00:00Depuis janvier 2024, plusieurs anciens élèves de l'Institut catholique Notre-Dame de Betharame,
00:04c'est dans les Pyrénées-Atlantiques, à 25 kilomètres de Pau,
00:07se sont regroupés pour dénoncer des violences physiques, des agressions sexuelles
00:10et même des viols perpétrés par des laïcs ou des religieux.
00:13Alors les faits se seraient déroulés des années 50 aux années 2000.
00:16Les victimes âgées de 8 à 13 ans sont essentiellement des jeunes garçons.
00:21Des plaintes ont été déposées poussant le parquet de Pau à ouvrir une enquête il y a un an.
00:25Mais il y avait eu plusieurs alertes auparavant.
00:27En 1996, un surveillant général avait été condamné pour avoir frappé un élève violemment.
00:32En 1998, l'ancien directeur de l'établissement avait été mis en examen pour violences sexuelles.
00:36Il s'est même suicidé quelques semaines plus tard.
00:38La presse locale et même la presse nationale avaient à l'époque couvert ses affaires.
00:42Quel rapport avec François Bayrou à part le Béarn ?
00:45Alors toute la question est de savoir ce qu'il savait, ce qu'il ne savait pas, ce qu'il a fait et puis ce qu'il n'a pas fait.
00:49François Bayrou connaît très bien l'établissement à double titre.
00:51Pour des raisons professionnelles, j'allais dire, c'est un élu local.
00:53Il a été député, président du département, maire de Pau.
00:56Il était ministre de l'Éducation nationale de 1993 à 1997.
01:00Et puis, il connaît aussi cet établissement pour des raisons personnelles,
01:02puisque sa femme y a enseigné le catéchisme et qu'il y a scolarisé plusieurs de ses enfants.
01:06Or, quand les députés de gauche l'ont interrogé à l'Assemblée, il a eu une défense pour le moins surprenante.
01:11« Je n'ai jamais été informé de quoi que ce soit, jamais. »
01:13Ça, c'est ce qu'il a déclaré mardi.
01:15Hier, il a de nouveau été interpellé.
01:17Il a d'abord laissé répondre le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, avant de reprendre lui-même la parole.
01:21« Jamais je n'ai été à cette époque, a-t-il précisé,
01:23averti en quoi que ce soit des faits qui ont donné lieu à des plaintes ou des signalements. »
01:27Et il ajoute un argument qui se veut un argument massue.
01:29« Si j'avais été courant, je n'y aurais pas scolarisé mes enfants. »
01:32Et pourtant, le site Mediapart a publié plusieurs enquêtes
01:35démontrant avec des courriers, des témoignages, des articles de presse local à l'appui,
01:39que lorsqu'il était ministre de l'Éducation, il avait forcément eu connaissance des faits de 1996,
01:44de gens dont je vous ai parlé, et qu'en 1998,
01:46il s'était entretenu avec le juge qui enquêtait sur le directeur de l'établissement.
01:50François Bayrou n'arrivait pas à croire qu'il ait pu faire cela,
01:53raconte aujourd'hui le juge, qui ajoute avoir confirmé à François Bayrou
01:56que les faits n'étaient pas tant établis.
01:58Le Premier ministre, lui, ne se souvient pas, ni aujourd'hui, d'avoir eu ce type d'échange.
02:03Bon, c'est une affaire qui devient politique ?
02:04Oui, parce que l'opposition s'en est saisie, et notamment les Insoumis,
02:07qui ont échoué à faire tomber le gouvernement sur le budget et qui espèrent tenir leur revanche,
02:11mais aussi et surtout parce que François Bayrou a choisi de s'enferrer dans une défense qui paraît,
02:15aujourd'hui, peu convaincante, plutôt que d'admettre que le regard de la société,
02:19et peut-être le sien, ont aussi changé depuis l'époque où se sont déroulés les faits,
02:24parce que le regard de la société, il a changé sur cet établissement à la réputation stricte
02:28où on menaçait d'envoyer les enfants en passage,
02:30il a changé sur les abus qui ont pu se dérouler dans ces institutions religieuses,
02:34il a changé sur le recueil de la parole des victimes.
02:37François Bayrou n'est pas responsable des faits survenus à Notre-Dame de Bétarame.
02:40Il est, comme beaucoup d'entre nous à l'époque, il faut le dire aussi, passé à côté.
02:45Il aurait été plus simple pour lui de le reconnaître et de le regretter.