- il y a 1 semaine
Pour ce onzième rendez-vous de l'émission des livres de l'Humanité, Vincent Roy reçoit Eric Fottorino, auteur de "Marina A" (Gallimard). Retrouvez chaque jeudi à 19h une nouvelle mouture de l'émission.
« AU PIED DE LA LETTRE » : l'émission littéraire en vidéo de l'Humanité est présentée par Vincent Roy, que les lecteurs de L'Humanité-Dimanche connaissent bien puisqu'il y assure une chronique hebdomadaire. Cette émission a pour ambition de donner la parole aux auteurs.
Retrouvez toutes les émissions (liste de lecture) :
➡️ https://frama.link/AuPied2LaLettre
=====
Émission n° 1 - jeudi 24 sept. 2020 : Josyane Savigneau & Philippe Sollers
➡️ https://youtu.be/qulyGYdu0DA
Émission n° 2 - jeudi 01 oct. 2020 : Cécile Guilbert
➡️ https://youtu.be/jFABG41EE0o
Émission n° 3 - jeudi 08 oct. 2020 : Mohammed Aïssaoui
➡️ https://youtu.be/cT1mQcc83nk
Émission n° 4 - jeudi 15 oct. 2020 : Belinda Cannone
➡️ https://youtu.be/Z7J8q0hpXwY
Émission n° 5 - jeudi 05 nov. 2020 : Jacques Weber
➡️ https://youtu.be/vEOHq_vheuA
Émission n° 6 - jeudi 12 nov. 2020 : Bernard Vasseur
➡️ https://youtu.be/Mo57uv3a8mM
Émission n° 7 - jeudi 03 décembre 2020 : Pascal Ory
➡️ https://youtu.be/hqzRjYMY9XQ
Émission n° 8 - jeudi 14 janvier 2021 : Jean-Michel Delacomptée
➡️ https://youtu.be/RymQnoAaodc
Émission n° 9 - jeudi 21 janvier 2021 : Alain Fleischer
➡️ https://youtu.be/vN7jVs7Zc2c
Émission n° 10 - jeudi 28 janvier 2021 : Sylvain Prudhomme
➡️ https://youtu.be/79aVDPt_F6U
---
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➡️ https://youtu.be/jFABG41EE0o
Émission n° 3 - jeudi 08 oct. 2020 : Mohammed Aïssaoui
➡️ https://youtu.be/cT1mQcc83nk
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Émission n° 5 - jeudi 05 nov. 2020 : Jacques Weber
➡️ https://youtu.be/vEOHq_vheuA
Émission n° 6 - jeudi 12 nov. 2020 : Bernard Vasseur
➡️ https://youtu.be/Mo57uv3a8mM
Émission n° 7 - jeudi 03 décembre 2020 : Pascal Ory
➡️ https://youtu.be/hqzRjYMY9XQ
Émission n° 8 - jeudi 14 janvier 2021 : Jean-Michel Delacomptée
➡️ https://youtu.be/RymQnoAaodc
Émission n° 9 - jeudi 21 janvier 2021 : Alain Fleischer
➡️ https://youtu.be/vN7jVs7Zc2c
Émission n° 10 - jeudi 28 janvier 2021 : Sylvain Prudhomme
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NewsTranscription
00:00– Générique –
00:07– Bienvenue au Pied de la Lettre, l'émission littéraire de l'humanité.
00:18J'ai le plaisir aujourd'hui de recevoir Éric Fautorino.
00:21– Bonjour. – Bonjour.
00:22Éric Fautorino, vous êtes journaliste, patron de presse, écrivain et romancier.
00:28Vous êtes l'auteur d'une trentaine de livres, je ne sais pas comment vous faites
00:31entre votre activité de presse et celle d'écrivain, mais vous allez nous raconter tout ça,
00:35dont Caresse de rouge, Corsakoff, Chevrotine ou Le dos crôlé.
00:40Vous fûtes le lauréat du prix Fémina en 2007 pour Baiser de cinéma.
00:45Et je vous reçois aujourd'hui à l'occasion de la parution de votre dernier roman
00:50qui s'intitule Marina A aux éditions Gallimard.
00:54Mais tout de suite, ma première question, ma question qui est rituelle
00:57et que je pose à chacun de mes invités dans toutes les émissions,
01:00comment ça va la société en 2021 ?
01:03C'est vrai que dans le contexte, la question est bizarre.
01:07Comment ça va la société en 2021, ce gros animal, comme se plaisait le raillé Nietzsche ?
01:13– Un gros animal malade aujourd'hui, malade à la fois, bien sûr, avec cette pandémie,
01:19même si on peut espérer que le vaccin nous donnera des solutions,
01:22mais plus profondément, je pense, malade d'hyper-individualisme,
01:28de repli sur soi, de conflit identitaire, de résonance identitaire.
01:33Donc cette maladie du Covid, elle est presque une sorte de révélateur aussi
01:38de beaucoup des fractures de la société française.
01:42– Ah oui, vous la voyez comme révélatrice cette pandémie.
01:46– Oui, parce que cette pandémie, elle nous dit qu'on est tous pareils,
01:52on est tous confrontés à un même danger.
01:53On est presque dans une situation kafkaïenne,
01:56où l'homme ne mesure plus sa liberté que face à un danger qui le touche indifféremment.
02:03Et je trouve que dans ce moment-là, ça révèle beaucoup de choses sur les comportements,
02:10sur la manière de vivre ensemble ou pas.
02:12– Alors cette pandémie, elle est au cœur de Marina A, on va en parler très vite.
02:17Mais alors, d'abord, je disais, Éric Fautorino, que vous êtes écrivain,
02:21mais aussi journaliste et homme de presse.
02:23Vous fûtes journaliste au Monde, puis directeur du Monde,
02:27où j'ai passé 13 ans comme critique littéraire.
02:30Je suis rentré sous votre magistère.
02:31– Oui, j'en suis heureux.
02:32– C'est une retrouvaille aujourd'hui.
02:34Aujourd'hui, vous êtes patron de presse avec pas moins de 4 revues,
02:40enfin une dont le dernier numéro vient de paraître.
02:43Alors d'abord, le 1, un hebdo, et vous en êtes au 350ème…
02:48– 331, 331.
02:50Mais on avance effectivement au mois d'avril, on va fêter les 7 ans avec 350 numéros.
02:55– Vous traitez avec le 1, un thème par semaine,
02:58avec ce journal qui est plié, qui se déplie.
03:00– Exactement, un thème, et on essaie de resserrer la focale
03:04avec à la fois des écrivains, des chercheurs, bien sûr des reporters,
03:09des journalistes, des illustrateurs.
03:11Et cette diversité fait 1.
03:13– D'accord.
03:17America, qui a suivi…
03:19– 4 ans du mandat de Trump, qu'on a créé avec François Bunel en 2017,
03:24et qui en effet s'arrête avec le numéro paru le 20 janvier, le 16ème volume.
03:29et on est heureux d'une certaine manière de se dire qu'avec ce dernier volume,
03:34c'est aussi la fin de Donald Trump comme président.
03:37– Zadig, vous racontez la France, vous racontez le pays,
03:42c'est déjà le 8ème numéro ?
03:44– Alors voilà, on a publié le 8ème, là, alors qu'il est,
03:47je suis en train de boucler déjà le 9ème,
03:48qui sera autour de la révolution des femmes en France.
03:51Et effectivement, on veut raconter notre pays,
03:54à la fois vraiment au ras des pâquerettes,
03:56des reportages très concrets, très incarnés dans les régions,
03:59et puis aussi des intellectuels, des historiens, des journalistes,
04:03des reporters, des journalistes d'immersion,
04:05et peut-être quelquefois aussi un peu de solution.
04:07– Alors numéro de Zadig…
04:10– Alors 8 de Zadig, voilà.
04:12– 8 de Zadig, vous bouclez le 9ème, la révolution des femmes.
04:15– Voilà, femmes, une révolution française, ça va s'appeler,
04:18avec aussi bien Alice Coffin qu'Elisabeth Badinter
04:21ou Nadja Devalo-Belkassam, vous voyez, c'est très varié.
04:24– Des gens très variés, oui.
04:25– Voilà, et puis aussi des reportages sur l'entraide des femmes,
04:28sur les femmes chefs de famille, etc.
04:31Enfin, on a essayé de voir tout ce qui était la condition des femmes en France,
04:35comment elles s'améliorent, comment aussi quelquefois elles se dégradent.
04:39Et le confinement d'ailleurs n'a pas été pour rien
04:41dans la dégradation de leur situation, notamment à la maison.
04:44– Donc faire le point sur la question des femmes dans le numéro 9 de Zadig.
04:49– Et puis enfin, Légende, donc le grand format, numéro consacré à Coluche.
04:53– À Coluche, numéro 3.
04:54– Vous mettez tout le monde d'accord avec Coluche.
04:55– Oui, c'est vrai qu'il y a une adhésion avec la figure de Coluche,
04:5840 ans après, vous en souvenez, cette vraie fausse campagne
05:01pour être candidat à la présidentielle.
05:03– Qui avait remué d'ailleurs ceux qui, je pense notamment à François Mitterrand,
05:08ça inquiétait beaucoup de pouvoir.
05:09– Mais oui, parce que le candidat de la gauche à l'époque,
05:11qui avait à peu près 20% d'intention de vote,
05:14voyait un candidat qu'on dirait aujourd'hui anti-système,
05:18recueillir quasiment 16% d'intention.
05:20Donc évidemment, ça bousculait beaucoup.
05:22– Alors ce n'était que des intentions.
05:24– Oui, absolument.
05:24– Mais enfin, malgré tout.
05:26Alors je reviens quand même sur une chose,
05:27parce que je reviens au 1.
05:31Combien avez-vous d'abonnés ?
05:32– Alors le 1, c'est un peu miraculeux de mon point de vue,
05:36puisqu'on l'a lancé en avril 2014,
05:38à un moment déjà où on disait que le papier était foutu
05:41et que de toute façon, la modernité, c'était de lire l'information
05:44sur nos petites tablettes, nos petits téléphones.
05:46Aujourd'hui, 7 ans après ou presque,
05:49on va atteindre les 25 000 abonnés.
05:51On est à plus de 24 800 abonnés aujourd'hui,
05:53alors où je ne veux pas.
05:55Sans parler du kiosque qui oscille entre 12 000 et 15 000 exemplaires.
05:58– Selon les thèmes ?
05:59– Selon les thèmes, absolument.
06:00Là par exemple, on a fait un thème cette semaine,
06:03c'est ces ados qu'on prostitue, sur la prostitution des mineurs.
06:05Bon, il va moins bien marcher qu'un numéro, par exemple,
06:10qu'on va faire aussi sur l'extrême droite.
06:12Est-ce qu'il y a une extrême droite contre Marine Le Pen, etc. ?
06:15Là, je sais qu'on fera plus de ventes.
06:18Mais pour moi, il y a des sujets très importants à traiter.
06:20Les migrants, par exemple, ce n'est jamais des grandes ventes en kiosque.
06:23Mais malgré tout, pour nous, c'est très important que,
06:25pour le lecteur du 1 qui a 50 numéros dans l'année,
06:28que ce thème-là existe comme étant une porte,
06:32une clé de compréhension de notre époque.
06:33– Et il n'y a pas de pub dans le 1 ?
06:35– Zéro pub.
06:36Le jour où vous verrez une pub dans le 1, c'est que ce ne sera plus l'or.
06:38– Alors, justement, et c'est pour ça que ça m'intéresse,
06:44parce que vous avez été, comme je le disais, patron du monde.
06:49On est à l'ère du digital, du numérique.
06:52Et vous, vous dites, non, non, papier.
06:54Non seulement vous le dites, en plus vous le prouvez.
06:56– On le fait.
06:56– Et vous gagnez.
06:57– Oui, alors, je ne prétends pas du tout avoir créé un modèle de presse alternatif ou quoi.
07:03Simplement, et le numérique, on l'utilise beaucoup pour, justement, recruter des abonnés.
07:06Ça, le paradoxe, c'est la prise de judo.
07:08On prend la force de l'autre pour essayer d'imposer la sienne.
07:11Donc, moi, j'utilise le numérique, non pas pour vendre du numérique, mais pour vendre du papier.
07:15Tout simplement parce que je considère que le papier, ça reste un support de l'intelligence et de l'émotion,
07:22les deux,
07:23de la compréhension, de la nuance, et puis de la lenteur.
07:27Et je pense que notre société a vraiment besoin de lenteur au moment où l'information, à la fois, se
07:32dématérialise et s'accélère.
07:34Donc, nous, on est avec l'antidote.
07:36C'est tout simple, c'est une feuille qui se plie en trois.
07:38C'est quand même pareil pour nos trimestriels qui fonctionnent très bien, qui sont un peu comme des livres.
07:44Eux, ils ont 200 pages, il y a beaucoup d'illustrations à dire, comme l'a été aussi Américard.
07:49Donc, je pense qu'effectivement, le papier, tout dépend de ce qu'on imprime dessus,
07:53mais reste un support où on se réassure soi-même sur une certaine intelligence du monde.
08:01Et pas de gratuit ?
08:03Non, pas de gratuité, parce que je pense qu'une des raisons pour lesquelles la presse écrite a été autant
08:08attaquée depuis 20 ans,
08:10c'est vraiment l'année 2000, a été charnière pour ça, c'est vraiment l'arrivée de Google et d
08:15'Internet,
08:15et c'est aussi l'arrivée des journaux gratuits.
08:17Et c'est faire croire, c'est une tromperie pour moi, c'est-à-dire faire croire aux lecteurs,
08:21qui n'achètent pas, puisque c'est gratuit, que l'information n'a pas de prix, n'a pas de
08:25coût.
08:26Et ça, je pense que c'est une grande mystification, c'est un hold-up,
08:30dans la mesure où, évidemment, une presse qui est complètement gratuite,
08:34ça veut dire qu'elle n'est jamais gratuite, c'est que quelqu'un la paie,
08:37c'est les annonceurs publicitaires, et comme a dit aussi quelqu'un,
08:40si c'est gratuit, c'est que c'est vous qui êtes le produit.
08:42Et donc, à partir de ce moment-là, votre indépendance de pensée est largement malmenée.
08:47– Alors, j'ajoute que vous êtes sur deux voies différentes
08:51avec votre ancien confrère Edoui Plenel,
08:55qui lui a monté un site internet, payant d'ailleurs,
09:01mais vous, vous restez sur le papier, c'est là-dessus que je voulais insister.
09:04– Oui, lui fait ce qu'il appelle un pure player,
09:06c'est-à-dire qu'il n'y a pas, même s'il a une revue maintenant
09:08qui s'appelle Le Crieur et qui est trimestrielle,
09:10comme quoi il y a toujours besoin à un moment donné d'imprimer.
09:12– Oui, oui, du papier, on y vient, on y vient.
09:14– Alors, venons-en justement au papier carrément et au roman.
09:20Venons-en à votre roman, nous sommes donc Marina A,
09:24nous sommes à Florence, enfin, votre narrateur,
09:27qui est en visite dans la ville avec sa femme Maud et sa fille Lisa.
09:33Il est docteur, enfin, c'est un chirurgien orthopédiste pour enfants.
09:36– C'est ça, ça a son importance à la mesure où il ouvre des corps,
09:39mais plutôt pour leur faire du bien, pour les réparer.
09:41– Absolument.
09:42– Et alors, il s'appelle, c'est le docteur Gachet,
09:46il s'appelle Paul Gachet, alors, bon, ça m'a sauté vos yeux, évidemment,
09:52puisque ça m'a fait immédiatement penser à Van Gogh,
09:55or, il n'y a aucune référence à Van Gogh dans le…
09:56– Aucune, mais je vais vous faire quand même un petit aveu.
09:59Ce nom n'est écrit qu'une fois dans le roman.
10:01Je voulais donner un nom à ce narrateur, et j'ai assemblé, en fait,
10:06le nom de mon premier héros de roman, il y a 30 ans, dans Rochelle,
10:09il s'appelait Paul, et quand j'étais enfant, à côté de la Rochelle,
10:12dans un village qui s'appelle Niol-sur-Mer, il y avait un médecin
10:15qui avait beaucoup de bonhomie, qui s'appelait le docteur Gachet.
10:17Et donc, j'ai rapproché Paul et Gachet, et je peux vous promettre
10:20qu'à pas un instant, j'ai pensé à Van Gogh.
10:23– Vous n'avez pas pensé à Van Gogh en écrivant Paul Gachet ?
10:25– Pas du tout, et quand, vous voyez, comme quoi l'inconscient…
10:28Et lorsque mon premier entretien chez Gallimard, pour la revue de Gallimard,
10:33on m'a dit, quel est le lien avec Paul Gachet ?
10:36Je dis, mais c'est incroyable, j'ai créé ce nom de toute pièce,
10:39avec, je sais très bien d'où vient Paul, d'où vient Gachet,
10:41et moi qui voulais faire un personnage complètement anonyme,
10:46j'aurais pu corriger, mais non, j'ai laissé évidemment
10:49cet inconscient aller au bout, et donc chacun peut voir qui il veut.
10:53– Dans Paul Gachet.
10:53– Dans Paul Gachet. Alors, l'exergue de ce roman dit beaucoup de choses,
11:01enfin, quand on a lu le roman, on le comprend d'autant mieux,
11:02c'est une exergue que vous empruntez à Paul, à Pierre Soulages, décidément.
11:07– Si ce n'est pas Paul, c'est Pierre.
11:08– Là, c'est Pierre. C'est ce que je trouve qui me dit ce que je cherche.
11:14– Oui.
11:14– Alors, c'est ce que je trouve qui me dit ce que je cherche.
11:16précisément, à Florence, notre bon docteur Gachet, avec sa femme et sa fille,
11:25est absolument impressionné par les affiches d'une certaine Marina Abramovitch,
11:33qui est une performeuse, une grande performeuse, extrêmement connue.
11:38– Lui ne la connaît pas.
11:38– Lui ne la connaît pas.
11:39– Pour tout vous confier, je ne la connaissais pas non plus avant de lire votre livre.
11:42– Ça me rassure.
11:43– Après, j'ai recherché, mais…
11:44– Et vous avez vu qu'elle existait.
11:45– Ah non, non, non, non seulement elle existe,
11:47mais j'ai découvert de surcroît qu'elle était fort célèbre,
11:50et que voilà, il y avait des gens au moins la connaissaient.
11:54Bon, et alors, c'est très curieux, parce qu'il y a des grandes affiches,
11:58et tout de suite, tout de suite, le narrateur, Paul Gachet,
12:04est tout à fait impressionné par ces affiches,
12:06tout à fait questionné et tout à fait attiré.
12:10– Oui.
12:10– Alors, c'est d'autant plus étonnant qu'évidemment,
12:12bon, nous sommes dans le roman,
12:15sa femme est en train de lire un livre de Nathalie Léger,
12:18qui s'appelle La robe blanche,
12:20et lui, il lui parle de cette Marina Abramovitch,
12:25enfin, elle voit, elle aussi, les affiches,
12:26puis elle lui dit, oh, mais elle lui dit un soir,
12:29couché dans le, non pas le lit, enfin le lit conjugal,
12:31oui, le lit, mais à l'hôtel,
12:33elle lui dit, regarde, regarde, Marina Abramovitch,
12:35elle est dans le livre de Nathalie Léger, etc.
12:38Coïncidence, alors, je voudrais commencer par lire,
12:41bon, parce qu'on va se rendre compte de votre langue,
12:44et puis de l'impression que fait au narrateur
12:50cette Marina Abramovitch.
12:53Je ne crois pas avoir proféré de réconce claire,
12:55mais Maud a conclu que j'étais d'accord.
12:57Il m'a paru évident que depuis sa lecture
12:59de La robe blanche de Nathalie Léger,
13:01je me suis demandé si ce nom était le vrai nom de l'auteur
13:03ou un signal subliminal pour associer cette robe finalement mortuaire
13:06à une tentative de légèreté,
13:09la curiosité de Maud pour cette performeuse,
13:11sans doute la plus incroyable depuis le Christ,
13:14allait grandissante au point de devenir irrépressible.
13:17Quant à moi, troublé par ces rencontres intempestibles
13:20avec ce visage immobile,
13:22je finis par me demander si j'allais bien.
13:24Nous étions de plein pied dans un paradis terrestre,
13:27Florence, remplis de splendeur de la peinture,
13:30entourés des prodiges de Léonard de Vinci,
13:32son annonciation peinte dans sa jeunesse
13:34avait fait pleurer Maud et ses larmes à elle,
13:36plus que celle de Marina Abramovitch,
13:38m'avait retourné le cœur,
13:40enveloppée dans les lumières du Titien,
13:42dans les ténèbres rutilantes du Caravage,
13:44dans la traîne scintillant comme la voie lactée de Giotto
13:48et les chevelures cuivrées de Botticelli,
13:49nous étions là et n'avions plus Dieu
13:52que pour une presque sorcière,
13:54c'est-à-dire Marina Abramovitch,
13:56et le livre décrit Vandel par le menu
13:58une expérience sensorielle glaçante
14:00dont Maud m'avait lu à haute voix quelques détails.
14:03– Oui, parce que cette Marina Abramovitch
14:07est quand même un curieux personnage.
14:09Alors quand je dis qu'elle est performeuse,
14:11oui, elle joue jusqu'au péril avec son corps,
14:17elle fait des tas d'expériences,
14:20tant et si bien, et pourquoi y a-t-il des affiches à Florence ?
14:23Parce qu'il y a une installation de ses performances,
14:28enfin de ses différentes performances au Palais Strozzi,
14:32et comme vous avez, enfin comme vous avez,
14:34comme le narrateur a emmerdé tout le monde,
14:38c'est-à-dire sa femme et sa fille,
14:39et finalement il a réussi à les intriguer,
14:42il est aussi tellement intrigué par cette figure
14:44qu'il voit sur les affiches ou sur les bus,
14:47parce que tout Florence, voilà,
14:49qu'on finit par lui dire,
14:50bon ben écoutez, sa fille lui dit,
14:52ben écoute, il n'y a qu'à y aller,
14:54et la mère répond, oui, oui, ton père est d'accord,
14:56et puis voilà, et puis tout le monde se rend au Palais Strozzi.
14:59Et alors là, quel n'est pas l'étonnement du docteur Gachet,
15:03l'étonnement du narrateur,
15:05beaucoup plus d'ailleurs que sa fille ou sa femme,
15:10quand on doit, alors d'abord il y a une espèce de bus,
15:15qui est là avec des images qui sont prostétées dedans,
15:17qui est le bus dans lequel c'est déplacé par toute…
15:20– Oui, c'est un fourgon, un ancien fourgon de flic,
15:22un ancien panier à salade.
15:23– Oui, un ancien panier à salade,
15:25un fourgon de flic, oui,
15:28où Marina Abramovic et Oulaye, son compagnon,
15:32se sont déplacés un peu partout, etc.
15:34Et puis il y a une salle dans laquelle on entre en passant,
15:38enfin on a plusieurs possibilités d'entrer,
15:40soit à droite, soit à gauche,
15:42mais au centre, on rentre entre deux personnes, nues,
15:46qui se regardent intensément.
15:49– Voilà.
15:49– Une autre salle où on voit Marina Abramovic,
15:56non c'est pas elle, c'est quelqu'un d'autre,
15:57nettoyer des os, parce que j'ai regardé…
16:00– Oui, c'est une vidéo d'elle en fait,
16:01une vidéo d'elle prise à la Mostra de Venise,
16:04qui a d'ailleurs valu un lion d'or à la Mostra.
16:08– Voilà, et elle a une robe blanche,
16:10et plus elle nettoie les os sanguinolents,
16:15plus elle se tâche.
16:17– Elle se salit, et c'est probablement d'ailleurs,
16:20c'est comme ça en tout cas que le narrateur reçoit cette vision,
16:25puisqu'elle est serbe, la performance s'appelle Balkan baroque,
16:31il y voit une sorte d'allégorie sanguinolente du nettoyage ethnique,
16:36c'est-à-dire que plus on nettoie, plus on se salit.
16:38– Plus on se salit, et c'est exactement ça.
16:40Une autre salle encore, où Oulaï, le compagnon de Marina, Abramovitch,
16:46bande un arc avec une flèche sur la poitrine de son amoureuse,
16:51à chaque fois, le médecin, Paul, tente de décrypter,
16:57enfin dans tous les cas de figure, il est saisi,
17:00au point que vous écrivez ceci, plus que celle de l'arc,
17:05que je reviens, c'est la tension des regards entre elle et lui,
17:09Oulaï, son compagnon, qui capta mon attention dans la salle suivante,
17:13elle avait les cheveux courts coupés à la garçonne, à la Jeanne d'Arc,
17:16avant le bûcher ou pas loin, lui, plus grand qu'elle, mince, droit,
17:21tendu aussi, comme son regard, comme l'arc, comme la corde de l'arc,
17:25elle serrait le bois de l'arme, impassible, concentrée,
17:28vêtue d'une chemise blanche pour laisser voir le sang si jamais,
17:32jupe noire de deuil, face à elle, Oulaï, avec la même chemise blanche,
17:36un pantalon noir, le poids du corps en arrière pour créer la tension,
17:40flèche tirée à l'extrême, flèche au bout empoisonnée,
17:44pointe orientée vers le cœur de Marina,
17:46rester ainsi immobile face à l'arc, l'arc bandé,
17:49son regard à elle dit « protège-moi »,
17:52il pourrait tout aussi bien dire « tue-moi, je suis prête »,
17:56lui, à le bras gauche, allongé le long de sa jambe,
18:00la main droite serre l'embout de la flèche,
18:02ne pas lâcher, 4 minutes, la performance dure 4 minutes et une poignée de secondes,
18:06c'est long, c'est interminable, parfois sa main tremble,
18:09on devine la tension au bout des doigts, protège-moi ou tue-moi.
18:12Leurs souffles se font plus courts, hachés, heurtés,
18:15des petits microphones enregistrent les battements de leur cœur,
18:18qui s'accélèrent, deux chevaux fous au galop,
18:21sa main à lui a tremblé,
18:23l'extrémité de la pointe a bougé de quelques millimètres à peine,
18:26a bougé, ces deux-là s'aimaient,
18:29d'une seconde à l'autre, ils risquaient de se perdre,
18:31leur chemise blanche était rouge de peur,
18:33l'imagination prenait le relais du réel,
18:35et le réel, c'était que la flèche ne se ficherait pas dans le cœur de Marina,
18:40mais chaque fois, c'était remettre à l'épreuve la confiance,
18:43ne faire tenir l'amour qu'à un fil.
18:44Et alors là,
18:48le narrateur de Marina Abramovic, de ce roman,
18:51ne sait pas ce qui lui arrive.
18:54Il sent que quelque chose d'important est en train de se passer,
18:58tout à la fois dans sa vie et dans sa compréhension du monde.
19:03Il sent d'une certaine façon qu'il ne sera plus le même ensuite,
19:08mais il ne comprend pas bien ce qui lui arrive.
19:10Il va falloir attendre d'ailleurs deux ans
19:11pour qu'il ait un certain nombre de réponses à ces questions.
19:14Mais, plus fort encore, car ça ne s'arrête pas.
19:18Plusieurs fois, au cours de cette exposition,
19:23enfin de cette performance,
19:25il écrit,
19:25plusieurs fois, je pensais faire demi-tour,
19:27mais une force plus grande m'incitait à poursuivre.
19:29Les scènes se succédaient,
19:30choquantes, intrigantes, dérangeantes,
19:33comme ces hommes et ces femmes filmaient nus
19:35dans une campagne pluvieuse,
19:36se livrant à des rituels de fécondation de la terre,
19:39les hommes plantant leur pénis à même le sol,
19:41détrempés des champs,
19:42les femmes courant dans tous les sens
19:44et soulevant frénétiquement leur robe
19:46pour offrir au ciel leur sexe exhibé.
19:48Puis, il y eut cette performance
19:50pour laquelle le public faisait l'actu.
19:51On entrait par petits groupes
19:52dans une salle éclairée
19:53par une lumière blanche aveuglante.
19:55Une femme se tenait en hauteur contre le mur,
19:57nue encore, complètement nue,
19:59fragile, vulnérale,
20:00les poils sombres de son sexe
20:01constituant la seule ombre de ce tableau surexposé,
20:05assise sur une large selle de vélo,
20:07les mains accrochées à de courts barreaux,
20:08les pieds reposant à peine sur des cales métalliques.
20:11Elle prenait une pose christique,
20:13bras écartés,
20:13jambes serrées,
20:15lâchant les prises
20:16pour ne plus trouver appui que sur la selle.
20:17Quand je pénétrais dans la salle,
20:18la performeuse était frappée
20:19d'une tétanie spectaculaire
20:21qui faisait remuer ses seins
20:22et ses mâchoires
20:23dans un tremblement insoutenable pour elle
20:25comme pour ceux qui la regardaient.
20:26Enfin, voilà.
20:27Il y a eu une manifestation
20:30de scènes comme celle-ci.
20:32Alors, le narrateur rentre à l'hôtel,
20:35se renseigne quand même
20:36avec téléphone portable interposé,
20:38se renseigne sur cette femme,
20:40découvre un nombre de scènes incalculables,
20:43notamment une performance au MoMA
20:46qui est absolument terrible
20:47où elle est sur une table
20:48avec des objets.
20:49Alors ça, ce n'est pas le MoMA.
20:50Ça, c'est à Naples.
20:51Le MoMA, c'est quand elle sera
20:53face aux gens qui s'assoient en face d'elle.
20:55Voilà.
20:56Cette...
20:57Celle s'appelle The Artist qui se présente.
20:58Celle-là qui s'appelle Rythme Zéro
20:59est à Naples en 1974
21:01et effectivement,
21:02elle est assise sur les objets.
21:13Elle est sur cette table.
21:14Le public peut faire n'importe quoi
21:16avec ses objets.
21:18Et puis, on en arrive au pire.
21:21C'est-à-dire que certains veulent...
21:23Enfin, il y en a qui vont jusqu'à vouloir
21:25utiliser contre elle ses objets.
21:28D'autres simplement la caresser.
21:30Certains la touchaient,
21:32lui touchaient le sexe, etc.
21:33Les femmes retiennent les hommes
21:35de n'aller pas trop loin.
21:36Enfin, c'est assez...
21:39Et tout ça chamboule littéralement le narrateur
21:41qui vient pourtant
21:42et qui est entouré de Titien,
21:44de Diotto, de...
21:46Est-ce qu'il n'étouffe pas d'ailleurs
21:47un peu au milieu de tout ça ?
21:48Est-ce qu'il n'a pas le fameux syndrome
21:50de Florence dont parlait Stendhal ?
21:51Disons qu'il l'a, mais pas...
21:53Enfin, disons que le syndrome de Stendhal,
21:57de Florence,
21:58c'était vraiment face à une beauté indicible.
22:01Là, ce n'est pas vraiment ça.
22:02C'est des choses, comme vous dites,
22:04qui le heurtent,
22:05qui le font...
22:07Le mettent hors de lui,
22:08j'allais dire,
22:09le font sortir d'une zone de confort habituelle.
22:13D'autant que, se renseignant sur,
22:15comme je le disais,
22:18recourant à Wikipédia, etc.,
22:20il découvre des choses de cette Marina Abramovic
22:22qui est, comme je le disais, très célèbre.
22:25Et puis, mais surtout,
22:27il découvre que cette femme
22:32a écrit que l'art était fait pour déranger,
22:35pour poser des questions
22:36et même pour dire quelque chose de l'avenir,
22:39que l'art est politique.
22:41Sinon, il ne serait pas plus qu'un journal
22:44qui ne vaut que pour une journée
22:46avant de se périmer dès le lendemain.
22:48Et surtout, elle dit,
22:49« L'art ne doit pas être beau,
22:52il doit avoir du sens. »
22:54Oui, mais lequel s'interroge le bon docteur ?
22:59C'est d'autant plus curieux
23:01que lorsqu'il repense à ce qu'il a vu,
23:05il est totalement chamboulé,
23:07il a du mal à dormir,
23:07des rêves reviennent,
23:09et notamment son père.
23:11Son père fait un retour dans la vie,
23:15ce père qui est mort d'un cancer
23:18qui porte un drôle de nom
23:20puisqu'il s'appelle le cordome.
23:22Oui, le cordome,
23:23qui est une maladie orpheline
23:25dont son père est mort
23:26quelques années plus tôt
23:28et où il était complètement boursouflé
23:33de tumeurs sur tous les os.
23:36Et lorsqu'il voit Marina Abramovitch
23:39à un moment donné nettoyer ses os,
23:42il va la voir aussi à un autre moment
23:43avec un squelette sur elle
23:45et lui insuffler une vie qu'il a perdue.
23:48Ces images vont lui rappeler
23:51effectivement les souffrances de ce père
23:54devenu squelettique.
23:55Et d'une certaine manière,
23:57quand elle chérit,
23:58elle semble chérir ce corps sans vie,
24:01et lui, il revoit,
24:03non pas la figure,
24:05mais le corps souffrant de son père
24:06avec cette maladie,
24:07le cordome,
24:08ça s'écrit C-H-O-R-D-O-M-E,
24:10mais ça se prononce corps d'homme.
24:12Exactement.
24:13Et quand il voit à la fois effectivement
24:17Marina Abramovitch insuffler
24:18ce souffle de vie,
24:20et quand il voit aussi
24:21la manière qu'elle a de se servir de son corps,
24:24prévenir peut-être…
24:26– C'est ça.
24:27– Un avenir,
24:27enfin, il ne sait pas trop,
24:28au point qu'il écrit,
24:30enfin, il se dit,
24:31« Les heures passées dans l'univers de Marina Abramovitch
24:34avaient amoindri mes défenses,
24:37aiguisé ma conscience.
24:39J'étais presque vieux,
24:42et pourtant quelque chose de ma vie
24:44venait de commencer. »
24:47c'est peut-être l'une des raisons
24:48pour lesquelles, selon moi,
24:50le roman s'appelle Marina A,
24:53A, première lettre de l'alphabet,
24:54non je me trompe ?
24:55– Oui, non, vous ne vous trompez pas,
24:57parce qu'effectivement,
24:57à un moment donné,
24:58au début, il l'appelle Marina Abramovitch,
25:00et puis après, il réduit,
25:02et ce diminutif qu'il lui trouve,
25:04et qu'il donne le titre au livre,
25:06Marina A,
25:06et effectivement, A,
25:07c'est comme un commencement.
25:09– C'est comme un commencement.
25:09des mots, du récit,
25:11d'un récit,
25:12sachant que, pour lui,
25:14elle est comme une sorte de lanceuse d'alerte,
25:16mais pas avec des mots,
25:18mais avec son corps.
25:19C'est par son corps
25:20que finalement,
25:21ce corps qu'elle outrage,
25:23qu'elle met à mal,
25:25qu'elle transperce,
25:26avec des couteaux,
25:27elle se fait saigner
25:28quand elle les fait aller
25:29d'un doigt à l'autre, etc.
25:32Lui, il voit une sorte d'appel à l'autre,
25:36parce qu'elle a besoin de l'autre.
25:37Elle a besoin de l'autre pour son regard,
25:39mais aussi,
25:40elle a quelquefois besoin de l'autre
25:41pour la sauver.
25:42Et d'ailleurs,
25:42la première performance
25:44qu'elle fera de toute sa vie
25:46aurait pu être la dernière,
25:48parce qu'elle a lieu
25:48devant le centre culturel de Belgrade.
25:51Elle a une vingtaine d'années
25:52et elle décide de prendre…
25:55Elle est marquée par l'étoile du communisme,
25:57le pentagramme,
25:58et donc,
25:58elle va dessiner au sol
25:59ce pentagramme
26:00avec de la sueur de bois,
26:02qu'elle va asperger d'essence
26:04et qu'elle va allumer
26:05avec une allumette
26:06et elle se met au milieu.
26:09Et évidemment,
26:10au bout de quelques secondes
26:11ou peut-être pas quelques minutes,
26:13les fumées toxiques
26:15viennent sur elle
26:15et s'il n'y avait pas un spectateur
26:17pour la sauver,
26:17elle serait morte.
26:18Elle serait morte.
26:18Là,
26:19de la même manière
26:19que dans Rythme Zéro,
26:21quand un des spectateurs
26:22finit par mettre dans sa main
26:24le pistolet chargé d'une balle…
26:26– D'une seule balle, oui.
26:27– Et le braquer sur sa temple,
26:29coller à sa temple,
26:30c'est d'autres spectateurs
26:31qui vont s'en prendre à lui
26:33pour éviter…
26:34– Le pire.
26:34– Le risque du pire.
26:35– Le risque du pire.
26:49Ce sont les performances
26:51de Marina Abramovitch
26:53qui lui font dire cela.
26:54Marina Abramovitch
26:55m'avait dit des choses à moi,
26:58mais je ne savais pas quoi précisément
27:00et plus loin.
27:01Ce que je comprenais
27:03était diffus,
27:05violent
27:05et serein à la fois.
27:07« Nous avions beau nous côtoyer
27:09dans nos vies… »
27:10Voilà ce qu'il déduit
27:11de tout ce qu'il a vu.
27:12D'une sorte de résumé.
27:14« Nous avions beau nous côtoyer
27:16dans nos vies,
27:17nous aimer ardemment,
27:19frotter nos corps
27:20jusqu'à nous pénétrer,
27:22chacun courait dans sa ligne.
27:24Elle pouvait se briser
27:25au sortir du prochain virage
27:27ou se poursuivre
27:28pendant de longs tours de piste
27:30et disparaître soudain,
27:31au loin,
27:32derrière les monts de Toscane
27:34qui enserraient Florence
27:34dans son écrin de cyprès
27:36et de champs d'oiseaux.
27:37Donc une première,
27:39comment dire,
27:40une première alerte.
27:43Et c'est ensuite d'ailleurs perturbé
27:45qu'il va précisément rêver
27:49à son père.
27:50Et ça, c'est tout à fait impressionnant.
27:53Alors, ce que l'on comprend assez vite,
27:56c'est en quelque sorte,
27:58parce que votre roman,
27:59Sonny, peut se lire
28:00comme un thriller,
28:01parce qu'on se dit
28:02mais jusqu'où tout ça peut.
28:05– On est intrigué,
28:06je pense que cette femme,
28:07comme elle intrigue le narrateur,
28:09je pense qu'elle intrigue le lecteur
28:10parce qu'elle lui dit
28:12sans qu'il le comprenne vraiment.
28:13D'ailleurs,
28:15quelquefois,
28:15je dis quelque chose de bizarre,
28:17mais que je ne suis pas sûr
28:18moi-même d'avoir compris
28:19tout ce que j'ai écrit dans ce livre.
28:21C'est-à-dire que beaucoup de choses
28:22me sont…
28:23j'ai essayé de les traduire
28:25en mots,
28:26en un récit cohérent,
28:27mais il n'empêche que forcément,
28:29une fois que j'ai dit
28:30que l'art peut changer notre vie,
28:32que l'art peut ébranler notre vie,
28:33peut ouvrir une fissure en nous,
28:35une brèche,
28:35et dans cette brèche
28:36va rentrer beaucoup de choses.
28:38Une fois qu'on a dit ça,
28:40il reste à chacun
28:41à faire son expérience.
28:42– Et vous le dites
28:42dans ces mots,
28:43page 48,
28:44« L'artiste serbe
28:45avait ouvert une brèche en moi,
28:47une manière de regarder… »
28:49– C'est ça.
28:50– Et vous terminez par une chose
28:51qui paraît très importante,
28:53le besoin d'ouvrir les yeux autrement.
28:56– Oui.
28:56– Alors ça,
28:56c'est une expérience…
28:57alors là,
28:58vous pouvez vous confier,
28:59on est là pour…
28:59– Regardez autrement, oui.
29:00– C'est une expérience
29:01qui vous est véritablement arrivée ?
29:03– Alors…
29:03– C'est-à-dire,
29:04vous êtes allé à Florence,
29:05vous avez vu ces images ?
29:05– Oui, c'est-à-dire en fait,
29:07si on…
29:08j'essaie de dire un peu
29:10dans quelles conditions
29:10ce livre est apparu,
29:12parce que…
29:12– Oui.
29:13– Je n'ai pas décidé
29:14d'écrire ce livre,
29:15j'ai l'impression que ce livre
29:16a décidé pour moi
29:17que je l'écrive,
29:17c'est un peu différent.
29:20Lorsque j'ai vu moi-même
29:22Marina Abramovic
29:23dans ses performances
29:24à Florence il y a quelques années,
29:27je ne la connaissais pas,
29:28je ne savais pas qui elle était,
29:31et à un moment donné,
29:32quand le narrateur dit
29:33« j'avais presque 60 ans »,
29:35« je dormais depuis 60 ans »
29:36et elle m'a réveillé,
29:37j'ai vraiment reçu ça comme ça,
29:40c'est-à-dire qu'en me disant
29:42au départ,
29:43tout ça devrait me choquer,
29:45me faire fuir,
29:47aller vite voir les…
29:48– Les Giotto.
29:50– Les Giotto
29:51et les Léonard
29:52et les David, etc.
29:53et les Botticelli.
29:56Et puis je suis aimanté
29:58par ce que je vois,
29:59mais je ne le comprends pas.
30:01Et c'est seulement…
30:02Donc quand je suis rentré à Paris,
30:03j'ai écrit non pas ça,
30:05mais j'ai écrit une centaine de pages
30:07pour essayer de garder
30:09les émotions
30:10qui m'étaient restées de ce voyage.
30:12Voilà.
30:13Et puis oublie,
30:14oublie pendant deux ans.
30:15– Comme le narrateur.
30:16Le narrateur rentre à Paris,
30:18non, non,
30:21sans…
30:22quand même un passage
30:23très, très intéressant.
30:25Non, sans aller…
30:27c'est le jour où il repart
30:28pour Paris,
30:29c'est l'avion du soir,
30:29il va visiter
30:30la synagogue de Florence.
30:31– Oui.
30:32– Or,
30:33la synagogue,
30:33comme toutes les synagogues aujourd'hui,
30:35est gardée par deux militaires.
30:37Il s'avère que là,
30:38pour y rentrer,
30:39on passe au milieu
30:39de deux militaires,
30:40il s'avère que là,
30:41il s'agit d'un homme
30:42et d'une femme
30:43qui se font face
30:44et qui se regardent.
30:46On pense évidemment,
30:47puisque là,
30:48il y a…
30:48– À l'entrée de l'exposition.
30:49– À l'entrée de l'exposition
30:51au Palazzo Strozzi,
30:53c'est un homme et une femme
30:54qui se regardent.
30:54Là, les militaires,
30:55évidemment,
30:55ne sont pas nus
30:56et à la place du sexe,
30:58ils ont plutôt
30:58une kalachnikov.
31:00En lieu et place de leur sexe,
31:01des armes.
31:02Il y a ici un lien évident
31:04entre les performances
31:05de Marina Abramovitch
31:06et la visite
31:07de la grande synagogue
31:08de Florence
31:09pour gaucher.
31:10Qu'est-ce qu'il en tire
31:11comme conclusion
31:12à ce moment-là ?
31:13Est-ce que quelque chose-là
31:15lui fait signe ?
31:16– Oui, parce que,
31:17bien sûr,
31:21cette îlot de judéité
31:23à Florence,
31:25c'est tout de suite
31:26le rappel
31:27qu'à un moment donné,
31:28des hommes peuvent
31:29en éliminer d'autres.
31:31Donc, bien sûr,
31:32il est resté
31:32sur la scène
31:34des Balkans,
31:35Balkans baroques
31:36et des guerres ethniques
31:37et puis tout d'un coup,
31:38il y a le judaïsme
31:39et toutes ces tragédies
31:42qui lui apparaissent.
31:44On ne sait pas d'ailleurs
31:45si lui est juif
31:46ou pas juif,
31:47ce n'est pas ça la question.
31:48Mais en revanche,
31:50ce qu'il voit là,
31:52c'est l'émergence
31:53ou le rappel
31:54de l'histoire
31:55qu'à un moment donné,
31:58lorsqu'il y a
31:58un grand danger,
32:00il faut que l'autre
32:01nous aide,
32:02autrement,
32:02on est liquidé.
32:04Et je crois que ça,
32:06cette idée de l'autre,
32:07apparaît
32:08dans les performances
32:10de Marina,
32:11vous parliez de l'arc
32:12tout à l'heure,
32:12il faut avoir confiance
32:13dans l'autre
32:14et à la synagogue,
32:15la confiance,
32:16elle est armée.
32:17Alors,
32:18il résume,
32:19avant de rentrer à Paris,
32:21avant qu'il y ait
32:21ce laps de temps
32:22qui vous est arrivé
32:24vous aussi,
32:24c'est-à-dire de deux ans,
32:25il ne va pas l'oublier,
32:26mais enfin,
32:27il va faire plein de choses.
32:29Il écrit,
32:30Marina Abramovitch me parlait,
32:32elle qui n'articulait pas
32:34un mot
32:34pendant ses performances
32:35semblait vouloir
32:36me dire quelque chose.
32:37Pourtant,
32:38elle reste émuette
32:39et pétrifiée
32:40comme pendant la nuit
32:42sur l'ordinateur
32:42parce qu'il va regarder tout ça.
32:44Peut-être devais-je payer
32:46de ma personne,
32:47accepter de me rendre vulnérable,
32:50de faire confiance aux autres,
32:51c'est exactement
32:52ce que vous étiez en train de dire,
32:53à mes risques et périls,
32:55mais plongée dans son univers
32:56avait fini par me tenir
32:58la tête hors de l'eau,
32:59même quand elle manquait,
33:01brûlée,
33:02étendue inconsciente
33:03au centre d'une étoile
33:04à cinq pointes
33:05qu'elle avait inondée d'essence
33:07comme je l'avais vu
33:07sur une vidéo de 1974,
33:10là c'est à Belgrade,
33:11et que deux spectateurs indispensables
33:13à la réalisation
33:14de l'œuvre vivante
33:15la sauvaient
33:16in extremis
33:17des flammes.
33:20Le narrateur
33:20va rentrer à Paris,
33:22alors il y a
33:23des choses amusantes
33:25parce qu'il va recevoir
33:26des gens dans son cabinet,
33:28l'une de ses patientes
33:29va laisser une page,
33:31parce qu'il n'avait pas oublié Marina,
33:33mais enfin ça lui était,
33:34l'une de ses patientes
33:36va laisser une page ouverte
33:37d'un magazine,
33:38il va retrouver Marina,
33:41encore se cultiver sur elle,
33:43non seulement se cultiver sur elle,
33:44mais sur son couple,
33:46parce qu'avec Oulaye,
33:48ils vont se séparer,
33:50ils ont fait une chose
33:51absolument incroyable
33:51tous les deux
33:52comme performance,
33:53c'est-à-dire partir chacun
33:55d'un point de la muraille
33:57de Chine,
33:58ce qui représente
33:591200 kilomètres,
34:01s'arrêter au milieu,
34:03simplement il y a une chose
34:04qui ne va pas,
34:04c'est que lui à un moment
34:05on trouve un paysage superbe,
34:07il s'arrête 2-3 jours
34:08et il attend qu'elle leur joille
34:09et ça c'était pas grand contrat.
34:11– Elle n'était pas contente
34:11parce qu'il devait vraiment
34:12se retrouver à un point précis
34:14et lui…
34:14– Oui, alors ils ont
34:15un drôle de rapport
34:16tous les deux aussi,
34:17ce qui fait que le narrateur
34:19va beaucoup,
34:21beaucoup sonder
34:22le couple,
34:23l'amour
34:23et le désir en même temps,
34:25puisqu'il va s'intéresser
34:26à ce couple.
34:27– Bien sûr,
34:27bien sûr et c'est un couple
34:28qui évidemment au départ
34:30est fusionnel
34:31et l'évolution d'ailleurs
34:32de ses performances
34:35va accompagner,
34:36je ne dis pas la mutation,
34:37mais l'évolution
34:38de Marina Abramovic
34:39vers justement
34:40l'empathie vers l'autre,
34:42ce dont je parle plus tard
34:45avec l'allusion à Lévinas.
34:47– On va y venir,
34:47– Et donc c'est vrai
34:48que ce couple au départ
34:48s'affronte,
34:50c'est-à-dire que les premières
34:51performances,
34:51ils sont nus tous les deux,
34:53ils courent l'un vers l'autre
34:54et évidemment lui est plus fort,
34:55plus solide
34:55et elle tombe à chaque fois.
34:57Après il y aura
34:58ces performances
34:58où ils vont se donner
34:59un baiser de 19 minutes
35:00ou jusqu'à s'étouffer.
35:02– Oui,
35:02puisqu'il y a
35:04le problème du carbone.
35:05le gaz carbonique de l'un
35:06devient l'oxygène de l'autre
35:07mais évidemment
35:08au bout d'un moment
35:08ils ne respirent que du gaz carbonique.
35:10Ça dure 19 minutes.
35:11Il y a cette performance
35:12dont vous avez parlé
35:13de l'arc bandé
35:15et puis il y aura
35:16les cheveux noués
35:17où ils sont deux,
35:18ils ne font plus qu'un
35:18avec leurs cheveux noués
35:20par la nuque.
35:22Et puis effectivement,
35:23ils veulent se marier,
35:24ils s'aiment
35:25et ils veulent se marier
35:26sur la grande muraille de Chine.
35:28Ils demandent
35:28les autorisations
35:29mais il faudra
35:30huit ans
35:31avant qu'ils obtiennent
35:32les autorisations
35:32et quand ils ont
35:33le feu vert
35:34des autorisités chinoises,
35:36ils ne s'aiment plus
35:37en tout cas assez
35:37pour être un couple
35:38et ils se séparent.
35:40Et donc effectivement,
35:40ils vont faire
35:41cette longue marche
35:42comme aurait dit Mao,
35:43simplement avec la décision
35:45qu'Oulaï prend
35:46à un moment donné
35:47de s'arrêter
35:48à un endroit
35:48qui lui paraît très beau.
35:49Ils ont une brève étreinte
35:51et chacun reprend sa route.
35:52Et là, Marina se trouve seule,
35:54elle doit se reconstruire
35:55et je dirais
35:56ce parcours solitaire,
35:58il va trouver son,
36:00j'allais dire,
36:01son acmé
36:02en 2010 au MoMA,
36:03à New York
36:04où là,
36:04elle a une performance
36:05incroyable
36:06où plus de 750 000 personnes
36:08vont s'asseoir devant elle,
36:10face à elle,
36:11au bout d'une table
36:13et des gens dormiront
36:14la nuit dans les rues
36:15pour être pas loin du MoMA
36:17pour être sûrs
36:17que peut-être
36:17ils ont une chance
36:18demain de croiser son regard.
36:20Et là,
36:20on voit bien
36:21qu'elle est passée dans quelque chose,
36:22elle n'est plus en train
36:22de se flageller,
36:23de se lacérer,
36:24etc.,
36:25mais ni dans l'affrontement,
36:27elle est,
36:28on ne se touche plus,
36:29le corps n'est plus en danger
36:30et on entre dans l'autre
36:32par le regard.
36:33Et évidemment,
36:35ce que vous disiez à l'instant
36:36dans son cabinet de médecin,
36:38une femme a laissé
36:39une revue ouverte
36:40et il y a une photo
36:42et cette photo
36:43retient son attention,
36:44au début,
36:45il ne reconnaît pas
36:46les protagonistes
36:47et qu'est-ce qu'il voit ?
36:48Il voit,
36:49la légende montre,
36:50c'est un palais à Bangkok,
36:51un vieux palais,
36:52on est en 1983,
36:54au bas des marches,
36:55il y a une femme
36:56qui tend les bras
36:57à un homme
36:58qui est quelques marches
36:59au-dessus
36:59et qui tend les bras aussi,
37:01il ne se touche pas,
37:02leurs ombres ne se touchent pas,
37:03il y a une autre photo
37:04où ils se sont rapprochés
37:05mais ils ne se touchent
37:06toujours pas
37:07et cette photo s'appelle
37:08l'impossible rapprochement
37:10et c'est Oulai
37:10et Marina Abramovic.
37:12Et là,
37:12comme la pandémie mondiale
37:14s'est déclarée
37:15quelques mois plus tôt,
37:16quelques semaines plus tôt,
37:18il y voit
37:19une sorte d'allégorie,
37:21peut-être comprend-il
37:22pour la première fois
37:23ce qu'elle lui dit
37:24parce que c'est peut-être
37:24plus explicite pour lui
37:25que de dire
37:26l'impossible rapprochement
37:28ne peut plus se toucher,
37:29quelque chose
37:29nous empêche de nous toucher
37:31donc on doit prendre soin
37:32de l'autre
37:32et en même temps
37:33on ne doit pas le toucher,
37:34ne doit pas l'approcher
37:35trop près
37:35et finalement
37:38cette distanciation physique
37:39ou sociale
37:40qui est plutôt physique
37:41je préfère ce mot évidemment
37:44résonne
37:44et ça réactive en lui
37:46tout ce qu'il a vu
37:47deux ans plus tôt
37:48à Florence
37:49et c'est à partir de là
37:50que finalement
37:52Marina Abramovic
37:54va entrer en lui
37:55comme étant
37:56quelqu'un qui le réveille
37:57et qui l'interroge
37:59sur sa propre vie
38:00sur son propre lien
38:01à sa femme
38:02à sa fille
38:03mais aussi son propre lien
38:04aux autres
38:05auxquels il ne prend
38:07auquel il n'a pas jamais
38:09attaché tant d'importance
38:11que ça
38:11oui parce que
38:12alors
38:14vous venez de le dire
38:15la pandémie
38:16va se déclarer
38:18notre médecin
38:19va lui-même
38:20tomber malade
38:21il a une maladie
38:22impossible
38:22c'est pas le Covid
38:23c'est une crise
38:25de la verticalité
38:27qui existe tout à fait
38:28il ne peut plus
38:28se tenir droit
38:29voilà
38:30il ne peut plus
38:31se tenir droit
38:31et d'ailleurs
38:32il ne peut tellement
38:33plus se tenir droit
38:34c'est à la faveur
38:36si je veux dire
38:36grâce à cette maladie
38:37qui prend le temps
38:38enfin il est allongé
38:39puis il écoute la radio
38:40et puis voilà
38:41et il écrit
38:42je tendis l'oreille
38:44quand une voix de femme
38:45dont le nom
38:46ne me disait rien
38:47se fit entendre
38:48il était question
38:49de cette situation
38:50hors normes
38:50que nous vivions tous
38:51collectivement
38:52ensemble
38:53et seuls
38:54parle de la pandémie
38:55j'observais la tête de l'arbre
38:57oui parce qu'on le met
38:58on le met dans son lit
38:59mais on ouvre
38:59sur le jardin
39:00voilà
39:01j'observais la tête de l'arbre
39:03et ses guirlandes de feuilles
39:04verts tendres
39:05qui ployaient doucement
39:06dans le ciel sans nuage
39:07pendant que cette femme
39:08une historienne des idées
39:09évoquait la figure
39:10du philosophe Emmanuel Lévinas
39:12j'avais de la peine
39:13à suivre son débit rapide
39:15mais mon intention
39:16fut attirée
39:17lorsqu'elle raconta
39:18qu'à son arrivée
39:18dans les studios de radio
39:19un homme avait ouvert
39:20la porte devant elle
39:21et lui avait dit
39:23après vous
39:24ces deux mots anodins
39:26après vous
39:27l'avaient plongé
39:28tout entière
39:29dans l'univers de Lévinas
39:31marqué par le souci
39:32de l'autre
39:33ce qui nous manque le plus
39:35dans notre société moderne
39:37insistait-elle
39:37c'est la prise en compte
39:39de l'autre
39:39surtout quand cet autre
39:40est fragile
39:40de peu de poids social
39:43transparent au point
39:44qu'il ne compte pas
39:45même s'il tend la main
39:46chaque matin
39:47sur le trottoir d'en face
39:48elle termina par cette phrase
39:50qui me fit l'effet
39:51d'une piqûre
39:51on pourrait construire
39:52une civilisation
39:53sur ces deux mots
39:55après vous
39:56avant qu'un aria
39:57chanté de Bach
39:58un skate bouleversant
39:59ne couvrit sa voix
40:00ça c'est à la radio
40:02là il commence
40:04à prendre toute la mesure
40:05de la situation
40:05d'autant que chez lui
40:06puisqu'on peut parler
40:08de Maud
40:08et de Lisa
40:10et de Lisa
40:10sa fille
40:11voilà
40:13ils ont tous des casques
40:14ça ne respire pas
40:15beaucoup l'amour
40:16quand même chez lui
40:17non ?
40:17non c'est effectivement
40:18ça respire une sorte
40:20de cohabitation
40:20c'est ça
40:21on a l'impression
40:22que lui est complètement
40:24absorbé par son travail
40:25il est chirurgien
40:26il s'occupe d'enfants
40:27bon il a fait presque
40:28cette concession
40:29d'aller à Florence
40:30quelques jours
40:31deux ans plus tôt
40:32pour des vacances
40:34pour leur faire découvrir
40:34mais qu'au fond
40:35il est très seul
40:36et qu'il n'y a pas
40:37une forte empathie
40:39en tout cas
40:39il ne la manifeste pas
40:41pour sa femme
40:42et pour sa fille
40:42lesquelles
40:43l'une après l'autre
40:44se sont réfugiées
40:46dissimulées
40:46sous des casques
40:48la fille
40:49quelquefois
40:50écoute de la musique
40:50mais quelquefois
40:51n'écoute rien
40:51c'est juste pour être isolée
40:53pour être isolée
40:54et sa femme
40:55un jour
40:55reçoit un paquet
40:57et elle est toute excitée
40:58parce qu'elle a un casque
41:00elle a un casque
41:01très spécial
41:02voilà
41:02très sophistiquée
41:03selon les réglages
41:05on peut entendre
41:06ce qu'on a
41:07une musique
41:08ou une émission
41:08mais on entend
41:09les bruits du dehors
41:10les mots du dehors
41:11et quelquefois
41:12si on règle autrement
41:13on n'entend rien
41:14on est vraiment
41:14et là
41:15il se demande
41:16finalement
41:17s'il n'est pas en train
41:18de les perdre
41:18l'une après l'autre
41:19parce que précisément
41:21il n'a pas su
41:22leur accorder du temps
41:23de l'attention
41:24et donc tout ça
41:26ça vient de Marina
41:27c'est-à-dire que
41:27cet appel vers l'autre
41:29cette tentation
41:30cette main tendue vers l'autre
41:32il se dit que lui
41:33n'a jamais su faire ça
41:34y compris d'ailleurs
41:35dans sa vie sociale
41:36puisque dans la rue
41:37il y a des SDF
41:38il ne les regarde jamais
41:39et il a l'impression
41:40finalement
41:40que cette société moderne
41:42nous a déshumanisés
41:43en transférant
41:46le poids
41:47de la charité
41:48ou de la redistribution
41:49tout dépend
41:49comment on voit les choses
41:50à des institutions
41:52on paye nos impôts
41:53et on ne s'en occupe plus
41:54et donc
41:55tout ça
41:56c'est comme
41:57l'effet papillon
41:58c'est-à-dire qu'il y a
41:59un petit battement d'aile
42:00et puis tout d'un coup
42:00ça crée un cataclysme
42:01à l'intérieur de lui
42:03et surtout
42:04il se rend compte
42:05qu'il cherchait
42:07comme tout le monde
42:08il cherchait
42:09une résonance
42:11à cette pandémie
42:12une explication
42:12il cherchait à comprendre
42:14et finalement
42:14il découvre
42:16que deux ans plus tôt
42:17il avait déjà
42:18d'une certaine façon
42:19toutes les réponses
42:21c'est ça
42:22c'est vrai que
42:23ce que lui a dit
42:25Marina Abramovitch
42:26sans le lui dire
42:26puisqu'elle parlait
42:27avec son corps
42:28c'était qu'effectivement
42:30l'autre
42:31était celui
42:32qui pouvait nous sauver
42:33comme c'était celui
42:34qui pouvait nous tuer
42:35et à partir de là
42:36et bien
42:37quel est
42:38vous savez
42:39il y a un proverbe
42:40qui dit
42:40tu as deux loups en toi
42:42le loup du bien
42:43le loup du mal
42:44et celui qui gagne
42:45c'est celui que tu nourris
42:46d'une certaine manière
42:47il se dit
42:48qu'il n'a peut-être pas
42:49nourri le bon loup
42:49c'est-à-dire que
42:50jusqu'à présent
42:51il y a eu trop d'indifférence
42:52une chape d'indifférence
42:54et elle
42:56quand elle dit
42:57l'art doit avoir un sens
42:58l'art ne doit pas être beau
43:00c'est d'une certaine manière
43:02ça rejoint
43:03peut-être Picasso
43:04quand il disait
43:05la peinture doit mordre
43:06c'est-à-dire que l'art
43:07n'est pas là
43:09nécessairement
43:09pour créer de l'harmonie
43:10il peut aussi créer
43:11quelque chose
43:12qui vous bouscule
43:13qui vous bouleverse
43:13et au même moment
43:15puisqu'il est assez immobilisé
43:17il va voir des films
43:18de Rubén Oslo
43:19notamment
43:20The Square
43:21qui raconte
43:22un homme
43:24qui dit que
43:24devant le musée d'art moderne
43:26de Stockholm
43:27il y a un carré
43:28c'est un carré d'altruisme
43:29dans ce carré
43:30on peut demander de l'aide
43:31à tout un chacun
43:32et finalement
43:33rien ne se passe comme ça
43:34et lui
43:36entre ses œuvres
43:37de Marina
43:37ses films
43:38qu'il voit
43:39cette femme
43:40qui parle de Lévinas
43:41à la radio
43:41il y a une sorte
43:42chez lui
43:43de prise de conscience
43:45terrible
43:46de se dire
43:47mais finalement
43:48qu'est-ce que j'ai fait
43:49de bien dans ma vie
43:50j'ai souvent été là
43:51je dis
43:52voilà
43:52et il dit
43:53bon
43:53j'ai bien sûr
43:54réparé des enfants
43:55mais j'étais payé pour ça
43:57autrement dit
43:58il ne peut pas mettre ça
43:59à l'actif
44:01de gestes généreux
44:02et altruistes
44:03il se dit
44:03après tout
44:03c'est mon métier
44:04voilà
44:05et donc c'est une grosse remise
44:06en cause
44:06c'est le roman
44:07de la révolution
44:08d'un homme
44:09absolument
44:10et d'une révolution tardive
44:11oui
44:12mais qui n'est pas vaine
44:13non qui n'est pas vaine
44:14qui est d'une certaine manière
44:16aussi très authentique
44:17très fort
44:17oui parce qu'il reconnaît
44:19finalement
44:20que ce qu'il pouvait prendre
44:21ce qu'il pouvait même mépriser
44:23dans les dernières pages du livre
44:25il ne faut pas tout raconter
44:26il ne faut pas raconter la fin
44:27mais c'est en ça
44:28que ce n'est pas moi
44:29le narrateur
44:30hormis le fait
44:31que je n'ai jamais tenu un scalpel
44:33mais en fait
44:34ce qu'on comprend
44:35à travers ce qu'il dit
44:36c'est que pour lui
44:37l'art ça ne sert à rien
44:38ça ne servait à rien
44:39c'était inutile
44:40il n'y avait aucune contrainte
44:42dans l'art
44:42on pouvait faire n'importe quoi
44:43puis on dit c'est de l'art
44:44d'ailleurs on le sent bien
44:45puisque c'est sa femme
44:47qui pleure devant
44:48des œuvres d'art
44:49à Florence
44:49bien sûr
44:50lui bon
44:50oui il regarde ça
44:52avec une certaine distance
44:53avec une certaine distance
44:54il ne se moque pas d'elle
44:55mais enfin il n'est pas touché
44:56et là
44:57cette femme Marina Abramovic
44:58par toutes ses œuvres
44:59et ses mises en danger
45:01tout d'un coup
45:02il a le sentiment
45:03non pas d'avoir raté sa vie
45:04mais d'être passé à côté
45:06de quelque chose
45:06et de l'autre
45:07et quand à un moment donné
45:09il va vouloir donner justement
45:12puisqu'on lui a envoyé
45:13un gâteau qui s'appelle
45:14le généreux
45:14une association caritative
45:16un gâteau au moment
45:18des fêtes de Noël
45:18tout ça pour donner
45:20il est incapable de donner
45:21oui
45:22et alors
45:23il y a aussi une autre chose
45:24qui est assez remarquable
45:26c'est que tout n'est pas rose
45:27non plus
45:28dans la vie de Marina Abramovic
45:31parce que
45:31autant l'amour
45:32a été fusionnel
45:33avec Oulay
45:35mais quand ça va se déliter
45:37ça va aussi se déliter
45:38sur des questions sordides
45:39parce que Oulay lui dit
45:41mais telle performance
45:45c'est moi
45:46c'est moi qui en ai une idée
45:47c'est moi qui
45:49or tu me dois de l'argent
45:50sur tel ou tel
45:51donc ça va se déliter aussi
45:53de manière assez sordide
45:54la vie mesquine
45:57enfin entre guillemets
45:58va reprendre ses droits
45:59l'argent
45:59le matériel
46:00à un moment donné
46:01réapparaît
46:02ressurgit violemment
46:03à cause de ça
46:04c'est pourquoi finalement
46:05lorsqu'il y aura
46:06cette performance au MoMA
46:08au musée d'art moderne
46:09de New York
46:09The Artists is Present
46:11donc je disais
46:12il y a 750 000 personnes
46:13et à un moment donné
46:14Oulay
46:14qu'elle n'a pas vue
46:15depuis des années
46:16qui est malade
46:17qui a un cancer
46:18qui a un cancer
46:19il est mort au moment
46:20de la pandémie
46:20rappelons cette performance
46:22d'ailleurs on avait dit
46:24à Marina Abramovic
46:25ça ne marchera jamais
46:26c'est ça
46:26elle est assise
46:27à distance
46:28devant elle
46:29une chaise
46:302010
46:31donc la distance
46:32n'est pas liée à l'épidémie
46:33absolument
46:33vous faites bien de préciser
46:35mais qui sait
46:35mais qui sait
46:37et vous vous asseyez
46:39devant elle
46:39et vous la regardez
46:41dans les yeux
46:42c'est tout ce qui se passe
46:43dans cette performance
46:44rien d'autre
46:45et on lui dit
46:46et notamment les responsables
46:47du MoMA
46:47ça ne marchera jamais
46:48tu n'auras personne
46:50pour venir s'asseoir
46:50devant toi
46:51or 750 000 personnes
46:53font l'expérience
46:55elles restent
46:57voilà
46:575 semaines immobiles
46:59de 9h du matin
47:00à 6h du soir
47:01voilà
47:01et elles regardent
47:02l'autre
47:02qui est devant elle
47:04et rien ne se parle
47:05enfin elle n'a pas
47:06de comportement particulier
47:07sauf quand elles voient
47:09oulaï
47:10bien après leur séparation
47:12qui vient s'asseoir
47:14devant elle
47:14et là
47:15elle se met à pleurer
47:16et oui
47:16là il y a un effondrement
47:19et c'est comme un cataclysme silencieux
47:22c'est à dire que
47:22on voit son visage
47:23que toutes les
47:24c'est celui qui finalement
47:27qui observe
47:27qui est observé aussi
47:29on voit son visage
47:31se métamorphoser
47:31se décomposer
47:32il faut savoir
47:33qu'entre chaque visiteur
47:35elle ferme les yeux
47:37pour reprendre une force
47:39et puis après
47:39les rouvrir
47:40sur un visage nouveau
47:41à qui elle donne tout
47:42pendant une minute
47:43et là évidemment
47:45elle voit cet homme
47:46qu'elle a aimé
47:46cet homme qui est vieux
47:48et qui est malade
47:49et tout ça
47:51c'est du non-dit
47:52mais c'est tellement visible
47:53et lui
47:54ils finissent
47:55par se pencher
47:57l'un vers l'autre
47:57et son poignet
47:59et se prendre les mains
48:00donc il y a effectivement
48:01les sentiments reviennent
48:02et donc du coup
48:03ce qui avait été sordide
48:04ce qui avait été
48:04une sorte de faute de goût
48:06est effacé
48:08paraît effacé
48:09paraît pardonné
48:11voilà
48:11en tous les cas
48:12pardonné
48:12il y a l'heure du pardon
48:15alors évidemment
48:15il est impossible
48:17de ne pas vous demander
48:20si vous avez envoyé
48:21ou non
48:22votre livre à Marina Abramovitch
48:23alors écoutez
48:24il se passe une chose étrange
48:27moi je n'ai pas cherché
48:28à la contacter
48:29parce qu'elle était
48:30pour moi un personnage
48:31ce n'était pas du journalisme
48:33justement
48:33c'est vraiment pour moi
48:34du roman au sens où
48:36voilà
48:36vous avez un personnage
48:37qui est complètement
48:38à qui j'ai essayé
48:39de transmettre
48:40mes émotions propres
48:41mais ce qui importe
48:42c'est cette figure
48:44et ses performances
48:45et ce qu'elles veulent dire
48:46et puis ce roman
48:47qui vous permet
48:47d'aborder la pandémie
48:49d'une manière
48:49tout à fait originale
48:50parce qu'il faut bien le dire
48:51complètement
48:52qu'est-ce que c'est
48:52ces photoïno
48:53qui nous parlent de la pandémie
48:54ou bien sûr aussi
48:55et je pense que le roman
48:56il doit être vraiment
48:58en lien
48:59en affinité
49:00avec ce qui se passe
49:01non pas expliquer
49:02mais essayer de dire
49:03quelque chose
49:04et donc si vous voulez
49:06comme on a fait
49:07une jaquette
49:08comme on dit sur le livre
49:09où on voit
49:09une performance
49:10nous avons contacté
49:13Marina Abramovic
49:14et qui a accepté
49:15donc elle savait
49:16que le livre allait exister
49:18et je sais qu'elle doit
49:20m'envoyer un message
49:21dans les jours qui viennent
49:22puisque voilà
49:23et donc le livre
49:24est parti vers elle
49:25et alors elle ne lit pas
49:26le français
49:27mais j'ai bon espoir aussi
49:29qu'on pourra en faire
49:30une version
49:30dans une langue qu'elle lit
49:31c'est-à-dire l'anglais
49:32le serbe
49:33ou l'italien
49:34ou l'allemand
49:35Quel âge elle a aujourd'hui ?
49:36Elle a 74 ans
49:3774 ans
49:38Elle continue les performances ?
49:39Alors elle continue
49:40les performances
49:41sous un autre mode
49:42elle a une sorte de décolle
49:44donc elle travaille
49:45sur les ondes
49:46sur les matières naturelles
49:47etc.
49:49Certains aux Etats-Unis
49:50il y a eu un grand papier
49:51dans le New York Times
49:51sur elle
49:52en parlant de satanisme
49:53mais c'est vrai
49:54que c'est quelqu'un
49:55qui je pense
49:56a une trajectoire passionnante
49:57parce qu'elle n'a jamais triché
50:00je pense qu'il n'y a jamais eu
50:01chez elle l'idée
50:03je vais provoquer
50:04et on va voir
50:04et d'ailleurs
50:05cette fameuse première performance
50:07en 74 à Naples
50:10lorsque elle devient
50:12un objet parmi les objets
50:13à l'époque
50:14le body art
50:15il est critiqué
50:16en disant
50:17c'est des exhibitions
50:18les artistes en font des tonnes
50:20pour se montrer
50:20elle c'est tout le contraire
50:22elle reste passive
50:23elle est un objet
50:24et comme vous l'avez très bien dit
50:25on peut lui faire n'importe quoi
50:26même le pur
50:27on peut lui faire n'importe quoi
50:28bien sûr
50:28et quand des visiteurs
50:31prennent un rasoir
50:33lui font une entaille
50:34dans la gorge
50:34et boivent son sang
50:35elle ne bouge pas
50:36Là où vous faites beaucoup réfléchir
50:38dans ce roman
50:39c'est que vous dites deux choses
50:41on ne va pas assez vers l'autre
50:43oui bien sûr
50:44premier point
50:44bien sûr
50:45et ça
50:47c'est un des messages
50:48peut-être
50:49que nous révèle
50:51la pandémie
50:52fallait-il
50:52fallait-il qu'on ait besoin
50:55à ce point d'elle
50:56pour qu'elle nous révèle ce message
50:57mais aussi autre chose
50:58c'est que
50:59il y a une part de l'être humain
51:01qui n'est pas très agréable
51:03puisqu'en même temps
51:04l'autre
51:05peut se révéler
51:07extrêmement dangereux
51:08et on le voit au cours
51:09de cette performance
51:10bien sûr
51:10où des gens vont vouloir
51:12l'atteindre
51:13bien sûr
51:14et vous le dites très bien
51:15d'ailleurs ce sont les femmes
51:16qui restreignent souvent
51:17les hommes
51:18qui sont plus agressifs
51:19exactement
51:19soit qui voudraient
51:21quasiment la violer
51:22soit la tuer
51:23et d'ailleurs
51:24quand elle
51:24elle a raconté
51:2630 ans après
51:28cette performance
51:29dont elle dit
51:29qu'elle a été pour elle
51:30la performance majeure
51:32de sa vie
51:32et elle dit
51:34lorsque la sonnerie
51:36a retenti
51:37à 6h du soir
51:38elle est redevenue
51:39une personne humaine
51:40et personne n'a pu soutenir
51:41son regard
51:42parce que tout d'un coup
51:43c'était plus un objet
51:44et quand elle est rentrée
51:46se changer
51:47se doucher
51:48etc.
51:49dans sa loge
51:49elle avait une mèche
51:51de cheveux blancs
51:52pour tous ceux
51:53qui voudraient en savoir plus
51:55sur Marina Abramovic
51:57mais surtout
51:58qui se posent
51:59beaucoup de questions
51:59sur ce qu'ils vivent
52:02c'est-à-dire
52:03sur la pandémie
52:05et ce qu'elle
52:07sur les sentiments
52:09qu'elle provoque
52:10et bien
52:10voilà un roman idéal
52:11ça s'appelle
52:12Marina A
52:13c'est signé
52:14Eric Fottorino
52:15et c'est
52:16chez Ganimard
52:17à très bientôt
52:17et merci
52:18Eric Fottorino
52:18merci Vincent
52:19merci beaucoup