- il y a 6 semaines
- #faceamichelonfray
Michel Onfray passe en revue l’actualité de la semaine dans #FaceAMichelOnfray. Présenté par Laurence Ferrari.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Bonjour à tous et bonjour à toutes, bienvenue dans Face à Michel Onfray sur CNews et sur Orwa.
00:04Bonjour Michel !
00:04Bonjour Laurence !
00:05Prêt pour cette belle semaine d'actualité à commenter ?
00:07On commence avec le débat sur le voile islamique qui a été relancé à la faveur d'une proposition déjà
00:13ancienne du Rassemblement National
00:14d'interdire son port dans l'espace public.
00:17Marine Le Pen veut poser la question aux Français par le biais d'un référendum et d'une grande loi
00:22sur la lutte contre les idéologies islamistes.
00:24Est-ce que le voile d'abord est un objet politique ou religieux selon vous ?
00:28Et comment vous vous positionnez face à cette question ? Michel, on vous entendra.
00:31La campagne présidentielle, les candidats font déjà feu de tout bois avec des séquences de communication qui se succèdent
00:38comme autant de cartes postales adressées aux Français.
00:41On reviendra sur le passage au stand à Frites à Tourcoing d'Edouard Philippe, au côté de Gérald Darmanin
00:45puis aussi quand même les propositions de fonds qui émergent du côté des candidats.
00:49L'exaspération des Espagnols face aux flux migratoires ininterrompus à Ceuta, manifestation dans toute l'Espagne.
00:56Ce mercredi, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez est fragilisé.
01:01Pourquoi ce qui se passe à Ceuta est symbolique de l'impuissance de l'Occident à faire respecter ses frontières
01:07?
01:07La rentrée scolaire bien sûr, avec un système éducatif très critiqué par les Français.
01:12Michel, 90% le trouve moyen ou mauvais, c'est quand même assez terrible.
01:17Comment faire remonter le niveau des élèves ?
01:19On entendra à la fois Jean-Michel Blanquer, ancien ministre de l'Éducation,
01:23et aussi Bruno Retailleau qui dit qu'il faut remettre de l'autorité au centre du système.
01:28La mort d'Edouard Balladur, l'ancien Premier ministre s'est éteint à l'âge de 97 ans.
01:32C'était selon vous le dernier des Pompidoliens.
01:35Et puis il y a eu aussi, dans un autre registre, les adieux à Philippe Bouvard,
01:39qui lui incarnait l'esprit français, rablaisin et voltairien, l'animateur mythique des grosses têtes.
01:46Un rablaisien que vous aimiez beaucoup, mon cher Michel.
01:49Et puis le point philo en cette semaine de reprise des cours,
01:52les propos sur l'éducation d'Alain qui, selon vous, offre un contrepoison salutaire au pédagogisme contemporain.
02:00On décryptera tout ça dans l'émission, mon cher Michel.
02:02Allez, on commence avec cette question du voile, de l'interdiction du voile islamique dans l'espace public,
02:07qui a été remise au centre du débat par le Rassemblement national.
02:10C'est intéressant de voir où vous vous situez, parce qu'évidemment ça a obligé tous les candidats à se
02:16positionner.
02:16On va peut-être d'abord écouter Sébastien Chenu, du Rassemblement national,
02:20qui explique pourquoi il lui paraît important que cette question soit à tout le moins posée aux Français.
02:26Le voile, aujourd'hui, est un étendard utilisé par les islamistes,
02:31parfois avec, j'allais dire, une certaine forme de complicité de ceux qui les portent.
02:36Parfois, ça leur est imposé, mais en tous les cas, c'est l'étendard d'une rupture avec l'État
02:40républicain.
02:41Vous savez, si on ne fait rien, demain, nous serons un pays communautarisé,
02:46comme beaucoup de pays anglo-saxons.
02:47Ce n'est pas la tradition française, ce n'est pas l'histoire française, ce n'est pas un bon
02:51modèle.
02:51Donc, on pose ce sujet de société.
02:53Ce débat que nous posons, il est un révélateur.
02:56Les masques tombent de ce que sont les uns et les autres.
02:59Moi, il y a quelques semaines, j'entendais M. Retailleau nous dire,
03:03abat le voile, je l'entendais dire ça.
03:05Alors, quand on lui dit, d'accord, abat le voile, nous, on va le faire tomber,
03:08en Rassemblement national, on va faire tomber et reculer cet étendard islamiste.
03:12Il n'y a plus de personne.
03:13Voilà pour cette proposition du RN d'avoir un référendum
03:18et une grande voix sur la lutte contre les idéologies islamistes.
03:20Est-ce que vous, Michel Lompré, vous dites qu'une femme qui porte le voile,
03:25ça ne vous dérange pas, au fond ?
03:26Est-ce que c'est un marqueur politique ?
03:28Est-ce que c'est un marqueur religieux pour vous ?
03:30Non, ça ne me dérange pas parce qu'il ne faut pas faire une théorie du voile.
03:33Le voile, c'est un étendard de l'islamisme, etc.
03:35Non, c'est faux.
03:36C'est une théorie et comme toute théorie, d'ailleurs, l'étymologie théorie,
03:38c'est contemplation.
03:39On contemple une espèce de mot et on ne regarde pas la réalité qui correspond.
03:42La réalité qui correspond, c'est que vous avez plein de gamines du collège
03:45et je les vois, moi, de temps en temps, j'habite au pied d'un collège,
03:49qui remettent le voile et qui sont là dans des logiques identitaires.
03:52Elles ne sont pas là parce qu'elles veulent instaurer le califat.
03:54Elles ne savent même pas ce que c'est que le califat.
03:56Elles n'ont jamais lu le Coran.
03:57L'islam, c'est probablement ce qu'on raconte entre les copines
03:59à partir du moment où on a regardé deux ou trois applications
04:02avec des conseils musulmans ou je ne sais quoi.
04:05Donc, il ne faut pas théoriser sur le voile.
04:08Il y a des gens qui...
04:09Moi, j'ai beaucoup dit, d'ailleurs, j'ai utilisé cette formule,
04:11que ce qui était important, c'était pas ce qu'on avait sur la tête,
04:13mais dans la tête.
04:14Et qu'est-ce qu'on fait avec les garçons ?
04:15Donc, il n'y a pas de voile.
04:17C'est quoi, on va dire ?
04:17Maintenant, c'est la barbe et puis ça va être le...
04:19Le camis, exactement.
04:20Non, je pense qu'on confond l'islam d'en bas et l'islam d'en haut.
04:25Moi, je veux qu'on attaque l'islam d'en haut, pas l'islam d'en bas.
04:26L'islam d'en bas, ce sont des jeunes filles qui,
04:28dans des logiques identitaires, portent le voile
04:30et puis écoutent de la musique.
04:31D'ailleurs, elles ne savent pas que si vraiment,
04:33on est dans des logiques intégristes, on n'écoute pas de musique.
04:35Mais elles ont l'ipode.
04:37Et puis, ça ne les gêne pas du tout.
04:39Les écouteurs, vous avez raison, parlons correctement le français.
04:45Et puis après, on voit des dames qui ont un certain âge.
04:48Le mien, par exemple.
04:49Et on sent bien que ce sont des vieilles dames qui portent le voile
04:52parce que c'est une coutume, c'était le voile de leur mère,
04:55de leur grand-mère, etc.
04:56Elles n'ont pas envie de révolutionner la France.
04:58Elles sont là, etc.
05:00Moi, je voudrais qu'on attaque vraiment l'islam d'en haut,
05:02c'est-à-dire le frérisme, c'est-à-dire tous ceux qui font avancer
05:04véritablement une idéologie intégriste.
05:06Je ne sache pas que les jeunes filles ou les vieilles dames
05:08ou d'autres jeunes femmes qui portent ça de façon un peu identitaire ou personnelle,
05:11on leur a tellement invité à détester la France.
05:14Je veux dire, ça fait des années qu'on leur dit détester la France.
05:171981, dans l'idéologie française,
05:19Bernard-Henri Lévy nous dit que la France, c'est Vichy, c'est Pétain,
05:21c'est le nazisme, c'est la collaboration.
05:22Et les philosophes français ont même inventé le national-socialisme au XIXe siècle.
05:27Il y a des gens, ou Julien Dré ou d'autres,
05:29qui nous disaient à l'époque qu'ils ne touchent pas à mon pote, etc.
05:33Enfin, toute la logique qui consistait à dire
05:34la France est détestable,
05:36il faut une espèce de grand univers cosmopolite, etc.
05:38Et puis il y a des gens qui les ont pris au sérieux.
05:40Et puis qui leur ont dit, vous avez raison, la France est détestable,
05:43moi je n'aime pas la France, la France c'est le colonialisme, etc.
05:45Des bouts de chou qui commencent à dire les bêtises
05:47que racontent les anciens depuis des années.
05:49Donc il faudrait qu'on travaille sur ce sujet-là,
05:51pas sur la question du voile, c'est la question de l'imbécile.
05:53La question de l'autorisme et des frères.
05:54Mais oui, c'est-à-dire l'espèce de complicité qu'il y a aujourd'hui.
05:58Vous allez au tribunal si vous ne dites pas
06:00que l'islam est une religion de paix, de tolérance et d'amour.
06:03Vous dites, on fait un débat là-dessus.
06:04C'est quoi l'islam ?
06:05C'est quoi la paix, la tolérance et l'amour ?
06:07Qu'est-ce qu'il y a dans le Coran ?
06:07Qu'est-ce qui distingue le Coran des hadiths ?
06:09Avez-vous jamais lu la biographie du prophète ?
06:11Et puis tellement peu de gens ont lu le Coran en réalité.
06:14Mais bien sûr !
06:15Vous l'avez fait ?
06:16Plusieurs fois d'ailleurs, plus mal à la main.
06:18Et je tiens à disposition des téléspectateurs qui voudraient la preuve.
06:20J'amène mes notes et je peux faire voir mon cahier de notes.
06:24Sur ce sujet-là, j'avais eu un débat un jour avec Alain Juppé
06:27qui en direct m'avait dit qu'il allait commencer par m'agresser.
06:31Moi, je n'avais pas très l'intention de l'agresser.
06:32Mais enfin bon, à l'époque, tout le monde pensait qu'il serait le président de la République.
06:35Et je lui avais dit, mais enfin pour dire une chose pareille,
06:37il n'avait pas lu le Coran.
06:38Il m'avait dit non, je n'ai pas lu.
06:39Je dis enfin quand même, vous êtes candidat aux présidentielles.
06:42On dit que ce sera vous le président de la République.
06:44Vous avez été Premier ministre, vous avez été ministre des Affaires étrangères.
06:46On n'avait jamais lu le Coran.
06:47Il était agrégé de lettres.
06:48Il était normalien.
06:50Il me dit non, c'est trop compliqué.
06:52Je dis, ce n'est pas compliqué de dire le Coran.
06:53Pas du tout.
06:54Il y a une partie mystique.
06:55La dernière partie est assez mystique.
06:57Mais c'est du lyrisme, etc.
06:59Enfin sur un certain nombre de sujets, notamment le voile, notamment la polygamie,
07:02notamment la question des juifs, la question de l'homosexualité.
07:04Enfin tout ça, c'est très clair.
07:05Pas besoin d'être agrégé pour lire et pour comprendre.
07:08Et je suis pour qu'on puisse être sévère avec ceux qui, effectivement, ont le désir d'islamiser la France.
07:14Mais qu'en même temps, on laisse tomber des gens qui n'ont pas envie d'islamiser la France.
07:17Ça va parce qu'une jeune fille porte un voile, qu'elle a l'intention d'islamiser la France.
07:19Il y a beaucoup d'argent qui vient du Qatar ou d'autres endroits,
07:22qui sont distribués avec, je ne vais pas donner de nom, mais philosophe,
07:25un type qui voudrait bien être candidat aux présidentielles,
07:27mais qui attend qu'on lui demande, etc.
07:29Enfin qu'on aille chercher les raisons de chèques de plusieurs millions
07:33qui sont tombés dans les escarcelles de machins, de bidules, d'intels,
07:36un certain nombre de supports médiatiques, un certain nombre de...
07:39On a mis à la porte Xena Federovain, mais on n'a pas mis à la porte
07:42les gens qui sont des influenceurs du Qatar et qui sont d'autres endroits
07:46ou les gens qui travaillent sur Al Jazeera ou je ne sais quoi.
07:48Donc il y a vraiment une France islamique d'en bas, une France de l'islam d'en bas, je
07:53dirais.
07:54Et j'aimerais qu'on arrête de les stigmatiser sans cesse.
07:56Et puis une France qui, elle, pour le coup, est laissée tranquille.
07:59On laisse tranquille la Grande Mosquée de Paris, on n'y touche pas.
08:01Les relations avec l'Algérie, on n'y touche pas.
08:03Les relations avec le roi du Maroc, on ne touche pas non plus, etc.
08:05Or, ça suppose la drogue, ça suppose des cartels, ça suppose, etc.
08:08S'il y a une vraie volonté politique, arrêtons de stigmatiser des jeunes filles
08:12qui portent des voiles dans les collèges ou auprès des collèges de sous-préfectures.
08:16Et puis allons voir vraiment ceux qui ont l'intention de l'islamiser, la société française.
08:19Alors, il y a beaucoup de candidats à la présidentielle qui sont un peu sur votre ligne, au fond.
08:23A part, évidemment, le Rassemblement National, Reconquête aussi.
08:28Gabriel Attal dit que ça ne le dérange pas plus que ça.
08:31Une jeune femme qui porte le voile.
08:32En revanche, ils veulent proposer une loi d'interdiction du port du voile pour les fillettes,
08:36pour les mineurs de moins de 15 ans.
08:38Bruno Retailleau aussi dit, après avoir dit à bas le voile,
08:41il dit qu'il y a un certain nombre d'obstacles juridiques à émettre l'idée d'une telle loi.
08:46J'aimerais qu'on parle maintenant de la France insoumise,
08:47parce qu'il y a eu un revirement spectaculaire de la part de Jean-Luc Mélenchon sur cette question.
08:51On recevait cette semaine Manon Aubry, à qui on disait,
08:54mais écoutez, Jean-Luc Mélenchon, en 2010,
08:56c'était une émission dans laquelle se trouvait Eric Nolot,
08:58disait que le voile, c'était insupportable, que c'était dégradant,
09:02que la femme ne devait pas être considérée comme un gibier.
09:05On va écouter ce que Manon Aubry pensait, me disait cette semaine.
09:08Et puis après, le mea culpa de Jean-Luc Mélenchon qui dit,
09:11oui, en fait, j'ai changé d'avis.
09:13D'abord Manon Aubry.
09:14Je ne suis pas prête à ce que l'ensemble de la campagne présidentielle
09:18consiste à diviser le peuple français
09:20et prendre les femmes de confession musulmane
09:23pour la seule cible des ambitions politiques et racistes du Rassemblement national.
09:29Et la laïcité dans notre pays respecte la liberté de culte.
09:32Je vais même plus loin, interdire le voile dans l'espace public.
09:36Pour moi, c'est même une discrimination religieuse
09:39et qui pourrait mériter des poursuites judiciaires en la matière.
09:43Et j'observe que le Rassemblement national,
09:45toujours, toujours, toujours, s'en prend
09:47aux personnes de confession musulmane et particulièrement aux femmes.
09:51Eh bien moi, j'ai envie de leur répondre avec une immense fermeté.
09:53Foutez-leur la paix. Foutez-leur la paix.
09:55Laissez-les décider comme elles veulent.
09:57Et occupez-vous plutôt des réelles problématiques,
10:00des réels problèmes des Françaises et des Français.
10:02Voilà pour Manon Aubry, heureux député de la France Insoumise.
10:05On va maintenant s'intéresser à Jean-Luc Mélenchon,
10:08qui donc, je le disais, avait des positions très différentes en 2010,
10:10voire même en 2017.
10:11Il avait dit, c'est un bout de chiffon sur la tête.
10:14Écoutez, il a fait une conférence de presse
10:16pour dire qu'effectivement, il avait commis à l'époque, selon lui, une erreur.
10:22Écoutez, moi, je ne vais pas faire le malin.
10:23Il y a 20 ans aussi, je n'étais pas d'accord avec cette histoire de voile.
10:26Je n'avais pas compris.
10:27Mais que fait une personne censée au bout d'un moment ?
10:30Ben, vous parlez.
10:31J'ai rencontré des femmes qui portaient le voile
10:35ou des femmes très croyantes et qui ne portaient pas le voile
10:37et des femmes qui n'étaient pas croyantes
10:39mais qui disaient, chacun fait comme il veut.
10:41Et on a parlé.
10:42J'ai donné mes arguments que j'avais à l'époque.
10:45Eh bien, j'ai été convaincu.
10:47J'ai changé d'avis.
10:48Je me suis dit, j'ai fait une erreur terrible.
10:49Ce n'est pas la seule fois.
10:51Voilà, on est sur CNews et sur Europe 1 en face à Michel Onfray.
10:54Michel, on vient d'entendre Jean-Luc Mélenchon.
10:56Est-ce que comment vous voyez ce mer-coulpa qu'il fait ?
11:00D'abord, on peut dire à Manon Aubré aussi, foutez leur la paix aux musulmans
11:03et arrêtez d'aller leur coller au basket en disant, votez pour nous, votez pour nous, votez pour nous.
11:06Je veux bien que ce ne soit pas bien que ça devienne un enjeu politique pour Marine Le Pen,
11:11mais ce n'est pas non plus bien que ça devienne un enjeu pour Mélenchon et sa bande.
11:16Donc, eux aussi instrumentalisent.
11:18Donc, ça va bien.
11:19Moi, je souhaite effectivement qu'on n'instrumentalise pas
11:21et qu'on soit dans une république où, effectivement, liberté, égalité, fraternité, ça veut dire quelque chose.
11:26Et pas seulement des choses qu'on envoie en l'air comme ça pour faire semblant en se prétendant républicain.
11:31Quant à Jean-Luc Mélenchon, je trouve que c'est assez sidérant d'attendre 70 ans
11:36pour réfléchir et d'avoir passé sa carrière, c'est-à-dire plus d'un demi-siècle,
11:39au Parti Socialiste en défendant des idées, puis dire, mais j'ai rencontré des gens.
11:43Et j'ai changé d'avis.
11:44Donc, il n'avait pas rencontré de gens avant.
11:46Il ne rencontrait personne.
11:47Ça renseigne déjà.
11:48Il a été 25 ans sénateur socialiste.
11:51Il a aussi défendu Maastricht à l'époque.
11:53Là aussi, il pourrait dire, je me suis trompé, Maastricht, c'était pas terrible, etc.
11:57Il s'est beaucoup trompé, Mélenchon.
11:58Mais il y a un cap sur lequel il a vraiment un endroit qui ne bouge pas et qui est
12:04insubmersible.
12:05C'est Mélenchon lui-même.
12:06C'est-à-dire, je pense ce que je veux, je vous ennuie, etc.
12:10Et puis, je change d'avis quand ça m'arrange.
12:13À une époque, etc.
12:14Je rappelle qu'il a été franc-maçon, longtemps.
12:17Il a été socialiste, longtemps.
12:19Il a été sénateur, longtemps.
12:21Et que pendant ce temps-là, il a défendu des idées,
12:23qu'aujourd'hui, il défend exactement le contraire.
12:25Que n'a-t-il réfléchi plus tôt ?
12:27On dit toujours qu'il a fait des études d'histoire, qu'il a fait des études de philosophie.
12:30Mais alors, il n'a pas lu le Coran, il n'a pas lu les hadites du prophète,
12:33il n'a pas lu la biographie du prophète, il a fallu qu'il rencontre deux ou trois militantes.
12:36Oui, et surtout que nous ressortions tous les archives qui ont évidemment de la mémoire.
12:40Bien sûr.
12:40Oui, c'est exactement le contraire en 2010.
12:42Bien sûr, on voit bien que là, on est dans une perspective électoraliste
12:45et que c'est difficile à expliquer.
12:47Il ne peut pas faire de la rhétorique en disant
12:48« Oui, mais à l'époque, regardez, j'ai stigmatisé, non pas le voile, mais c'était quoi ? »
12:56Et la burqa ?
12:58La burqa, je pense.
12:58Très précisément, si on faisait de l'analyse, il aurait pu dire
13:01« Écoutez, c'est burqa, c'est pas voile. »
13:03Donc sur le voile, je pense comme aujourd'hui, sur la burqa, c'est pas la même chose.
13:08Il pouvait faire ce genre de choses.
13:09Mais il ne l'a pas fait.
13:09Il ne l'a pas fait pour des raisons électorales.
13:11Voilà quelqu'un qui est sans foi ni loin, il a juste envie d'être élu.
13:14Ou d'être au second tour, ce serait peut-être le sommet de sa carrière.
13:17On a les sommets qu'on peut.
13:18Et donc, je trouve sidérant qu'on puisse changer d'avis à ce point sur des sujets comme cela.
13:24On peut affiner, on peut préciser, et puis aussi ne pas changer d'avis.
13:29Il a besoin d'aller chercher les partisans qui lui manquaient parce qu'on lui a dit
13:32« Il manquait 400 000 voix ».
13:33Il s'est dit « Les 400 000 voix, ils sont là, et on va aller les chercher ici ».
13:37Et puis, c'est la logique qui est la sienne.
13:39Je pense que si on lui disait « Non, non, mais si tu renonces, tu tiens ces propos-là
13:43et tu rates tes 400 000 voix », il ira chercher les 400 000 voix.
13:45Là, il faut aller les chercher.
13:46Un tout petit mot aussi de ce qui s'est passé lors des universités d'été de la France insoumise.
13:50On en avait parlé.
13:50Il y avait l'utilisation de ce mot « nuisible » par Manon Aubry pour désigner les milliardaires.
13:55Elle disait qu'il fallait interdire les milliardaires qui sont des nuisibles.
14:00Ça a une signification évidemment sémantique, le mot « nuisible ».
14:03C'est terrible.
14:03Une connotation historique, malheureusement.
14:05Oui, parce qu'on le sait bien que les chasseurs utilisent les mots « nuisible »
14:11pour justifier l'extermination d'un certain nombre d'animaux.
14:14Les renards, par exemple, qui sont en quantité nombreuse, trop nombreuse,
14:19ou parfois les sangliers qui prolifèrent aujourd'hui.
14:23On dit « ben voilà, ils sont devenus des nuisibles ».
14:25Ce sont des gens qui nuisent.
14:26Mais ils nuisent à qui ?
14:27Il faudrait qu'on s'entende.
14:29Et puis après, à chaque fois qu'il y a eu des généralisations en disant
14:33« telle catégorie sociale est assimilable à tel type d'animal »,
14:36je rappelle que par exemple, les juifs étaient assimilés aux rats,
14:39et qu'il y a eu des films par les nazis,
14:42et qu'il y a eu des films nationaux-socialistes,
14:43où on montrait des quantités de rats qui grouillaient partout,
14:46et on avait un commentaire qui nous expliquait que les juifs,
14:48c'était exactement la même chose.
14:49Quand on a des nuisibles, on les extermine.
14:51C'est ça.
14:52Et donc, on les externe.
14:54Alors, après, on me dit « rien à la tête de dire ».
14:55Vous exagérez avec ce terme,
14:56mais je veux dire que quand on a des gens qui nous font les loges de Robespierre,
14:58les loges de la terreur, les loges de la décapitation,
15:01des nobles, des aristocrates, des prêtres, des propriétaires,
15:04des gens qui nous ont mal regardés, c'était ça à l'époque.
15:07Vous ne montrez pas assez de zèle révolutionnaire, guillotine.
15:12Quand vous avez des gens qui revendiquent une culture
15:14de l'extermination de l'adversaire ou de l'ennemi,
15:16quand on parle de nuisibles, c'est que l'extermination n'est pas loin.
15:20Donc, on va sortir les pics, on va sortir les guillotines,
15:22on va sortir les faux avec lesquels on va décapiter des nuisibles.
15:25Et puis, quand on supprime des nuisibles,
15:27on fait œuvre de salubrité publique,
15:29puisqu'on se débarrasse des rats qui portent la peste
15:31et que la peste, c'est la décadence de la grande Europe germanique, etc.
15:37Vous commencez de manière sémantique
15:39par justifier une extermination qui va arriver un jour.
15:41Michel Onfray, un tout petit mot de cette campagne présidentielle
15:43qui a donc démarré sur les chapeaux de roue.
15:45On a eu pas mal de cartes postales,
15:48c'est-à-dire des petits clichés qui nous sont envoyés par les candidats.
15:51Alors, on a eu Édouard Philippe qui était dans une baraque à frites
15:56avec Gérald Darmanin.
15:57On va peut-être en voir les images pendant qu'on parle.
15:59Il y a eu aussi Gabriel Attal qui, sur son Instagram,
16:02a posté beaucoup de photos de sa campagne sur le terrain
16:07qu'il a menée tout l'été.
16:09Il faut occuper le terrain à tout prix.
16:12Alors, ils occupent aussi le champ des idées,
16:14ils font des propositions.
16:15Mais cette communication politique-là,
16:17comment vous la jugez, vous, Michel ?
16:19Alors, vous allez me dire que le général n'aurait jamais fait ça ?
16:21Non, je ne l'ai pas dit, parce que je le dis trop.
16:25Non, mais ils vendent des frites pour vendre leur soupe
16:27si on veut vraiment continuer la métaphore culinaire.
16:30Mais je pense qu'ils ont des conseillers en communication,
16:33quoi qu'ils fassent, quoi qu'ils disent.
16:34Est-ce que je retrousse mes manches jusqu'ici, jusqu'ici, jusque-là ?
16:38Est-ce que je mets un polo ?
16:39Est-ce que je mets une chemise ?
16:40Est-ce que je porte la veste, la cravate ?
16:43Quand est-ce que j'enlève la cravate ?
16:44Il y a 10 personnes, je dis 10, c'est peut-être 50,
16:47qui leur expliquent comment il faut faire, comment il faut dire,
16:49ce qu'il faut dire, comment il faut dire, etc.
16:50Donc il n'y a rien d'improvisé.
16:52Donc la baraque à frites, évidemment, ça a été pensé, ça a été conçu.
16:55Mais conçu pour quoi ?
16:57Il y a un mépris du peuple en imaginant que le peuple, c'est la frite,
17:00c'est le graillon,
17:01et que si on va soi-même faire des frites pendant 3 minutes,
17:05le temps que dure une prise de vue,
17:06on va parler au peuple et on va dire au peuple,
17:08je suis de votre côté.
17:09C'est une façon de mépriser le peuple.
17:11Pour qui ces gens-là prennent-ils le peuple ?
17:14Le peuple, ce n'est pas quelqu'un qu'on peut amadouer juste avec quelques frites,
17:17en disant, regardez...
17:18Donc ça ne marche pas pour vous, ces images-là ?
17:19C'est pire que ça, c'est-à-dire que je ne sais pas ce qu'ils veulent communiquer comme
17:22une image,
17:23du genre, on est simple, on est comme vous, on fait des frites, etc.
17:26Ils peuvent faire ça avec ses copains, le dimanche, s'ils font un barbecue,
17:29tous les deux, s'ils le font,
17:30mais sans images, pourquoi pas ?
17:33Mais pas publiquement, quand ils savent que ça va devenir un instrument de communication politique,
17:36parce qu'on ne séduit pas le peuple de manière aussi triviale, vulgaire et grossière
17:40pour qui ces gens-là prennent le peuple.
17:43Après, ils ont des idées aussi, ils font des propositions...
17:45Alors qu'ils laissent de côté les frites, et puis qu'on les entende, ces idées...
17:48Il n'y a pas besoin de ça, vous dites ?
17:49Non, et puis vous êtes très généreuse en parlant d'idées.
17:51Non, il y a des propositions quand même qui émergent.
17:54Vous écoutez quand même les candidats à Michel.
17:56Je regarde, je dis, ils sont en train de nous dire,
17:58continuons ce qu'on fait depuis 30 ans,
18:00et ça va nous sortir...
18:01Je ne vais pas parler de Maastricht ni du Général de Gaulle non plus,
18:03sauf si vous m'y contraignez.
18:05Ces gens-là nous disent, ça fait 30 ans qu'on fait une politique
18:08qui a mis la France dans cet État,
18:09je vous propose de continuer cette politique.
18:11Voilà, ce sont ça ce que vous appelez les idées de ces gens-là.
18:13Pour vous, tout le bloc central qui va de Bruno Retailleux à David Lissnard,
18:18en passant par Gabriel Attal, Édouard Philippe,
18:20c'est du pareil au même ?
18:21Ils ne disent pas vraiment la même chose ?
18:22Ajoutez les socialistes, c'est pareil.
18:24Les socialistes, effectivement, il y a une primaire de la gauche qui arrive.
18:26Moi, je ne les appelle pas le bloc central.
18:28Ça, c'est un élément de langage, de système.
18:30Je les appelle les nationaux-européistes.
18:32Nationaux-européistes.
18:33Voilà, ce sont des nationaux-européistes parce qu'il y a une façon aussi de dire
18:37on est le bloc central.
18:38Le centre, c'est bien, c'est le lieu de l'équilibre.
18:41Globalement, si vous faites un peu de sémantique,
18:42vous avez des extrêmes et le centre.
18:44Donc je récuse cette sémantique du bloc central.
18:46Et on a des nationaux-européistes
18:48qui ne supportent pas qu'on puisse toucher à l'Europe.
18:51D'ailleurs, qui interdisent tous ceux qui, comme moi,
18:54ne sont pas nationaux-européistes
18:55et qui sont mis au banc de leur société,
18:57de leur système, mis à part dans le système médiatique.
19:00On n'en parle pas ou quand on en parle, c'est pour les stigmatiser.
19:03Pas chez nous, Michel.
19:04Non, mais c'est pourquoi vous m'hébergez.
19:06Et c'est pourquoi je remercie ceux qui me permettent de parler
19:08alors que ça fait dix ans qu'on me demande de me taire.
19:11Mais non, non, ce n'est pas un bloc central.
19:13Ce sont des nationaux-européistes qui estiment que...
19:15Et d'ailleurs, l'ISNAR, je veux bien.
19:17Il y a une espèce de l'ISNAR ou managne à ces temps-ci.
19:19Il y a des propositions libérales intéressantes.
19:21Oui, oui, oui.
19:22C'est quoi le libéralisme ?
19:23C'est le pouvoir qu'on donne au marché.
19:25Une décentralisation, des démocratisations, etc.
19:26Non, non, non, ce n'est pas ça, ce n'est pas le libéralisme.
19:27Le libéralisme, c'est qu'on donne au marché le pouvoir.
19:31Et moi, je ne suis pas un libéral.
19:32C'est-à-dire que je pense qu'à l'école,
19:34ce n'est pas le marché qui doit faire la loi.
19:35Dans l'hôpital, ce n'est pas le marché qui fait la loi.
19:38Dans la caserne, à la police, dans le commissariat, etc.,
19:40ce n'est pas le marché qui fait la loi.
19:44Donc, le libéralisme, c'est ça.
19:45C'est comme les gens qui font de la biodynamie sans biodynamie.
19:47Vous avez des libéraux qui ne sont pas des libéraux.
19:49Et aujourd'hui, le libéralisme, il fait la loi.
19:52Et c'est trop de libéralisme qui nous met dans cet état-là.
19:55Alors après, l'idée de...
19:57Il ne faut pas confondre les mots.
19:58Le libéralisme, c'est une chose.
19:59La bureaucratie, c'est une autre chose.
20:01Moi, je ne suis pas...
20:03Je pense qu'il faut attaquer la bureaucratie.
20:04Donc, le libéralisme n'est pas la panacée.
20:07Le libéralisme, c'est une vieille idéologie du 18e siècle
20:12qui suppose que vous avez la main invisible
20:14Dieu, le Dieu du déisme, pas le Dieu du christianisme,
20:17et que cette main invisible, elle vint équilibrer l'ensemble.
20:20Laissez faire.
20:20Vous aurez ensuite la répartition, vous aurez le ruissellement,
20:23vous aurez... etc.
20:24Non, c'est Marx qui a raison.
20:26C'est la paupérisation du libéralisme.
20:27Les riches sont de plus en plus riches et de moins en moins nombreux.
20:29Les pauvres, de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux.
20:33Donc, on a failli avoir un débat avec M. Lysnard,
20:35mais il n'a évidemment pas eu lieu.
20:36On s'est rencontrés, mais il n'a pas été question de ça.
20:40Alors qu'il faudrait vraiment des débats.
20:41Montons-le, ce débat. Montons-le.
20:42Je suis sûre qu'il l'accepterait.
20:43On fait une petite pause, mon cher Michel Onfray.
20:45On se retrouve dans un instant sur CNews et sur Europe 1.
20:47On évoquera la situation en Espagne,
20:50avec ce grand ras-le-bol des Espagnols face aux flux migratoires
20:52qui arrivent dans leur pays.
20:54Et puis la rentrée scolaire, bien sûr.
20:55Comment ne pas parler de nos chères têtes blondes,
20:58ou pas, brûlées,
21:00qui ont repris le chemin à classe.
21:02A tout de suite.
21:07On se retrouve dans face à Michel Onfray sur CNews et sur Europe 1.
21:10Michel, parlons de ce grand ras-le-bol des Espagnols.
21:13Ils ont manifesté cette semaine dans tout le pays
21:15pour dire leur exaspération face aux flux migratoires
21:18qu'on a vus tout l'été à Ceuta.
21:19C'est la politique du socialiste Pedro Sanchez qui est pointée du doigt.
21:24Et notamment, après toutes ces manifestations,
21:27écoutons quelques Espagnols dire leur ras-le-bol.
21:30Nous pensons que nous avons été abandonnés par le gouvernement.
21:34Ce n'est pas un appel contre les migrants,
21:36c'est un appel contre la situation.
21:38C'est une invasion.
21:39Ils sont en train d'envahir Ceuta
21:41et il n'y a aucune solution.
21:43Ils n'ont pas mis les moyens,
21:45c'est une honte.
21:46Et ce que le gouvernement est en train de faire
21:48n'est pas acceptable.
21:50Il y a une dimension géopolitique.
21:52Et il faut trouver une solution à court terme,
21:55mais aussi à long et moyen terme.
21:57La situation est que nous avons une ville à l'abandon.
21:59Nous ne pouvons pas marcher dans la rue tranquillement
22:02car on nous regarde de travers.
22:03Il y a eu un changement radical.
22:06Ceuta, Michel Onfray,
22:07c'est le symbole de l'impuissance
22:09non pas seulement de l'Union Européenne
22:11mais de l'Occident à protéger ses frontières ?
22:12Oui, c'est ça.
22:13Mais c'est aussi, le travail de philosophe,
22:15c'est de faire des généalogies.
22:16D'où ça vient ?
22:17Comment se fait-il que ça se soit passé comme ça ?
22:20On ne fait pas ce qu'on veut quand on veut
22:21comme on veut au Maroc.
22:22C'est un régime tenu, pour le dire,
22:25de cette manière-là.
22:27Et pas autrement.
22:28C'est-à-dire qu'on ne peut pas dire d'un seul coup
22:29« Tiens, on va me laisser partir 50 000, 60 000, 70 000,
22:33a-t-on dit, personne sans que le gouvernement le sache. »
22:37Le gouvernement ne pouvait pas...
22:38Il n'y a pas de preuve.
22:39Il n'y a absolument aucune preuve de ce que nous avons.
22:41Il y a des preuves que si vous faites une ou deux bêtises au Maroc,
22:44c'est tout de suite réglé dans le quart d'heure.
22:47Et c'est très bien comme ça.
22:48D'ailleurs, le Maroc gère son pays comme il l'entend.
22:52Mais on ne peut pas imaginer que ça va être débordé, le Maroc.
22:55Donc je pose la question de la responsabilité.
22:57Cet effet par qui et pourquoi ?
22:58Et l'Espagne.
22:59La réaction de l'Espagne et de Pedro Sánchez.
23:01Bien sûr.
23:02Pedro Sánchez qui annonce 500 000 régularisations,
23:05il envoie aussi un appel d'air.
23:05Même s'il dit, évidemment, ce n'est pas ça que je veux,
23:08ce n'est pas cette immigration-là que je veux.
23:09Bien sûr que si, c'est ce qu'il veut,
23:10puisqu'il part en vacances pendant un mois,
23:12pendant que tout a lieu là.
23:13C'est-à-dire que les chefs d'État, ça se parle.
23:16Et puis ça fait de la politique étrangère,
23:17au-dessus de la tête des peuples.
23:19Et donc je ne peux pas imaginer que ce qui a eu lieu,
23:22ce soit juste tombé du ciel.
23:23Lui, il est en train de tester, Pedro Sánchez.
23:25Il est en train de tester pour voir comment ça va fonctionner.
23:27Et puis vous avez encore plein de gens,
23:29même à droite aujourd'hui, qui font campagne en disant
23:32« Nous avons besoin des migrants pour travailler, etc. »
23:35Et voir, Philippe, les idées que vous lui prêitiez tout à l'heure,
23:37quand je vous disais que c'était des idées qui avaient au moins 30 ans,
23:40que c'était les idées de Maastricht,
23:41ce sont les idées effectivement du « Nous avons besoin d'une démographie pour le travail,
23:45et il faut accueillir les migrants qui sont tellement sympathiques
23:47et qui vont travailler. »
23:49Même chose avec le mot « les professions en tension ».
23:52Ça aussi, c'est de la sémantique.
23:53C'est quoi des professions en tension ?
23:54Ça veut dire quoi ?
23:55On n'arrive pas à côté.
23:56Les métiers difficiles, on n'arrive pas à côté.
23:57Oui, ben non, c'est quoi un métier difficile ?
23:58Mais on a des millions de chômeurs de l'autre côté.
24:00Mais bien sûr.
24:00Donc il n'y a pas de métier en tension,
24:02il y a juste un marché du travail qui est organisé
24:05pour permettre à des gens de vivre en étant assistés,
24:08pour qu'on puisse en même temps employer des gens
24:11qui n'ont pas de papier pour les sous-payer.
24:13Et à une époque où la gauche était de gauche
24:14et où marché avait le souci de la classe ouvrière et du prolétariat,
24:17il avait bien compris, lui, et la CGT de Krasuki aussi,
24:20ils avaient bien compris que c'était la classe ouvrière
24:22qui payait les beaux cassés de cette histoire.
24:24Et quand vous payez rien du tout,
24:26des gens qui de toute façon n'ont pas de papier et se taisent,
24:28donc eux, ils ne vont pas se syndiquer,
24:29ils ne vont pas revendiquer,
24:31ils ne vont pas demander d'augmentation de salaire.
24:32Donc dans ces cas-là, vous dites « je ne te paye rien du tout ».
24:34Il dit « oui, rien du tout, pour moi c'est beaucoup, j'accepte ».
24:37Et pendant ce temps-là, c'est lui qui dirait
24:38« moi je veux bien te payer au SMIC ».
24:39On lui dira « mais le SMIC c'est deux fois ce qu'on donne,
24:41je ne sais pas, je dis deux fois, ce n'est pas forcément ça,
24:43mais deux fois ce qu'on donne à un monsieur
24:44qui lui vient du Mali et il veut bien lui travailler pour la moitié du SMIC.
24:47Ça casse absolument le droit du travail
24:49et la condition ouvrière se trouve d'un seul coup effondrée.
24:52Ce sont des gens qui disent « mais attendez,
24:53nous on ne peut pas travailler dans ces conditions-là ».
24:55Vous avez des routiers aujourd'hui
24:56ou le fameux plombier polonais dont tout le monde s'est moqué à une époque.
24:59Je suis désolé, si vous avez une facture chez vous
25:02et que cette facture est moitié moins chère
25:03parce que vous avez un plombier polonais
25:05plutôt qu'un Polonais français qui lui sera hyper taxé,
25:07bien sûr que vous allez chercher le plombier polonais.
25:09Ce n'est pas de la xénophobie comme il était dit,
25:11c'est juste sur le marché du travail.
25:13Les gens qui n'ont pas beaucoup d'argent,
25:14ils vont aller chercher le mieux offrant.
25:18Michel Onfray, parlons un tout petit peu de l'école,
25:20l'éducation nationale qui vous tient à cœur.
25:22Les élèves ont fait leur rentrée aujourd'hui.
25:25On a un système éducatif qui est très critiqué par les Français.
25:28On a un sondage qui nous montre que 90% le trouvent soit moyen
25:30soit carrément mauvais, ce qui n'est pas très bon signe.
25:33Écoutons juste Bruno Retailleau,
25:35lui qui estime qu'il faut remettre de l'autorité dans le système.
25:39Et après vous me donnerez votre avis.
25:41Dans cette révolution culturelle,
25:43je veux d'abord mettre à bas tous les tabous.
25:46Vous ne pouvez pas assumer des conditions de transmission
25:51dans des établissements où l'autorité, la hiérarchie ne règne plus.
25:56Voilà, c'est une condition sine qua non
25:58d'en mettre de l'autorité au centre du système scolaire.
26:01Michel Onfray ?
26:01Oui, on va reparler avec les propos sur l'éducation d'Alain
26:04parce que j'ai choisi ce texte-là en fonction de cette actualité-là.
26:08Mais la vraie question, c'est que les enfants passent plus de temps
26:11devant leur écran que devant un instituteur.
26:14Donc c'est quoi l'école quand ça compte pour plus rien du tout
26:16et que c'est la zone totale ?
26:17Ça discute, ça bavasse, ça crie, ça chante, ça bouge, ça se lève, ça s'en va, etc.
26:22Les écoles, c'est ça.
26:22Alors le téléphone est interdit au lycée, là.
26:24Oui, il est interdit au lycée, comment vous faites quand vous avez...
26:27Vous le laissez dans la poche, ça dit.
26:28Oui, c'est ça.
26:28Vous le mettez en vibreur et vous le mettez dans votre trousse.
26:30Qu'est-ce que vous faites quand vous êtes un prof de philo et que vous avez 35 élèves ?
26:34Vous allez vérifier que les téléphones ont été...
26:37Enfin bon, moi j'y crois pas.
26:38Donc la solution, c'est quoi ?
26:40Ah ben, c'est un changement de société radicale.
26:43Et effectivement, c'est pas juste, on va remettre de l'autorité à l'école.
26:46Oui, d'accord, comment ?
26:47Comment ? Je veux bien.
26:48Mais bon, voilà, des gens qui font de la politique depuis un demi-siècle,
26:51ils n'ont rien fait.
26:52Il y a eu un peu Blanquer, il y a eu un peu Attal, Gabriel Attal.
26:55Il a été très bon le temps qu'il a été ministre de la...
26:59Le temps qu'il a été...
27:00Premier ministre et ministre de l'éducation nationale.
27:01... de l'éducation nationale.
27:03Quelques propositions.
27:04Jadis, je veux dire, quand Jean-Pierre Chevènement,
27:07pour partir loin, vous me faites ne pas parler du général de Gaulle,
27:09on va parler de Jean-Pierre Chevènement,
27:11quand il disait qu'il fallait qu'à l'école, on apprenne à lire, à écrire, à compter, à penser.
27:14Et tu es d'accord pour qu'on lève le drapeau au tricolore tous les matins aussi ?
27:17Oui, là, on commence par la fin aussi.
27:19C'est-à-dire que moi, je veux bien, et si en même temps, dans le cours d'histoire,
27:22on s'en vient expliquer que Vichy, Pétain, le nazisme, la colonisation, etc.,
27:26ça ne sert à rien de lever les drapeaux.
27:27Moi, je préfère l'inverse.
27:28C'est-à-dire pas de drapeau et pas de lever des couleurs,
27:30mais qu'on enseigne une histoire digne de ce nom,
27:32et pas une histoire idéologisée.
27:34Quand je disais tout à l'heure, la France d'en haut, la France de l'islam d'en haut,
27:36c'est quoi ?
27:37C'est celle qui nous explique que la guerre d'Algérie, nous avons été détestables, etc.
27:41Oui, c'est vrai que nous avons été détestables.
27:42Toutes les guerres sont faites par des gens détestables
27:44et commandées par des gens détestables.
27:45Il y a d'ailleurs un ministre de l'Intérieur,
27:47puis il y avait aussi un ministre de la Justice
27:49qui était extrêmement détestable dans cette guerre d'Algérie,
27:51qui s'appelait François Mithéan.
27:53Et la gauche a quand même considérablement oublié
27:55qu'il faisait décapiter, lui, les militants du FLN,
27:57qui le gênait parce qu'il voulait une Algérie française.
28:00Et la gauche de Guy Mollet le souhaitait aussi, etc.
28:02Donc faisons-là cette histoire.
28:03Tous ces gens aujourd'hui qui crachent sur la France
28:05sont des gens qui ont rendu possible la guerre d'Algérie à gauche.
28:08Je pense que M. Benjamin Storat, très ami des socialistes, etc.
28:11Écrivons l'histoire des communistes
28:13qui sont arrivés très tardivement dans la défense.
28:15C'est vrai que...
28:16Mais oui, on fait l'histoire.
28:18C'est-à-dire, laissons de côté le drapeau dans la cour
28:19et puis enseignons que la France ne s'est pas bien comportée
28:22comme personne ne s'est bien comportée
28:24parce que dans une guerre, tout le monde trucide tout le monde.
28:26Donc le FLN a massacré des gens du mouvement national algérien.
28:29Il y a eu un tas de massacres.
28:30Il y a eu Sétif et Guelmain.
28:31Ce n'était pas terrible, tout ça, effectivement.
28:33Mais écrivons l'histoire sans dire
28:34« Ah ben ça, c'était des gentils et ça, c'était des méchants. »
28:37Non, juste faire une histoire en disant
28:39« Et maintenant, la balle au centre. »
28:40On arrête de dire « La pauvre Algérie est la méchante... »
28:43Donc on réapprend par le...
28:45On fait de l'histoire de France.
28:46On fait vraiment de l'histoire de France.
28:47On fait des maths et on fait du français.
28:48Après, on fait tout ça.
28:50Et puis surtout dans le silence, dans le recueillement.
28:53Moi, j'aime le calme, le silence, la solitude.
28:56Ça ne se voit peut-être pas.
28:57Les propres qui nous écoutent devront rêver du recueillement Michel.
28:59Oui, non, mais je pense que ce sont des vertus qu'on n'apprend plus.
29:01Moi, je me souviens dans les écoles,
29:04enfin les classes que j'ai traversées,
29:05on entendait une mouche voler selon l'expression consacrée.
29:08Et quelqu'un qui t'aimait à son voisin,
29:10on pouvait être collé pour ce genre.
29:11Je n'aspire pas.
29:12Mais à table, vous interrompiez vos parents quand ils parlaient ?
29:15On parlait tous ensemble.
29:17On vivait dans le 17 mètres carrés.
29:18Vous savez, dans le 17 mètres carrés, on fait tout ensemble.
29:21Oui, mais il y avait une forme de hiérarchie.
29:23Aujourd'hui, voilà, tout le monde...
29:25C'est dans les familles aussi que ça s'apprend.
29:27Aujourd'hui, il n'y a plus de hiérarchie.
29:28C'est-à-dire que l'enfant est le centre de la conversation.
29:31Et puis voilà, il arrive, il parle, il prend la parole, il coupe la parole.
29:34Mais c'est toute une éducation,
29:36mais pas seulement remettre de l'autorité.
29:38Mais on s'y prend comment ?
29:40Non, mais là, on a pris un petit extrait.
29:41Oui, mais tout le monde dit ça.
29:43Pour ceux qui veulent arriver au pouvoir, ils disent qu'il faut remettre de l'autorité.
29:45Quand ils arrivent au pouvoir, ils font comment ?
29:47Quand il y a des syndicats qui disent, mais nous, on ne veut pas d'autorité.
29:48On va les questionner.
29:49Bonne idée.
29:49On sera notre invité mardi soir.
29:51Bonne idée.
29:51Dans une émission qui s'appelle Objetif 2027.
29:54Questionnez-le.
29:54Voilà.
29:55Je ne vais pas faire pour vous.
29:56Vous devriez venir le questionner aussi.
29:57Je suis sûre que ça serait apprécié.
29:59On est dans face de Michel Onfray sur CNews et sur Europe 1.
30:01Un tout petit mot, Michel, avant de parler de nos chers disparus,
30:03à savoir Edouard Balladur, que vous aimiez bien,
30:05et Philippe Beauvard, de ce qui se passe.
30:07Chers disparus, nos disparus.
30:09Oui, voilà, mais c'est plutôt affectueux.
30:11Autant parler d'eux en termes sympathiques.
30:15Radio France.
30:16Les syndicats de Radio France, savez-vous,
30:17ont annoncé un préavis de grève pour dire non
30:20à une chronique hebdomanaire de 2 minutes 30 le dimanche
30:23d'un journaliste qui s'appelle Charles Sapin,
30:25directeur adjoint de la rédaction de Valeurs Actuelles,
30:27qui était avant au Figaro, excellent journaliste.
30:29Motion de défiance contre la direction.
30:32Et Jean-Luc Mélenchon qui tweet, évidemment,
30:35pour dire à quel point c'est honteux,
30:36à quel point il est à craindre que, comme à France Culture,
30:39les chefferies acquises à l'idée de la victoire de Le Pen
30:40donnent la priorité à la protection de leur carrière.
30:42Qu'est-ce que ça vous inspire ?
30:44Sur le service public, je connais un peu votre avis.
30:46Ça m'inspire sur Mélenchon qui pense que
30:49France Culture joue la carte Marine Le Pen.
30:51On rêve, quoi.
30:52On pourra rêver.
30:52Voilà des gens qui sont complètement acquis
30:54à la cause mélanchoniste ou à la cause de gauche.
30:57Et quand il y a cette pâtée d'alouette,
30:59vous allez trouver un petit morceau d'intervention
31:02à une heure, pas possible, en plus de ça, si je crois bien.
31:04Oui, c'était dimanche, 2 minutes 30.
31:06Oui, c'est ça.
31:07Et puis à une heure, vraiment,
31:08où les gens ne sont pas forcément à genoux
31:10devant le téléphone de leur transistor.
31:14Et donc, non, ces gens-là ne supportent pas
31:16les voix dissidentes.
31:17Ce n'est même pas 2 minutes sur 200 heures.
31:20Ce n'est même pas ça.
31:20C'est leur existence.
31:22Et c'est la vieille logique de la guillotine.
31:24Je veux dire, l'ami Robespierre, l'ami de Mélenchon
31:28a décapité tout le monde.
31:29C'est-à-dire les hébertistes, les enragés, les d'Antoniens.
31:34Donc, on est dans la même logique.
31:35Mais on est dans la même logique.
31:36C'est-à-dire que ces gens-là arrivent au pouvoir.
31:37Il y aurait effectivement une...
31:39Alors, extermination.
31:40Je ne sais pas quelle forme ça prendrait.
31:42Mais comme ces gens-là disent que, de toute façon,
31:43la rébellion, la révolte, la violence,
31:46et même, d'une certaine manière, la mise à mort.
31:48C'est-à-dire, quand il s'agit de tabasser des militants
31:52présentés comme d'extrême droite.
31:53La preuve reste à faire.
31:54Parce que si la chose est dite par Mediapart, on peut en douter.
31:57Ces gens-là qui nous disent que, finalement,
31:59on peut tuer des fascistes, selon leur expression consacrée,
32:02ou des néo-nazis, qu'on peut estimer qu'un patron,
32:05c'est un nuisible, qu'on doit donc pouvoir s'en débarrasser, etc.
32:07Je ne comprends pas qu'il fasse encore 20% ou un peu plus,
32:12ou autour, et qu'on puisse parler de lui.
32:14C'est-à-dire un candidat comme ça, au deuxième tour des présidentielles,
32:16c'est un homme qui nous promet un régime
32:20qui a donné 200 000 morts en Vendée,
32:22et qui a donné 20 000 morts dans les guillotines.
32:25C'est-à-dire qu'on ne peut pas se trouver un autre héros
32:26dans la Révolution française que d'aller chercher cela.
32:29Et puis, il y a aussi la question de l'audiovisuel public,
32:31évidemment, de la liberté d'expression et du pluralisme
32:34qui est posé, et notamment évoqué par Charles Aloncle,
32:36dans son rapport.
32:37On parle de ceux qui nous ont quittés cette semaine,
32:40Édouard Balladur, 97 ans, ancien Premier ministre.
32:42C'était, selon vous, le dernier des Pompidoliens.
32:44On va écouter une toute petite archive
32:46qui ont dit long sur ce qu'il était.
32:47C'est en 1995, il vient de perdre la présidentielle,
32:50il n'est pas au second tour.
32:51Ses partisans commencent à huer le nom des finalistes,
32:54ceux qui seront au second tour,
32:55et il leur dit, je vous demande de vous arrêter.
33:23Voilà, pour Édouard Balladur, une certaine idée, encore une fois,
33:26du débat démocratique, non, on ne eut pas l'adversaire.
33:30On en est loin aujourd'hui, Michel ?
33:32Oui, alors là, pour le coup, c'est mon cher disparu,
33:33parce que, je veux dire, c'est la dignité, c'est la décence,
33:37c'est l'élégance.
33:39Dans un soir comme celui-ci, où on a été présenté
33:42pendant des mois et des mois comme le futur président de la République
33:44et qu'on n'est pas au second tour,
33:47c'est difficile de garder son calme, sa tenue, etc.
33:50Lionel Jospin n'avait pas gardé son calme.
33:52Ça ne s'est pas passé comme ça, c'est très bien,
33:54vous ne m'avez pas aimé, je ne vous aime plus,
33:55je m'en vais, je quitte la politique.
33:57Ce n'est pas exactement la même chose.
33:58Là, il y a de la dignité chez cet homme,
33:59et puis il y a surtout, c'est le silence qui suit sa phrase
34:02qui m'intéresse, parce qu'il aurait pu continuer
34:04à se faire huer, lui, cette fois-ci.
34:06Et pas du tout.
34:07Il y a une autorité naturelle, cet homme dit,
34:09je vous demande de vous arrêter.
34:10Et ça s'arrête.
34:11C'est-à-dire que le chahut s'arrête et il n'y a pas de chahut,
34:14il continue son discours, moi je me souviens,
34:15j'avais vu ça en direct.
34:17Et donc ça, c'est le style.
34:19Et j'imagine bien qu'on n'aura jamais pu voir
34:24Édouard Balladur en short, grimpant après son footing,
34:26qu'on n'aurait jamais vu Édouard Balladur
34:28servir des frites à son copain Chirac,
34:30qu'on n'aurait jamais vu tout ça.
34:31Son copain moyen.
34:33Chacun aura compris que c'était le Vironie.
34:34Mais c'était un Pompidolien, vous dites que c'est le dernier
34:36des Pompidoliens, pourquoi ?
34:37Parce que ça, ça ne se dit pas non plus.
34:40Et si on voulait vraiment faire l'histoire de France,
34:41il y a eu un grand fausse-coyeur du général de Gaulle,
34:43il s'appelait Pompidou.
34:45Les éléments de langage nous disent Pompidou
34:47et Pompidou était gaulliste.
34:48Non, pas du tout, il n'était pas gaulliste.
34:49C'était un techno, d'abord il aurait pu être résistant,
34:52il avait l'âge de l'être, il n'est pas rentré dans la résistance,
34:55enfin il ne va pas faire des procès posthumes.
34:56Mais par la suite, c'est un techno.
34:58C'est quelqu'un qui dit que ça suffit la grandeur de la France.
35:01Le général de Gaulle, tout ça, ça va, on tourne la page.
35:04Et puis là, David Lysnard, Lysnard est un Pompidolien,
35:07ce n'est pas du tout un libéral, c'est son étiquette
35:09pour faire de la politique.
35:10Mais ce n'est pas affamant d'être Pompidolien quand je le dis.
35:13Mais ce n'est pas gaulliste, ce n'est pas du tout la même chose.
35:15Donc on estime qu'il faut désacraliser la fonction.
35:19Et on voit Pompidou qui parle à sa femme,
35:21qui l'appelle Bibiche.
35:22Donc c'est le début de la pipolisation.
35:24Il a une espèce de veste comme ça se faisait à l'époque,
35:26qui est tricotée, il a son éternel clope,
35:28il dit Bibiche, peux-tu me servir un whisky ?
35:30Et puis Madame Pompidou arrive et sert le whisky à pépère.
35:34Et puis ça commence.
35:36Oui, mais ce n'est pas Édouard Balladur, ça il n'a pas fait comme vous le disiez.
35:38Alors, ça c'est la première chose.
35:39C'est-à-dire que c'est la question du style.
35:41Et le style de Balladur était plutôt gaullien,
35:43et pas Pompidolien.
35:44Et un bon point pour Balladur.
35:46Et puis après, il y a la politique.
35:47Et la politique d'Édouard Balladur, ça n'a pas été la nation,
35:50ça n'a pas été gaulliste, ça n'a pas été la nation souveraine.
35:52Ça a été l'Europe maastrichtienne, pour le coup.
35:55Puisque vous me forcez, puisque vous me contraignez,
35:56puisque vous appelez le mot.
35:57Vous vous retenez depuis le début de l'émission pour ne pas dire maastricht,
36:00je ne dois pas trois fois.
36:01Et donc, c'est pas du tout...
36:03Voilà un des individus qui, avec Chirac, a contribué à défaire la France.
36:07A fabriquer l'Europe et à défaire la France.
36:09C'est-à-dire à déshabiller la France pour habiller l'Europe.
36:13Et en ce sens, on est grand serviteur de la France,
36:15grand serviteur de l'État, etc.
36:16Grand serviteur de l'État, sûrement.
36:18De la France, ça reste à voir.
36:20De l'Europe, c'est sûr.
36:21Autre registre, c'est Philippe Bouvard, qui a disparu.
36:25Il incarnait l'esprit français.
36:26Alors, vous dites Rablésien et Voltairien.
36:29Expliquez-nous pourquoi cet animateur mythique des grosses têtes vous plaisait, Michel.
36:33On va voir quelques images.
36:34Oui, alors, bon, j'ai vu quelques images après,
36:36le petit théâtre ou ce genre de choses.
36:38Je ne suis pas forcément très fan.
36:39C'est pas ça.
36:39C'est beaucoup l'almanac Vermeaux, c'est beaucoup scatologique,
36:43c'est beaucoup... Enfin, peu importe.
36:44Ça faisait rire les Français.
36:46Mais moi, ce que j'aimais, c'était ce que j'ai découvert.
36:48C'était les pages qu'il écrivait, qui étaient très drôles, superbement écrites,
36:52très ironiques, parfois cyniques, des fois cinglantes, très informées.
36:56Et on se disait, vraiment, il y a une plume assez voltairienne.
37:00Alors, je dis Rablésien parce qu'effectivement, quand on a revu,
37:03enfin, pour moi, plutôt vu, parce que je n'ai pas regardé ça,
37:06le petit théâtre du Bouvard à l'époque,
37:07et donc, j'en ai vu deux ou trois, là, je me disais,
37:09bon, oui, effectivement, c'est Rablés, mais Rablés,
37:11ça rôde, ça pisse, ça chie, j'utilise le vocabulaire de Rablés.
37:14Et donc, c'est français.
37:15C'est la France, ça aussi.
37:16C'est la tradition rablésienne d'un corps qui aime bien boire un coup,
37:19qui aime bien... C'est le canon français.
37:22C'est Rablés, quoi. Il suffit de lire.
37:23C'est génial, Rablés.
37:25Lisez Rablés.
37:25Il y a une édition qui vient de sortir, là,
37:27qui est chez Bouquin à la Fond, qui est en français modernisé.
37:29C'est vraiment beaucoup plus facile à lire dans ces cas-là.
37:32Et puis, Voltaire, c'est l'intellectuel par excellence,
37:34l'homme libre, l'homme qu'on en bastille,
37:36personnage qu'on ne fait pas taire,
37:37et puis qui écrit, qui a une plume superbe.
37:39Et donc, c'était ça, plutôt, pour moi, Philippe Bouvard.
37:41C'était donc un esprit français.
37:43Puis après, j'ai découvert qu'il aimait le jeu,
37:45qu'il collectionnait les voitures,
37:46qu'il était un personnage intéressant.
37:48Je n'ai jamais eu l'occasion d'être ni invité,
37:50ni de le rencontrer, ni je ne sais quoi.
37:52Mais cette partie-là de lui m'a bien plu.
37:55Ce que j'en ai vu m'a bien plu, oui.
37:56Alors, le point philo.
37:57On arrive à ce rendez-vous que nos téléspectateurs et auditeurs nous demandent.
38:02Évidemment, semaine de reprise des cours en classe.
38:04Vous nous proposez un livre d'Alain.
38:05Propos sur l'éducation, Michel.
38:07Expliquez-nous pourquoi.
38:09Philosophe, Percheron.
38:10Il disait Percheron autre que normand.
38:12Il y a du Perche, il était de Bortagne.
38:14Et donc, il a fait quelque chose d'assez extraordinaire.
38:17Il a fait de la philosophie avec du journalisme,
38:19du journalisme avec de la philosophie.
38:20Et il écrivait, dans un certain nombre de journaux,
38:23la Dépêche de Normandie, par exemple,
38:24ce qu'il appelait des propos.
38:26Moi, j'en ai un, j'ai la chance.
38:27J'ai un ami, François Doubin, qui est aujourd'hui hélas décédé,
38:29mais qui m'avait offert un des propos d'Alain, manuscrit.
38:31Et c'était une feuille 21-29-7,
38:33pliée dans un sens particulier.
38:34Il la remplissait totalement.
38:35Et c'était l'objet, les propos.
38:38Donc, il y a eu des propos sur tous les sujets.
38:39J'ai la collection complète des propos.
38:41C'est considérable, les propos d'Alain.
38:42Et après, il y a des gens qui ont fait des propos sur l'éducation,
38:45des propos sur la religion, des propos sur etc.
38:47Les propos sur l'éducation rassemblent donc, évidemment,
38:51des petits textes qui ont été écrits sur le sujet de l'éducation.
38:54Et c'est fantastique parce que ça a été un grand professeur.
38:58Il a été le professeur de Simone Veil, la philosophe.
39:00Il était d'Aaron et de quelques autres.
39:03Et il subjuguait ses élèves.
39:06Alors, c'était en prépa.
39:08Là, pour le coup, je pense plutôt à l'école primaire.
39:11Ce qu'il écrit concerne plutôt l'école primaire.
39:14Et il dit que l'école, c'est un sanctuaire.
39:15Ce n'est pas la famille.
39:16Ce qui se passe dans la famille, ça suppose de l'affection, de la gentillesse.
39:20On est le père, on est la mère, ou le beau-père, on est la belle-mère, etc.
39:22Ça oblige à d'autres relations.
39:24Il dit, dans l'école, il n'y a pas d'affectivité.
39:26On n'est pas là pour aimer les enfants.
39:27On est là pour les faire progresser, pour les faire travailler, pour les construire.
39:31Ils ne connaissaient pas, évidemment, tout ce qui était cognitif.
39:34Parce qu'à l'époque, on n'en parlait pas.
39:35Le fonctionnement du cerveau, c'est arrivé beaucoup plus tard.
39:37Mais je pense qu'il aurait été emballé par toutes les recherches de sciences cognitives.
39:41Parce qu'un cerveau, ça se fabrique.
39:44Si ça ne se fabrique pas, c'est rien.
39:46C'est juste une espèce de pâte flasque et molle dans laquelle il n'y a rien du tout.
39:50Et puis voilà.
39:50Mais il y aura dans le cerveau ce qu'on y mettra.
39:52Et lui, il dit qu'il faut apprendre des choses avec difficulté.
39:57Il fait l'éloge de la difficulté.
39:59Et il est contre ce que j'appelle le pédagogisme.
40:01Enfin, le mot n'est pas de moi.
40:03Mais c'est des gens qui font des sciences de l'éducation et qui nous disent
40:05qu'il faut absolument amener les enfants à apprendre de manière ludique.
40:09Il faut que les enfants s'amusent.
40:10Il faut qu'ils soient contents.
40:11Il faut qu'ils puissent jouer.
40:12Et vous dites non.
40:13Et Alain dit, et moi je pense exactement la même chose, Alain dit...
40:19Il faut écrire, il faut recopier, il faut apprendre les règles de grammaire, d'orthographe, de syntaxe.
40:24Il faut apprendre l'algèbre, la géométrie.
40:26Il faut apprendre un certain nombre de choses.
40:29Le tout dans le silence, dans le respect.
40:31Parce que le professeur n'est pas un copain.
40:33Aujourd'hui, on appelle l'instituteur par son prénom et on le tutoie.
40:37Et lui, vous ne pouvez pas imaginer une seule seconde que ça se passerait comme ça.
40:40Mais il dit, il y a une figure d'autorité.
40:42Et ce n'est pas un autoritarisme qu'il défend, mais une autorité.
40:45En disant, le plaisir est beaucoup plus subtil, et vous qui connaissez très bien violonistes, je crois,
40:51et le plaisir est beaucoup plus subtil quand il a supposé des efforts considérables.
40:55Quand votre époux génial joue des choses dont on se dit, il y a des heures et des heures et
41:00des heures de travail.
41:01Et il y a un plaisir sublimé.
41:03Et Alain dit, quand on a travaillé, quand on a fait des efforts, quand on a eu des difficultés,
41:07quand on a peiné sur quelque chose et qu'on a dépassé ça,
41:10alors la jouissance est sublime.
41:11La jouissance, ce n'est pas de s'abandonner à une espèce de plaisir immédiat.
41:14C'est juste de dire, on n'apprend pas le latin facilement,
41:16on n'apprend pas à jouer du piano facilement,
41:18on n'apprend pas à maîtriser une langue, etc.
41:20Ou à une discipline, etc.
41:22C'est magnifique ce que vous dites, mais à l'heure de l'intelligence artificielle,
41:25des écrans, vous dites, c'est un autre temps, en fait.
41:28Vous nous parlez d'un autre temps, Michel.
41:29Oui, parce que l'intelligence artificielle n'a d'intelligence que le mot,
41:32et elle n'est qu'artificielle.
41:34Et moi qui la pratique un peu,
41:36pour des raisons techniques d'indexation de mon travail,
41:39dans un livre, et parfois il n'y a pas d'index.
41:41Parfois elle vous dit des bêtises.
41:43Beaucoup de bêtises.
41:45Et donc Alain proposait, effectivement,
41:47dans les années 30, du siècle dernier,
41:50ça va bientôt faire un siècle,
41:51et il proposait effectivement un maître
41:53qui soit susceptible d'être admiré,
41:55pas aimé, admiré, qu'on puisse en faire un modèle.
41:58C'est le monsieur Germain d'Albert Camus,
42:00fils d'ouvrier agricole et de femme de ménage,
42:02qui devient l'Albert Camus du prix Nobel de littérature.
42:04Et qui lui, dans son discours de réception,
42:07Camus,
42:08s'en vient penser à monsieur Germain,
42:10qui était son instituteur.
42:11Et lui, Alain, il pense l'instituteur de la Troisième République.
42:15Celui qui fabriquait des instituteurs,
42:18des médecins, des notaires,
42:20des ministres,
42:21ou des chercheurs,
42:22ou des gens qui devenaient des figures de l'histoire de France.
42:26Et il donne un mode d'emploi
42:28qui devrait pouvoir fonctionner.
42:29Alors si monsieur Rotaillot veut donner
42:31à son prochain ministre,
42:33à son hypothétique ministre de l'Éducation nationale,
42:36ça, ça peut être une bible.
42:37Allez, merci beaucoup Michel Onfray.
42:38Propos sur l'éducation.
42:39Alain, propos sur l'éducation,
42:41quelle édition vous nous avez dit ?
42:42C'est Presse Universitaire de France,
42:44mais vous avez choisi l'édition Folio, je pense.
42:46Et c'est très bien.
42:47Il y en a plusieurs en tout cas,
42:48et on la recommande.
42:48Merci beaucoup Michel Onfray,
42:49c'était passionnant de vous entendre
42:51aujourd'hui dans cette émission.
42:52Avant de nous quitter,
42:53un grand merci,
42:54beaucoup d'affection,
42:56de tendresse pour Samuel Vasselin-Fittou.
42:58C'était sa dernière émission avec nous,
43:00et il nous a accompagnés
43:01pendant de nombreuses émissions
43:02de face à Michel Onfray.
43:03Il vogue vers de nouvelles aventures.
43:05Bonne chance, mon cher Samuel.
43:07Et nous, on se retrouve
43:07la semaine prochaine
43:09sur CNews et Europe 1.