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En 1945, la victoire sur l'Allemagne nazie est à peine acquise qu'on se met déjà réécrire l'histoire. Celle d'une France libérée par son peuple, résistante dans l'âme, unie contre l'oppression. Dans les mémoires, on imprime la figure des héros : gaullistes et communistes. On oublie la genèse du combat. Celui des tout premiers, hommes et femmes, de gauche, de droite, communistes, d'extrême droite, apolitiques qui, individuellement et dès le 17 juin 1940, ont dit "non". Un "non" viscéral et spontané dans une France qui disait oui, en se rangeant derrière Pétain. Ils sont partis de rien, ont dû tout inventer, risquer leur vie et celles de leurs proches.
Transcrição
00:00:098 mai 1945, l'Allemagne nazie capitule.
00:00:15La France entière semble se retrouver après cinq terribles années d'occupation.
00:00:20On célèbre la victoire et l'unité nationale.
00:00:23Et déjà, on entrevoit la naissance d'un mythe,
00:00:26celui d'une France qui se serait levée unanime dès les premiers jours contre l'occupant,
00:00:32celui d'un pays peuplé de 40 millions de résistants.
00:00:37En ce jour de paix retrouvée, la foule s'enivre du défilé de milliers de héros
00:00:42descendant triomphalement les Champs-Élysées derrière le général de Gaulle.
00:00:52Et ces images, si glorieuses et si rassurantes, occultent la réalité.
00:00:58À l'été 1940, il n'était qu'une poignée,
00:01:01quelques femmes et quelques hommes seulement,
00:01:04à oser dire non,
00:01:06à se lever contre Pétain, Hitler,
00:01:08et la fatalité de la défaite.
00:01:12Parmi ces héros ordinaires,
00:01:15ceux qui ont rejoint le général de Gaulle à Londres,
00:01:17mais aussi ceux qui sont restés
00:01:19et qui ont fait le choix, au péril de leur vie,
00:01:22de combattre pour la liberté.
00:01:26Ce sont eux, et eux seuls,
00:01:28les premiers résistants
00:01:30qui, face à l'armée d'occupation
00:01:31et à la résignation de leurs compatriotes,
00:01:34ont ouvert le chemin vers cette victoire.
00:01:37Voici l'histoire de ces déraisonnables.
00:02:12Juin 1940,
00:02:14la France est sur les routes,
00:02:16avec 8 millions de réfugiés.
00:02:18L'armée française,
00:02:20submergée par l'offensive allemande,
00:02:22est en déroute.
00:02:24Le pays tout entier
00:02:25est en état de sidération.
00:02:28Le 17 juin,
00:02:30le maréchal Pétain,
00:02:31qui vient d'être nommé président du Conseil,
00:02:33annonce à la radio sa décision
00:02:35de demander l'armistice
00:02:37à l'Allemagne nazie.
00:02:40Français,
00:02:41c'est le cœur verré
00:02:42que je vous dise aujourd'hui
00:02:44qu'il faut cesser le combat.
00:02:47Pour beaucoup de Français,
00:02:49épuisés par les combats,
00:02:51la débâcle et l'exode,
00:02:53le discours de Pétain
00:02:54est perçu comme un soulagement.
00:02:56La figure paternelle et rassurante
00:02:59du vainqueur de Verdun
00:03:00permet d'accepter
00:03:01ce qui était encore inimaginable
00:03:03quelques semaines plus tôt.
00:03:06Mais pour quelques-uns,
00:03:08ses paroles de soumission
00:03:08aux vainqueurs sont insupportables.
00:03:11Le même jour,
00:03:12le général de Gaulle
00:03:13s'envole pour l'Angleterre,
00:03:14avec l'intention de poursuivre la lutte,
00:03:16sans savoir encore comment.
00:03:19Jean Moulin,
00:03:20préfet d'Eure-et-Loire,
00:03:21est arrêté à Chartres,
00:03:22et torturé pour avoir refusé
00:03:24de signer un texte
00:03:25accusant, à tort,
00:03:27les troupes coloniales françaises
00:03:28d'avoir massacré des civils.
00:03:30Dans ces cellules,
00:03:31ils tentent de mettre fin à ces jours.
00:03:34D'autres encore font le choix
00:03:36de continuer à combattre
00:03:37au péril de leur vie.
00:03:38Comme Pierre-Georges,
00:03:40militant communiste de 21 ans,
00:03:42connu sous le nom de colonel Fabien.
00:03:46Germaine Tillon,
00:03:47qui décide de faire quelque chose.
00:03:50Ou encore Henri Frénet,
00:03:51capitaine dans l'armée,
00:03:53qui rédige le premier appel
00:03:54à la lutte armée.
00:03:57Au nombre de ces irréductibles,
00:03:59trois jeunes,
00:04:00Mireille Albrecht,
00:04:02Jacques Lucéran
00:04:03et Gilbert Brousselin,
00:04:04qui, dès la fin du discours de Pétain,
00:04:07entre en résistance.
00:04:11Mireille a 16 ans.
00:04:12Elle est la fille de Bertie Albrecht,
00:04:15une femme d'exception,
00:04:16en avance sur son temps.
00:04:19Féministe,
00:04:19membre de la Ligue des droits de l'homme,
00:04:22elle est résistante avant l'heure.
00:04:27Dès les années 30,
00:04:29elle vient en aide aux opposants au nazisme,
00:04:31aux réfugiés juifs
00:04:32et aux exilés espagnols.
00:04:38En juin 1940,
00:04:40Bertie Albrecht et sa fille Mireille
00:04:41fuient l'avancée allemande
00:04:43et se réfugient à Vierzon.
00:04:47C'est là qu'elles entendent le discours de Pétain.
00:04:55Le 17 juin,
00:04:56à midi 30,
00:04:58nous écoutons à la radio
00:04:59le maréchal Pétain.
00:05:01Il annonce qu'il fait don de sa personne
00:05:03à la France.
00:05:04Il demande aux Français
00:05:05de cesser le combat.
00:05:09« Je vois ma mère blémir.
00:05:10Elle dit à voix basse,
00:05:12« Ce n'est pas possible.
00:05:14Quelle honte.
00:05:14Il faut faire quelque chose.
00:05:16On ne peut pas rester comme ça.
00:05:17Il faut agir. »
00:05:22Au même moment,
00:05:23Jacques Lucéran,
00:05:24un lycéen aveugle de 16 ans,
00:05:26se révolte lui aussi.
00:05:32Pétain demande aux Français de se rendre.
00:05:35Déclare que toute résistance
00:05:36serait une faute.
00:05:39Que Pétain soit un traître
00:05:40ne vient à l'esprit de personne.
00:05:43En ce qui me concerne,
00:05:43je n'ai aucun doute.
00:05:45Quand ?
00:05:46Comment ?
00:05:47Quelles seront mes armes ?
00:05:48Je ne sais pas.
00:05:50Mais ce que j'ai dans la tête
00:05:51et dans le cœur,
00:05:52s'appelle la liberté.
00:05:54Le courage ne va pas être facile,
00:05:56mais j'ai la fièvre d'agir
00:05:58et de faire quelque chose.
00:06:03Gilbert Brusselin a 21 ans.
00:06:05Il vit avec sa mère
00:06:06dans le Paris populaire.
00:06:08Baloté entre chômage
00:06:09et petit boulot,
00:06:11son expérience
00:06:12et sa haine de l'injustice
00:06:13déclenchent une réaction immédiate
00:06:16à l'écoute du discours de Pétain.
00:06:20J'écoute à la radio
00:06:21de chevroter la voix de Pétain.
00:06:23Je me dis que le vieux
00:06:24est devenu fou.
00:06:26Le lendemain,
00:06:27j'entends parler
00:06:27d'un général de Gaulle à Londres.
00:06:29Il demande aux hommes
00:06:30de le rejoindre
00:06:31pour monter une armée
00:06:32et libérer la France.
00:06:35Je décide de rejoindre
00:06:36les communistes.
00:06:36C'est avec eux
00:06:38que je veux libérer mon pays.
00:06:47Depuis la signature
00:06:48du pacte germano-soviétique
00:06:50en août 1939,
00:06:52la position des communistes français
00:06:54est intenable.
00:06:57L'accord entre Staline et Hitler
00:06:59est pour la plupart d'entre eux
00:07:01incompréhensible.
00:07:05A présent que l'Allemagne
00:07:07occupe la France,
00:07:08comment peuvent-ils
00:07:08accepter cet accord
00:07:09contre nature ?
00:07:11Les défections
00:07:12sont nombreuses.
00:07:14Car le pacte
00:07:15et l'alignement
00:07:16sur Moscou
00:07:16contraignent le parti
00:07:17communiste français
00:07:18qui n'a cessé
00:07:20avant guerre
00:07:21de mettre en garde
00:07:21contre l'expansionnisme allemand
00:07:23à s'afficher pacifiste
00:07:25et à modérer sa critique
00:07:26à l'égard de Berlin.
00:07:28Le parti
00:07:29qui promet à l'occupant
00:07:30de ne rien faire pour vous
00:07:32mais rien contre vous
00:07:33interdit
00:07:34à ses militants
00:07:35de s'en prendre aux Allemands.
00:07:38Dès l'armistice
00:07:39de juin 1940,
00:07:41les dirigeants communistes
00:07:42sollicitent même
00:07:43des autorités d'occupation
00:07:44l'autorisation
00:07:45de laisser reparaître
00:07:47leur quotidien,
00:07:47l'humanité.
00:07:50Pour les communistes français
00:07:51les plus aveuglément fidèles
00:07:53à Staline,
00:07:53il faut se résigner
00:07:54à accepter
00:07:55cette neutralité complaisante
00:07:57vis-à-vis de l'Allemagne nazie.
00:08:00Mais pour d'autres,
00:08:01comme Rol Tanguy
00:08:02ou Pierre-Georges
00:08:03alias le colonel Fabien
00:08:05qui a combattu
00:08:06pendant la guerre d'Espagne
00:08:07et Gilbert Brucelin
00:08:09qui a rejoint les communistes
00:08:10au lendemain de l'armistice,
00:08:12les calculs politiques
00:08:13sont indignes
00:08:14de la situation
00:08:14et il faut,
00:08:16sans attendre,
00:08:17s'engager dans le combat
00:08:18contre l'occupant.
00:08:22Le parti communiste
00:08:24n'attaque pas
00:08:24l'armée d'occupation
00:08:25et ça m'agace.
00:08:27Je fais confiance
00:08:28à la direction du parti
00:08:30et ça ne m'empêche pas
00:08:31de commencer mes activités.
00:08:34J'ai rendez-vous
00:08:34avec un camarade.
00:08:36Il me dit
00:08:37dans cette rue,
00:08:38beaucoup d'ouvriers
00:08:39passent pour se rendre au travail.
00:08:41Nous allons leur écrire
00:08:42des messages sur les murs.
00:08:43« Abat le régime de Vichy,
00:08:46vive la France soviétique. »
00:08:49La France soviétique.
00:08:51Ce mot d'ordre
00:08:52me semble choquant.
00:08:53Les Français subissent déjà
00:08:54le joug de l'occupation allemande
00:08:56et nous leur proposons
00:08:57une occupation soviétique
00:08:58pour les libérer.
00:09:00La revendication essentielle
00:09:02des Français,
00:09:03c'est la fin de l'occupation
00:09:04et l'indépendance du pays.
00:09:07J'écris mon propre chef.
00:09:09Vive la France indépendante.
00:09:14Je continue le militantisme.
00:09:16Collage de papillons
00:09:17et d'affichettes.
00:09:19Inscription sur les murs.
00:09:21Lancé de tracts
00:09:21aux sorties du cinéma
00:09:22et dans les usines.
00:09:24Distribution dans les étages.
00:09:27Voyant mon assiduité,
00:09:29la direction me confie
00:09:30la responsabilité
00:09:31de la section
00:09:32du 11e arrondissement.
00:09:39L'une des premières
00:09:40formes de résistance
00:09:41consiste à développer
00:09:43des actions
00:09:43pour réveiller l'opinion.
00:09:46La défaite a provoqué
00:09:47l'abattement
00:09:48et la résignation
00:09:49de la population.
00:09:51L'urgence
00:09:52est de maintenir
00:09:53le moral des Français
00:09:55en leur disant
00:09:56qu'ils ne sont pas seuls
00:09:56dans leur désarroi,
00:09:58mais aussi de les informer
00:09:59sur la véritable nature
00:10:01de l'occupation
00:10:02en contrecarant
00:10:03la propagande officielle.
00:10:06Car dans cette France occupée,
00:10:08tout est déjà sous contrôle.
00:10:10la presse comme la radio.
00:10:13Les seules informations
00:10:14qui paraissent
00:10:15sont allemandes
00:10:15ou vendues à la cause allemande.
00:10:18Les mots sont alors
00:10:19les premières armes
00:10:20des résistants.
00:10:23Ils se mettent
00:10:23à fabriquer des tracts,
00:10:25coller des papillons,
00:10:27écrire sur les murs.
00:10:29Comme ils n'ont aucun moyen,
00:10:30ni financier,
00:10:31ni matériel,
00:10:32ils fabriquent des tracts
00:10:33de manière rudimentaire
00:10:35avec les moyens du bord.
00:10:37Ils écrivent des messages
00:10:38à la craie,
00:10:39aux fusains,
00:10:40partout où ils le peuvent.
00:10:42En parallèle
00:10:43de cette résistance
00:10:44par l'écrit,
00:10:45d'autres initiatives
00:10:46individuelles sont prises.
00:10:48Ce qui rassemble
00:10:49ces tout premiers résistants,
00:10:51c'est qu'ils veulent
00:10:52tous faire quelque chose,
00:10:53sans vraiment savoir quoi,
00:10:55mais avec l'obsession
00:10:56d'agir.
00:10:57Ils n'ont aucune expérience,
00:10:59alors ils bricolent,
00:11:01tâtonnent.
00:11:02Il leur faut tout inventer.
00:11:06Germaine Tillon,
00:11:07ethnologue,
00:11:08motivé par un profond
00:11:10sentiment de justice
00:11:10et de patriotisme,
00:11:12va, dès le mois de juillet 1940,
00:11:14monter une filière
00:11:15d'évasion
00:11:16des prisonniers coloniaux.
00:11:21Berthier et Mireille Albrecht,
00:11:23de leur côté,
00:11:24vont venir en aide
00:11:25aux prisonniers.
00:11:26A leur façon.
00:11:33Ma mère ronge son frein.
00:11:35Elle ne supporte pas
00:11:36d'être sous la botte
00:11:37des nazis.
00:11:38Elle n'arrête pas de dire
00:11:39« on ne peut pas
00:11:40rester soumis ».
00:11:42Une idée
00:11:43lui vient à l'esprit.
00:11:46Les Allemands ont fait prisonnier
00:11:47plus d'un million
00:11:48de nos soldats.
00:11:49Ils les ont parqués
00:11:50dans des camps de fortune
00:11:51assez mal gardés.
00:11:52des hommes courageux
00:11:54parviennent à s'évader.
00:11:56Mais la difficulté
00:11:57est de passer
00:11:58en zone libre.
00:12:00Vierzon est coupé en deux.
00:12:02La rivière du Cher
00:12:03est devenue ligne
00:12:04de démarcation.
00:12:07L'église est en zone occupée,
00:12:09le cimetière
00:12:10en zone libre.
00:12:13Maman me dit
00:12:13« on va jouer un bon tour
00:12:15au Bosch ».
00:12:17Elle va voir le curé,
00:12:18connu pour son manque
00:12:19d'enthousiasme
00:12:20à l'égard des Allemands.
00:12:25Elle lui propose
00:12:26d'organiser
00:12:26de faux enterrements.
00:12:27Il trouve l'idée
00:12:28excellente.
00:12:29Et nous voilà
00:12:30à cacher les prisonniers
00:12:31évadés dans des cercueils,
00:12:33d'autres dans le cortège.
00:12:35Jamais de morts
00:12:36n'ont été autant
00:12:37accompagnés
00:12:38jusqu'à leur dernière demeure.
00:12:44Une nouvelle occasion
00:12:45de jouer un bon tour
00:12:46au Bosch
00:12:47se présente à moi.
00:12:49Nous ne pouvons pas
00:12:50correspond d'une zone
00:12:51à l'autre.
00:12:52Je persuade maman
00:12:53de me laisser faire
00:12:54le transit des courriers.
00:12:56Je pars à bicyclette,
00:12:58malgré mes grands airs,
00:12:59pas très rassurés.
00:13:01Au poste de garde
00:13:02à l'entrée du pont,
00:13:03le soldat me demande
00:13:04de m'en laisser passer.
00:13:06Je lui dis
00:13:07que je veux juste voir
00:13:07ma grand-mère
00:13:08qui habite de l'autre côté.
00:13:10Je vois bien
00:13:11qu'il me trouve
00:13:12à son goût.
00:13:13Blonde aux yeux bleus,
00:13:15le teint rose,
00:13:16une véritable petite aryenne.
00:13:18il me laisse passer.
00:13:29Les initiatives individuelles
00:13:31et isolées sont fragiles.
00:13:33Très vite,
00:13:34les premiers résistants
00:13:36comprennent l'importance
00:13:37de se regrouper.
00:13:38Seuls,
00:13:39leurs actions sont limitées.
00:13:45Parmi les plus précoces,
00:13:46ceux du Musée de l'Homme
00:13:47à Paris,
00:13:48le MLN,
00:13:49Mouvement de Libération Nationale,
00:13:51et Libération Sud,
00:13:52en zone libre.
00:13:56Le groupe du Musée de l'Homme
00:13:57est constitué
00:13:58aux premières heures
00:13:59de l'occupation
00:13:59sous l'impulsion
00:14:00de Boris Vildé,
00:14:02linguiste,
00:14:03d'Yvonne Audon,
00:14:05bibliothécaire,
00:14:05et Anatole Levitsky,
00:14:08anthropologue.
00:14:10Ce petit groupe
00:14:10entre rapidement
00:14:12en contact
00:14:12avec d'autres désireux
00:14:13de faire quelque chose.
00:14:15Comme Germaine Tillon,
00:14:17avec sa filière d'évasion,
00:14:18qui les rejoint
00:14:19pour coordonner
00:14:20leurs actions.
00:14:22Le MLN,
00:14:23Mouvement de Libération Nationale,
00:14:25est créé à Lyon
00:14:26à l'automne 1940
00:14:28par le couple
00:14:29Henri Freinet,
00:14:30Berthi Albrecht.
00:14:34Enfin,
00:14:35Libération Sud,
00:14:36initialement appelée
00:14:37la dernière colonne,
00:14:39née d'une rencontre
00:14:39fortuite
00:14:40dans une brasserie
00:14:41de Clermont-Ferrand
00:14:41du journaliste
00:14:43Emmanuel Dastier
00:14:43de la Vigerie,
00:14:45avec entre autres
00:14:45le philosophe
00:14:46Jean Cavallès
00:14:47et l'agrégé d'histoire
00:14:48Lucio Braque.
00:14:52Ces embryons
00:14:53d'organisation
00:14:54se multiplient.
00:14:56Mais dans cette
00:14:56nouvelle France
00:14:57en partie occupée,
00:14:58où certains collaborent
00:14:59déjà avec l'occupant,
00:15:01ce n'est pas simple
00:15:01de trouver des alliés.
00:15:03Il est difficile
00:15:04de clamer haut et fort
00:15:05ses opinions.
00:15:07Alors souvent,
00:15:08le réflexe est de chercher
00:15:09dans les milieux
00:15:10que chacun fréquente.
00:15:12Collègues,
00:15:12amis,
00:15:14membres d'une même famille,
00:15:15des chaînes de complicité
00:15:17se mettent en place.
00:15:19C'est donc tout naturellement
00:15:21que Jacques Lucéran,
00:15:22lycéen au lycée
00:15:23Louis-le-Grand à Paris,
00:15:24va chercher dans son milieu
00:15:26étudiant des raisons d'espérer,
00:15:27autant que des alliés.
00:15:34Les lycées rouvrent leurs portes.
00:15:37J'entre en classe de philosophie
00:15:38à Louis-le-Grand.
00:15:40En présence de nos professeurs,
00:15:41il faut faire semblant,
00:15:43paraître raisonnable,
00:15:45mettre nos passions envahieuses.
00:15:48Sauf avec le professeur d'histoire.
00:15:52Lui n'est pas comme les autres.
00:15:55Il nous dit,
00:15:56« Messieurs, je vous demande
00:15:58de m'écouter,
00:15:58pas de m'obéir.
00:16:00Ce pays va crever
00:16:01si tout le monde obéit. »
00:16:03Il nous fait comprendre
00:16:04que la France est blessée,
00:16:06mais pas morte.
00:16:08Il n'a pas peur,
00:16:09notre professeur.
00:16:11Quelle délivrance !
00:16:13Les idées germent dans ma tête.
00:16:19Le 11 novembre,
00:16:21il y a une manifestation
00:16:22sur les Champs-Elysées.
00:16:24Le souvenir de la victoire
00:16:25de 1918 ne veut pas s'éteindre.
00:16:29Pour la première fois
00:16:30depuis l'armistice,
00:16:31des Parisiens disent non.
00:16:33Et ce sont des lycéens.
00:16:36Le lendemain,
00:16:38j'apprends que plus de 200 d'entre eux
00:16:40ont été arrêtés.
00:16:46La manifestation du 11 novembre 1940,
00:16:50qui réunit des milliers
00:16:51de lycéens et d'étudiants,
00:16:52provoque les Allemands
00:16:53en rappelant leur défaite
00:16:54le 11 novembre 1918.
00:16:59Pour la première fois
00:17:00depuis l'armistice,
00:17:02ces jeunes défient publiquement
00:17:04l'occupant.
00:17:05Ils déposent des gerbes de fleurs
00:17:07au pied de la statue de Clémenceau
00:17:09et chantent la Marseillaise,
00:17:11malgré l'interdiction
00:17:12des rassemblements
00:17:13par les autorités allemandes.
00:17:16Cet acte de résistance
00:17:17se fait au vu et au su
00:17:19de tous les Parisiens
00:17:20du régime de Vichy
00:17:22et de l'occupant.
00:17:24Les dés sont lancés.
00:17:26La jeunesse affirme au grand jour
00:17:28sa résolution de combattre.
00:17:31Mais les Allemands
00:17:32ne peuvent laisser passer
00:17:33une telle provocation.
00:17:36Aidés de la police française,
00:17:37ils réagissent brutalement.
00:17:40Plus de 200 jeunes sont arrêtés,
00:17:42emmenés dans les prisons
00:17:43de la santé,
00:17:44du Cherchemidi
00:17:45et de Freyne.
00:17:47140 d'entre eux
00:17:48sont encore incarcérés
00:17:49une semaine plus tard.
00:17:53Les Français doivent comprendre
00:17:55que toute indiscipline
00:17:56sera punie,
00:17:57quelle que soit sa nature
00:17:58ou sa gravité.
00:18:00La veille de la manifestation,
00:18:02Jacques Bonsergent,
00:18:03de l'École nationale supérieure
00:18:05d'arts et métiers,
00:18:06est mêlé involontairement
00:18:07à une bousculade
00:18:08au cours de laquelle
00:18:09un soldat allemand est frappé.
00:18:11Il refuse de dénoncer son camarade
00:18:13à l'initiative de la bagarre.
00:18:15Que pourrait-il risquer
00:18:16pour si peu ?
00:18:19Mais la sentence est implacable
00:18:21et elle se veut exemplaire.
00:18:23Il est condamné à mort
00:18:24et exécuté au fort de Vincennes.
00:18:28Il avait 28 ans.
00:18:30Il est le premier civil parisien
00:18:32fusillé durant l'occupation allemande.
00:18:39En ce mois de novembre 1940,
00:18:42si la vie étudiante
00:18:43de Mireille Brèche
00:18:44te semble paisible,
00:18:46cela ne l'empêche pas
00:18:47de poursuivre des actions
00:18:48de résistance avec sa mère.
00:18:54Je fais ma rentrée
00:18:55au lycée de Vierzon.
00:18:56Je dois me retenir
00:18:57pour ne pas raconter
00:18:58à mes camarades
00:18:59les passages clandestins
00:19:00des prisonniers évadés
00:19:01et mes transports de courrier.
00:19:04Il me faut observer
00:19:05la règle du silence,
00:19:07garante de notre sécurité.
00:19:09J'apprends à mentir.
00:19:11J'apprends aussi
00:19:12ce que c'est que d'avoir faim
00:19:13et de n'avoir rien
00:19:14à se mettre sous la dent.
00:19:17Comme maman travaille
00:19:17toute la journée,
00:19:19c'est à moi
00:19:19qu'incombe les courses.
00:19:21J'y vais à contre-coeur,
00:19:23excédé d'avoir à faire la queue
00:19:24pour obtenir trois fois rien.
00:19:26La mauvaise humeur
00:19:27de chacun engendre
00:19:28des disputes.
00:19:29Qui cesse
00:19:30dès que se profile au loin
00:19:31les silhouettes des Allemands.
00:19:34Ces derniers,
00:19:35sans doute pour se distraire,
00:19:36font parfois inverser
00:19:37le sens de la file.
00:19:39Personne n'ose protester
00:19:40de peur des représailles.
00:19:49Maman me tricote
00:19:50un pullot vert
00:19:51avec des restes de laine.
00:19:53Vers la mi-novembre,
00:19:55elle reçoit des nouvelles
00:19:56d'Henri, son ami.
00:19:58Fait prisonnier le 25 juin,
00:19:59il s'est évadé
00:20:00et il est rentré à Lyon.
00:20:03Lui aussi a commencé
00:20:04une action anti-allemande.
00:20:05Il a recruté
00:20:06une poignée d'hommes
00:20:07qui, comme eux,
00:20:08n'acceptent pas la défaite.
00:20:10Elle brûle d'envie
00:20:11de le rejoindre.
00:20:13J'accepte de partir
00:20:15avec elle à Lyon.
00:20:21Henri Frénet,
00:20:22une des figures
00:20:23de la résistance
00:20:24de la première heure,
00:20:25est l'amant
00:20:25de Bertie Albrecht.
00:20:28Henri Frénet est militaire,
00:20:30nationaliste,
00:20:31de droite.
00:20:33Bertie Albrecht
00:20:34est protestante,
00:20:36féministe,
00:20:37proche des socialistes
00:20:38et des communistes.
00:20:39Elle est de 12 ans
00:20:40son aînée.
00:20:41C'est elle
00:20:42qui l'initie
00:20:43au danger du nazisme.
00:20:45Tout semble
00:20:46les opposer,
00:20:47mais le désir commun
00:20:48de résister
00:20:49l'emporte sur les croyances,
00:20:51les valeurs
00:20:52et l'éducation.
00:20:55Contrairement
00:20:56à l'action précoce
00:20:57de Bertie,
00:20:58celle de Frénet
00:20:59ne se construit pas
00:21:00dans un premier temps
00:21:01en opposition
00:21:02au maréchal Pétain.
00:21:04En effet,
00:21:05Frénet travaille
00:21:06au sein de l'armée
00:21:07dite armistice
00:21:08et imagine
00:21:09pendant plus de six mois
00:21:10pouvoir concilier
00:21:11son engagement
00:21:12dans la résistance
00:21:13avec le fait
00:21:14de servir
00:21:14le régime de Vichy.
00:21:18Fin 1940,
00:21:20les premiers mouvements
00:21:21s'organisent
00:21:21et développent
00:21:22leur résistance
00:21:23par les mots.
00:21:25Les tracts
00:21:26ne suffisent plus
00:21:27à informer
00:21:27et à contrecarrer
00:21:28la propagande.
00:21:30Bertie Albrecht
00:21:31et Henri Frénet
00:21:32lancent un bulletin
00:21:33d'information
00:21:34dactylographié
00:21:35et renéotypé
00:21:36dès janvier 1941.
00:21:39Mais le premier
00:21:40véritable bulletin
00:21:41périodique
00:21:41qui va marquer
00:21:42les esprits
00:21:43est celui
00:21:44du groupe
00:21:45du Musée de l'Homme
00:21:45édité le 15 décembre
00:21:471940.
00:21:49Son titre,
00:21:50Résistance,
00:21:51affiche une volonté
00:21:53farouche
00:21:53de ne pas s'incliner.
00:21:55Pour la première fois,
00:21:57le mot Résistance
00:21:58apparaît.
00:21:59Il devient
00:22:00l'appellation
00:22:01de la lutte
00:22:01contre l'occupation
00:22:02nazie
00:22:02et le régime
00:22:03de Vichy
00:22:04jusqu'à aujourd'hui.
00:22:06Alors que
00:22:07cette résistance
00:22:08prend forme,
00:22:09la répression
00:22:09s'accentue.
00:22:11Hors de question
00:22:12pour le gouvernement
00:22:13de Vichy
00:22:13et les Allemands
00:22:14de tolérer
00:22:15la moindre insoumission.
00:22:18Ils sont bien
00:22:19décidés
00:22:20à tuer dans l'œuf
00:22:20ces actes
00:22:21de désobéissance
00:22:22et de terroriser
00:22:24ceux qui seraient tentés
00:22:25de rejoindre
00:22:25ces premiers résistants.
00:22:32en janvier 1941,
00:22:35Gilbert Brusselin,
00:22:36pour la première fois,
00:22:37fait l'expérience
00:22:38de cette chasse
00:22:39aux dissidents.
00:22:42Aujourd'hui,
00:22:43les camarades opèrent
00:22:44sur Bastille.
00:22:46Avec Simon,
00:22:47on part faire
00:22:48des inscriptions
00:22:48avec toujours
00:22:49aucun mot d'ordre
00:22:49contre l'armée
00:22:50d'occupation.
00:22:54tout à coup,
00:22:55des flics arrivent.
00:22:56Pas le temps
00:22:57de nous séparer.
00:22:58Ils nous coincent.
00:23:00Ils nous fouillent
00:23:00et découvrent sûrement
00:23:02la brochure
00:23:02notre jeunesse.
00:23:06Ils nous embarquent
00:23:07dans leur panier à salade.
00:23:12Simon cache le fusain
00:23:13et quelques papillons
00:23:14derrière la banquette.
00:23:27On nous présente
00:23:28au commissaire.
00:23:29La quarantaine
00:23:30pète sec.
00:23:32Ils nous attaquent
00:23:33d'emblée.
00:23:35Simon est libéré.
00:23:36Il n'avait rien sur lui.
00:23:37Pas de preuves.
00:23:41Je suis transféré
00:23:42à la santé.
00:23:43Puis tribunal.
00:23:45audience des flagrants délits.
00:23:47Ma mère a payé
00:23:48un avocat.
00:23:50Je lui raconte
00:23:50que j'ai trouvé
00:23:51la brochure
00:23:51dans le métro.
00:23:53Il va voir le président
00:23:54et lui chichote
00:23:54à l'oreille
00:23:55pendant un certain temps.
00:23:57Il vient me voir
00:23:58à nouveau.
00:23:59Tout est arrangé.
00:24:01Je rentre à la maison.
00:24:09Ma mère a trouvé
00:24:10une mode de beurre
00:24:11au marché noir.
00:24:12Quelle aubaine.
00:24:13Après cette aventure,
00:24:14j'ai très faim.
00:24:15Alors je pioche
00:24:16coulument.
00:24:19Maman me dit
00:24:20profite.
00:24:21Quand tu seras fusillé,
00:24:23tu ne pourras plus en manger.
00:24:32Gilbert Brusselin
00:24:33est désormais fiché
00:24:34dans les registres
00:24:35de la police française.
00:24:37reconnu comme ennemi
00:24:38de la France
00:24:38par les autorités,
00:24:40il doit redoubler
00:24:41de prudence.
00:24:42Car le gouvernement
00:24:43de Vichy
00:24:43est prompt
00:24:44à satisfaire
00:24:45l'occupant
00:24:45en matière de répression,
00:24:47en mettant à sa disposition
00:24:49les dossiers
00:24:49et informations
00:24:50qu'il possède.
00:24:53De leur côté,
00:24:55les Allemands
00:24:56ont mis en place
00:24:56un véritable système
00:24:57de surveillance.
00:24:59Ils recrutent
00:25:00parmi les Français
00:25:01des hommes de confiance.
00:25:03Ces derniers,
00:25:04grassement rémunérés,
00:25:06s'infiltrent
00:25:06dans les réseaux
00:25:07pour collecter
00:25:08un maximum
00:25:08d'informations.
00:25:10Dès lors,
00:25:11chaque nouvelle recrue
00:25:12peut s'avérer
00:25:13être un traître
00:25:13à la solde
00:25:14de l'occupant.
00:25:16La première organisation
00:25:17à être victime
00:25:18de ces trahisons
00:25:19est celle du Musée de l'Homme.
00:25:22Pionnière dans la lutte
00:25:23contre l'occupant,
00:25:24elle est aussi
00:25:24la première
00:25:25à être démantelée.
00:25:27Albert Gavaud,
00:25:29un mécanicien,
00:25:30indicateur
00:25:30à la solde
00:25:31de la Gestapo,
00:25:32parvient à devenir
00:25:33l'homme de confiance
00:25:34de Boris Vildé.
00:25:36Il identifie
00:25:37et dénonce
00:25:38la plupart des membres
00:25:39fondateurs
00:25:39du Musée de l'Homme.
00:25:4119 d'entre eux
00:25:42sont arrêtés.
00:25:43Boris Vildé
00:25:44et Anatole Levitsky
00:25:46seront exécutés.
00:25:48Yvonne Audon,
00:25:49et Agnès Saint-Bert,
00:25:51déportés.
00:25:54Alors évidemment,
00:25:56la prudence
00:25:56est également de mise
00:25:57pour le jeune lycéen
00:25:58Jacques Lucerrand.
00:26:01En mars 1941,
00:26:03il est parvenu
00:26:03à regrouper
00:26:04une cinquantaine
00:26:05de lycéens
00:26:05autour de lui.
00:26:07Il est maintenant
00:26:08le chef d'un mouvement,
00:26:09les volontaires
00:26:10de la liberté.
00:26:13Pour lutter efficacement,
00:26:15Jacques doit donner
00:26:15de l'ampleur
00:26:16à son mouvement
00:26:16et recruter.
00:26:18Mais dans cette France,
00:26:19surveillée constamment
00:26:21et où les traîtres
00:26:22sont si nombreux,
00:26:23chercher des alliés,
00:26:24c'est aussi
00:26:25s'exposer au danger.
00:26:28Jacques a développé
00:26:29des sens
00:26:29de la perception
00:26:30que seuls
00:26:31les aveugles
00:26:31peuvent avoir.
00:26:33Au sein du mouvement,
00:26:35tout le monde comprend
00:26:35très vite
00:26:36la chance
00:26:37d'avoir pour chef
00:26:37un jeune homme
00:26:38doté de facultés
00:26:39sensorielles
00:26:40aussi particulières
00:26:41que précieuses.
00:26:48Je suis le chef
00:26:49d'un mouvement
00:26:50de résistance.
00:26:52Nous sommes 52 jeunes
00:26:53engagés
00:26:54pour un engagement
00:26:55sans retour.
00:26:59Le plus âgé
00:27:00n'a pas encore 21 ans
00:27:01et moi,
00:27:02je n'en ai pas
00:27:03tout à fait 17.
00:27:05Aussi longtemps
00:27:06qu'on nous prendra
00:27:06pour des gosses,
00:27:07on ne nous tiendra pas
00:27:08pour suspects.
00:27:10Il faut exploiter
00:27:11ce préjugé.
00:27:14À l'unanimité,
00:27:15il est décidé
00:27:16que je serai chargé
00:27:17du recrutement.
00:27:18Tous pensent
00:27:19que je suis le seul
00:27:20à pouvoir démasquer
00:27:21un traître.
00:27:24Depuis que j'ai perdu
00:27:25la vue,
00:27:25je lis dans les voix
00:27:26tant de choses.
00:27:28Il y a des garçons
00:27:29qui respirent mal
00:27:31et dont la voix
00:27:31reste couverte
00:27:32comme un nuage.
00:27:34Il y a les nerveux
00:27:36qui se servent
00:27:37de leur voix
00:27:37à contre-temps.
00:27:40et timides
00:27:41qui se font
00:27:42aussi petits
00:27:42qu'ils le peuvent
00:27:43derrière leurs bredouilles.
00:27:45Les hypocrites
00:27:46sont reconnaissables
00:27:47sur le champ
00:27:47car leur voix
00:27:48est tendue
00:27:49avec des intervalles
00:27:50brusques
00:27:50entre les mots.
00:27:52Je travaille alors
00:27:53à mes instincts.
00:27:55Je trie
00:27:55les forts
00:27:56des faibles,
00:27:56les fidèles
00:27:57des lâches.
00:27:58L'heure n'est pas
00:27:59aux nuances.
00:28:00Chaque semaine,
00:28:01je rapporte mes décisions
00:28:02au comité central.
00:28:04Un tel est admis
00:28:05sans réserve,
00:28:06tel autre est admis
00:28:07à l'essai.
00:28:07Il faut le surveiller
00:28:09pendant un temps.
00:28:11Le mouvement grandit
00:28:12au rythme
00:28:13d'une cellule vivante.
00:28:20En moins d'un an,
00:28:21près de 600 jeunes,
00:28:23pour la plupart étudiants,
00:28:24vont rallier
00:28:25le mouvement
00:28:25de Jacques Lucéran.
00:28:35Le 21 juin 1941,
00:28:37Hitler rompt
00:28:38le pacte
00:28:38de non-agression
00:28:39signé avec Staline
00:28:40près de deux ans plus tôt.
00:28:43L'Allemagne
00:28:44envahit
00:28:44l'Union soviétique.
00:28:46Cette date
00:28:47marque un tournant
00:28:48dans la résistance
00:28:49qui prend
00:28:50une nouvelle dimension.
00:28:52Plus question
00:28:53de simple désobéissance
00:28:54et d'incivilité
00:28:55pour les communistes.
00:28:57Il prône désormais
00:28:58le passage
00:28:59à la lutte armée.
00:29:01Staline les encourage
00:29:02à des actions
00:29:03violentes et spectaculaires,
00:29:05sabotages
00:29:05et attentats
00:29:06contre des officiers allemands.
00:29:12Pierre-Georges,
00:29:13un ouvrier métallurgiste
00:29:15de 21 ans,
00:29:16qui passera
00:29:16la postérité
00:29:17sous le nom
00:29:17de colonel Fabien,
00:29:19est déjà
00:29:19un militant
00:29:20communiste expérimenté.
00:29:23engagé
00:29:24dès l'âge
00:29:24de 14 ans,
00:29:25il a fait
00:29:26ses armes
00:29:26dans les brigades
00:29:27internationales
00:29:27pendant la guerre
00:29:28d'Espagne.
00:29:30Il est combatif
00:29:31et discipliné.
00:29:34Déjà arrêté
00:29:35à deux reprises,
00:29:36il a fait
00:29:37l'expérience
00:29:37de la clandestinité.
00:29:39Il est une valeur sûre
00:29:40pour la direction
00:29:41du parti,
00:29:42qui lui ordonne
00:29:43d'abattre
00:29:43des officiers
00:29:44de la Wehrmacht.
00:29:48À l'été 1941,
00:29:50Fabien organise
00:29:51des formations
00:29:51au maniement
00:29:52des armes
00:29:52et entraîne
00:29:54les jeunes recrues
00:29:54dans des bataillons
00:29:55de jeunesse.
00:30:02Le 13 août 1941,
00:30:05une manifestation
00:30:05est organisée
00:30:06par le parti communiste
00:30:07pour marquer
00:30:08son engagement
00:30:09dans la résistance.
00:30:11Elle est violemment
00:30:12réprimée.
00:30:13Samuel Tieselman
00:30:14et Henri Gautreau,
00:30:16deux jeunes militants,
00:30:17sont arrêtés,
00:30:19condamnés à mort
00:30:19et exécutés
00:30:21six jours plus tard.
00:30:25Le lendemain
00:30:26de cette exécution,
00:30:28les nazis
00:30:29ordonnent une rafle
00:30:30dans le 11e arrondissement
00:30:31de Paris,
00:30:31sous prétexte
00:30:32de lutter contre
00:30:33les actions menées
00:30:34par les soi-disant
00:30:35judéo-bolcheviques.
00:30:38La police parisienne
00:30:39procède à l'arrestation
00:30:41de 4 232 juifs.
00:30:45En représailles
00:30:46et pour venger
00:30:47Gautreau et Tieselman,
00:30:48le parti communiste
00:30:50décide de frapper fort.
00:30:53Le colonel Fabien
00:30:55est chargé
00:30:55d'organiser un attentat
00:30:56contre l'occupant.
00:30:59Il décide de montrer
00:31:00l'exemple
00:31:00aux jeunes militants.
00:31:03Il convoque
00:31:04trois d'entre eux
00:31:05au métro Barbès-Rochochois
00:31:07pour leur prouver
00:31:08que s'attaquer
00:31:08à un Allemand
00:31:09est possible
00:31:10et qu'il faut dépasser
00:31:12le cap
00:31:12de l'appréhension à tuer.
00:31:16Gilbert Brusselin
00:31:17fait partie de cela.
00:31:25Cette fois,
00:31:26c'est vraiment la guerre.
00:31:28Le ton de notre propagande
00:31:29change.
00:31:30On dénonce enfin
00:31:31l'occupant nazi.
00:31:33On passe à des actions nouvelles.
00:31:35Attaque des boutiques
00:31:36de collabos.
00:31:38Et surtout,
00:31:39on veut s'en prendre
00:31:40à l'armée d'occupation.
00:31:43La direction des jeunesses
00:31:45organise des groupes armés.
00:31:46Je suis responsable
00:31:47du secteur Est
00:31:48avec un nouvel adjoint,
00:31:50Zalkinov.
00:31:52Pour les armes,
00:31:53on a une solution.
00:31:54Une ordonnance menace
00:31:55de mort
00:31:56tous français
00:31:56qui en possèdent.
00:31:57Ils doivent les rendre.
00:32:00Beaucoup préfèrent
00:32:01s'en débarrasser
00:32:01dans les égouts.
00:32:05Grâce à des éboueurs,
00:32:07avec Zalkinov,
00:32:08on récupère
00:32:09un 7,65,
00:32:10deux 6,35
00:32:11et un 9 mm
00:32:12à barillet.
00:32:20On nous présente
00:32:21à Zalkinov et moi,
00:32:22le colonel Fabien.
00:32:25Il nous donne rendez-vous
00:32:26le lendemain.
00:32:27Métro Barbès-Rochechoir,
00:32:288 heures précises.
00:32:30On se serre la main.
00:32:34Au petit jour,
00:32:36je m'engouffre
00:32:36dans le métro
00:32:37avec Zalkinov.
00:32:39On retrouve Fabien.
00:32:42Je le suis dans l'escalier.
00:32:43Je serre mon revolver
00:32:45dans ma poche,
00:32:46prêt à m'en servir.
00:32:53Un Allemand en uniforme
00:32:54descend l'escalier
00:32:55et approche.
00:33:01L'arme entre en gare.
00:33:04Elle stoppe.
00:33:06Les portières s'ouvrent.
00:33:07Je sors mon arme.
00:33:08L'Allemand pénètre
00:33:09dans le compartiment
00:33:10de première.
00:33:11Fabien se précipite
00:33:12derrière lui
00:33:13et tend son 6,35.
00:33:15Deux coups de feu.
00:33:18L'Allemand chancelle
00:33:19et s'effondre.
00:33:20Fabien court
00:33:21en direct sur l'escalier
00:33:22de sortie.
00:33:23Je le suis.
00:33:23Je tiens toujours
00:33:24mon 7,65,
00:33:25pointé en avant.
00:33:27On sort,
00:33:28on traverse le boulevard.
00:33:34Arrivés au square Villette,
00:33:35on s'arrête.
00:33:36Fabien reprend son souffle
00:33:38et s'exclame.
00:33:39Gautreau et Dieselman
00:33:41sont vengés.
00:33:53L'assassinat de l'aspirant
00:33:55Alphonse Moser
00:33:56au métro Barbès
00:33:57est le premier attentat meurtrier
00:33:59commis et revendiqué
00:34:01par la Résistance.
00:34:06Le lendemain de l'attentat,
00:34:08le général de Gaulle
00:34:09prend la parole
00:34:10sur les ondes de la BBC
00:34:11pour saluer le courage
00:34:13des résistants
00:34:14et appeler à l'intensification
00:34:16de la lutte
00:34:16contre l'occupant nazi.
00:34:21Rançon de ce succès,
00:34:23les Allemands annoncent
00:34:25que tous les Français
00:34:26mis en état d'arrestation,
00:34:27quelle qu'en soit la raison,
00:34:29sont désormais considérés
00:34:30comme des otages.
00:34:33En cas de nouvel acte,
00:34:34un nombre d'otages
00:34:36correspondant à la gravité
00:34:37de l'acte commis
00:34:38sera fusillé.
00:34:40À la demande d'Hitler,
00:34:42un ratio est fixé par décret.
00:34:4450 à 100 prisonniers
00:34:46exécutés
00:34:47pour un soldat allemand.
00:34:52Le 30 août 1941,
00:34:54les Parisiens apprennent
00:34:56par une affiche jaune
00:34:57placardée sur les murs
00:34:58qu'Honoré Destiendorff,
00:35:00condamné à mort pour espionnage
00:35:02par le tribunal allemand,
00:35:04a été fusillé,
00:35:06ainsi que Maurice Barlier
00:35:07et Yann Dornik.
00:35:11Destiendorff,
00:35:12monarchiste et catholique,
00:35:14capitaine de corvette
00:35:15au sein des forces françaises libres,
00:35:16fait partie des services secrets
00:35:18de De Gaulle.
00:35:21Envoyé par Londres,
00:35:22en France,
00:35:23pour collecter des renseignements
00:35:24sur les troupes ennemies,
00:35:25il est dénoncé
00:35:26par un traître infiltré
00:35:27et arrêté
00:35:29en janvier 1941.
00:35:32Détenu durant des mois
00:35:33comme otage,
00:35:34il est exécuté
00:35:35en représailles
00:35:36de l'attentat de Barbès.
00:35:42Mais ce passage
00:35:43à la lutte armée
00:35:44n'empêche pas
00:35:45la continuité
00:35:46de l'action
00:35:46par l'information.
00:35:48Le mouvement
00:35:48de Jacques Lucéran
00:35:49publie en octobre 1941
00:35:51son premier bulletin clandestin,
00:35:54les volontaires
00:35:55de la liberté.
00:35:59Jacques mène avec ardeur
00:36:01son combat de résistants.
00:36:03En parallèle,
00:36:04il poursuit ses études
00:36:05avec assiduité.
00:36:07Après avoir brillamment
00:36:08obtenu son baccalauréat,
00:36:09il intègre une classe
00:36:10d'élite
00:36:11pour préparer le concours
00:36:12à l'école normale supérieure.
00:36:19Mes journées
00:36:20balancent entre les études
00:36:21et l'action
00:36:21à une cadence effrayante.
00:36:24Les volontaires
00:36:25de la liberté
00:36:26ont construit
00:36:27un réseau d'agents
00:36:28dévoués corps et âme.
00:36:30Nous sommes résolus
00:36:31à ne rien cacher
00:36:32car il y a ce monstre
00:36:33à combattre,
00:36:34le défaitisme.
00:36:35Et cet autre monstre,
00:36:37l'indifférence.
00:36:40Il faut tout faire
00:36:41pour empêcher les français
00:36:42de s'habituer au nazisme.
00:36:45Nous ne voulons plus
00:36:46qu'on affame les populations,
00:36:48qu'on torture les prisonniers
00:36:49parce qu'ils sont prisonniers,
00:36:51qu'on persécute les juifs
00:36:52parce qu'ils sont juifs.
00:36:56Nous publions notre bulletin
00:36:58de liaison
00:36:58imprimé sur feuille volante.
00:37:00Il n'est pas très bien rédigé
00:37:02mais il est virulent.
00:37:04On édit les vraies nouvelles
00:37:05de la guerre
00:37:06et on les commente.
00:37:08On dénonce
00:37:09les crimes nazis
00:37:10qui viennent à notre connaissance
00:37:11de toutes parts.
00:37:14La vente de papiers
00:37:15est contrôlée.
00:37:16Nous organisons
00:37:17un commando
00:37:17pour en voler.
00:37:19Puis c'est au tour
00:37:19de l'encre,
00:37:20puis des machines ronéo.
00:37:22Il faut ruser.
00:37:26À l'hôpital psychiatrique
00:37:28de Saint-Anne,
00:37:29il y a des cellules capitonnées
00:37:30réservées aux fous furieux.
00:37:33Grâce à un jeune psychiatre,
00:37:34l'une d'elles
00:37:35est notre atelier.
00:37:37Nous formons
00:37:38trois équipes
00:37:38de distribution.
00:37:40Elles opèrent
00:37:41dans les immeubles parisiens.
00:37:42Les exemplaires
00:37:43sont glissés
00:37:44sous les portes
00:37:44ou dans les boîtes aux lettres.
00:37:52En cette année 1941,
00:37:54en zone occupée
00:37:55et surtout à Paris,
00:37:57la surveillance policière
00:37:58est omniprésente.
00:37:59La répression,
00:38:00implacable.
00:38:02Cette escalade
00:38:03de la violence
00:38:03ne décourage pas
00:38:04les communistes.
00:38:06Si à Paris,
00:38:07chaque coin de rue
00:38:08est surveillé,
00:38:10qu'à cela ne tienne ?
00:38:11ils étendent la lutte armée
00:38:12en province.
00:38:14Les responsables
00:38:16des bataillons de jeunesse,
00:38:17dont le colonel Fabien,
00:38:19décident d'envoyer
00:38:19leurs jeunes militants
00:38:20effectuer des actions
00:38:21en solitaire.
00:38:25Le 20 octobre 1941,
00:38:28Gilbert Brucelin
00:38:28est désigné
00:38:29pour commettre
00:38:30des attentats à Nantes.
00:38:35Je délégue à Zalkinov
00:38:36la direction du quartier
00:38:37et je prends le train
00:38:39pour Nantes.
00:38:42Avec moi,
00:38:43deux camarades,
00:38:44Bordarias et Spartaco.
00:38:47Pendant le voyage,
00:38:49nous bavardons,
00:38:50tout en restant prudents.
00:38:52En cas d'arrestation
00:38:53ou de torture,
00:38:54on pourrait malgré nous
00:38:54lâcher des informations
00:38:55qui feraient des ravages
00:38:56dans nos rangs.
00:39:03Au petit jour,
00:39:05branle-bas de combat.
00:39:07Habillés,
00:39:08rasés à l'eau froide
00:39:09et revolvers
00:39:10dans les poches,
00:39:11on se met en marche
00:39:12vers la voie ferrée.
00:39:14Spartaco et Bordarias
00:39:15s'installent sur le talus.
00:39:17Je descends sur la voie
00:39:19et je cale
00:39:19les cinq pins de dynamite
00:39:20sous le rail.
00:39:22Nos copains cheminots
00:39:23sont au courant
00:39:23de l'opération.
00:39:25On entend un courvoi
00:39:26à l'approche.
00:39:30la dynamite explose.
00:39:38Puis nous partons
00:39:39sillonner les rues de Nantes
00:39:40à la recherche
00:39:41à la recherche d'un Allemand.
00:39:44On n'en croise aucun.
00:39:45Où se cache-t-il ?
00:39:51Au loin,
00:39:51j'aperçois un képi.
00:39:53J'approche.
00:39:55Il tourne la tête vers moi
00:39:56sans méfiance.
00:39:58Un caporal
00:39:59d'à peine 18 ans.
00:40:00Je peux tout même
00:40:01pas tuer un gars
00:40:01de mon âge.
00:40:06Tout à coup,
00:40:07Spartaco me donne
00:40:07un coup de coude.
00:40:08Là,
00:40:09devant nous,
00:40:11deux magnifiques
00:40:11s'officiers.
00:40:13Nous leur emboîtons le pas.
00:40:15On sort nos armes.
00:40:17Le revolver de Spartaco
00:40:18est enrayé.
00:40:19Je tire.
00:40:20Je me retourne
00:40:21et je détale.
00:40:22Spartaco me suit.
00:40:25Un train de passe.
00:40:26Nous lui faisons signe.
00:40:29Le receveur nous aide à monter.
00:40:31Nous payons notre place.
00:40:37On apprend que nous avons
00:40:39tué le chef
00:40:39de la commande en tour.
00:40:41Il faut ramasser nos affaires
00:40:43et dégager rapidement.
00:40:46Je regagne Paris
00:40:47sans encombre.
00:40:49Je suis fier et heureux.
00:40:53Nous avons réussi
00:40:54notre coup sans bavure.
00:40:56La révolution est pour bientôt.
00:40:58Nous allons changer
00:41:00la face du monde.
00:41:05Je suis tout à mes pensées
00:41:06quand j'aperçois
00:41:07un familier
00:41:07qui m'attend devant
00:41:08ma porte cochère.
00:41:10Il me prend le bras.
00:41:11Il m'entraîne.
00:41:12Les flics sont chez toi.
00:41:14Ta main nous a prévenus.
00:41:15Il faut filer.
00:41:17Il faut absolument
00:41:18que je prévienne Zellkinov.
00:41:21C'est pas en rabbit rue de mots.
00:41:21je m'y rends.
00:41:25Devant leur maison,
00:41:27la police est déjà stationnée.
00:41:34Le 30 octobre 1941,
00:41:38Fernand Zellkinov,
00:41:3918 ans,
00:41:40un juif d'origine russe,
00:41:42est arrêté.
00:41:43Il sera fusillé
00:41:44le 9 mars 1942.
00:41:47Dans sa dernière lettre,
00:41:48il confie.
00:41:50Je suis sûr
00:41:51que ma mort
00:41:52ne sera pas inutile.
00:41:54Qu'elle servira
00:41:55à construire un monde
00:41:56où il y aura du pain
00:41:57pour tous
00:41:58et aussi des roses.
00:42:03La mort du chef
00:42:05de la commandant tour
00:42:06de Nantes
00:42:06entraîne
00:42:07une réaction brutale
00:42:08de l'occupant.
00:42:09Hitler demande
00:42:10en expiation
00:42:11de ce crime
00:42:11que soient exécutés
00:42:1350 otages
00:42:14sur le champ.
00:42:1550 autres
00:42:16si les coupables
00:42:17ne sont pas arrêtés.
00:42:20La liste
00:42:21des condamnés
00:42:22est laissée
00:42:22à la discrétion
00:42:23de Vichy.
00:42:25Le gouvernement
00:42:26se fait fort
00:42:27de choisir en priorité
00:42:28des communistes
00:42:29parmi les détenus
00:42:30des prisons françaises.
00:42:35Le 22 octobre 1941,
00:42:3848 otages
00:42:39sont exécutés
00:42:40à Châteaubriand,
00:42:42à Nantes
00:42:42et au Mont-Valérien.
00:42:45Le plus jeune,
00:42:47Guy Mocké,
00:42:48âgé de 17 ans seulement,
00:42:50meurt pour la seule raison
00:42:51d'avoir distribué
00:42:52des tracts.
00:42:55C'est la première
00:42:56exécution massive
00:42:57d'otages.
00:42:59Deux jours plus tard,
00:43:0150 autres otages
00:43:02sont exécutés
00:43:03au camp de Souges,
00:43:03en Gironde.
00:43:05En représailles,
00:43:06un attentat commis
00:43:07à Bordeaux
00:43:07contre un officier allemand.
00:43:10Le 15 décembre 1941,
00:43:13le record journalier
00:43:13est atteint
00:43:14avec 95 otages fusillés.
00:43:18Au total,
00:43:20entre septembre et décembre 1941,
00:43:23243 otages,
00:43:25parmi lesquels
00:43:26154 communistes
00:43:28et 56 juifs
00:43:29tombent sous les balles
00:43:31de l'occupant.
00:43:36Cette crise des otages
00:43:37marque un tournant.
00:43:38Pour des Français
00:43:39de plus en plus nombreux,
00:43:41Vichy est désormais coupable
00:43:43de complicité de crime
00:43:44et d'asservissement total
00:43:46à l'égard de l'occupant.
00:43:51Cette répression
00:43:53qui sème partout la terreur
00:43:54n'arrête pas pour autant
00:43:55Bertie Albrecht
00:43:56et Henri Freinet.
00:43:58A Lyon,
00:43:59ils poursuivent la lutte
00:44:00sans relâche.
00:44:02Leur mouvement,
00:44:04le MLN,
00:44:05Mouvement de Libération Nationale,
00:44:07fusionne avec le mouvement
00:44:08Liberté
00:44:09pour devenir le mouvement
00:44:10Combat.
00:44:12Combat devient vite
00:44:13l'un des plus importants
00:44:14mouvements de résistance
00:44:15en zone sud.
00:44:19Henri Freinet,
00:44:20devant l'évidence
00:44:21de la politique
00:44:21de collaboration
00:44:22de Pétain
00:44:23avec l'Allemagne,
00:44:24a finalement rompu
00:44:25ses liens avec Vichy
00:44:26et quitté l'armée.
00:44:28L'officier,
00:44:30habitué dans son cadre militaire
00:44:31à l'obéissance
00:44:32et au respect
00:44:33de la légalité,
00:44:34n'a désormais plus
00:44:35d'autre choix
00:44:36que d'opter
00:44:36pour une vie clandestine.
00:44:40Mireille Albrecht
00:44:41découvre avec sa mère
00:44:42Bertie
00:44:43et Henri Freinet
00:44:45ce que signifie,
00:44:46au jour le jour,
00:44:47vivre dans la peur
00:44:48d'être arrêtée.
00:44:55A Lyon,
00:44:56j'entre de plein pied
00:44:57dans le travail clandestin.
00:45:00Je dors dans un bureau
00:45:01qui sert à Henri
00:45:01dans la journée.
00:45:05Sur des cartes
00:45:06d'état-major,
00:45:07il met des épingles
00:45:08à tête rouge
00:45:09sur les lieux
00:45:09où sont implantées
00:45:10les antennes de combat,
00:45:11notre mouvement.
00:45:15Henri ne prend
00:45:15aucune décision
00:45:16sans avoir concerté maman.
00:45:22Un jeudi après-midi,
00:45:23je suis seule
00:45:24à l'appartement.
00:45:25Henri vient de partir.
00:45:28La sonnette retentit.
00:45:31Je me trouve
00:45:31face à deux inconnus
00:45:32qui demandent
00:45:33à voir le capitaine Freinet.
00:45:36Je réponds
00:45:36que nous n'avons plus
00:45:37de nouvelles
00:45:38depuis juin 1940,
00:45:39avec l'air le plus bête
00:45:41que je puisse trouver.
00:45:43Voyant les cartes
00:45:43d'état-major,
00:45:44il me demande
00:45:45de quoi il s'agit.
00:45:46Prise de court,
00:45:47je réponds
00:45:48que je les utilise
00:45:49pour mes cours
00:45:49de géographie.
00:45:51Il me demande
00:45:52si c'est moi aussi
00:45:53qui fume des cigarettes.
00:45:55Je leur réponds alors
00:45:56non,
00:45:57c'est maman
00:45:57qui fume.
00:46:07Maman fait prévenir
00:46:08Henri
00:46:09de ne plus jamais
00:46:09venir chez nous.
00:46:11Nous faisons nos valises
00:46:13et quittons l'appartement.
00:46:15Pour la première fois,
00:46:16je prends conscience
00:46:18du danger.
00:46:20Quelques jours plus tard,
00:46:21on apprend que le concierge
00:46:23nous a dénoncés,
00:46:24soupçonnant chez nous
00:46:25des activités
00:46:26de prostitution.
00:46:28Avec maman,
00:46:30nous entrons
00:46:30en clandestinité totale.
00:46:40Pour échapper à l'escalade
00:46:41d'une traque
00:46:42sans relâche,
00:46:43les résistants
00:46:44sont contraints
00:46:45à entrer
00:46:45en clandestinité totale.
00:46:48Il faut abandonner
00:46:49sa famille,
00:46:50vivre toujours
00:46:51en solitaire,
00:46:52changer de planque
00:46:53régulièrement,
00:46:54cacher sans cesse
00:46:56le matériel d'impression,
00:46:57les tracts,
00:46:58l'encre,
00:46:59le papier,
00:47:00les radios,
00:47:01partout où l'on peut,
00:47:03sous un plancher,
00:47:04derrière des plaintes,
00:47:05dans un interrupteur.
00:47:08N'avoir que des précautions
00:47:09pour chaque geste
00:47:10lorsque l'on sort,
00:47:12lorsque l'on parle,
00:47:14lorsque l'on se donne rendez-vous.
00:47:16On coupe des billets
00:47:17de 10 francs en deux
00:47:18et chacun doit montrer
00:47:19une partie coupée
00:47:20pour être certain
00:47:21que l'on s'adresse
00:47:22à la bonne personne.
00:47:23On échange
00:47:24en langage codé.
00:47:28Les résistants
00:47:29doivent aussi
00:47:29falsifier leur identité.
00:47:32S'inventer un nom de lutte,
00:47:33choisi pour être
00:47:34passe-partout,
00:47:35comme Léon,
00:47:36en référence
00:47:36à un personnage
00:47:37que l'on aime,
00:47:38Tintin,
00:47:39suivant sa géographie,
00:47:40Vercors ou Aubrac,
00:47:42son physique,
00:47:43Ficelle.
00:47:45Les pseudonymes
00:47:46révèlent aussi
00:47:46les personnalités.
00:47:48Henri Freinet
00:47:49adopte comme premier nom
00:47:50de lutte
00:47:50Henri Francène,
00:47:52sans doute par affirmation
00:47:54de son amour patriotique.
00:47:56En tout cas,
00:47:57ce surnom lui permet
00:47:58de conserver
00:47:59ses initiales HF
00:48:00brodées sur ses vêtements.
00:48:05Les pseudonymes
00:48:06permettent de se protéger
00:48:07de l'occupant
00:48:08et de Vichy,
00:48:09autant que des autres résistants.
00:48:11Si l'un est arrêté,
00:48:13sous la torture,
00:48:14il ne pourra pas livrer
00:48:15leur véritable identité.
00:48:18Pour tromper l'ennemi,
00:48:19on n'hésite pas non plus
00:48:21à changer de coiffure,
00:48:22raser sa moustache
00:48:23ou la faire pousser,
00:48:25porter des lunettes.
00:48:28Cette nouvelle vie
00:48:29clandestine
00:48:30implique la fabrication
00:48:31de faux papiers.
00:48:33Là aussi,
00:48:34les résistants bricolent
00:48:35pour confectionner
00:48:36des contrefaçons
00:48:37de tampons,
00:48:38trouver des cartes
00:48:39d'identité vierge,
00:48:41falsifier les écritures.
00:48:43Ils rusent
00:48:44pour trouver des noms
00:48:44en reprenant
00:48:45les identités
00:48:46de personnes décédées
00:48:47dans les registres
00:48:48d'État civil
00:48:48et les avis de décès
00:48:50publiés dans les journaux.
00:48:54Les noms choisis
00:48:55doivent être cohérents
00:48:57avec l'âge,
00:48:58la région d'origine
00:48:59et l'histoire personnelle
00:49:00de la personne à protéger.
00:49:05Mais parfois,
00:49:06même la vie clandestine
00:49:07ne peut garantir
00:49:08la sécurité.
00:49:10Le seul moyen
00:49:11d'échapper
00:49:11à une mort certaine
00:49:12est de fuir
00:49:13à l'étranger.
00:49:16Gilbert Brusselin,
00:49:17depuis l'attentat
00:49:18de Barbès
00:49:19et l'attentat de Nantes,
00:49:20est sur la liste
00:49:21des résistants
00:49:22à abattre.
00:49:27On me cache
00:49:27au laboratoire,
00:49:29un lieu habité
00:49:30par un couple
00:49:30de camarades allemands.
00:49:32Au France Bloc,
00:49:33chimiste de métier,
00:49:35vient mettre au point
00:49:36des explosifs
00:49:36pour les actions
00:49:37des groupes armés.
00:49:39Je m'occupe
00:49:40en préparant des bombes
00:49:42tournées par des ouvriers
00:49:43des usines Renault.
00:49:45Je respecte
00:49:46strictement
00:49:47les directives.
00:49:48Je ne sors pas du local.
00:49:49On m'apporte régulièrement
00:49:51mes repas.
00:49:55Fabien vient me voir.
00:49:57Il me raconte
00:49:58sa vie difficile,
00:49:59de planque en planque,
00:50:01avec sa femme
00:50:02et sa petite fille.
00:50:04J'ai l'impression
00:50:05d'être un curé
00:50:06pour lui.
00:50:09Il me donne
00:50:10deux cachets
00:50:10de cyanure
00:50:11et une carte d'identité.
00:50:12Je suis désormais
00:50:14Alexandre Renon.
00:50:19Le 19 novembre,
00:50:21coup de tonnerre.
00:50:22En première page
00:50:22des journaux,
00:50:23ma photo
00:50:24et un avis de recherche.
00:50:29Je quitte la planque
00:50:30et pars me réfugier
00:50:31chez des camarades.
00:50:33Trois jours plus tard,
00:50:35Fabien vient me dire
00:50:35que le labo est tombé
00:50:36et que le parti
00:50:38me soupçonne
00:50:38d'avoir donné la planque.
00:50:40La direction du parti
00:50:42est mal informée
00:50:42sur mon compte.
00:50:46Je gagne rapidement
00:50:47la gare.
00:50:48Je prends un billet
00:50:49pour le sud.
00:50:54Dans le train,
00:50:55je rencontre un gars
00:50:56avec qui je me lis
00:50:57d'amitié.
00:50:58Il me donne un tuyau.
00:50:59Tu vas jusqu'à Urugnes,
00:51:00près de la frontière espagnole.
00:51:01Tu trouveras un petit hameau
00:51:02qui s'appelle Olet.
00:51:04Il y a une petite place.
00:51:05Sur la place,
00:51:06un tabac.
00:51:07Tu demandes le patron
00:51:08de ma part.
00:51:08Il te fera passer
00:51:09la frontière.
00:51:19Je l'écoute
00:51:20mot pour mot
00:51:21et me voilà à Olet.
00:51:26Un gars me dit
00:51:26que le patron du tabac
00:51:27est en prison.
00:51:29Lui,
00:51:29il est contrebandier.
00:51:30Son père a été assassiné
00:51:32par les boches,
00:51:32alors il les aime pas.
00:51:34Il propose
00:51:35tu me donnes
00:51:36deux paquets de cigarettes
00:51:37et deux plaques de chocolat
00:51:38et cette nuit,
00:51:40je te fais passer
00:51:41la frontière.
00:51:46Le soir,
00:51:47cinq gars de haute stature
00:51:48viennent me chercher
00:51:50et nous voulons partir
00:51:51dans la nuit noire.
00:51:54Je vois rien.
00:51:55Nous marchons à travers champ.
00:51:57Nous montons
00:51:57des sentiers rocailleux.
00:52:00Mes pieds trempent
00:52:01dans un ruisseau.
00:52:02Mes guides connaissent
00:52:03parfaitement le coin.
00:52:08Enfin,
00:52:09on arrive en haut
00:52:10d'un mamelon.
00:52:13ça y est,
00:52:14je suis en Espagne.
00:52:24Pour continuer le combat
00:52:26face à un système répressif
00:52:27de plus en plus efficace,
00:52:29il faut savoir ruser.
00:52:31dans la banlieue de Lyon,
00:52:33Bertie Albrecht
00:52:34est officiellement
00:52:35employée par Vichy
00:52:36pour apporter des solutions
00:52:37au chômage féminin.
00:52:39Officieusement,
00:52:40elle exerce ce travail
00:52:41comme couverture.
00:52:44Au nez et à la barbe
00:52:45du gouvernement,
00:52:47les bureaux accueillent
00:52:48en fait les travailleurs
00:52:48de l'ombre du mouvement
00:52:49combat qui utilisent
00:52:51le matériel
00:52:51et les locaux
00:52:52à des fins de résistance.
00:52:57Mais l'activité est telle
00:52:58qu'elle finit par attirer
00:53:00l'attention de la police.
00:53:09Je suis en train
00:53:10de prêter main forte
00:53:11à l'armée du salut
00:53:12quand on vient me prévenir
00:53:13que la police
00:53:14recherche maman.
00:53:16Je file à toute allure
00:53:17et la trouve à la maison,
00:53:19travaillant sur un texte
00:53:20pour notre journal.
00:53:24Il faut faire disparaître
00:53:25les documents compromettants
00:53:27en les brûlant.
00:53:28Je la supplie de partir.
00:53:30Je peux faire ce travail
00:53:31moi-même.
00:53:32Elle refuse.
00:53:40Nous entendons monter
00:53:41dans l'escalier
00:53:41des pas bruyants
00:53:43qui s'arrêtent
00:53:43devant notre porte.
00:53:45Malgré les polices
00:53:46ouvrées
00:53:47et diverses menaces,
00:53:48maman n'ouvre pas.
00:53:50Si bien qu'ils ont recours
00:53:51à un serrurier.
00:53:53ce qui nous donne
00:53:54un petit quart d'heure
00:53:54de plus
00:53:55pour incinérer
00:53:56la totalité
00:53:56des documents.
00:53:58Quand les policiers
00:53:59entrent dans l'appartement,
00:54:01ils découvrent
00:54:02les cendres encore chaudes.
00:54:03Ils sont furieux.
00:54:07Ma mère,
00:54:08au milieu de ce tourbillon
00:54:09et d'un calme
00:54:10extraordinaire,
00:54:11comme si rien
00:54:12de tout cela
00:54:12ne l'a concerné.
00:54:16Elle est embarquée.
00:54:19Son arrestation
00:54:19met fin à notre vie à deux.
00:54:28Depuis,
00:54:29je suis surveillée
00:54:30en permanence
00:54:30par la police.
00:54:32La prudence exige
00:54:33que je fréquente
00:54:34le moins possible
00:54:35les camarades du mouvement.
00:54:52au printemps 1942,
00:54:54Pierre Laval engage Vichy
00:54:56dans une collaboration totale
00:54:58avec l'occupant.
00:55:01Le régime est d'autant
00:55:02plus enclin
00:55:03à servir les intérêts
00:55:04du Reich
00:55:04qu'il partage
00:55:05la plupart de ses idéologies
00:55:08anticommunisme,
00:55:10antisémitisme,
00:55:11haine de la démocratie.
00:55:15Il s'inspire même
00:55:16de l'eugénisme nazi
00:55:17pour instituer
00:55:18de nouveaux décrets.
00:55:22Le secrétaire d'État
00:55:23à l'éducation nationale
00:55:24et à la jeunesse,
00:55:25Abel Bonnard,
00:55:27un germanophile convaincu,
00:55:29admiratif de la politique
00:55:30éducative du Reich,
00:55:32entend exclure
00:55:33de l'enseignement secondaire
00:55:35professeurs et étudiants
00:55:36souffrant d'une maladie contagieuse,
00:55:38d'une infirmité
00:55:40ou d'un vice de constitution.
00:55:45Sa loi,
00:55:47signée par Pétain
00:55:48le 1er juillet 1942,
00:55:51précise les maladies
00:55:52et les infirmités concernées.
00:55:54Les malformations
00:55:56congénitales des membres,
00:55:57les amputations
00:55:59des deux membres inférieurs,
00:56:01ainsi que des infirmités légères
00:56:03comme cicatrices
00:56:04ou bec de lièvre
00:56:05qui n'étaient pas auparavant
00:56:06considérées comme des obstacles.
00:56:10À l'article 15,
00:56:12cet arrêté indique
00:56:14que les candidats
00:56:15devront présenter
00:56:16une acuité visuelle
00:56:17d'au moins huit dixièmes
00:56:18sur le total des deux yeux.
00:56:22L'élimination
00:56:23des candidats concernés
00:56:24se fera après examen
00:56:26par un ophtalmologue qualifié.
00:56:31Jacques Lucéran
00:56:32prend la nouvelle loi
00:56:33de plein fouet.
00:56:39Au terme de la loi nouvelle,
00:56:41je n'ai plus le droit
00:56:42de me présenter
00:56:43à Normalsup.
00:56:45Pour avoir le droit
00:56:46de vivre dans ce monde,
00:56:47il faut prouver
00:56:48qu'on a le corps intact.
00:56:50Malheur aux unijambistes,
00:56:51aux manchots,
00:56:52aux bossus,
00:56:53aux nègres
00:56:54et aux juifs.
00:56:56La longueur maximale
00:56:57du nez
00:56:58des futurs fonctionnaires
00:56:59figure dans le décret.
00:57:02Pour la première fois
00:57:03de ma vie,
00:57:03on me refuse l'avenir.
00:57:06Je ne suis plus une personne,
00:57:07mais une catégorie humaine.
00:57:10Ma cécité m'exclut
00:57:12de la société civile,
00:57:13me place du côté
00:57:14des inaptes.
00:57:16Georges tente
00:57:17de me réconforter.
00:57:19Au bout de la guerre,
00:57:20il y a la victoire
00:57:20et alors on rira bien
00:57:22des décrets de Vichy.
00:57:24Pourtant,
00:57:25avant d'en rire,
00:57:26il faut la gagner,
00:57:27cette guerre.
00:57:36En Espagne,
00:57:38après son passage
00:57:39clandestin de la frontière,
00:57:41Gilbert Brusselin
00:57:42est arrêté
00:57:42par la police franquiste.
00:57:45Il est détenu
00:57:46au camp de Miranda
00:57:46pendant six mois.
00:57:49Il demande
00:57:49à l'ambassade britannique
00:57:51de plaider en sa faveur
00:57:52et obtient finalement
00:57:53gain de cause.
00:57:55Gilbert
00:57:55n'a qu'une idée en tête.
00:57:58poursuivre le combat.
00:58:03À la fin du mois de juillet,
00:58:05l'ambassade britannique
00:58:06me prend en charge
00:58:07avec tout un contagion
00:58:07de Canadiens hétéroclites.
00:58:10Je suis envoyé
00:58:10à Gibraltar.
00:58:13Là,
00:58:13un petit bureau,
00:58:15un coup de cachet.
00:58:16Ouf !
00:58:17L'enfer est terminé.
00:58:21Le ciel est bleu
00:58:22et ensoleillé.
00:58:23Les singes se battent
00:58:24au sommet du rocher.
00:58:28Je suis embarqué
00:58:28sur un contre-torpilleur
00:58:29vers l'Angleterre.
00:58:30Les soldats britanniques
00:58:32nous accueillent
00:58:32avec des hourras
00:58:33d'enthousiasme.
00:58:37Quand j'arrive à Londres,
00:58:39on me présente
00:58:39au général de Gaulle.
00:58:41Le général prononce
00:58:42un discours musclé
00:58:43et vivifiant
00:58:44pour mon cœur de français.
00:58:46Je m'engage.
00:58:49séjour d'un mois
00:58:50à la Patriotic School
00:58:52puis incorporation définitive
00:58:53dans l'armée
00:58:53de la France libre.
00:58:56Dans mes rangs,
00:58:57nous sommes tous habillés
00:58:58avec l'uniforme britannique
00:59:00et nous portons sur l'épaule
00:59:01l'insigne de notre nationalité.
00:59:05En novembre,
00:59:06j'apprends que les armées
00:59:07anglo-américaines
00:59:08ont libéré l'Algérie,
00:59:09le Maroc
00:59:10et qu'elles foncent
00:59:11sur la Tunisie.
00:59:18Le 8 novembre 1942,
00:59:21les forces alliées,
00:59:22principalement américaines
00:59:24et britanniques,
00:59:25aidées par l'action
00:59:25de la résistance française,
00:59:27débarquent en Afrique du Nord,
00:59:28dans les territoires
00:59:29contrôlés par le régime de Vichy.
00:59:32Plusieurs centaines
00:59:33de jeunes résistants
00:59:34permettent la prise
00:59:35de la ville d'Alger.
00:59:37Parmi eux,
00:59:39José Aboulker,
00:59:40un jeune juif algérois,
00:59:42interne en médecine.
00:59:44José Aboulker recrute
00:59:46depuis la fin 1940
00:59:47près de 400 jeunes algériens,
00:59:50juifs pour la plupart,
00:59:51et prend personnellement
00:59:52contact avec le consul
00:59:54des États-Unis.
00:59:56Dans les semaines
00:59:57qui précèdent le débarquement,
00:59:59il transmet aux Américains
01:00:00de précieuses informations
01:00:01sur les forces présentes
01:00:03à Alger.
01:00:05Dans la nuit du 8 novembre,
01:00:07les 377 jeunes
01:00:09dirigés par José Aboulker
01:00:11neutralisent les officiers généraux,
01:00:14les commissariats,
01:00:15la Poste,
01:00:16les centraux téléphoniques,
01:00:17Radio Alger.
01:00:19C'est eux
01:00:19qui permettent la réussite
01:00:21de ce débarquement,
01:00:22véritable tournant de la guerre.
01:00:26En France,
01:00:27en réponse à cet exploit,
01:00:29l'armée allemande
01:00:30envahit la zone sud
01:00:31le 11 novembre,
01:00:33sans que l'État français
01:00:34n'esquisse la moindre réaction politique.
01:00:45Depuis son arrestation,
01:00:47Bertie Albrecht
01:00:48est en internement administratif,
01:00:50ce qui la prive
01:00:51de tous ses droits,
01:00:52de recourir à un avocat
01:00:54comme d'avoir un procès.
01:00:56Elle entame une grève
01:00:57de la faim
01:00:58pour avoir le droit
01:00:59d'être jugée.
01:01:01Au bout de 13 jours,
01:01:03elle obtient gain de cause
01:01:04et passe devant le tribunal
01:01:05avec 40 autres militants
01:01:07de son mouvement combat.
01:01:11Bertie est condamné
01:01:12à six mois de prison ferme,
01:01:14Henri Freinet par Contumas
01:01:15à 10 ans.
01:01:18L'invasion de la zone sud
01:01:20par les Allemands
01:01:20pourrait aggraver
01:01:21ses sentences.
01:01:23Si les Allemands
01:01:24appliquent les peines
01:01:25jusqu'à leur mise en œuvre
01:01:26en zone occupée,
01:01:27Bertie risque d'être
01:01:28soit fusillé,
01:01:29soit déporté.
01:01:32Du fond de sa cellule,
01:01:34elle a bien conscience
01:01:35du danger.
01:01:43À Lyon,
01:01:44tout a changé.
01:01:46Il y a des soldats allemands
01:01:47et des drapeaux nazis
01:01:48partout.
01:01:51Les contrôles d'identité
01:01:53s'effectuent à tout va.
01:01:57Ma mère s'est mise en tête
01:01:58de s'évader.
01:02:00Un proche d'Henri
01:02:01me dit qu'elle va simuler
01:02:02la folie
01:02:03pour être transférée
01:02:04dans un hôpital
01:02:05d'où il sera plus facile
01:02:06de s'échapper.
01:02:09Elle est hospitalisée
01:02:11à l'asile d'aliénés
01:02:12du Vinatier.
01:02:15Lors de mes visites,
01:02:16je mémorise tout
01:02:17afin de pouvoir faire
01:02:18un plan du bâtiment.
01:02:20Même si je suis nulle
01:02:21en dessin.
01:02:23L'opération est décidée.
01:02:26Trois camarades du mouvement
01:02:27arriveront en camionnette
01:02:28et se gareront dans la rue
01:02:30longeant le mur d'enceinte.
01:02:32Deux d'entre eux,
01:02:34s'aidant de cordes
01:02:34et d'une échelle,
01:02:35passent par dessus le mur
01:02:37et marcheront jusqu'au bâtiment
01:02:38où se trouve maman.
01:02:41Celle-ci doit se tenir prête
01:02:43dès 21h.
01:02:46Un gardien fait une ronde
01:02:47toutes les deux heures.
01:02:49Puis ils feront le chemin
01:02:50en sens inverse,
01:02:52cette fois avec ma mère.
01:02:56À 8h, comme prévu,
01:02:58un camarade vient me chercher
01:02:59dans une vieille voiture.
01:03:04Arrivé au lieu de rendez-vous,
01:03:06nous n'avons plus qu'à attendre
01:03:07la camionnette.
01:03:10Assise dans le véhicule
01:03:12tout feu éteint,
01:03:12je regarde ma montre
01:03:14toutes les deux minutes.
01:03:21Je vois enfin la camionnette
01:03:22arriver au bout de la rue.
01:03:24Elle approche, s'arrête
01:03:26et je vois maman
01:03:27enmitoufler dans son astraquant,
01:03:28un sourire aux lèvres.
01:03:30Nous démarrons en direction
01:03:32de Vernaison,
01:03:33un village au bord du Rhône.
01:03:34Nous allons passer la nuit
01:03:36chez les parents
01:03:36d'un camarade de combat.
01:03:39Quelle joie !
01:03:49Comme partout maintenant,
01:03:50à Vernaison,
01:03:51la Gestapo est aux aguets.
01:03:54Berthier et Mireille
01:03:54sont cachés dans une maison
01:03:55inhabité, sans chauffage,
01:03:57obligés de vivre dans le noir,
01:03:59sans faire le moindre bruit.
01:04:02Face à cette évasion spectaculaire
01:04:05du soir de Noël 1942,
01:04:07Vichy et les Allemands
01:04:08ne peuvent que constater
01:04:09que la résistance se développe,
01:04:12qu'elle bénéficie de complicité
01:04:13dans les prisons,
01:04:15les hôpitaux,
01:04:16dans tous les secteurs.
01:04:20Deux jours plus tard,
01:04:22André Bollier,
01:04:22responsable du journal Combat
01:04:24et organisateur de l'incroyable
01:04:26évasion de Berthier-Albrecht,
01:04:28est arrêté.
01:04:30Il parvient à échapper
01:04:31à la Gestapo,
01:04:32mais il doit laisser sa femme
01:04:33enceinte de huit mois
01:04:34et entrer en clandestinité totale.
01:04:39Malgré tout,
01:04:41les évasions restent exceptionnelles,
01:04:43mais elles ont un fort retentissement
01:04:44chez les résistants,
01:04:46parce qu'elles donnent de l'espoir
01:04:47à tous ceux qui se font arrêter.
01:04:52L'évasion de Raymond Aubrac
01:04:54impressionne elle aussi.
01:04:56Lucie Aubrac,
01:04:57résistante de la première heure
01:04:59et membre du cercle
01:05:00des dirigeants de Libération Sud,
01:05:02parvient, en plein jour,
01:05:04les armes à la main,
01:05:05a attaqué la camionnette
01:05:07qui transfère son mari
01:05:08et 13 autres détenus
01:05:09de la prison Montluc
01:05:11au siège de la Gestapo de Lyon.
01:05:181943 est tout à la fois
01:05:19l'année de tous les dangers
01:05:21et de tous les espoirs.
01:05:23La résistance recrute,
01:05:25s'organise
01:05:26et progresse dans la voie
01:05:28de l'unification.
01:05:29Mais elle s'expose aussi
01:05:30à la menace permanente
01:05:31des services allemands,
01:05:33qui ont entrepris
01:05:34de la démanteler,
01:05:35méthodiquement.
01:05:36L'occupant
01:05:38et le régime de Vichy
01:05:39s'entendent pour l'anéantir.
01:05:41Sous l'impulsion
01:05:42de Pierre Laval,
01:05:43chef du gouvernement,
01:05:44une force paramilitaire
01:05:46est créée.
01:05:49La milice voit le jour
01:05:50le 30 janvier 1943.
01:05:52Elle est essentiellement
01:05:54constituée d'éléments
01:05:54d'extrême droite.
01:05:56Elle recrute parmi
01:05:57des anciens combattants
01:05:58de la guerre 14-18,
01:05:59des sympathisants
01:06:00de la collaboration
01:06:01et des jeunes
01:06:02convaincus par la propagande
01:06:04de s'engager
01:06:05pour une cause patriotique.
01:06:08L'objectif de la milice
01:06:09est d'abattre la résistance,
01:06:11quoi qu'il en coûte,
01:06:12et par tous les moyens,
01:06:14torture et massacre compris.
01:06:18Elle collabore étroitement
01:06:19avec les forces
01:06:20d'occupation allemandes,
01:06:21en s'associant
01:06:22à leurs exactions.
01:06:28Côté résistance,
01:06:30le besoin de se structurer
01:06:31est vital.
01:06:32On est loin
01:06:33des petits groupes
01:06:34hétéroclités solitaires
01:06:35des premiers temps.
01:06:36Chacun le sent bien.
01:06:38L'heure de la libération
01:06:39approche.
01:06:40Il faut préparer
01:06:41l'insurrection.
01:06:43Depuis 1942,
01:06:45un projet d'unification
01:06:46des forces
01:06:47est mené par Jean Moulin.
01:06:49Le défi,
01:06:50coordonner les mouvements
01:06:51indépendants
01:06:52pour que leurs actions
01:06:53s'étendent de manière organisée
01:06:54sur tout le territoire,
01:06:55puis les rallier
01:06:56à la France libre
01:06:57de De Gaulle.
01:06:59Parmi ces mouvements,
01:07:01Défense de la France,
01:07:02un groupe dont
01:07:03l'efficacité
01:07:03des publications clandestines
01:07:05et la fabrication
01:07:06de faux papiers
01:07:07est sans égale.
01:07:09À sa tête,
01:07:10Philippe Vianney
01:07:11est à l'âge
01:07:12de 25 ans
01:07:12le chef incontesté
01:07:14d'un des plus importants
01:07:15mouvements de résistance
01:07:16de la zone nord.
01:07:18Sous le pseudonyme
01:07:19d'Indomitus,
01:07:20l'Insoumis,
01:07:21il publie
01:07:22un journal clandestin
01:07:23à des centaines
01:07:24de milliers
01:07:24d'exemplaires.
01:07:27Même si la résistance
01:07:28est passée
01:07:29à la lutte armée,
01:07:30contrecarrer la propagande,
01:07:32informer les Français
01:07:33du déroulement
01:07:33de la guerre
01:07:34et des actions menées
01:07:35est primordial.
01:07:38Suivant le processus
01:07:39d'unification
01:07:40de la résistance,
01:07:42Vianney se rapproche
01:07:43en janvier 1943
01:07:44de Jacques Lucéran
01:07:45et des 600 membres
01:07:47des volontaires
01:07:47de la liberté.
01:07:54Je me prépare
01:07:55à recevoir le chef
01:07:56d'un grand mouvement
01:07:57en zone nord,
01:07:59Philippe Vianney.
01:08:01Le 31 janvier,
01:08:03vers 11h du matin,
01:08:04il fait froid sur Paris,
01:08:06mais le soleil brille.
01:08:09Georges et moi
01:08:09nous attendons Philippe.
01:08:11nous sommes sur nos gardes.
01:08:13Toute rencontre
01:08:14peut engager la mort.
01:08:17L'officier arrive,
01:08:19un pas rapide
01:08:20et lourd.
01:08:22Une voix assez peu timbrée
01:08:23mais chaude.
01:08:25Une voix qui fait
01:08:26presque tout de suite
01:08:27intime,
01:08:28qui vos palpe
01:08:29de l'intérieur.
01:08:31Ce n'est pas un homme
01:08:33que je sens,
01:08:33mais une force.
01:08:36On est séduit.
01:08:39Avec Georges,
01:08:39on se donne à Philippe
01:08:40sans précaution.
01:08:45Son mouvement
01:08:46s'appelle
01:08:46Défense de la France.
01:08:48Il tire un journal
01:08:49à 10 000 exemplaires
01:08:51par mois.
01:08:51Paro néotypé,
01:08:52un vrai,
01:08:53imprimé.
01:08:56Il a un atelier
01:08:57avec des rotatives,
01:08:59du papier,
01:09:00des armes,
01:09:01une dizaine
01:09:01de locaux clandestins
01:09:02à travers Paris,
01:09:03une officine
01:09:04capable de produire
01:09:042500 fausses cartes
01:09:06d'identité par mois
01:09:07et un équipement
01:09:08de radio
01:09:08en liaison permanente
01:09:09avec le gouvernement
01:09:10du général de Gaulle
01:09:11à Londres.
01:09:15Je deviens responsable
01:09:16national
01:09:16de la diffusion
01:09:17du journal.
01:09:19Comme mes confrères
01:09:19des mouvements
01:09:20résistance,
01:09:21combat,
01:09:22libération
01:09:22et franc-tireur.
01:09:25Un vrai journal
01:09:26en 1943,
01:09:27c'est un objet précieux.
01:09:29« Chaque ligne imprimée
01:09:31est arrachée
01:09:31à tant de courage.
01:09:34Chaque ligne imprimée
01:09:35connaît la mort possible
01:09:36de tous ceux
01:09:37qui l'ont écrite.
01:09:38Passée sous presse,
01:09:39transportée,
01:09:40distribuée.
01:09:41Il y a du sang
01:09:42au bout de chaque page.
01:09:48En février,
01:09:50nous disons
01:09:51ce que personne
01:09:51sur le continent européen
01:09:52ne dit alors.
01:09:54l'armée nazie
01:09:55vient de tomber
01:09:56à Stalingrad.
01:09:58Le sort de la guerre
01:09:59est en train
01:10:00de s'inverser.
01:10:04Mais en France,
01:10:06un ordre allemand
01:10:07fait des ravages.
01:10:09Tous les jeunes
01:10:10de plus de 21 ans
01:10:11doivent partir
01:10:11comme travailleurs
01:10:12obligatoires en Allemagne.
01:10:14Tout
01:10:15plutôt que de tolérer
01:10:17le départ
01:10:17d'un seul des membres
01:10:18du mouvement.
01:10:21Près de 80 des nôtres
01:10:23entrent en clandestinité totale.
01:10:33Le gouvernement de Vichy,
01:10:35dans la continuité
01:10:36de sa politique
01:10:36collaborationniste
01:10:37avec les nazis,
01:10:39instaure le STO,
01:10:41Service du travail
01:10:43obligatoire.
01:10:45Une loi,
01:10:46adoptée le 16 février 1943,
01:10:49impose le départ
01:10:50en Allemagne
01:10:51de tous les jeunes hommes
01:10:52âgés de 20 à 23 ans.
01:10:56Le but
01:10:57est de fournir
01:10:58une main d'œuvre
01:10:59corvéable à Merci
01:11:00pour contribuer
01:11:01par un travail forcé
01:11:02à l'effort
01:11:03de guerre du Reich.
01:11:08il n'est désormais
01:11:09plus question
01:11:09de départ volontaire
01:11:10comme un an plus tôt
01:11:11avec la relève
01:11:12quand Pétain et Laval
01:11:14ont voulu convaincre
01:11:15des travailleurs français
01:11:16de partir en Allemagne
01:11:17en échange du retour
01:11:18de quelques prisonniers
01:11:19de guerre.
01:11:22Difficile d'échapper au STO
01:11:24car les réfractaires
01:11:25sont promis
01:11:26à des sanctions sévères.
01:11:29Toutes les familles
01:11:30françaises sont touchées.
01:11:31Le mythe
01:11:32d'un Pétain protecteur
01:11:33s'effondre.
01:11:36La résistance
01:11:37multiplie les appels
01:11:38à désobéir
01:11:39et à refuser
01:11:40tout départ.
01:11:43Maurice Schumann
01:11:44porte-parole
01:11:45de la France libre
01:11:46lance depuis Londres
01:11:47un appel
01:11:48sur les ondes
01:11:48de la BBC
01:11:49au futur requis.
01:11:51N'y allez pas
01:11:52résister.
01:11:56Cette réquisition
01:11:57contre leur gré
01:11:58de tous les jeunes
01:11:59français
01:11:59conduit près de 100 000
01:12:01d'entre eux
01:12:01à prendre le maquis.
01:12:06Avec la défaite
01:12:08allemande
01:12:08à Stalingrad
01:12:09l'espoir
01:12:10de la libération
01:12:10est plus fort
01:12:11que jamais.
01:12:15Dans toutes
01:12:16les régions de France
01:12:17on se prépare
01:12:18à l'insurrection.
01:12:24A la même période
01:12:26Bertie Albrecht
01:12:27traqué par la Gestapo
01:12:28part se réfugier
01:12:30à Marseille
01:12:30avec sa fille Mireille.
01:12:32Elle espère
01:12:33que sa fille
01:12:33y sera plus en sécurité.
01:12:49Nous reprenons
01:12:50le train
01:12:50direction Marseille.
01:12:53Maman est devenue
01:12:54Madame Moulin
01:12:55et moi
01:12:56Mademoiselle Allard.
01:12:58Il semble plus prudent
01:13:00de ne pas porter
01:13:00le même nom.
01:13:03je ne suis pas
01:13:04très rassurée
01:13:05avec ma fausse carte
01:13:05d'identité.
01:13:08A Marseille
01:13:09il y a de nombreuses
01:13:10arrestations.
01:13:11Les polices
01:13:12sont aux aguets.
01:13:16Maman est fermement
01:13:18décidée
01:13:18à reprendre
01:13:18la lutte
01:13:19au sein de combats.
01:13:21Personne n'est
01:13:21de cet avis.
01:13:24Henri suggère
01:13:25de la faire partir
01:13:26pour Londres.
01:13:27Elle s'y oppose
01:13:28de façon catégorique.
01:13:29faire la guerre
01:13:30assise dans un fauteuil
01:13:31en cuir
01:13:31jamais.
01:13:33Henri et moi
01:13:34la supplions
01:13:35d'accepter ce départ
01:13:36mais rien n'y fait.
01:13:41Un soir
01:13:42maman me dit
01:13:44ma chérie
01:13:45nous avons longuement
01:13:46parlé de toi
01:13:47avec Henri
01:13:48et nous avons pris
01:13:48la décision
01:13:49de t'envoyer
01:13:50en Suisse.
01:13:50Je vais écrire
01:13:51à mes cousins
01:13:52de Genève.
01:13:53Tu comprends bien
01:13:54que si on t'arrête
01:13:54je ne pourrais pas
01:13:55le supporter.
01:13:58je n'ai pas le choix.
01:14:05Quinze jours plus tard
01:14:07Bertie écrit
01:14:08une lettre
01:14:09au père de Mireille
01:14:10Frédéric Albrecht
01:14:11un banquier établi
01:14:12à Londres.
01:14:17Mon cher Frédéric
01:14:19j'ai tellement souffert
01:14:20moralement
01:14:21de voir l'arrivée
01:14:21des Boches en France
01:14:22de les voir
01:14:23s'installer partout
01:14:24en maître
01:14:25manger notre beurre
01:14:26notre viande
01:14:27notre pain
01:14:27nos fruits
01:14:28pendant que nos enfants
01:14:29s'anémiaient
01:14:30à force de manquer
01:14:31de nourriture.
01:14:33J'ai tellement souffert
01:14:34dans mon orgueil
01:14:35que tout de suite
01:14:35j'ai cherché les moyens
01:14:37de les foutre à la porte
01:14:38même si cela devait
01:14:40me coûter la vie
01:14:40ou la liberté.
01:14:43Si j'ai une haine
01:14:44farouche pour les allemands
01:14:45j'ai une haine
01:14:46sans pitié
01:14:47pour les mauvais français
01:14:48qui ont trahi la France.
01:14:50La seule consolation
01:14:51c'est qu'ils paieront
01:14:53et que ce jour
01:14:54approche à grands pas.
01:14:57Mireille est partie
01:14:58il y a 15 jours
01:14:59pour la Suisse.
01:15:00Je suis triste
01:15:01de ne plus la voir
01:15:03mais cette vie
01:15:04clandestine pour elle
01:15:04n'était pas drôle.
01:15:06Je me suis toujours
01:15:07débrouillée
01:15:07pour qu'elle mange
01:15:08à peu près convenablement
01:15:10et nous ne nous sommes
01:15:11presque pas séparés.
01:15:13Elle a eu
01:15:13beaucoup d'émotions
01:15:15parce que la police
01:15:16l'a interrogée
01:15:16plusieurs fois.
01:15:18Elle a eu
01:15:19énormément de courage
01:15:19et n'a jamais donné
01:15:20le moindre petit renseignement
01:15:22à ces messieurs.
01:15:25On peut même dire
01:15:26qu'elle les a eus
01:15:27tous salopards
01:15:28qu'ils soient.
01:15:30Mais tout cela
01:15:31n'était pas bon pour elle
01:15:33qu'elle vive
01:15:33dans des hôtels
01:15:34très modestes
01:15:35et sans feu
01:15:36qu'elle déménage
01:15:36à chaque instant
01:15:38qu'elle se fasse
01:15:39des amis nouveaux
01:15:39tous les trois mois
01:15:40et qu'elle les perde.
01:15:42Elle sera tranquille
01:15:43en Suisse
01:15:44j'espère qu'elle pourra
01:15:45y refaire ses nerfs.
01:15:48Je t'embrasse
01:15:48très affectueusement
01:15:50quoi qu'il arrive
01:15:51ne te fais pas de bile
01:15:53pour moi
01:15:53la vie ne vaut pas cher
01:15:56mourir n'est pas grave
01:15:58le tout
01:15:58c'est de vivre
01:15:59conformément
01:16:00à l'honneur
01:16:01et l'idéal
01:16:02qu'on se fait.
01:16:10Le 28 mai 1943
01:16:12une réunion
01:16:13doit se tenir
01:16:14à l'hôtel de Bourgogne
01:16:15à Mâcon
01:16:16avec des membres
01:16:17du mouvement
01:16:17uni de la résistance
01:16:19regroupant désormais
01:16:20les mouvements
01:16:21combat
01:16:21franc-tireur
01:16:22et libération sud.
01:16:25Bertie Albrecht
01:16:26est en avance
01:16:27elle attend
01:16:28assise sur un banc
01:16:30du square de la paix
01:16:32brusquement
01:16:33la Gestapo arrive
01:16:34l'entoure
01:16:35l'arrête
01:16:37trois jours plus tard
01:16:38après avoir été
01:16:40torturée sans relâche
01:16:41Bertie Albrecht
01:16:42se pend dans sa cellule
01:16:44pour ne pas dénoncer
01:16:45les siens
01:16:47ni trahir son combat
01:16:54d'autres suivront
01:16:56son exemple
01:16:56Pierre Brossolette
01:16:58l'homme chargé
01:16:59de faire le lien
01:17:00entre la résistance extérieure
01:17:01et les mouvements
01:17:02de la résistance intérieure
01:17:03se donnera la mort
01:17:05en sautant par une fenêtre
01:17:06du siège de la Gestapo
01:17:10Jacques Bingen
01:17:11l'un des principaux artisans
01:17:13de l'unification
01:17:13de la résistance
01:17:14avalera une capsule
01:17:16de cyanure
01:17:16pour ne pas livrer
01:17:17ses camarades
01:17:23malgré leur jeune âge
01:17:24les pionniers
01:17:25de la résistance
01:17:26rejoints par tant d'autres
01:17:27font de figure
01:17:28de vétérans
01:17:31comme il semble loin
01:17:32le temps
01:17:32de leurs premières actions
01:17:33aussi audacieuses
01:17:35que solitaires
01:17:37loin également
01:17:37celui des doutes
01:17:38et des hésitations
01:17:41le temps presse
01:17:42la répression
01:17:43fait chaque jour
01:17:43des ravages
01:17:45dans cette course
01:17:46vers la libération
01:17:47de la France
01:17:47les résistants
01:17:48doivent agir
01:17:49vite
01:17:51prendre des décisions
01:17:52sans attendre
01:17:53sans s'encombrer
01:17:54du doute
01:17:54qui retarderait
01:17:55leurs actions
01:17:58en cette année
01:17:591943
01:17:59alors que la prudence
01:18:01est une vertu
01:18:02si l'on veut survivre
01:18:03l'excès de prudence
01:18:04entraîne l'inaction
01:18:09pour Jacques Lucéran
01:18:10le jeune lycéen
01:18:11comme pour les autres
01:18:12chaque décision
01:18:14est une prise de risque
01:18:21les agents
01:18:22de notre mouvement
01:18:23Défense de la France
01:18:24sont débordés
01:18:26dans le nord
01:18:27il nous faut recruter
01:18:29un homme
01:18:31Elio
01:18:32étudiant en médecine
01:18:33se présente à nous
01:18:35il nous est envoyé
01:18:37par recommandation
01:18:37de premier ordre
01:18:39il est admirablement
01:18:41informé
01:18:42et précis
01:18:44natif du nord
01:18:45il connaît bien
01:18:45le pays industriel
01:18:47il est la solution
01:18:48vivante
01:18:49à notre impasse
01:18:50là-bas
01:18:52mais Elio
01:18:53a la poignée de main
01:18:54lourde
01:18:55trop lourde
01:18:57je mets mes sens
01:18:58en alerte
01:18:59le bonhomme
01:19:00affole ma machine
01:19:02mon aiguille
01:19:02virevolte
01:19:03elle ne se pose
01:19:04ni sur le oui
01:19:05ni sur le non
01:19:07Elio parle trop bas
01:19:09sa voix est comme sa main
01:19:11elle n'a pas
01:19:12la qualité claire
01:19:13ni la prise loyale
01:19:17j'hésite
01:19:18Georges aussi
01:19:20nous faisons part
01:19:21de nos doutes à Philippe
01:19:23et Philippe bougonne
01:19:24que nous ne pouvons plus
01:19:25aller trop loin
01:19:25dans la prudence
01:19:28Elio part pour l'île
01:19:30et il fait des prodiges
01:19:32il devient là-bas
01:19:33en 15 jours
01:19:35maître du réseau
01:19:46Jacques Lucéran
01:19:47est arrêté
01:19:48le 20 juillet 1943
01:19:51ses sens
01:19:52ne l'avaient pas trahi
01:19:53Elio
01:19:54dont la main
01:19:55était trop lourde
01:19:55et la voix trop basse
01:19:58était un traître
01:19:58infiltré
01:19:59à la solde
01:20:00des allemands
01:20:03Emile Marongin
01:20:04de son vrai nom
01:20:05avait accepté
01:20:06pour 5000 francs
01:20:07par semaine
01:20:07de donner à la gestapo
01:20:09les noms
01:20:10les adresses
01:20:11les lieux de rendez-vous
01:20:13et tout ce qui se rapportait
01:20:14au mouvement défense
01:20:15de la France
01:20:17il avait ainsi
01:20:18remis un dossier
01:20:19de 90 pages
01:20:20détaillant les activités
01:20:22des membres du mouvement
01:20:24Emile Marongin
01:20:25est directement responsable
01:20:27d'une centaine
01:20:28d'arrestations
01:20:28en région parisienne
01:20:30et dans le nord de la France
01:20:33en tout
01:20:3448 membres
01:20:35dont Hubert Vianney
01:20:36frère de Philippe Vianney
01:20:39cofondateur de défense
01:20:40de la France
01:20:40et Geneviève de Gaulle
01:20:42la nièce du général
01:20:43sont internés à Freyne
01:20:45puis déportés
01:20:48le journal du mouvement
01:20:50va tout de même
01:20:50poursuivre son action
01:20:51jusqu'à la libération
01:20:53non sans en payer
01:20:54le prix fort
01:20:55sur ces 2995 membres
01:20:59688
01:20:59seront victimes
01:21:01de leur résistance
01:21:01par les cris
01:21:02et 146
01:21:03périront en déportation
01:21:08malgré l'intervention
01:21:09du proviseur du lycée
01:21:10Louis le Grand
01:21:11Jacques Lucéran
01:21:13est incarcéré
01:21:14à la prison de Freyne
01:21:28en août 1944
01:21:30alors que Paris se libère
01:21:32Gilbert Brusselin
01:21:34le jeune militant communiste
01:21:36qui avait rejoint
01:21:37les forces françaises
01:21:38libres de De Gaulle
01:21:38est à Alger
01:21:41en apprenant la nouvelle
01:21:42de la libération
01:21:43il décide de rentrer à Paris
01:21:49une grande nouvelle
01:21:50bouleverse l'humanité
01:21:51toute entière
01:21:53Paris s'est libéré
01:21:57notre combat
01:21:58n'a pas été inutile
01:21:59après nos balbutiements
01:22:01et notre chute
01:22:01d'autres combattants
01:22:03ont continué la lutte
01:22:04pour l'élargir
01:22:05et l'amplifier
01:22:08le peuple de Paris
01:22:09s'est levé
01:22:11pour débarrasser
01:22:11notre pavé
01:22:12des galoches sinistres
01:22:13des occupants
01:22:13verts de gris
01:22:15je vais enfin retrouver
01:22:16ma mère
01:22:20mais en entrant
01:22:21dans ce Paris libre
01:22:22j'apprends que la plupart
01:22:23de mes camarades
01:22:24ont été assassinés
01:22:30Zalkinov
01:22:31sous la torture
01:22:32n'a pas parlé
01:22:37je me rends rue
01:22:37de Montreuil
01:22:40personne
01:22:41notre logement
01:22:42est sous scellé
01:22:46ma tante me raconte
01:22:47qu'après l'arrestation
01:22:47des membres
01:22:48de mon groupe
01:22:49les flics
01:22:50ne parvenant pas
01:22:50à me trouver
01:22:51ou embarquer
01:22:52tous les membres
01:22:53de ma famille
01:22:54et que ma mère
01:22:55a été déportée
01:22:59comme souvent
01:23:00quand la police française
01:23:02ou la gestapo
01:23:03ne parviennent pas
01:23:03à leur fin
01:23:04ils se vengent
01:23:05sur les familles
01:23:07Suzanne
01:23:07la mère de Gilbert
01:23:09est déportée
01:23:10à Auschwitz
01:23:10par le convoi
01:23:11du 24 janvier
01:23:121943
01:23:15elle y meurt
01:23:15un mois plus tard
01:23:1826 membres
01:23:19du groupe de Gilbert
01:23:20sont arrêtés
01:23:21par la police française
01:23:23parmi eux
01:23:23Marcel Bourdarias
01:23:25un étudiant communiste
01:23:26de 18 ans
01:23:27est torturé
01:23:28pendant 5 jours
01:23:29et 5 nuits
01:23:30avant d'être remis
01:23:31aux allemands
01:23:33avant de mourir
01:23:34il laisse
01:23:35une dernière lettre
01:23:36à ses camarades
01:23:38chers amis
01:23:39je vous écris
01:23:40une dernière fois
01:23:41pour vous adresser
01:23:42mon adieu
01:23:43il est environ
01:23:44une heure
01:23:45et à 5 heures
01:23:46je serai fusillé
01:23:47donc quelques heures
01:23:49devant moi
01:23:50je suis calme
01:23:51mais tranquille
01:23:52oui pour moi
01:23:53c'est fini
01:23:54je me souviens
01:23:55du bon temps
01:23:56que j'ai passé
01:23:56près de vous
01:23:57et je vous demande
01:23:58de vous en souvenir
01:23:59également
01:24:00ne pleurez pas
01:24:01pour moi
01:24:02je ne suis pas
01:24:03à plaindre
01:24:04mais aimez
01:24:05mon souvenir
01:24:10après avoir été torturé
01:24:12et séquestré
01:24:12dans une cellule
01:24:14de la prison
01:24:14de Fresnes
01:24:15durant plusieurs mois
01:24:15Jacques Lucéran
01:24:17est déporté
01:24:19le 22 janvier 1944
01:24:20au camp de Buchenwald
01:24:27un blizzard
01:24:29sans commencement
01:24:29ni fin
01:24:30gifle
01:24:30la colline
01:24:31de Buchenwald
01:24:34pour les incapables
01:24:35de mon genre
01:24:36on a inventé
01:24:37un système
01:24:38le bloc
01:24:39des invalides
01:24:42personne n'est entier
01:24:43aux invalides
01:24:44c'est la condition
01:24:45pour y entrer
01:24:47on rencontre
01:24:48les unijambistes
01:24:49les manchots
01:24:50les trépanés
01:24:51les sourds
01:24:52les culs de jatte
01:24:53les épileptiques
01:24:54ceux qui sont mangés
01:24:55par la gangrène
01:24:56ceux qui ont la gale
01:24:57et enfin les fous
01:25:01on y meurt
01:25:02à un rythme
01:25:03qui rend le recensement
01:25:04du bloc impossible
01:25:05ce n'est plus
01:25:06se heurter
01:25:07à un mort
01:25:07qui surprend
01:25:08mais à un vivant
01:25:11je n'entends plus rien
01:25:12tant il y a
01:25:14de gémissements
01:25:14partout
01:25:18un matin
01:25:19je sens le corps
01:25:20d'un homme
01:25:20qui m'embrasse
01:25:22à la seconde même
01:25:23je sais que c'est Georges
01:25:24je n'ai pas encore
01:25:25entendu sa voix
01:25:26mais je sais
01:25:27que c'est lui
01:25:28on ne se lâche plus
01:25:35une semaine plus tard
01:25:36on appelle Georges
01:25:36en sondeur commando
01:25:38il me murmure
01:25:41adieu Jacques
01:25:42je ne te reverrai plus
01:25:46et puis un beau jour
01:25:47un petit russe
01:25:48se met à crier
01:25:50les américains
01:25:51les américains
01:25:54des hommes courts
01:25:56d'autres hurlent
01:25:58on passe d'un coup
01:25:59de l'idée de la mort
01:26:00à l'idée de la vie
01:26:02nous demandons un peu
01:26:03de temps pour y croire
01:26:07le camp est anesthésié
01:26:09j'ai la chance
01:26:10d'avoir 20 ans
01:26:11je n'ai pas besoin
01:26:12d'autre honneur
01:26:13que celui d'être en vie
01:26:21la résistance
01:26:22devait être reconnue
01:26:23par les alliés
01:26:23pour que la France
01:26:25soit rangée
01:26:25du côté des vainqueurs
01:26:28mais ce n'était pas là
01:26:29le but
01:26:29des tout premiers résistants
01:26:33leur engagement
01:26:33est né d'un réflexe
01:26:35d'un refus
01:26:36surgit des entrailles
01:26:37d'une pulsion de vie
01:26:39et de liberté
01:26:40jamais d'un calcul
01:26:42un camarade
01:26:43de Jacques Lucéran
01:26:44écrit après l'armistice
01:26:46du 8 mai 1945
01:26:49les mômes de 15-16 ans
01:26:50ils n'étaient pas
01:26:51responsables de la guerre
01:26:52c'était aux militaires
01:26:54de carrière
01:26:55à faire leur boulot
01:26:56pas aux mômes
01:26:57mais les mômes
01:26:58ils ont réagi
01:26:59tout de suite
01:27:00ils ont montré
01:27:01l'exemple
01:27:02dès le début
01:27:05et ils l'ont payé cher
01:27:08les historiens
01:27:09estiment autour
01:27:10de 12 000
01:27:10le nombre de morts
01:27:11victimes de l'occupant
01:27:13et de Vichy
01:27:13et à 60 000 environ
01:27:15celui des déportés
01:27:16résistants
01:27:17dont 40%
01:27:18ne sont pas revenus
01:27:18au total
01:27:20près de 36 000
01:27:21résistants assassinés
01:27:25mais le bilan comptable
01:27:26ne vaut rien
01:27:27si l'on oublie
01:27:28de célébrer
01:27:29l'exemplarité
01:27:30de ces quelques-uns
01:27:30qui ont permis
01:27:32l'espoir
01:27:32redonné du courage
01:27:34et qui ont convaincu
01:27:35bien d'autres
01:27:36de ne pas se soumettre
01:27:37à l'oppression nazie
01:27:40ce n'est que
01:27:40dix ans après la libération
01:27:42que Jean Moulin
01:27:43a commencé à être reconnu
01:27:44comme un héros national
01:27:46comme bien des premiers
01:27:48résistants
01:27:48comme Mireille
01:27:50Jacques et Gilbert
01:27:51ils n'avaient prétendu
01:27:52à rien
01:27:53sinon se battre
01:27:54pour notre liberté
01:27:57il n'y a pas d'éternel
01:27:58il n'y a pas d'éternel
01:28:01il n'y a pas d'éternel
01:28:22il n'y a pas d'éternel
01:28:25il n'y a pas d'éternel
01:28:30il n'y a pas d'éternel
01:28:49qu'il y a pas d'éternel
01:28:51il n'y a pas d'éternel
01:29:02bouillonne

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