- il y a 1 semaine
Pour ce premier rendez-vous de l'émission des livres de l'Humanité, Vincent Roy reçoit Josyane Savigneau, jurée Fémina, et l'écrivain Philippe Sollers, auteur de "Désirs" (Gallimard).
Retrouvez chaque jeudi à 19h une nouvelle mouture de l'émission.
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➡️ https://frama.link/AuPied2LaLettre
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Émission n° 2 - jeudi 01 oct. 2020 : Cécile Guilbert
➡️ https://youtu.be/jFABG41EE0o
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NewsTranscription
00:01Générique
00:11Bienvenue au Pied de la Lettre, l'émission littéraire de l'Humanité.
00:16Alors aujourd'hui, et pour la première, j'ai le plaisir de recevoir deux invités,
00:20Philippe Solers et Josiane Savignot.
00:23Alors, Philippe Solers, vous êtes romancier, essayiste,
00:26on peut parmi vos titres célèbres citer « Femme, Portrait du joueur »,
00:30« La guerre du goût », « La liste est longue ».
00:33Je vous reçois aujourd'hui à l'occasion de la parution chez Gallimard
00:36de votre dernier roman intitulé « Désir », Josiane Savignot.
00:40Vous êtes journaliste, longtemps éditorialiste au journal Le Monde.
00:44Vous êtes la biographe de Marguerite Ursenar.
00:46Vous étiez l'ami de Philippe Roth.
00:50Aujourd'hui, vous êtes l'une des jurées du prix Féminat.
00:54Et avec vous, puisque c'est la période, nous évoquerons la rentrée littéraire.
00:59Et je suis très content de vous recevoir parce qu'en même temps,
01:02je sais que tous les deux, vous avez commis un livre
01:05qui s'appelle « Une conversation infinie ».
01:08On en parlera au cours de l'émission.
01:11Alors, première question à vous deux,
01:14qui est la question que je pose à tous les invités que je reçois dans cette émission.
01:18C'est ma première question.
01:20Elle est rituelle et générique.
01:21Comment ça va la société en 2020 ?
01:25C'est-à-dire, comment y va ce gros animal comme l'appelait Nietzsche ?
01:29Ou plutôt, comme il l'a raillé.
01:31Alors, Josiane, à vous l'honneur.
01:33Comment ça va la société en 2020 ?
01:35– Je trouve qu'elle va mal, mais ça dit,
01:37je pense que la société ne va jamais être très bien.
01:39Mais enfin, moi, je ne suis pas…
01:41disons que je peux dire que je suis une féministe revendiquée.
01:44– Oui, alors vous êtes heureuse.
01:45– Qui ne supporte pas le néo-féminisme,
01:48que je considère comme une sorte de…
01:50comment dire…
01:52d'intolérance et de sottise.
01:55– Mais vous, qu'on connaît quand même comme une passionnariat,
01:58plutôt féministe, vous avez toujours revendiqué cette…
02:01là, ça ne vous convient plus.
02:02Qu'est-ce qui ne vous convient plus ?
02:03– Oui, c'est plutôt Simone de Beauvoir que Alice Coffin.
02:06– D'accord.
02:07Philippe Solers, comment ça va la société en 2020 ?
02:10– Vous avez employé, cher Vincent Roy, le mot société.
02:16– Oui.
02:16– Comme si c'était votre préoccupation essentielle.
02:21– C'est une de mes problèmes.
02:21– Et jamais on n'a vu une société plus agonisante,
02:26plus explosée, plus violente, plus moribonde.
02:32Comment va la société ?
02:33– Oui, elle agonise sous vos yeux.
02:35– Mais, il se trouve que c'est une chance
02:38pour qui a un système nerveux très concentré,
02:43la société va très mal,
02:45et j'ai le plaisir, ou plutôt la honte,
02:47de vous dire que je vais très bien.
02:50– Alors, je suis d'autant plus content de vous recevoir.
02:54Comment avez-vous rencontré Louis-Claude de Saint-Martin,
02:58dont je rappelle à la fois la date de naissance à Amboise,
03:02en 1743, et la mort en 1803, qui est dit le philosophe inconnu ?
03:07Alors, je vous pose la question, d'abord parce que c'est le philosophe inconnu,
03:11l'homme qui a écrit l'auteur de « L'homme du désir » en 1790,
03:16« Deux désirs » en 1790, et du ministère de l'Homme-Esprit en 1802.
03:21J'ajoute qu'il fut une figure de l'illuminisme européen.
03:26Alors, deux questions.
03:27Comment avez-vous rencontré sur votre route Louis-Claude de Saint-Martin,
03:31et qu'est-ce que l'illuminisme ?
03:33– Eh, mon Dieu, c'est quelque chose qui concerne la Révolution française elle-même.
03:42Car on oublie toujours, toujours le mot « société » qui revient,
03:47on oublie toujours de savoir comment est née l'illumination révolutionnaire.
03:54Et voilà un très bon auteur dont je recommande la lecture,
03:58« Hommes de désir » 1790, la date est importante,
04:03et « Le ministère de l'homme-esprit » 1802.
04:06Comment je l'ai rencontré ?
04:08Je vais vous dire maintenant que je le rencontre de plus en plus souvent,
04:12à ma grande surprise.
04:14Vous prenez les deux tomes de la correspondance
04:18entre Jean Poulin et Francis Ponge,
04:22et à la date de 1935, son de vieux ami,
04:27Poulin, qui est déjà la Révée elle-même,
04:30dit à Francis Ponge,
04:32« Est-ce que tu aurais par hasard un livre de Saint-Martin,
04:35Louis-Claude de Saint-Martin ? »
04:37Parce que j'en ai un besoin absolument urgent.
04:42Alors, bon, je lui ai dit, mais je vais voir,
04:45mais sitôt qu'il y a un livre en vente,
04:47il est vendu tout de suite, on ne le retrouve plus.
04:50Bon, alors c'est très inconnu.
04:52Le philosophe est inconnu.
04:54Mais alors pourquoi ce philosophe est-il méconnu ou inconnu
04:57de la Révolution ?
04:59Alors que c'est un ardent partisan de la Révolution française.
05:04Sur la crêne, il dit des choses absolument merveilleuses.
05:08– On va y lire.
05:08– Il est un enthousiaste de la Révolution.
05:11Et c'est tellement illuministe
05:15que personne ne parle jamais de l'illuminisme de la Révolution.
05:19– C'est vrai.
05:19– Les illuminés qui couvrent l'Europe entière,
05:22mais à partir de la France surtout.
05:24Alors, c'est ça, Poulin dit,
05:26il n'y a qu'un seul exemple,
05:28d'une telle confiance dans le langage,
05:31c'est l'illumination de la Révolution,
05:36telle confiance dans le langage
05:37que je ne lui vois qu'un autre
05:40qui a eu cette foi totale dans le langage,
05:44c'est Sade.
05:45Or, évidemment, vous savez que Sade
05:47était un fervent révolutionnaire.
05:50Apparemment, bien sûr, que ça va beaucoup plus loin
05:53que tout ce qu'on a plaqué sur la Révolution.
05:55Bref, c'est comme si Marx n'avait jamais existé,
05:59comme si Rome n'avait jamais existé,
06:01comme si la Révolution française n'avait jamais existé.
06:04Je suis content de dire ça à la télévision
06:08pour l'humanité.
06:09Il faut que l'humanité se ressaisisse
06:12et aille plus loin dans son étude
06:15de la Révolution française
06:16et surtout des impasses
06:18où nous a entraîné sa politique au cours du temps.
06:21La Révolution française est toujours imitée,
06:27jamais égalée.
06:28Vous savez pourquoi ?
06:30Parce que les gens ont pris conscience
06:33que la parole donnait la vie ou la mort à l'époque.
06:37Vous êtes à la tribune de la Convention.
06:40Vous commencez à parler.
06:41Si vous n'êtes pas couvert par la Rubert
06:44ou des Jacobins,
06:46si vous êtes du parti Girondins, par exemple,
06:48comme mon camarade Verdiot qui a été guillotiné
06:51à l'âge de 40 ans,
06:53vous jouez votre vie.
06:55Car si vous n'avez pas été à la hauteur,
06:57vous descendez après votre discours.
07:00On espère, lit ces discours.
07:01Et vous êtes guillotiné le jour même ou le lendemain.
07:04C'est la parole de la Révolution française
07:07qui a été au niveau même de la mort.
07:10Il y a quelqu'un qui quand même s'en est rendu compte.
07:13Le ministère de l'Homme-Esprit, 1802.
07:17Et juste en 1806,
07:20vous avez une compréhension enfin profonde
07:25et qui reste à étudier de près d'un philosophe.
07:301806, c'est la phénoménologie de l'esprit.
07:34Hegel.
07:35Hegel.
07:36Hegel.
07:36Donc les Français en sont toujours en retard
07:40par rapport à leur propre révolution.
07:42Ils le sont plus que jamais.
07:44Prenez le guignol Jean Castex par exemple,
07:46c'est des jours-ci.
07:48Ou le guignol Macron,
07:49ou le guignol Blanquer,
07:51tout ce que vous voulez.
07:52C'est vraiment du guignol pour les enfants.
07:55Papy, mamie, tout ça.
07:57Vous voyez l'épouvantable régression
08:01dans laquelle nous sommes.
08:02Vive la Révolution française
08:04et à suivre.
08:06Alors, vous écrivez dans Désir
08:09qu'il est presque absurde
08:12de parler de Révolution française
08:14puisqu'il n'y en a qu'une,
08:16toutes les autres n'étant que des prises de pouvoir.
08:18Absolument.
08:19C'est ce que vous expliquez très bien.
08:20Absolument.
08:20Et pourquoi vous dites cela ?
08:22Parce que vous dites
08:23que c'est la seule révolution spirituelle.
08:27Oui.
08:28Comme je viens d'essayer de vous le dire,
08:31c'est une façon qu'a le langage de parler
08:38et de mériter ou pas la mort immédiate.
08:41Donc encore une fois,
08:42c'est une affaire de langage.
08:43Mais bien sûr.
08:44C'est le rapport que nous entretenons
08:45avec le langage.
08:46Mais je vous le prouve.
08:47Prouvez-le-moi.
08:50En Pléiade,
08:51vous avez les discours
08:53de l'Assemblée constituante
08:56de la Révolution.
08:58Il devait y avoir un deuxième tome,
09:00les orateurs de la Convention.
09:02Oui.
09:02Là, vous vous rendez compte,
09:04ces gens parlaient tout le temps
09:06en risquant la vie.
09:08Oui.
09:09Voilà.
09:09C'est donc une révolution
09:12qui n'a pas son pareil.
09:14Après ça, vous allez…
09:16Lénine est intéressante
09:18à cause de ses cahiers sur la dialectique.
09:21Ça, c'est Hegel, déjà.
09:23Bon.
09:23Mais enfin, comme vous savez,
09:25c'est comme si Marx n'avait jamais existé.
09:27Lénine n'a plus.
09:27Tout ça est liquidé.
09:28Tout ça est liquidé.
09:29Aujourd'hui.
09:29Et la Révolution russe
09:32a pris le dessus en France
09:35aux dépenses de la Révolution française.
09:38Et vous avez maintenant
09:39l'homme au pouvoir
09:40qui est un ex du KGB,
09:43c'est-à-dire des services secrets
09:45qui peut tuer ou empoisonner
09:46qui y veut quand il veut.
09:48Oui.
09:49Enfin, là, le dernier épisode en date
09:51n'est pas exactement probant.
09:53Lui ne risque pas sa vie.
09:54Oui.
09:54On est bien d'accord.
09:56Alors, ce Louis-Claude de Saint-Martin,
09:59est le héros de votre livre
10:02intitulé Désir.
10:04Alors, c'est le...
10:05L'homme de Désir.
10:06Oui.
10:07Enfin, c'est le héros.
10:08Oui, c'est le héros.
10:10C'est...
10:13Mais...
10:13Ce...
10:14Ah, il continue à vivre.
10:16Ce héros continue à vivre.
10:17Oui.
10:17Et il est...
10:18Comme la Révolution.
10:19Comme la Révolution.
10:20Et il est en même temps...
10:21Donc, personne ne parle.
10:22C'est pour ça que je suis ici.
10:23Et il est en même temps
10:24le narrateur...
10:25Oui.
10:26...de ce roman.
10:27C'est-à-dire qu'il se confond
10:28un petit peu avec vous.
10:29Si bien qu'au bout d'un moment,
10:31on a aussi l'impression
10:32que le même personnage
10:34s'étant réincarné
10:37devient une sorte de solaire
10:40ce Saint-Martin.
10:42C'est-à-dire un philosophe inconnu.
10:45Alors, Josiane.
10:46J'ai trouvé le moment où il y avait un...
10:47Le moment de bascule.
10:48Le moment de bascule.
10:49C'est tout d'un coup
10:50que ce philosophe
10:53devient vous
10:54en traduisant des poèmes
10:56d'un poème de Mao en 1962.
10:58Oui.
10:58C'est assez compagné quand même.
11:00Et après, il y a beaucoup vous.
11:02Il a soufflé de l'état de formule éblouissant.
11:04Il y a quelque chose que j'aime beaucoup.
11:05Que son fleur s'épanouit.
11:06Je pense que Vincent...
11:07Quelle piège.
11:07Je pense que Vincent va le trouver.
11:09Je voudrais lire quelque chose.
11:10J'aime bien lire.
11:11Il faut lire la langue des écrivains.
11:13Je voudrais lire deux choses.
11:15Une chose qui m'a fait rire
11:16parce que ça concerne les femmes.
11:18Quelques femmes très singulières
11:19ont bien connu
11:20ou connaissent encore le philosophe.
11:22Inutile de les interroger.
11:24Elles ne diront rien.
11:25Sauf parfois que,
11:26contrairement au philosophe barbant
11:27de tous les temps,
11:28c'était un homme séduisant
11:29et très drôle.
11:30On peut les considérer
11:31comme des scintes spéciales.
11:33D'un athéisme lumineux et charmant.
11:35En étudiant leur vie,
11:36on arriverait vite à la conclusion
11:37qu'elles ont toutes été
11:38ou continuent d'être révolutionnaires.
11:41Et alors, là, je vais parler
11:42de quelqu'un qui n'est pas
11:43le philosophe inconnu
11:45et qui est quelqu'un
11:46que j'aime beaucoup
11:47et que Soler cite dans ce livre
11:51avec une certaine,
11:52comment dire, admiration, je dirais.
11:54Comme il fallait s'y attendre,
11:56c'est surtout en littérature
11:57que la pensée du philosophe
11:58a eu le plus d'influence.
11:59On peut en repérer
12:00par tous les symptômes,
12:03notamment dans les avant-gardes
12:04du XXe siècle
12:05où des jeunes gens courageux
12:06ont busculé l'histoire
12:07en profondeur.
12:09Voici ce cri que l'un d'eux,
12:11particulièrement doué,
12:11j'insiste sur le particulièrement doué,
12:13en 1921, il a 24 ans,
12:16guillemets.
12:16Le désir se réduit à l'attente
12:18de la volupté,
12:20accompagné de la représentation
12:21anticipée de l'objet
12:22de notre transport.
12:24Sa puissance est seule infinie
12:26et non celle de l'amour.
12:27Elle transforme à son gré
12:29les imperfections en beauté,
12:31interprète les données d'essence
12:32suivant l'idéal que nous proposons,
12:34de telle sorte que nous le réalisons
12:36toujours à coup sûr,
12:38anéantis en nous
12:39les préoccupations étrangères
12:41à l'idée qui nous domine
12:42et simplifie cette psychologie
12:44trop complexe,
12:45obstacle à la grandeur
12:46de nos actions.
12:47Ainsi, par un double travail
12:49dont l'effet paraît immanquablement,
12:51le désir modifie l'univers
12:53et nous-mêmes,
12:54qui l'embellit d'un même élan.
12:57Et ce monsieur s'appelle
13:00Louis Aragon.
13:01Louis Aragon, oui bien entendu.
13:02C'est l'époque, bien entendu.
13:04Et c'est en 1921.
13:05Des aventures de télémat, je pense, non ?
13:08Oui.
13:10Ce jeune homme est très doué
13:11et indubitablement révolutionnaire.
13:14Indubitablement.
13:15À ce moment-là,
13:17on sent qu'il est fondamentalement anarchiste.
13:21Et pas vraiment encore,
13:24ni socialiste, ça va sans dire,
13:27ni surréaliste, pas encore.
13:28Pas encore.
13:29Et surtout pas assis au comité central
13:31du Parti communiste français.
13:33Pas encore.
13:34Donc voilà.
13:34Or, c'est cet Aragon-là
13:37qui est grand.
13:38Et même grandiose.
13:40Il est grand aussi en 1924,
13:42une vague de rêve,
13:43où il est surréaliste là.
13:45Il est aussi grand aussi là.
13:47Mais effectivement, oui.
13:49Défense de l'infini.
13:50Défense de l'infini.
13:51Alors là,
13:51j'aime beaucoup Aragon,
13:54dans la mesure où c'est lui
13:55qui m'a fait exister
13:56à mes débuts.
13:59en disant beaucoup de bien de vous.
14:00Oui.
14:01Et j'ai attiré un part
14:02qui s'appelle,
14:04qui est éloge de l'infini.
14:06Voilà,
14:07j'ai repris ce titre.
14:08Attiré un part
14:09où il me dit,
14:10voilà,
14:12Philippe Bachat,
14:13de la part d'un de ses cadets.
14:16Oui.
14:16Donc,
14:17il était à 21 ans
14:20déjà digne de considération.
14:22Il a eu une vie
14:23extrêmement compliquée.
14:25Très compliquée.
14:27Très, très compliquée.
14:28Parce que,
14:28être l'otage
14:31de Moscou,
14:33c'est la vérité
14:36factuelle
14:37nous manque.
14:38L'homme de désir
14:40à Moscou,
14:42écoutez,
14:43je ne vais pas vous faire
14:44un topo sur Aragon.
14:47Le fou d'Elsa
14:49n'était pas si fou que ça.
14:51Oui.
14:51Voilà,
14:52on est bien.
14:53Revenons à Louis-Claude de Saint-Martin,
14:55si vous le vouliez.
14:56il est là.
14:56Il s'appelle Aragon à l'époque.
14:58Mais alors,
14:58il s'avère que ce personnage,
15:01enfin,
15:01ce philosophe ayant réellement vécu,
15:03mais qui devient,
15:03par votre entremise,
15:05un personnage de roman,
15:07voyait ce Louis-Claude de Saint-Martin,
15:09il voyait la Révolution française
15:10comme une amorce
15:12du jugement dernier.
15:14Partant,
15:15et toujours selon lui,
15:17je reviens à mon idée de société,
15:19la structure sociale
15:21est donc vouée,
15:22à périr,
15:23si elle ne s'attache pas
15:24à suivre les lois divines
15:27reflétées en l'homme.
15:29Et,
15:30toujours,
15:31ce Louis-Claude de Saint-Martin,
15:32il écrit,
15:33le propre de l'être
15:35est d'être,
15:37numériquement,
15:38une continuelle multiplication spirituelle.
15:42Voilà.
15:42C'est ce que nous dit
15:46ce monsieur de Saint-Martin.
15:48Mais alors,
15:48comment est-ce qu'on pourrait,
15:51aujourd'hui,
15:53dans l'époque que vous décriviez,
15:55dans la société dans laquelle on vit,
15:57comment...
15:57la société n'en veut pas,
15:59nous sommes d'accord,
16:00mais les révolutionnaires ne veulent pas
16:02de la société telle qu'on la leur sert,
16:0424 heures sur 24.
16:06Ils sentent que la société leur ment.
16:08Mais comment pourrait-on continuer d'être,
16:10aujourd'hui,
16:11une sorte de...
16:12d'une continuelle multiplication spirituelle ?
16:15C'est là le secret,
16:16d'une certaine manière.
16:17Absolument.
16:18J'essaye d'écrire de quoi...
16:19Voilà.
16:19De quoi ça retourne,
16:20et ce que ça produit,
16:22comme transformation,
16:23peut-être invisible,
16:25ou inconnue,
16:26ou méconnue,
16:27ou pas bien connue.
16:29Et j'essaye de dire que c'est de ça
16:31qu'il s'agit,
16:32mais alors,
16:32au fond,
16:34dans l'aventure,
16:36la chasse spirituelle,
16:37comme aurait dit Rabeau,
16:39si vous voulez.
16:39Mais alors,
16:40le désir,
16:41qui donne son titre au roman,
16:44c'est quoi ce désir ?
16:46C'est exactement ce désir de spirituel ?
16:50Mais oui, d'abord.
16:51Il n'y en a pas d'autre.
16:53Tout ce qu'on vous vend
16:55sous forme des dites sexuelles
16:59plus ou moins gravées,
17:01pornographiques,
17:02ou au contraire, enjolivées,
17:04et fantasmées par tout le monde,
17:05c'est la marchandise
17:07qui n'a plus rien à voir
17:09avec le désir.
17:10Avec le désir.
17:10Le désir est absolument
17:13contemporain
17:14de l'illumination
17:15qui vous fait être
17:16ce que vous êtes,
17:17pour aller plus loin,
17:19chaque fois dans le désir.
17:20Alors,
17:21Solaire Saint-Martin,
17:22toujours extrêmement ironique,
17:24écrit
17:24« Le vieux dieu, créateur et procréateur,
17:54démontrer qu'ils ont tort. »
17:56Ce n'est pas parce que l'invisible
17:57se prête à toutes les escroqueries
18:00et à tous les désirs,
18:01qu'il n'est pas là,
18:03en plein jour,
18:05palpable et actif.
18:07Et inconnu.
18:08Et inconnu.
18:09Inconnu,
18:10sauf pour certains révolutionnaires.
18:14Présentez-moi tout ce que vous appelez
18:16les certains.
18:17Oui.
18:19Josiane,
18:20je vous sens…
18:21Moi, je voudrais que vous parliez du silence
18:23parce qu'à un moment,
18:24vous dites que
18:25les hommes de grand désir
18:27n'ont pas su se taire
18:28et que c'est ça
18:28qui leur a porté tort, disons.
18:31C'est la parole
18:32que vous évoquiez tout à l'heure.
18:35Il faut savoir se taire
18:37sans qu'on ne s'ait pas parlé.
18:38C'est là.
18:39C'est là.
18:40On ne s'est pas parlé.
18:41C'est là.
18:41Je prends le truc
18:43que je voudrais que vous commenciez.
18:44Oui, merci beaucoup.
18:45Merci.
18:45Quand Heidegger,
18:46à la fin de sa vie,
18:47déclare que seul un dieu
18:48pourrait aujourd'hui nous sauver,
18:49il semble penser au philosophe
18:51inconnu.
18:51De même Nietzsche
18:52dans plusieurs passages
18:53de l'Antéchrist.
18:54Ces hommes de grand désir
18:56ont échoué
18:56parce qu'ils n'ont pas su se taire.
18:58Toute l'expérience
18:59du philosophe inconnu
19:00porte sur le silence.
19:02Comme il n'est pas mystique
19:04mais passionnément rationnel,
19:05il reste à imaginer son but.
19:07Oui.
19:08Eh bien,
19:09quand je dis
19:09qu'ils n'ont pas su se taire,
19:11je pense que c'est d'ailleurs
19:13ce qu'on retient
19:14de leur magnifique œuvre.
19:20pour Heidegger,
19:22vous lisez
19:24Le Monde,
19:24par exemple,
19:25vous y trouverez sans cesse
19:27un coup de pied
19:28sur Heidegger.
19:29On n'en aime pas.
19:30Ou alors maintenant,
19:31on l'efface.
19:32Je viens de lire
19:33un article sur Anna Arendt
19:34où le nom de Heidegger
19:35n'est pas prononcé.
19:36Oui, c'est ça,
19:36il faut le faire.
19:37Elle n'a dû jamais le rencontrer.
19:38Oui, c'est ça.
19:40Quant à Nietzsche,
19:42il a voulu inventer un homme nouveau.
19:50Quelle erreur !
19:51Il n'y a pas de surhomme.
19:53C'est en quoi on tombe
19:55dans l'infra humain.
19:56Ce qui est arrivé,
19:57malheureusement,
19:58parce que, par exemple,
20:00les nazis se sont pris pour Nietzsche.
20:02C'est le con de la confusion
20:06et de l'erreur.
20:07Voilà pourquoi je dis
20:08qu'ils n'ont pas su
20:10se retirer et se taire.
20:12Il y a un moment pour se taire.
20:13Moi, je me suis beaucoup aventuré
20:16à parler dans des situations différentes,
20:19avec des identités différentes.
20:21La seule qui m'est aujourd'hui reproché,
20:23c'est Mao Zedong.
20:25De temps en temps,
20:27j'ai le droit...
20:27Enfin, vous insistez aussi.
20:29Vous faites traduire.
20:30C'est-à-dire que ça devient...
20:32Ça devient presque...
20:33Vous mettez deux sous dans la machine
20:35et puis la machine,
20:36tout de suite,
20:36se met à remuer.
20:37C'est la raison pour laquelle
20:38vous continuez de faire traduire Mao,
20:41des vers de Mao,
20:42par le philosophe inconnu.
20:43Oui.
20:44Ça vous amuse ?
20:46Ça m'intéresse plus que ça m'amuse
20:49parce que je sais que c'est le point sensible
20:52de toute la société dite occidentale
20:56et qui réduit...
20:58Enfin, Mao n'est pas le seul point sensible.
21:00Il y a d'autres points.
21:00Non, mais c'est la révolution
21:02qui n'a absolument aucun socle commun
21:06avec l'illuminisme occidental.
21:09On est bien d'accord.
21:10C'est une autre métaphysique
21:11qui m'intéresse passionnément.
21:13J'ai fait...
21:14Pas assez de chinois.
21:15Enfin, je peux me débrouiller
21:16pour comprendre la pensée chinoise
21:18et comment fonctionne-t-elle.
21:21Elle est, comme vous savez,
21:22enfin, j'ai inventé rien.
21:23Elle est en train de conquérir la planète.
21:25Oui.
21:25C'est bien ce que ce port de Trump
21:28a en vue en n'arrêtant pas
21:31de parler de l'épouvante chinoise.
21:35Chaque fois qu'il parle,
21:36on se fait des tas d'amis.
21:37C'est ça qui est merveilleux.
21:39Il n'y a pas trop de défenseurs de Trump.
21:42Non, je ne crois pas.
21:44Vous avez vu que Trump
21:45s'est trompé de guerre.
21:46C'est extraordinaire.
21:47Oui, oui, tout le temps.
21:48Il a parlé de la pandémie,
21:49de la grippe espagnole,
21:50en disant que c'est ça qui a permis
21:52la fin de la Seconde Guerre mondiale
21:53parce que tous les soldats étaient malades.
21:55Il n'est en général
21:56que très rarement à une erreur près,
21:58une faute historique près.
22:01Alors, dans Désir,
22:05le philosophe inconnu
22:07a un point de mire,
22:09un point de trac.
22:10C'est précisément le contre-désir
22:12car je reviens à ma société.
22:15C'est celle du contre-désir.
22:17Et voilà.
22:18Oui, mais donc,
22:19c'est bien une société.
22:20Si vous comprenez la société
22:22où nous sommes,
22:23hélas tombée,
22:25malgré les milliards
22:26de dépenses publicitaires
22:28qui vous sont assédées
22:30tout le temps en boucle.
22:32Oui, le marché.
22:33Le marché,
22:34le marché financier.
22:36Le marché financier.
22:36Oui, ce n'est pas seulement
22:37le marché de la société
22:39dite du spectacle.
22:40Non.
22:41On est presque au-delà.
22:42On a dépassé
22:43la société du spectacle.
22:44Non, non, c'est très...
22:45Devant,
22:46on pourrait en parler
22:47très longtemps.
22:49Non, mais il me semble
22:49qu'on a encore monté d'un cran
22:52par rapport à la société du spectacle.
22:54Voilà.
22:54On a encore franchi une étape
22:56d'une certaine façon.
22:58Voilà.
22:59La faute fiscale est gigantesque
23:01et le trafic de drogue,
23:03je ne vous dis pas,
23:04en bas de votre immeuble,
23:06par exemple.
23:07Oui, oui.
23:07Avec des garçons
23:08de 12 ou 13 ans.
23:09Voilà.
23:10Bon, donc,
23:10tout ça est en cours,
23:12mais on sent très bien
23:13que ça,
23:15c'est sur la fin.
23:17C'est sur la fin.
23:18À la fin de l'histoire,
23:22disait Hegel,
23:24Hegel,
23:24dont on a besoin,
23:26absolument.
23:26Oui, parce que d'abord,
23:27il est le penseur
23:28de la résolution française.
23:28À la fin de l'histoire,
23:29la mort vivra une vie humaine.
23:31Humaine.
23:32Eh bien,
23:33heureusement,
23:34disait M.A.
23:34L'Arbet,
23:35que je suis parfaitement mort.
23:36Donc, c'est un mort
23:37qui vous parle.
23:39Oui.
23:39Est-ce que vous m'entendez ?
23:40Oui, très bien.
23:41Vous m'entendez ?
23:42Je vous reçois.
23:43Je vous reçois 5 sur 5.
23:44Avec ma voix d'outre-temps.
23:45Oui,
23:46je vous reçois.
23:48Et ça,
23:48c'est révolutionnaire.
23:49Oui.
23:50Dès qu'on touche à la mort,
23:52on voit qui est là
23:54ou n'est pas là.
23:55Voilà.
23:57La pulsion de mort.
23:58Non,
23:58oui.
23:59Ça, c'est Freud.
24:00Oui, la mort.
24:01Enfin, l'histoire.
24:01Non, je n'ai pas dit
24:02la pulsion de mort.
24:03Non, justement,
24:04c'est pourquoi j'insiste.
24:04Ça, c'est du Freud.
24:06La plus pulsionnelle,
24:07les pulsions.
24:08Elle est là,
24:08tout le temps.
24:09Vous n'avez qu'à ouvrir les yeux.
24:11Non, d'accord.
24:12Mais non,
24:13la mort,
24:13la mort,
24:14elle-même,
24:17elle-même,
24:17c'est plus de la pulsion.
24:19C'est la mort
24:20en tant que c'est la mort.
24:22D'ailleurs,
24:23et c'est tellement intéressant,
24:26cette affaire,
24:26que vous ne dites pas
24:27dans Désir
24:28que votre héros
24:31s'est réincarné,
24:32vous dites qu'il s'est réintégré
24:34en éclair.
24:35Oui.
24:35Ce qui n'est pas...
24:37C'est ça, l'illumination.
24:38Ce qui n'est pas tout à fait...
24:38Voilà.
24:39C'est ça, l'illumination,
24:40précisément.
24:41Et c'est comme ça
24:43que vous décryptez
24:44la révolution française.
24:45Oui, absolument.
24:45Lorsqu'en lui-même,
24:47enfin,
24:48l'éternité le change.
24:52Son siècle épouvanté...
24:54Voilà.
24:54Le poète suscite
24:56avec un glaive nu,
24:56ça n'est plus possible.
24:58Son siècle épouvanté,
25:00on va aller épouvanter le siècle.
25:03Oui.
25:04Oui, c'est peu.
25:05Que la mort triomphe
25:07dans cette voie étrange.
25:08Ça, c'est parfaitement
25:10la révolution française.
25:12Et c'est pourtant
25:12Stéphane Ballarmé
25:14qu'il n'a pas l'air
25:14d'être là pour rigoler.
25:18Donc, je vous trouve ça
25:19à peu près partout.
25:21La mort,
25:22ce n'est pas la pulsion de mort.
25:23C'est le triomphe
25:24de la voie du poète
25:26dans une voie étrange.
25:28Alors, le siècle s'en fout
25:30de plus en plus.
25:31Ça ne veut pas dire encore
25:32que ça ait disparu.
25:34Ça peut se continuer
25:36de façon inconnue.
25:38Alors, français,
25:40encore un effort
25:40si vous voulez être républicain.
25:42Ça veut dire que les Français
25:43n'en ont rien à faire
25:44avec leur histoire, quoi.
25:46Vous ouvrez la télévision
25:48et ce qui se passe en France,
25:49c'est ça que vous voyez.
25:50Oui.
25:51Voilà.
25:51Vous êtes avec papy,
25:52baby,
25:53avec le clown
25:55qu'on vous a mis là
25:57comme Premier ministre
25:58en attendant le suivant,
25:59etc.
26:00Et la réélection
26:01d'un président
26:02qui s'en fout
26:03et qui pense
26:04à sa réélection.
26:06Tout ça est nul,
26:07vous comprenez.
26:07mais le seul
26:11homme historique français
26:13qui a quand même
26:15eu Malraux
26:16à côté de...
26:17C'est quand même De Gaulle.
26:19Il faut bien dire
26:19les choses comme elles sont.
26:21C'est le seul
26:21qui a eu quand même
26:24la gueule
26:26de celui
26:27qui a affronté la mort.
26:28Oui, il me semble.
26:29La gueule
26:30de celui
26:30qui a affronté la mort.
26:31Alors,
26:31cette société
26:32du contre-désir,
26:33comment vous la voyez
26:34se manifester
26:36au quotidien ?
26:38Donnez-moi
26:38quelques exemples.
26:39Eh bien,
26:40mettez votre masque.
26:41Oui.
26:42Tout de suite.
26:42Oui.
26:43Voilà.
26:44J'y suis obligé,
26:46contraint.
26:46Le contre-désir...
26:52a de plus en plus interdit.
26:54C'est le moindre
26:56attouchement
26:57d'un corps
26:57par l'autre.
26:58Vous savez pourquoi ?
27:00Parce que climatiquement,
27:01ça augmente
27:02la température.
27:05Josiane,
27:06je vous sens impatiente.
27:07Oui, un petit peu
27:07d'humour là-dedans.
27:08Parce qu'il y a aussi
27:09beaucoup d'humour
27:09dans ce livre.
27:11On fait de l'humour.
27:12Je voudrais que je vous ayez
27:13un passage que je trouve
27:14très humoristique.
27:15Le vieux monde a cessé.
27:17Le philosophe peut rentrer
27:18chez lui,
27:19c'est-à-dire dans le nouveau
27:19monde d'un autre réel.
27:21Les romanciers du vieux réalisme
27:22infectés de ciné-télé
27:24se sont trompés,
27:25même s'ils ont eu
27:26brièvement du succès.
27:27L'un d'eux,
27:28Michel Houellebecq,
27:28a cru pouvoir dire que,
27:30je cite,
27:31« les chattes féminines
27:32attendaient sans arrêt
27:33des bites masculines ».
27:34Ses souvenirs lourdement porno
27:36ont ahuri le directeur
27:37du Monde des livres
27:38qui, à propos d'autres performances
27:40du même auteur,
27:41a proposé sans rire
27:42qu'on écrive à son sujet
27:43« une phénoménologie
27:45de la fellation ».
27:46Il est vrai que tout le monde
27:48ne peut pas écrire
27:48la phénoménologie de l'esprit.
27:50Une bonne idée
27:51pour le Monde des livres
27:52serait de répondre
27:53longuement à la question
27:53« Hegel avait-il une bite ? »
27:56Oui, ça, c'est le solaire,
27:58ce provocateur,
27:59à tel qu'on connaît.
28:00Alors,
28:01provocateur,
28:01ce n'est pas le médecin.
28:02Non, médecin.
28:04Je constate chez les hommes
28:05une bitomanie
28:06à vraisemblable.
28:07Mais Vincent,
28:08je voudrais faire du plus.
28:08Alors que les femmes s'en foutent
28:10comme vous devez le savoir.
28:12Ce n'est pas leur problème,
28:14du tout.
28:14Elles font semblant.
28:15Je voudrais faire du plus sérieux
28:18tout de suite
28:18avant de vous passer la parole.
28:20Parce que là,
28:21il y a un personnage
28:23très important
28:23sur lequel je voudrais
28:24que vous vous prononciez.
28:26Et je voudrais aussi
28:27d'ailleurs que vous disiez avant
28:28pour cette phrase
28:29que j'aime beaucoup
28:30mais qui m'intrigue,
28:31« On ne peut être absolument moderne
28:33que quand on a un cœur classique absolu.
28:36On ne peut être absolument moderne
28:38que quand on a un cœur classique absolu. »
28:41Il faut être absolument moderne,
28:42c'est Rimbaud.
28:42Oui.
28:43Or, personne n'est plus classique
28:45de formation que Rimbaud.
28:46Il pouvait vous écrire en latin.
28:48En latin, oui.
28:50Je fonce là-dessus.
28:52C'est-à-dire qu'il n'y a pas
28:53d'autre modernité,
28:56contrairement au bafouillage
28:57de l'art dit moderne
28:59qui n'est que peinture-lurage
29:01avec marché à la con derrière.
29:04On ne peut l'être moderne,
29:06comme Picasso par exemple,
29:08que si on a
29:10une extraordinaire facilité classique,
29:12je crois.
29:13C'est pour ça que ça n'existe plus.
29:15Deuxième chose.
29:16J'en viens à cette personne
29:18très importante.
29:19Mort de Mozart en 1791,
29:22mort de Rimbaud en 1891.
29:23En 1991,
29:25le philosophe publie sous un autre nom
29:27un roman,
29:28La fête à Venise.
29:29Ça va plaire à Vincent
29:30vénitien d'honneur et de cœur
29:32dont l'exergue étrange
29:34est une formule de Spinoza
29:36qui a un corps apte
29:38au plus grand nombre d'actions,
29:39à un esprit
29:40dont la plus grande partie est éternel.
29:42Que vient faire Spinoza
29:43dans un récit de la fin du XXe siècle
29:45consacré principalement à Vato ?
29:47– Alors, Spinoza.
29:49– Spinoza reste encore…
29:52– Il a été bien ennuyé, ce garçon.
29:53– Reste encore à connaître.
29:56Il a subi le RM fameux
29:59dont il faut lire la condamnation
30:02prononcée contre lui.
30:03– Terrible.
30:04– Par conséquent, il a inventé,
30:08il a inventé, alors en tant que philosophe,
30:10à l'époque tout à fait inconnu.
30:12il lui réparait des lunettes,
30:14il est mort, probablement assassiné d'ailleurs,
30:16après avoir reçu un coup de poignard dans le dos.
30:19Il gardait son manteau pour se rappeler
30:21ce coup de poignard de fanatique
30:25rigoris, intégriste, juif,
30:26qui d'ailleurs essayait
30:28de surmonter la malédiction
30:31qui leur était.
30:32Tout ça peut se comprendre,
30:34mais l'esprit de Spinoza
30:38a déclenché des vocations célèbres,
30:42toutes pour la liberté.
30:44– Toutes pour la liberté, en effet.
30:46– Tout ce qui est précieux,
30:48c'est la fin de l'éthique.
30:51Tout ce qui est précieux et…
30:52– C'est aussi difficile que rare.
30:55– Oui, ça va.
30:56– Louis-Claude de Saint-Martin,
30:58j'y reviens, vis donc.
30:59– Alors c'est lui, il s'appelle Spinoza.
31:00– Oui, il s'appelle Spinoza,
31:01ou Louis-Claude de Saint-Martin,
31:02ou Philippe Salèves.
31:03– Parce qu'il parle de passé.
31:03– Oui, ou Hegel, ou Hegel.
31:05– Oui.
31:05– Il s'appelle aussi Hegel.
31:06– Ou Marx.
31:07– Ou Marx.
31:07– Oui, il peut s'appeler Marx.
31:08– Ou Lénide.
31:09– Oui, absolument.
31:10– Quand il lit Hegel.
31:11– Absolument.
31:12Louis-Claude de Saint-Martin
31:13vit donc aujourd'hui à Paris
31:15où la révolution fait toujours rage.
31:18Mais c'est la révolution féministe.
31:20On en a parlé au début, etc.
31:23Bon, enfin, cette révolution féministe,
31:25elle prend quand même des formes,
31:27elle ressemble plus,
31:30elle s'intègre mieux
31:31dans la société du contre-désir
31:33que dans celle du désir.
31:34– Je ne suis pas d'accord.
31:35– Ah.
31:35– À mon avis, au contraire.
31:37– Alors là, ça demande des explications.
31:38– Non, on a des divergences là-dessus.
31:40– Au contraire.
31:40– Terrible.
31:42– Alors, vous avez des divergences là-dessus.
31:44– Terrible.
31:45– Alors, on vous écoute, Solers.
31:47– Je crois, je crois, je crois que le mouvement,
31:51avec tous ces ricochets, ces blablas féministes,
31:56est en effet la preuve que quelque chose
32:01est en train de se transformer de façon révolutionnaire.
32:05Moi, ça m'arrange beaucoup
32:07parce que ça me supprime des tas de concurrents idiots
32:12qui ne se sont, paraît-il, jamais rendus compte
32:16que les femmes et les hommes,
32:18c'était deux espèces absolument différentes,
32:20comme l'ours blanc et la mâle.
32:22– Ça, c'est la Freud.
32:23– Non, c'est la Freud.
32:23– Oui, enfin, c'est la Freud aussi.
32:25– Lacan parlait d'un poisson.
32:26– Oui, oui, oui.
32:27C'est ça, bon.
32:28Bref, trouvez-moi quelqu'un…
32:32Alors, moi, je comprends que les femmes,
32:34pour suivre leurs intérêts,
32:37se posent en revendications, en victimes, etc.
32:42Tout ça n'a pas beaucoup d'intérêt en soi.
32:45Il y a même… c'est un lassant.
32:47En revanche, le fait que les hommes
32:50soient de plus en plus acculés
32:53au fait de ne s'être jamais rendus compte
32:57qu'ils allaient pénétrer quelque chose
33:01sans demander la permission minimale,
33:05mais quelque chose qui n'avait rien à voir,
33:08sauf la procréation,
33:10lorsqu'elle était d'antan, depuis le Moyen-Âge.
33:14Est-ce que vous vous rendez compte
33:15que désormais, avec PMA, GPA, LGBT, XYZ,
33:22vous entrez dans une autre civilisation,
33:25la technique y veille.
33:28Et je crois que c'est très bien.
33:29et que c'est révolutionnaire.
33:32Je ne suis évidemment pas d'accord du tout.
33:34Parce que moi, je me fous de ce que pensent les hommes
33:36et de ce à quoi ça aboutit.
33:39Je m'occupe du point de vue des femmes.
33:41Et le fait que les femmes se revendiquent d'abord victimes
33:43plutôt que de se revendiquer comme battantes,
33:45comme gagnantes, ça me dégoûte.
33:48Et je déteste cette société de victimes
33:50qui porte plainte sans arrêt.
33:52Je trouve ça absolument odieux.
33:54Quand une femme est outragée,
33:56elle a raison de porter plainte.
33:57Oui, bien sûr.
33:58Mais enfin, elle porte plainte pour n'importe quoi.
34:01Mettez votre main sur ma cuisse
34:02et je vais dire, elle m'a agressée sexuellement.
34:04Ça va, quoi.
34:05Ça va.
34:06Et je déteste, je n'aime pas les victimes.
34:10Je n'ai jamais aimé qu'on se présente comme victime.
34:12Si on a été outragé, on se défend.
34:14On se défend.
34:15On attaque.
34:16On ne se présente pas comme une victime qui porte plainte.
34:19Enfin, je ne parle pas de porter plainte devant un tribunal.
34:21Ça, je suis absolument d'accord.
34:22On est bien.
34:23Mais je veux dire, l'idée de la plainte,
34:24je n'aime pas que les femmes soient sans arrêt dans la plainte.
34:27Je veux qu'elles soient dans la revendication gagnante
34:31et pas dans...
34:33Défendez-moi parce que je suis une victime.
34:34C'est vrai, c'est juste.
34:35Mais la plainte peut rapporter beaucoup d'argent.
34:37Ah.
34:38Le marché veille toujours.
34:41Donc, je reviens à Louis-Claude de Saint-Martin
34:45parce que vous écrivez dans Désir
34:49la révolution.
34:50Si la révolution française est si importante,
34:52outre le fait que ce soit la seule spirituelle,
34:55c'est parce qu'elle brise le temps.
34:57Oui.
34:57Voilà.
34:58Je voudrais que vous expliquiez là-dessus.
34:59Ça me paraît très important.
35:02Et c'est le moment allurissant
35:06où tout à coup,
35:08vous avez la prétention
35:10de fonder un nouveau calendrier.
35:13Oui.
35:13Pour fonder un nouveau calendrier,
35:16il faut éliminer l'ancien.
35:17D'ailleurs, là, ça a été rétabli assez vite
35:20parce que Napoléon a compris
35:22que le premier consul a compris
35:23que ça ne pouvait pas marcher.
35:24Il a rétabli le christianisme.
35:27Ça a donné Châteaubriand.
35:28Voilà.
35:29C'est simplement pour vous dire
35:30que c'est une question
35:31qui peut apparaître
35:33comme évidemment religieuse.
35:38C'est toute la métaphysique
35:41qui bascule d'une façon ou d'une autre.
35:44Parce que Louis-Claude de Saint-Martin,
35:47mon philosophe inconnu,
35:48a été chargé par la Révolution
35:50de quoi faire.
35:52En vue de la prochaine religion,
35:56l'être suprême,
35:58Robespierre a compris ça.
35:59C'est une question métaphysique fondamentale.
36:02Il a été chargé d'inspecter les archives
36:06de la religion qui était en train de disparaître
36:09au point fil de la nouvelle.
36:11Robespierre a compris ça.
36:13Il a fait deux choses.
36:15Et c'est un homme extraordinaire
36:18qu'on a maudit, évidemment,
36:20pour se décharger de la culpabilité
36:22d'avoir lié à Tindé.
36:24Tout ce beau monde,
36:25tout ce beau monde,
36:26dont le sang, en effet,
36:28a coulé très bleu,
36:30et très bleu-blanc,
36:32rouge même.
36:33Et donc, Robespierre a compris deux choses.
36:38Premièrement,
36:39que faire graver à l'entrée des cimetières
36:43que la mort était un sommeil éternel,
36:48que ça n'allait pas rassurer vraiment les gens.
36:52Parce qu'on leur promettait quand même
36:54un au-delà, un vérifique.
36:56C'est comme la déesse raison
36:58sur l'autel de Notre-Dame.
36:59Ça ne marche pas.
37:00C'est une prostituée,
37:02on voit le transparent.
37:02ça ne va pas.
37:03Bon.
37:04La deuxième,
37:05il l'a fait remplacer.
37:07Il a dit
37:08la mort est le commencement de l'immortalité.
37:10Ça change tout.
37:12Ça change tout.
37:13Oui, monsieur,
37:14ça c'est révolutionnaire.
37:15C'est un des derniers gestes de Robespierre,
37:17qui a pris sur lui d'ailleurs la terreur,
37:19bien qu'il était contre la peine de mort,
37:22pour que le peuple n'en soit pas accusé.
37:25Il a pris une vocation christique,
37:28en quelque sorte.
37:29Oui.
37:29Voilà.
37:30Et il a...
37:33C'est le commencement de l'immortalité.
37:36Vous voyez comme c'est beau.
37:38Et l'être...
37:38Alors, l'être suprême,
37:40mais...
37:40Alors, elle demandait
37:42si les droits humains
37:43ont été fondés
37:45sous le saut,
37:47sous la surveillance
37:49de l'être suprême,
37:50il faut se débarrasser de ça.
37:51Y a-t-il un être suprême ?
37:53Ou alors un être qui soit...
37:56Qu'il soit à quoi ?
37:58D'où la refondation d'une nouvelle religion.
38:00Et d'un nouveau calendrier.
38:02Voilà.
38:03Alors, si vous avez la prétention extraordinaire
38:08de faire livre révolutionnaire français,
38:12l'ont fait.
38:14Avec des noms un peu ridicules,
38:15c'est bâclé.
38:17Il y a un peu...
38:18Divoze, Vantoze,
38:20Vendémière.
38:20Vendémière.
38:21Aller au fronton
38:22de l'école normale supérieure,
38:24fondée,
38:24on vendait bien.
38:26Voilà.
38:26Ça a duré six ans.
38:28Oui.
38:28Et six ans, c'est énorme.
38:30C'est six siècles.
38:31C'est considérable, oui.
38:32Oui, voilà.
38:33Donc pour ça, il fallait une religion.
38:36Nietzsche aussi a voulu faire un nouveau calendrier.
38:37Oui, Nietzsche a voulu faire un nouveau calendrier.
38:40Mais c'est pour ça qu'il me demandait
38:41pourquoi le temps était en train de changer.
38:44Il est évident qu'avec la physique quantique
38:46et l'espace-temps,
38:47vous avez changé de dimension.
38:49Par exemple.
38:51Ce que vous pointez surtout dans Désir,
38:56c'est la censure.
38:58Et c'est à toutes les pas.
39:00Mais je dis dans Désir,
39:01mais dans vos romans précédents aussi.
39:03C'est la censure portée sur la pensée.
39:06Vous écrivez,
39:07là c'est Solaire Saint-Martin qui nous parle,
39:09la pensée est un geste plus ou moins entravé
39:13par les entourages et les habitudes.
39:16En somme,
39:17vous écrivez que la pensée
39:19est un geste plus ou moins censuré.
39:21Oui.
39:21La pensée dérange.
39:23La pensée dérange.
39:25Il suffit de penser
39:27pour que vous sentiez
39:28la réprobation qui va jaillir
39:32sur vous.
39:33Qu'est-ce que c'est que pensée ?
39:38Qu'est-ce qu'il nous appelle à penser ?
39:40Ça c'est Heidegger.
39:41Ça c'est Heidegger, oui.
39:43Pourquoi croyez-vous qu'il soit censuré
39:45comme vous venez de le dire ?
39:46On est bien d'accord.
39:48Multiplication.
39:49Alors multiplication pour Louis-Claude de Saint-Martin,
39:51on l'a compris puisque multiplication des identités
39:54ou identités rapprochées multiples
39:56pour utiliser un terme qui vous va bien.
39:58Il est à la fois, on l'a dit,
40:00il peut être à la fois Marx,
40:01il est Marx au 19ème,
40:04il est Rimbaud,
40:05il est Solaire au 20ème siècle,
40:08au 21ème, pardon.
40:10Multiplication.
40:11Oui, mais c'est un mort qui me parlait.
40:13Vous m'avez dit ça tout à l'heure,
40:14je ne me suis pas drôle.
40:15Mais je l'entendais.
40:16Multiplication des identités pour le philosophe,
40:18mais il garde le même esprit,
40:20et c'est pour ça que je reviens
40:21avec mon idée de pensée,
40:23puisque vous écrivez,
40:23ainsi le cœur peut s'arrêter,
40:26la pensée vivra.
40:28Le cœur peut s'arrêter,
40:29la pensée vivra.
40:31Oui, oui, c'est ça.
40:32Ah bon ?
40:33Mais oui, mais puisque le désir...
40:34C'est la dernière phrase, je crois.
40:36Oui, mais c'est tout à fait logique et cohérent,
40:39puisque la pensée vit,
40:41puisque le désir illumine,
40:43donc jusqu'ici, il n'y a pas de problème,
40:45et que l'illumination écrase le temps.
40:49La boucle est bouclée.
40:50Elle le révèle,
40:53si vous suivez le sens étymologique
40:57du mot « apocalypse ».
40:58Voilà.
41:00La pensée révèle le temps.
41:01Sans quoi ça n'aurait pas produit
41:03autant de questionnements,
41:06autant de grands romans,
41:08la recherche du temps perdu
41:09qui est retrouvée,
41:10ou il n'est pas retrouvée ?
41:11Est-ce que vous l'avez retrouvé,
41:13votre temps perdu ?
41:14Il finit par être retrouvé
41:15dans le dernier tome de la recherche.
41:17Mais pas comme il faut.
41:19Mais pas comme il faut,
41:19mais jamais comme il faut.
41:20Les Lumières n'en finissent donc pas
41:21de livrer leur mystère révolutionnaire.
41:23C'est bien de cela dont vous voulez parler,
41:25puisque vous avez très longuement parlé
41:27du XVIIIe siècle dans toute votre œuvre.
41:29Ils ont préparé la Révolution française.
41:31C'est Hegel qui leur rend un hommage
41:33absolument considérable.
41:35Ils ont vaincu tous les préjugés.
41:38Oui.
41:38Et avec une audace infernale,
41:42courageuse, magnifique,
41:44la Révolution est venue par là.
41:47Vive les révolutionnaires.
41:49Vive la Révolution.
41:50Vive la Révolution.
41:51Alors, je voudrais qu'on termine cette émission.
41:56J'ai invité Josiane Savignot,
41:58qui, comme je l'ai dit au début,
42:02est juré au prix féminin.
42:05Et je voudrais qu'on parle un peu
42:05de la rentrée littéraire.
42:06Alors, je voudrais qu'on parle.
42:08On va faire.
42:08Solaire peut participer.
42:10Non, mais je voudrais juste...
42:11Ah, on termine.
42:12Je voudrais faire un mot sur Solaire.
42:13Un dernier mot, c'est le philosophe inconnu,
42:16devenu vous, dit « Dès son plus jeune âge,
42:20il s'est vécu comme un rescapé. »
42:24Rescapé de quoi ?
42:25De ce que M. Roy désignait il y a quelques instants.
42:30Comme l'associé.
42:30Comme l'associé.
42:33Mais oui, évidemment.
42:34Mais je pensais que c'était bien de boucler là-dessus.
42:36Ça vient.
42:37Rescapé des familles.
42:39Rescapé du mensonge.
42:40Rescapé de la...
42:41Par rapport à la première question de Vincent,
42:43ça me paraissait lumineux de lui et de faire de clore, cette affaire.
42:46Voilà.
42:47Dès qu'il entend le mot société, il sort son rêve au rêve.
42:51Il sort son spectacle qui est en très mauvaise voix.
42:56Vous n'avez pas noté le fait que la société du spectacle
42:59en prenait plein la gueule sur le spectacle ?
43:02Bien sûr.
43:03Et le cinéma.
43:04Et le cinéma.
43:06Oui, alors, la rentrée littéraire.
43:08Alors, la rentrée littéraire, tous les ans, on se dit
43:10il va y avoir moins de livres.
43:11Là, il y a eu le Covid qui a pris, a priori, la Covid, doit-on dire.
43:15Ah, ça, je déteste cette idée.
43:17Je veux dire, on nous bassine avec la féminisation de tout qui me déplaît.
43:21Oui.
43:22Moi, je peux dire, écrivain, ça me convient très bien,
43:24j'en ai rien à faire, etc.
43:25Oui.
43:25On nous bassine avec ça et on trouve un virus pourri, on le féminise.
43:29Oui.
43:29C'est formidable.
43:30Oui.
43:30Alors ça, voilà.
43:31Là, par contre, vous vous indignez.
43:32Ah, ben oui.
43:33Bon.
43:33Alors, mais, malgré tout…
43:36Donc, je dis le Covid.
43:37Bon, alors, donc, le Covid.
43:39Prenons votre…
43:40Le Covid, pourquoi voudrait-il qu'un virus soit forcément masculin, d'ailleurs ?
43:44C'est neutre.
43:45Oui, d'accord.
43:46Bon.
43:46Alors, n'insistons pas.
43:48Donc, le Covid n'a rien changé au nombre pléthorique de livres…
43:53Il y en a un peu moins, quand même.
43:54Qui vont…
43:55Oui, à quoi ?
43:56À 50 près.
43:56À peine.
43:57À peine.
43:57À peine.
43:58À peine.
43:59Je suis rentrée chez moi jeudi et je pouvais à peine entrer chez moi parce qu'on avait déposé…
44:05Ma gardienne, très gentiment, avait déposé tous les livres.
44:07Oui.
44:08J'ai montré à Philippe Solaire cette chose.
44:10Il m'a dit que ce n'était pas grand-chose, mais c'était énorme.
44:12Ça m'a pris toute la journée.
44:14Qu'avez-vous lu durant votre été qu'il puisse… voilà, qu'il puisse donner envie…
44:20C'est ce que j'essaie de faire toutes les semaines dans une chronique.
44:22C'est compliqué, vous aussi, de vous essayer de faire ça.
44:25Avouez que c'est compliqué.
44:26Je parle aussi des conversations qu'on a eues au Féminas.
44:30Chacune d'entre nous, on a plusieurs coups de cœur parmi les étrangers.
44:34Mais parmi les Français, il y a plusieurs livres qu'on aime plutôt bien.
44:38Mais il n'y a pas…
44:38L'an dernier, bon, certaines d'entre nous, enfin la plupart d'entre nous,
44:41c'était enthousiasmé pour le livre de Sylvain Prudhomme.
44:44Là, il n'y a pas d'enthousiasme comme ça.
44:47Il y a un livre récemment qui m'a beaucoup touchée, qui est un livre d'Olivia El-Kaïm.
44:51Je ne sais pas si vous l'avez lu encore.
44:52Oui, je ne l'ai pas lu encore.
44:53Qui s'appelle, chez Sock, qui s'appelle Le tailleur de Relizane.
44:58Alors, Relizane étant une ville d'Algérie, ça m'a beaucoup touchée.
45:01C'est un récit très sobre.
45:02Ce n'est pas un roman, ce n'est pas un roman.
45:04C'est un récit ?
45:04On a considéré que les récits littéraires sont des récits.
45:07Ça va, on ne va pas les mettre dans les essais.
45:09Ce n'est pas un essai, c'est un roman.
45:11Ce n'est pas un roman, mais ce n'est pas un essai.
45:13Donc, ça va dans la catégorie large roman, littérature romanesque du féminin.
45:21Et donc, en fait, cette Olivia El-Kaïm, elle est née en France, de parents juifs algériens.
45:28Et elle a voulu annuler tout ça.
45:31Elle n'a pas voulu cette histoire des rapatriés d'Algérie, les pieds noirs, tout ça.
45:36Elle ne voulait pas en entendre parler.
45:37Donc, elle a épousé un homme blanc, n'est-ce pas ?
45:42Ce que son père considérait comme un blanc bec.
45:44Elle a vécu 20 ans avec lui.
45:45Ils ont fait des enfants, puis elle a divorcé.
45:47Et à ce moment, toute cette histoire lui est revenue.
45:51Ça m'a fait penser à cette phrase de Beckett qui disait
45:53« Quand on ne s'occupe pas de son passé, un jour, il s'occupe de vous ».
45:56Et donc, son passé s'est occupé d'elle.
45:58Et du coup, elle raconte l'histoire de ses grands-parents, de son grand-père,
46:01Tailleur, de Rély-Zan, de leur arrivée en France.
46:06Cette manière qu'on a eue de regarder les rapatriés d'Algérie
46:09comme tous des gens qui allaient nourrir les bataillons de l'extrême droite.
46:12Il y en a eu, mais il n'y avait pas que ça non plus.
46:14On a été sans doute un peu trop systématique à l'époque.
46:16Elle cite des propos d'hommes politiques de l'époque
46:18qui ne sont pas absolument reluisants.
46:20Et je trouve que c'est extrêmement sobre, pas sentimental,
46:24pas trop psychologisant.
46:26Et ça m'a beaucoup plu.
46:27Ce livre m'a beaucoup plu.
46:28C'est un des coups de cœur.
46:28– Alors, je vous interroge sur les livres dont on parle le plus.
46:35Là, comme vous, je lis la presse tous les jours.
46:37Alors, il y a le livre d'Éric Reinhardt, dont on parle beaucoup.
46:42– Alors, Éric Reinhardt…
46:42– Est-ce que vous l'avez lu ? Est-ce que vous l'avez regardé ?
46:44– Je ne peux pas dire que je l'ai lu,
46:45puisque je me suis arrêtée à la page 50.
46:49Et c'est curieux, Éric Reinhardt,
46:51j'ai aimé plusieurs de ses premiers livres.
46:53Je n'avais pas du tout aimé le précédent,
46:55l'histoire du cancer de sa femme.
46:56Et là, ce n'est pas que ce soit mal fichu,
46:59mais ça ne m'intéresse pas.
47:00Cette histoire ne m'intéresse pas.
47:01– D'accord.
47:02– Alors, il y a quelqu'un d'important qui est Emmanuel Carrère.
47:06Malheureusement, je n'ai pas encore lu son livre
47:07et je ne l'ai pas encore reçu.
47:08Donc, je me suis plaint de ce matin auprès de son éditeur.
47:11– Sur la dépression ?
47:12– C'est parce qu'il a eu le féminin.
47:13Donc, il doit se dire, les jurés féminins,
47:15pas intéressants puisqu'il a eu le féminin.
47:17Il ne peut pas l'avoir une deuxième fois.
47:19Mais Emmanuel Carrère, c'est quand même quelqu'un à considérer.
47:21On ne peut pas…
47:22Alors, il y a une autre personne qui est à considérer,
47:23je dois avouer que je considère comme un écrivain,
47:26mais qui ne me touche absolument pas,
47:29c'est Laurent Mauvigny.
47:30– Laurent Mauvigny, oui.
47:31– Je suis allée plus loin que dans l'Erythréen,
47:32je suis allée à la page 223
47:34parce que beaucoup de mes camarades du féminin aiment ce livre.
47:38Et à la page 223, je me suis arrêtée sur la phrase
47:41« ça va s'arranger ».
47:43Et je pense que pour moi, ça n'allait pas s'arranger.
47:45Je me suis arrêtée là.
47:47– Donc, jusqu'à la page 223,
47:49pas de romans étrangers qui…
47:52– Ah si, il y a des romans étrangers.
47:54Il y a plusieurs que j'aime beaucoup, beaucoup, beaucoup.
47:56Il y a un titre idiot en français, je trouve.
48:00« Poison, fleuri, légium »,
48:02ce qui est le nom d'un tableau que ferait cette femme.
48:05C'est un livre d'une femme qui s'appelle Annalena McAfee.
48:07– C'est publié chez qui ?
48:09– C'est chez Belfont.
48:10Annalena McAfee, il se trouve que c'est la femme
48:12qui dirige le cahier culture du Guardian,
48:14qui est quand même d'un très bon niveau.
48:15Et il se trouve que c'est la femme de Yann McEwan,
48:18qui est aussi un écrivain que j'estime plutôt.
48:20Mais enfin, on ne va pas dire que c'est parce qu'elle est sa femme que c'est bien.
48:22– Non.
48:23– C'est parce que ce livre…
48:24Alors là, c'est un livre qui devrait plaire à Soler,
48:26c'est parce que les impostures de l'époque,
48:28ils sont totalement des impostures artistiques et tout ça.
48:31C'est une femme, en effet, qui a voué sa vie, disons,
48:36à faire la peinture comme ça ne se fait plus aujourd'hui.
48:39C'est-à-dire qu'elle peint, elle dessine et elle peint.
48:42C'est mal vu aujourd'hui, tout ça.
48:43Et elle est prise, en même temps, elle est prise en main
48:47par un jeune homme qui fait semblant de l'admirer.
48:51On croit qu'il l'admire.
48:53Et toutes les impostures de l'époque sont nouées, etc.
48:57Moi, c'est un roman que j'ai lu d'un bout à l'autre avec jubilation, je dirais.
49:01J'aimerais vous faire réagir tous les deux,
49:02puisque là, on vient beaucoup de parler de la société.
49:08Et on vient d'apprendre, là, hier ou avant-hier,
49:12que le titre d'Agatha Christie, 10 petits nègres,
49:17les 10 petits nègres ne pouvaient plus avoir cours en français.
49:22Et on va appeler le livre « Ils étaient 10 ».
49:27Alors, je voulais vous faire réagir sur cette nouvelle manière
49:30de revisiter l'histoire ou un titre de roman.
49:34Il faut quand même savoir, j'ai cru bon me renseigner sur cette question,
49:37que 10 petits nègres étaient le titre français
49:40et que ça n'était pas le titre original d'Agatha Christie.
49:44– Ça a été corrigé en 1939 aux États-Unis d'Amérique.
49:48– Voilà, voilà, voilà.
49:49– Niggers.
49:50– Voilà, Niggers.
49:51– Oui, ridicule.
49:53– Alors, ridicule ?
49:54– Oui, qu'est-ce que vous voulez dire ? C'est absurde.
49:56– Il y a beaucoup plus grave.
49:57– Alors, vous savez qu'il y a un groupe qui s'appelle
49:59« Les Négresses vertes », je ne sais pas ce qu'on va en faire.
50:01Il y a un livre de Joseph Conrad qui s'appelle
50:03« Le Nègre du Narcisse », qu'est-ce qu'on va faire ?
50:05– Qu'est-ce qu'on va faire ?
50:06– Et il y a un monsieur qui a dirigé Universal pendant très longtemps
50:09qui s'appelle Pascal Nègre.
50:10Est-ce qu'on l'a viré parce qu'il s'appelait Pascal Nègre ?
50:12– Il faut qu'il prenne un pseudonyme.
50:14– Alors, tout ça vous fait plutôt rire.
50:17– C'est important pour une seule raison.
50:19C'est que dans toutes les maisons d'édition maintenant,
50:22il y aura des gens chargés de trier si ce qui est écrit là
50:30est convenable ou franchi des lignes interdites.
50:34– Il y a ça aux États-Unis, il y a ça aux États-Unis.
50:39Donc les fiches de police sont en cours.
50:43– Et les fiches de police vont par conséquent continuer de se multiplier.
50:48– Voilà.
50:48– Mais il faut résister, il faut résister.
50:50– Oui mais comment résister ?
50:51C'est la question que va se poser un jeune écrivain aujourd'hui.
50:56– Oui mais je pense que ça…
50:57– À partir du moment où il ne rentrera pas dans le rang,
51:00à partir du moment où elle…
51:01– Je pense que c'est très grave.
51:01– Je pense que c'est très grave.
51:04C'est-à-dire que si on s'attaque à Philippe Solaire,
51:07s'il va avoir les moyens de dire ça suffit comme ça.
51:09Mais si c'est un manuscrit qui arrive, à dégager.
51:13– Oui.
51:13– Ah non mais c'est grave.
51:14– Oui.
51:14– Il faut les dénoncer.
51:15– Oui mais est-ce que les…
51:16Alors là pour le coup, est-ce que les éditeurs n'ont pas leur rôle à jouer ?
51:19– Bien sûr qu'ils ont leur rôle à jouer.
51:20– Donc c'est peut-être à eux aussi à se battre au premier plan.
51:25– Ils les ont engagés malheureusement.
51:26– Voilà une fiche de lecture.
51:28Ce livre a beaucoup de pensées qui ne conviennent pas à l'époque.
51:33mais il y a du misogyne dans l'air, du prédateur sexuel probable.
51:40Vous risquez d'avoir des…
51:43C'est le juridique à ce moment-là qui intervient.
51:45Le juridique peut vous faire des ennuis
51:47parce que telle personne peut porter plainte,
51:50parce qu'elle est très reconnaissable, etc.
51:52Attention, attention.
51:54En revanche, c'est un livre sans aucune pensée, vide.
52:01Comme le coup vide peut vous apprendre à vider votre pensée.
52:06Et comme le pauvre Carrère qui a cru faire du yoga et atteint de l'illumination,
52:12brusquement il a probablement une aventure amoureuse déraisonnable
52:16et il passe quatre mois à Saint-Anne, et alors en bipolaire,
52:22vous savez ce qu'on appelle la bipolaire, la co-dépressive.
52:24Donc il a souffert l'atrocement d'avoir voulu atteindre par le yoga une élimination.
52:30Ce n'est pas comme ça.
52:31Mais en tout cas, c'est une expérience qu'il raconte, paraît-il, de façon intéressante.
52:36– Moi j'ai un exemple vrai sur cette histoire.
52:38Donc ça se passe chez Gallimard, je ne vais pas dénoncer,
52:41mais ça se passe chez Gallimard.
52:42Et donc deux personnes ont aimé un manuscrit.
52:45Et on met des notes très positives sur ce manuscrit.
52:49On s'aperçoit que ce manuscrit est refusé.
52:51Une des personnes qui défendait ce manuscrit appelle l'autre,
52:54en disant mais comment se fait-il que ce manuscrit…
52:57– Que nous avons aimé soit refusé.
52:58– Que nous avons aimé, que nous avons vraiment défendu,
53:00que nous avons mis la note maximale et était refusé.
53:02L'autre personne lui répond, oui on m'a donné un argument,
53:05trop de pensée et pas assez d'action.
53:07– Et voilà, c'est-à-dire la littérature qui doit aboutir au cinéma.
53:11– Absolument.
53:12– Bon, écoutez, pour ce…
53:14– Mais ici on est un lieu de résistance.
53:15– Mais ici, à l'humanité, nous sommes un lieu de résistance, absolument.
53:18Écoutez, j'étais ravi de vous recevoir.
53:20Je veux redire tout le plaisir que j'ai eu à lire Désir de Philippe Solers.
53:25On voit qu'à partir d'un roman comme ça, comme celui-ci,
53:29on peut dire beaucoup de choses,
53:30y compris sur la société dans laquelle nous vivons.
53:35pour ceux que toute cette conversation aurait intriguée,
53:38je veux les renvoyer au livre que vous avez écrit tous les deux
53:42et qui s'appelle « Une conversation infinie ».
53:45– C'est publié chez Bayard.
53:47– Chez Bayard.
53:49Là, vous y discutez de Dieu, du diable, des femmes, de la mort, de l'amour,
53:57d'énormément de choses.
53:58– De la fidélité.
53:58– De la fidélité.
53:59– Et un homme et une femme qui peuvent se parler,
54:01c'est pas extraordinaire.
54:02– Mais c'est tout à fait révolutionnaire.
54:04C'est tout à fait révolutionnaire parce que, précisément,
54:08entre vous, c'est pas la guerre.
54:10Donc, comme quoi, entre les hommes et les femmes,
54:12c'est pas toujours la guerre.
54:14– Et là, moi, je voudrais dire à tous les téléspectateurs de l'Humanité
54:16que Vincent Roy est un très grand lecteur de Philippe Solers.
54:20C'est exactement une des personnes qui connaît le mieux son œuvre.
54:22– Je connais pas mal.
54:23– Voilà.
54:23– Je connais pas mal.
54:24Je vous remercie.
54:25– Passons-nous un peu de pommade, c'est bien.
54:27– Je vous remercie.
54:29– C'est nous, je suppose, qui vous remercions.
54:32– Bon.
54:33Et excellente semaine.
54:35Et nous nous retrouvons, évidemment, la semaine prochaine
54:37pour le numéro 2 de « Au pied de la lettre »,
54:40l'émission littéraire de l'Humanité.
54:42– Vive l'Humanité.
54:43– Bonne semaine à vous.
54:45– Merci Vincent.
54:50– Sous-titrage ST' 501
55:03– Sous-titrage ST' 501
55:04– Sous-titrage ST' 501
55:04– Sous-titrage ST' 501
55:32Sous-titrage FR ?