ainsi peuvent bénéficier de réductions importantes.
05:58Merci pour votre pitch, Jacques Grimont,
06:00cofondateur de Yoti.
06:02Allez, les réactions tournent la table.
06:03Cyril Berthier, président de Alteco.
06:05Votre regard sur Yoti ?
06:07Moi, je trouve ça extraordinaire.
06:08Je suis papa de deux enfants,
06:12et on voit passer beaucoup de jouets.
06:14On favorise aussi clairement des qu'on peut.
06:17Mais oui, il y a un vrai enjeu.
06:20On partage beaucoup de choses entre les deux entreprises.
06:23David Smadja, coach de ce soir sur Europa.
06:25Moi, j'ai adoré le modèle.
06:26J'adore déjà le fait que l'accompagnement à la réinsertion,
06:28finalement, il est financé par l'État.
06:30Parce que, si je ne dis pas de bêtises,
06:31ça relève quand même d'une politique publique.
06:34Et le reconditionnement, par contre,
06:35va permettre de financer les ventes en e-commerce,
06:38vous l'avez dit,
06:38et dont, je crois, quasiment la moitié,
06:40c'est financé par des collectivités.
06:42Donc, en fait, c'est vraiment un cercle vertu.
06:43Parce qu'il y a une loi qui oblige les collectivités
06:46à acheter des jeux et des jouets de seconde main.
06:48C'est exactement ça.
06:49Et c'est vrai que je trouve que le modèle,
06:51il est prouvé.
06:52Alors, aujourd'hui, vous êtes dans un certain nombre de prisons.
06:55Il faut accélérer pour essayer d'aller chercher
06:57au moins une centaine.
06:58Parce que, franchement, vu l'accueil que vous avez,
07:00je ne vois pas comment on ne peut pas systématiquement
07:02vous ouvrir les portes.
07:04Jacques Grémence.
07:05Tout à fait.
07:06Effectivement, aujourd'hui,
07:07on est dans six établissements pénitentiaires.
07:09Il y en a une centaine qui pourraient accueillir le projet Yoti.
07:12Et vous avez souligné un point très important,
07:15c'est qu'il y a un modèle économique hybride.
07:17On a le chiffre d'affaires issu de la vente
07:19de jeux et jouets de seconde main.
07:20Mais on a aussi les dotations du ministère du Travail
07:22qui fait un calcul très rationnel en disant
07:24qu'une personne en détention,
07:26elle ne peut pas rechercher un emploi.
07:27Elle n'a pas accès à Internet,
07:28elle ne peut pas faire d'entretien,
07:29elle ne peut pas aller sortir rencontrer une entreprise.
07:32Et donc, le temps qu'on va faire gagner
07:34en préparant la réinsertion dans les murs de la prison,
07:37c'est du temps pendant lequel
07:38elles ne seront pas au RSA,
07:39elles ne seront pas au chômage en sortant.
07:40Et donc, c'est pour ça qu'on a des dotations
07:42du ministère du Travail.
07:43Et on a aujourd'hui 65% des personnes
07:46qui ont travaillé chez Yoti
07:47qui, à la sortie, le jour de leur sortie,
07:49ont un CDI, un CDD de plus de six mois
07:51ou une formation.
07:52Mais où, chez vous ?
07:53Non, pas chez nous, à l'extérieur.
07:54Parce qu'en fait, ils valorisent
07:56ce qu'ils ont fait grâce à vous.
07:57En fait, dans l'atelier,
07:58il y a la dimension production,
08:00mais il y a aussi un accompagnement professionnel.
08:02On a des conseillers en insertion professionnel
08:03qui vont leur faire leur CV,
08:05coacher à l'entretien
08:06et puis surtout,
08:08les convaincre de mettre fin
08:09à leur carrière criminelle.
08:11La carrière criminelle,
08:11elle est souvent le fruit d'une conjonction.
08:14Aujourd'hui, 50% des gens
08:16qui rentrent dans nos ateliers
08:16n'ont jamais travaillé leur vie.
08:18Donc, quand on ne travaille pas
08:19et qu'on a besoin d'argent,
08:19on peut le trouver ailleurs,
08:20souvent dans les activités illégales.
08:21Et donc, pour les aider à sortir
08:23de cette carrière criminelle,
08:24il faut les convaincre.
08:25Et quoi de mieux
08:26qu'un emploi intéressant, passionnant
08:28qui va permettre demain
08:29de financer une vie dans la société.
08:32Une vie plus agréable,
08:32une vie insérée.
08:33Il y a des détenus peut-être
08:35qui vous ont marqué.
08:36Vous vous en avez rencontré aussi ?
08:37Oui, pendant trois ans,
08:38j'étais à l'atelier
08:40dans la prison de Bois-d'Arcy.
08:41Il y a eu beaucoup d'expériences.
08:42Il y en a une
08:43dont je me souviens particulièrement
08:44puisque c'est une personne détenue
08:46que j'ai croisée à l'extérieur
08:47quand j'étais en train
08:48de faire mes courses.
08:49Et elle est venue me voir
08:51pour me dire que Yoti,
08:53ça l'avait considérablement aidée à sortir.
08:56Ça l'avait aidée en détention.
08:57Elle avait gagné de l'argent,
08:58était sortie de sa cellule.
08:59Elle n'avait pas été
09:00dans un schéma d'oisiveté.
09:02Et à l'extérieur,
09:02elle a fait une formation d'électricien.
09:04Et maintenant,
09:05elle a un emploi
09:06qui rémunère bien
09:06et qui l'intéresse.
09:07Mission accomplie.
09:08Vous restez avec nous.
09:09On se retrouve dans un instant.
09:10Tout de suite,
09:11c'est le point sur l'info.
09:12C'est le point sur l'info.
09:12C'est le point sur l'info.