00:00 Direction l'Assemblée nationale avec la liberté d'expression en danger
00:05 selon plusieurs avocats, associations de défense des libertés ou syndicats de journalistes,
00:09 ils voient rouge à cause d'une modification de la loi de 1881 sur le droit de la presse.
00:14 Modification adoptée par le Sénat puis l'Assemblée nationale,
00:17 donc hier soir en marge d'un projet de loi pour mieux protéger les élus locaux.
00:21 Alors on comprend l'intention de protéger les maires exposés aux violences par exemple,
00:24 sauf que le texte prévoit notamment que désormais,
00:27 quand on publie quelque chose sur un élu ou sur un candidat à mandat,
00:31 bref sur un homme ou une femme politique,
00:33 le délai de prescription pour une procédure en diffamation ou en injure publique passerait à un an,
00:38 et non plus seulement trois mois quand c'est un homme politique.
00:41 Bonsoir Maître William Bourdon.
00:43 Bonsoir.
00:44 Avocat au barreau de Paris, merci d'être avec nous dans les vraies voix sur Sud Radio.
00:47 Les élus modifient la loi sur la presse rien que pour eux,
00:50 se réservant à délais de prescription privilégiés d'un an.
00:52 C'est la réaction, ça du fondateur de Mediapart et de We Plenel.
00:55 Est-ce que vous y voyez vous aussi une épée de Damoclès au sud de l'information ?
00:58 Evidemment oui.
01:00 Alors que les élus soient préoccupés de renforcer leur protection physique face à la multiplication des agressions,
01:07 on s'en est tous bons d'accord,
01:08 mais ce qui est insupportable c'est le fait de s'en saisir pour un cas timide,
01:12 poursuivre un travail déjà amorcé depuis plusieurs années de démantèlement de la loi de 1881,
01:18 et inclure un amendement qui,
01:21 et on peut se demander si les parlementaires sont déconnectés du réel,
01:26 mais à un point absolument hallucinant,
01:29 pour introduire une disposition qui,
01:31 nécessairement, nécessairement,
01:33 aurait été perçue par les citoyens,
01:35 comme introduisant une justice à deux vitesses.
01:37 Un régime de faveur pour les élus,
01:39 et puis les citoyens.
01:41 Une prescription d'un an,
01:43 pour ceux qui devraient en permanence,
01:47 par la preuve de leur exemplarité,
01:49 cela même d'ailleurs qui sont,
01:51 parfois questionnés par vous,
01:54 des journalistes,
01:56 interrogés sur des manquements d'intégrité ou d'appropriité,
01:59 et donc eux, ils auraient un an de réflexion,
02:02 pour pouvoir réagir,
02:03 et les citoyens seraient dans la contrainte des trois mois,
02:05 c'est évidemment la contrainte de trois mois,
02:07 qui doit s'appliquer à tout le monde.
02:08 - Monsieur, monsieur, Maître...
02:10 - Maître Bourdon, que je connais bien,
02:12 parle ailleurs.
02:13 - Philippe Ilger.
02:14 - En fait, la loi de 81 a été changée à multiples reprises,
02:18 mais là, vous avez totalement raison de protester,
02:21 c'est un point substantiel de la loi de 1881,
02:25 la prescription, on ne la change pas,
02:28 pour les besoins d'une catégorie.
02:30 - Sauf que, pardonnez-moi,
02:33 c'est l'élu local qui va vous répondre,
02:35 sauf que l'accélération aujourd'hui,
02:37 de la grande lessiveuse médiatique,
02:38 à l'heure des réseaux sociaux,
02:39 n'a rien à voir avec, je dirais,
02:41 la philosophie de la loi de 1880,
02:44 la temporalité n'est plus la même,
02:45 les enjeux sociaux, médiatiques, familiaux,
02:48 ne sont plus les mêmes,
02:49 et aujourd'hui, vous avez, la plupart du temps,
02:52 un certain nombre d'élus qui se font, mais,
02:54 bastonner, lessiver, nettoyer socialement,
02:57 alors qu'ils n'ont rien fait.
02:59 - Les besoins de protection de la liberté
03:01 sont rigoureusement les mêmes.
03:03 - Oui, oui, mais sauf que l'impact aujourd'hui,
03:07 l'impact aujourd'hui des...
03:09 - On n'a pas le temps, Sébastien,
03:11 parce qu'on est très en retard,
03:12 mais il faut qu'on laisse finir...
03:14 - Allez-y.
03:15 - William Bordeaux.
03:16 - Oui, non, attendez,
03:17 ce que vous dites n'est pas...
03:19 c'est juste un prétexte, un habillage.
03:21 - Absolument pas.
03:22 - Non, mais bien sûr que oui.
03:24 - Vous le dites, pas moi.
03:25 - Il y a bien une catégorie,
03:26 il y a bien une catégorie de gens,
03:27 ils sont entourés d'assistants,
03:29 de chargés de communication,
03:31 qui surveillent...
03:32 - Ce n'est pas vrai pour les élus locaux, monsieur,
03:33 ce n'est absolument pas vrai pour les élus locaux.
03:35 Quand vous êtes élu d'une collectivité,
03:37 vous n'avez pas des assistants,
03:38 si vous avez des communications,
03:39 ce n'est pas vrai.
03:40 - C'est d'abord et pas davantage.
03:42 Donc, une fois de plus,
03:44 c'est une justice favorable
03:46 pour ceux qui sont perçus,
03:48 je dis les choses de façon caricaturale,
03:50 comme les puissants,
03:52 et c'est un coup de canine supplémentaire
03:54 dans ce qui est essentiel,
03:56 c'est-à-dire la perception que les citoyens doivent avoir
03:59 d'un respect rigoureux,
04:01 d'un principe qui s'appelle l'égalité devant la loi.
04:03 - Merci William Bordeaux.
04:04 On rappelle que vous êtes avocat au barreau de Paris.
04:06 Merci d'avoir passé la tête dans les vraies voix sur Sud Radio.