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  • il y a 2 minutes
Dans l'édition du 15 juin 2017, Patrick le Hyaric, directeur de l'Humanité réagit au sujets suivants : les enseignements à tirer à l'issue du premier tour des législatives, les conséquences de la privatisation de La Poste, la percée des travaillistes en Grande-Bretagne, le projet de réforme de l'école du nouveau ministre de l'Éducation nationale, les sujets du bac philo 2017 et le prix littéraire de la Porte Dorée attribué à l'Iranienne Négar Djavadi pour "Désorientale".

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Transcription
00:01Générique
00:05Bonjour et bienvenue dans Regards sur l'actualité.
00:08Bonjour Patrick Ligaric.
00:09Bonjour.
00:10Alors le premier tour des élections législatives a eu lieu ce dimanche,
00:14marqué par une abstention record,
00:16puisque seulement 48,71% des inscrits ont voté.
00:20On assiste à une déferlante en faveur des candidats du parti du président de la République,
00:25qui est d'ores et déjà assuré d'obtenir plus de 400 députés.
00:30Les partis traditionnels s'effondrent, notamment le Parti Socialiste.
00:34L'enjeu pour les députés de la France Insoumise et du Parti Communiste
00:39est maintenant d'être assez nombreux pour pouvoir constituer un groupe à l'Assemblée Nationale.
00:44Alors Patrick, quels enseignements tirez-vous de ce résultat ?
00:47L'enseignement principal c'est ce que tu as dit,
00:51c'est-à-dire une abstention extrêmement importante,
00:54qui s'explique un peu par le fait qu'on a expliqué durant un mois qu'il n'y avait
01:00pas d'enjeu,
01:01puisque de toute façon la question était de donner une majorité au président de la République.
01:07mais peut-être qu'au-delà de ça, ce retrait des couches populaires du vote,
01:14de l'expression dans les urnes,
01:17elle a une signification bien plus profonde, bien plus politique,
01:23qu'on ne veut bien le dire.
01:24Je considère que c'est un acte politique,
01:28c'est-à-dire certes le président de la République va avoir sa majorité,
01:34mais il ne va avoir sa majorité qu'avec un très faible pourcentage de consentement
01:39des inscrits de celles et ceux qui sont en possibilité de voter,
01:44ce qui est loin de continuer à lui donner une majorité.
01:47Et en apparence, il va avoir 30% de l'électorat avec lui,
01:56mais il aura 80% des députés,
01:59ce qui repose la question démocratique.
02:02Il y a une question démocratique extrêmement importante
02:05qui est posée à chacune et chacun d'entre nous,
02:08et c'est sur cela qu'il va falloir beaucoup réfléchir et beaucoup discuter.
02:12Et évidemment, il y a cette difficulté de la gauche aujourd'hui qui est à terre,
02:19puisque les partis issus de la gauche des 18e et 19e siècles,
02:26les partis issus de la réunification de Jaurès,
02:30puis du congrès de Tours, sont extrêmement bas.
02:33Le parti socialiste, mais le parti communiste aussi, est extrêmement bas.
02:38Et ce n'est pas une bonne nouvelle pour le mouvement ouvrier,
02:40ce n'est pas une bonne nouvelle pour celles et ceux
02:42qui auront besoin demain d'être défendus.
02:47Alors, ceci est compensé pour une part par des scores intéressants
02:52des partis de Jean-Luc Mélenchon,
02:54mais ceci ne fait pas une majorité et ne fera pas une majorité,
02:59même s'il était resté à 20% des voix.
03:02Avec 20% des voix, la question de la perspective politique,
03:05la question d'aider les gens à construire un processus de transformation sociale et écologique
03:12est puissamment posée.
03:14Et donc, il y a là, pour les semaines à venir, vraisemblablement,
03:18de grandes questions extrêmement lourdes, nouvelles sans doute,
03:22en tout cas le contexte est nouveau,
03:24qui nous seront posées aux uns et aux autres,
03:27quelles que soient dans la gauche nos opinions.
03:29Mais, pour dimanche prochain, l'enjeu est évidemment de réélire et d'élire
03:35celles et ceux qui se sont retrouvés dans le combat
03:39contre la loi de précarisation du travail,
03:41celles et ceux qui étaient contre la déchéance de nationalité,
03:44c'est-à-dire les parlementaires et les candidats communistes,
03:47les candidats présentés par la France insoumise,
03:50et une partie des candidats socialistes et écologistes
03:54qui se sont retrouvés ensemble dans ces mêmes combats ces dernières années.
03:59Vu le mode de scrutin, est-ce que leurs voix porteront à l'Assemblée,
04:03vu qu'il y aura quand même peu de députés ?
04:05Malheureusement, ce sera minoré, bien sûr,
04:08puisque dès lors qu'on n'a pas un scrutin à la proportionnelle,
04:11on n'est pas représenté aux proportions des voix que nous faisons.
04:15C'est vrai que c'est une donnée.
04:19Cependant, ce seront les parlementaires qui vont tout faire
04:23pour empêcher la décision par ordonnance d'un nouveau détricotage du droit du travail.
04:29La défense des services publics reste un enjeu majeur dans notre pays.
04:33Depuis plusieurs années maintenant, la privatisation de la poste
04:36n'est pas sans poser de graves problèmes en termes d'égalité des territoires
04:40et de conditions de travail des postiers.
04:43Ils manifestaient jeudi dernier à l'appel de la CGT
04:46pour la sauvegarde des bureaux de poste en Ile-de-France
04:49et aussi pour protester contre la pression managériale qu'ils subissent au quotidien.
04:53De 2014 à 2016, avec la fermeture de bureaux de poste,
04:57d'abord en milieu rural, puis dans les villes,
04:59ce sont entre 6 000 et 7 500 emplois par an qui ont été supprimés,
05:03tandis que la poste bénéficiait de 920 millions d'euros au titre du CICE
05:08et réalisait en 2017 849 millions d'euros de bénéfices nets.
05:14Alors que peut-on attendre de l'État, toujours actionnaire majoritaire de la poste,
05:20pour que cesse cette politique délétère ?
05:22Il y a deux questions en fait.
05:25Il y a la question du service à rendre aux populations,
05:30quel que soit le lieu où elles habitent.
05:32Et c'est vrai qu'on ne peut pas accepter qu'on enlève peu à peu ce service
05:38dans les quartiers populaires, dans les campagnes.
05:41Et donc le combat pour maintenir ces bureaux,
05:48qui sont des bureaux de service,
05:50n'oublions pas que la banque postale,
05:52c'est la banque qui distribue quand même
05:55les maigres prestations sociales,
05:58les maigres allocations sociales,
06:01qu'ont certains d'entre nous quand ils n'ont pas de travail.
06:04C'est la seule banque habilité à le faire.
06:07Donc la question du maintien de ce service public de distribution,
06:12évidemment du courrier, de l'ensemble des services,
06:17y compris ce dont je viens de parler,
06:20de distribution des allocations de fin de mois,
06:24celle-ci doit être maintenue.
06:26Et pour le maintenir, il faut évidemment non pas déshumaniser la poste,
06:32mais l'humaniser.
06:33C'est-à-dire qu'il faut des êtres humains sur les vélos,
06:37dans les voitures, derrière les guichets,
06:39pour porter le courrier et aller voir les gens.
06:42Dans des quartiers populaires ou dans des campagnes,
06:46bien souvent le facteur est le seul lien.
06:49Donc il y a un rôle social bien plus important
06:53qu'il n'apparaît dans les chiffres de la comptabilité.
06:55Mais il y a une seconde question qu'il faut absolument traiter.
06:59Il est vrai qu'il y a moins de courriers.
07:01Avec le développement du numérique,
07:03aujourd'hui, on a moins de lettres à porter.
07:07Donc il faut trouver un équilibre entre les mutations
07:13et la nécessité du service public,
07:16tout en ne freinant pas la modernisant,
07:19et en mettant la poste peut-être sur des nouveaux services
07:25aux individus,
07:26tout en formant celles et ceux qui le souhaitent
07:30pour donner ces nouveaux services
07:33dans les communes, dans les quartiers.
07:35Parce que s'il y a un lien aujourd'hui avec les populations,
07:38au-delà de la mairie, par exemple,
07:41ou des services communaux,
07:42le lien qui vient après, c'est le lien de la poste.
07:45Certes, mais alors ce que disent les postiers,
07:46c'est qu'on leur interdisait jusqu'à très récemment
07:49de prendre trop de temps pour aller voir une personne malade,
07:52pour lui apporter des médicaments,
07:53pour lui apporter son pain,
07:55ce qu'il se faisait beaucoup dans les campagnes
07:57pour les personnes âgées.
07:58Puis maintenant, on les y autorise,
07:59mais sur un temps minuté.
08:01Et surtout, c'est un service qui est rémunéré
08:03par les familles de ces gens.
08:05Ils sont assez indignés par ça,
08:06de voir qu'on marchandise des choses
08:08ce qu'ils faisaient gratuitement, bénévolement
08:11et avec générosité, d'une part.
08:13Et puis, quant au service postal,
08:16c'est sûr qu'il y a moins de lettres.
08:17Mais avec le développement du commerce en ligne,
08:19il y a aussi beaucoup plus de colis,
08:20ce qui pourrait compenser éventuellement, non ?
08:22Il y a des colis,
08:23mais la poste est très concurrencée par le privé.
08:26C'est-à-dire, les orientations européennes
08:28qui ont été imposées toutes ces dernières années,
08:31c'est-à-dire l'ouverture de ce qu'ils appellent
08:33le marché du courrier et des colis,
08:35a fait la part belle à des entreprises privées
08:38contre notre service public,
08:40contre notre entreprise publique.
08:42Et donc, la problématique politique,
08:46je ne parle pas de la problématique syndicale,
08:48je parle de la problématique de vision politique.
08:51Pour une entreprise comme celle-là,
08:53elle doit s'inscrire dans un projet nouveau,
08:56mais dans un projet qui se détourne
08:58de la déréglementation,
09:00mais qui, au contraire,
09:01conforte l'entreprise publique
09:03pour faire un service public
09:04avec les moyens nécessaires.
09:05Mais ça, c'est incompatible
09:07avec les choix comptables,
09:09les choix d'austérité qu'on impose.
09:11Donc, il faut avoir, pour cette entreprise
09:13qui doit être publique,
09:16c'est-à-dire, il doit être une propriété
09:18sociale et citoyenne,
09:20avec la participation des élus,
09:22avec la participation des salariés de l'entreprise,
09:24avec la participation des usagers,
09:26il faut créer les conditions
09:29d'une revalorisation de l'entreprise poste
09:33et de ses nouveaux métiers possibles,
09:36mais en dehors des critères comptables
09:38tels qu'on veut les imposer aujourd'hui.
09:41Alors, l'homme de la semaine,
09:42c'est Jérémy Corbyn.
09:44En Angleterre, son parti,
09:45les travaillistes,
09:46qui prônent la fin de l'austérité
09:47et davantage de justice sociale,
09:50a gagné près de 30 sièges
09:52lors des législatives anticipées du 8 juin.
09:55Pourtant, promise à une victoire écrasante,
09:57la dirigeante du Parti conservateur,
09:59Theresa May,
10:00perd la majorité absolue
10:02à la Chambre des communes.
10:03Alors, à votre avis, Patrick,
10:04est-ce que la percée de Corbyn outre-Manche
10:06est une bonne nouvelle pour l'Europe ?
10:08C'est une bonne nouvelle,
10:09surtout pour les travailleurs au Royaume-Uni.
10:13Et c'est une indication
10:14que les valeurs,
10:17les idées de gauche,
10:19sont loin d'avoir disparu
10:21dans l'Union européenne aujourd'hui,
10:22puisque la jeunesse s'est mobilisée
10:25fortement,
10:26elle s'est même inscrite
10:27sur les listes électorales
10:28pour aller voter,
10:29et manifestement,
10:30la majorité d'entre elles
10:31a été votée Corbyn.
10:33Donc ça, c'est une bonne nouvelle.
10:35Et la question de l'Europe ou pas,
10:37c'est encore une autre affaire,
10:38parce que Corbyn
10:39n'a pas tellement fait sa campagne
10:41sur la nature
10:43de la sortie de l'Union européenne.
10:45Il a fait sa campagne
10:46de rendre le pouvoir
10:48aux citoyens,
10:50et il a dit des choses
10:51qu'on ne dit plus
10:52dans notre beau pays.
10:54Par exemple,
10:54il a proposé
10:55la nationalisation
10:56ou la renationalisation
10:57d'un certain nombre
10:58d'entreprises,
10:59aujourd'hui,
11:00qui ont été accaparées
11:02par le privé.
11:02Et donc,
11:03de ce point de vue,
11:04oui,
11:04c'est une bonne nouvelle.
11:05Et quant au Brexit,
11:06ça ne va pas changer
11:06grand-chose, alors ?
11:07On ne sait pas.
11:10Il y a un débat,
11:11aujourd'hui,
11:12à l'intérieur
11:13du gouvernement britannique,
11:15et en deuxième rideau,
11:19si on veut,
11:20entre ce même gouvernement
11:21et les institutions européennes.
11:25Moi, je suis plutôt partisan
11:27pour respecter le vote
11:28du peuple britannique,
11:30mais je ne veux pas
11:31que ce vote
11:32se retourne contre lui.
11:33C'est-à-dire,
11:33je ne veux pas
11:34que la sortie
11:36de la Grande-Bretagne
11:38se termine
11:39par le triomphe
11:40de la City,
11:41mais au contraire,
11:42qu'on trouve les moyens
11:43à la fois
11:44de répondre
11:44aux aspirations
11:45des citoyens britanniques
11:47et en même temps
11:48qu'on invente
11:49des formes
11:50de coopération nouvelle
11:51entre l'entité
11:52Union européenne
11:53et les citoyens,
11:56le peuple
11:57et les institutions britanniques.
11:59Retour en France
12:00où le nouveau ministre
12:01de l'Éducation nationale,
12:03Jean-Michel Blanquer,
12:04a dévoilé
12:05ses pistes de réforme
12:06pour l'école.
12:07Certaines mesures
12:08font bondir
12:09les enseignants,
12:09notamment ceux
12:10de l'actuel dispositif
12:12plus de maîtres
12:13que de classes
12:13qui refusent
12:15de faire les frais
12:15de la mise en place
12:16des classes
12:17à 12 élèves
12:18annoncées
12:19par le gouvernement.
12:20Cette réduction
12:21des effectifs
12:21par classe
12:22nécessite 12 000
12:23postes supplémentaires.
12:24Or,
12:25sur l'intégralité
12:25du quinquennat
12:26d'Emmanuel Macron,
12:27il est prévu
12:28d'en créer
12:29seulement 4 000 nouveaux.
12:30Ce projet de réforme
12:32intervient alors
12:32que les effets
12:33de la précédente réforme
12:34n'ont pas encore été évalués.
12:36Alors,
12:36si l'éducation
12:37est effectivement
12:38un secteur crucial,
12:40est-ce que les enseignants
12:40et les élèves
12:41ne mériteraient-ils pas
12:42de pouvoir travailler
12:43dans un cadre
12:44un peu plus stable ?
12:45Oui,
12:45on ne peut pas
12:46continuer
12:47à faire
12:48des contre-réformes
12:49comme ceci est en cours.
12:50Mais,
12:51d'abord,
12:52le ministre
12:52de l'Éducation nationale
12:53n'est pas,
12:54comme on nous dit
12:55partout,
12:56quelqu'un
12:57de la société civile.
12:58Il était,
12:59pendant très longtemps
13:00sous les ministres
13:01de droite,
13:02le numéro
13:042,
13:05quelquefois
13:05le numéro 1,
13:06de l'administration
13:08scolaire,
13:09de la direction
13:09générale
13:10de l'éducation.
13:12Donc,
13:12ce n'est pas
13:14un inconnu
13:15et ce n'est pas
13:17quelqu'un
13:17qui est neutre.
13:18Et lui,
13:19il a une conception
13:20de l'école
13:20qui est une conception
13:21de mise en concurrence
13:22des établissements
13:23puisqu'il veut
13:24que les chefs
13:25d'établissements
13:25soient,
13:27entre guillemets,
13:27de vrais patrons
13:28qui embauchent
13:29eux-mêmes
13:30leurs enseignants,
13:31évidemment.
13:32Donc,
13:32on va mettre
13:33les établissements
13:34de plus en plus
13:34en concurrence
13:35entre eux.
13:37La décision
13:38de faire 12 élèves
13:39par classe,
13:40elle serait
13:42intéressante.
13:43Mais,
13:44on ne peut pas dire
13:45qu'on est pour 12 élèves
13:47par classe,
13:47notamment dans
13:48les petites classes,
13:50si en face,
13:51il n'y a pas
13:52les enseignants
13:53mais surtout les locaux.
13:54Il faut beaucoup
13:55de locaux
13:55pour faire tout ça.
13:57Or,
13:57dans un contexte
13:58où on rationne
13:58les municipalités,
14:00on rationne
14:00les services publics,
14:02tout le monde sait très bien
14:03qu'on ne le fera pas.
14:04Donc,
14:04on va déstabiliser
14:05encore notre système scolaire
14:07alors qu'il faudrait
14:08s'attaquer
14:09aux problématiques
14:10de fond,
14:11c'est-à-dire
14:11créer les conditions
14:12de l'égalité
14:13des enfants,
14:15l'égalité des citoyens
14:17face à l'école
14:18et à la formation.
14:21D'autre part,
14:22il a d'autres
14:24idées
14:24comme celle
14:25de donner le bac
14:27qu'à la fin
14:28d'un contrôle
14:30continu
14:30sur plusieurs années
14:33et même,
14:34chacun voit bien
14:35qu'une méthode
14:37comme celle-là,
14:38si elle n'est pas maîtrisée,
14:39aboutira au fait
14:40que dans les établissements
14:42scolaires des beaux quartiers,
14:43on sera sûr
14:44d'avoir son bac,
14:45mais dans nos villes
14:48populaires,
14:49on sera forcément
14:51en difficulté
14:52dès lors qu'on ne met pas
14:54suffisamment
14:54de moyens
14:56et qu'on n'aide pas
14:57suffisamment
14:57de manière inégalitaire
14:59pour le coup.
15:00Il faudrait
15:01aider plus
15:02ceux qui ont
15:02le plus besoin
15:03alors que ceux
15:04qui sont en situation
15:05de réussir
15:06ont peut-être
15:07moins de besoins
15:08aujourd'hui.
15:09Mais ce débat
15:09n'a pas lieu
15:10aujourd'hui.
15:11Vous évoquiez le bac,
15:13Patrick.
15:13Ce jeudi 15 juin,
15:15520 000 lycéens
15:16ont planché
15:17sur les épreuves
15:18du bac philo.
15:19Parmi les sujets
15:20sur lesquels
15:21ils étaient invités
15:22à réfléchir,
15:24tout ce que j'ai le droit
15:25de faire
15:25est-il juste ?
15:28Une œuvre d'art
15:29est-elle nécessairement
15:30belle ?
15:31Défendre ses droits
15:33est-ce défendre
15:34ses intérêts ?
15:35Et peut-on
15:37se libérer
15:37de sa culture ?
15:39Alors évidemment,
15:40Patrick,
15:40je ne vous demande pas
15:41de répondre à ces questions
15:42en trois minutes,
15:43mais si vous aviez dû
15:44choisir ce matin
15:45un de ces sujets,
15:46lequel aurait eu
15:47votre préférence ?
15:48Une œuvre d'art
15:49est-elle nécessairement
15:50belle ?
15:51Parce que
15:52c'est
15:54une question
15:55qui est posée
15:56à chacune
15:56et chacun
15:57d'entre nous,
15:58notre rapport
15:59à la beauté,
16:00mais une œuvre d'art
16:01est un processus
16:03de création.
16:05Mais
16:05même après
16:09que le créateur
16:11peut considérer
16:12qu'elle est terminée,
16:14ce processus
16:15continue.
16:16Parce que
16:17la beauté,
16:18elle est relative.
16:20il y a plusieurs beautés
16:22et c'est
16:23l'appréciation
16:24de chacun,
16:25de chacune,
16:26à la vue,
16:29puis la revoir
16:31une fois,
16:32deux fois,
16:32dix fois,
16:33et à chaque fois,
16:35chacun sait bien
16:36qu'à force de voir
16:38une œuvre,
16:39on trouve
16:40dans cette œuvre
16:41de nouvelles
16:42manifestations,
16:44silencieuses,
16:44certes,
16:44mais de nouvelles
16:45manifestations
16:47de sa beauté
16:48ou de sa richesse.
16:50Parfait.
16:51On termine
16:51justement
16:52avec une page culture
16:54décernée
16:54chaque année
16:55à une œuvre de fiction
16:56qui traite de l'exil
16:57ou de l'immigration.
16:58Le prix littéraire
16:59du musée
17:00de la Porte Dorée
17:01a été attribué
17:02à Désoriental
17:03de Negar Javadi.
17:04Issue d'une famille
17:06d'intellectuels
17:07iraniens
17:07opposant au régime
17:08du Shah
17:09puis à Céline de Roménie,
17:11l'auteur
17:11de ce premier roman
17:12est arrivé en France
17:13à l'âge de 11 ans
17:14après avoir traversé
17:15les montagnes
17:16du Kurdistan
17:16à cheval
17:17avec sa mère
17:18et sa sœur.
17:19Elle vit aujourd'hui
17:20à Paris
17:20où elle est scénariste.
17:22Désoriental
17:23est une saga familiale
17:24qui a pour toile de fond
17:25les deux révolutions iraniennes.
17:27On écoute
17:28Negar Javadi.
17:30Au-delà
17:30de la joie
17:32pour le livre,
17:33c'est aussi
17:36quelque chose
17:37d'assez incroyable
17:37dans mon histoire personnelle
17:39puisque
17:40moi j'ai quitté l'Iran,
17:41je ne suis pas
17:42de la seconde génération,
17:44je suis de la première génération
17:46donc ça veut bien dire
17:48que cette histoire
17:49qui est la mienne
17:50s'inscrit
17:51dans l'histoire
17:51de l'immigration
17:52en France
17:54et c'est mon petit bout
17:57de petit grain
17:57qui se rajoute
17:59à cette grande histoire
18:00de la France
18:01qui est l'histoire
18:02de l'immigration
18:03et en même temps
18:05ça veut dire
18:05que j'ai su moi
18:06comme d'autres
18:07qui ont écrit
18:08et qui étaient dans la liste
18:09comme Maria Majidi,
18:10on a su dépasser
18:11notre histoire
18:12et on a su la raconter
18:14donc
18:15voilà
18:15il y a quelque chose
18:16qui dédramatise
18:17l'exil
18:17qui dédramatise
18:19l'immigration
18:19qui dédramatise
18:20ce qu'on peut en ressentir
18:22ou ce qu'on nous fait croire
18:23de l'immigration
18:24comme danger
18:25comme
18:25voilà
18:26puisqu'il y a des gens
18:27qui arrivent ici
18:28et qui
18:29prennent la langue française
18:30s'en emparent
18:32font de cette langue
18:33leur langue
18:34et qui écrivent à l'intérieur
18:35et qui participent
18:36à sa culture
18:36parce que c'est possible
18:38parce qu'il n'y a pas que
18:39les histoires de drames
18:41d'identité
18:42etc
18:42il y a aussi
18:44j'allais dire
18:45une harmonie
18:46quelque chose de naturel
18:47qui se fait entre
18:48l'immigré qui vient
18:49et l'histoire du pays d'accueil
18:50qui passe par la littérature
18:52et je suis très heureuse
18:54de me dire
18:55voilà
18:55c'est vrai
18:56tu l'as fait
18:57voilà
18:57tu as dépassé ton histoire
18:59tu as écrit un livre
19:00alors à votre avis
19:01est-ce que la fiction
19:02peut permettre
19:03de mieux comprendre
19:04les réalités complexes
19:05d'un pays comme l'Iran
19:06par exemple
19:07souvent caricaturé
19:09dans les médias
19:09oui toujours
19:10c'est très intéressant
19:13que tu aies choisi
19:14ce thème là
19:15parce que
19:16contrairement
19:17à ce qu'on croit
19:19parfois
19:19ou contrairement
19:20aux apparences
19:20ce sont des peuples
19:23d'une grande culture
19:24c'est une grande
19:25civilisation
19:25l'Iran
19:26et tous les régimes
19:28ceux du chat
19:29comme ceux des Mola
19:31n'ont pas pu résister
19:33à ça
19:33à la fois
19:34à la création
19:35mais au fait
19:37que
19:38les enfants
19:39les jeunes
19:41étudient
19:41se forment
19:42par exemple
19:43les jeunes filles
19:44en Iran
19:44sont plus
19:47éduquées
19:48entre guillemets
19:49en tout cas
19:49ont un niveau de formation
19:50plus élevé
19:51que les jeunes garçons
19:52et le cinéma iranien
19:54est extrêmement riche
19:56est extrêmement productif
19:58et le fait que ce film
20:02soit maintenant mis
20:03en valeur
20:05c'est une part de l'histoire
20:07de l'Iran
20:08qui est très intéressante
20:09qui va permettre
20:10de mieux connaître
20:12mais moi
20:14je connais les difficultés
20:16je connais les problématiques
20:18que subit ce peuple
20:19mais moi j'adore
20:20ces gens
20:23Merci Patrick Le Yaric
20:24on se retrouve très bientôt
20:26pour un nouveau numéro
20:27de Regards sur l'actualité
20:28Sous-titrage Société Radio-Canada

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